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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 21:04

Dami BoulevardSept récits. Tous à la première personne du singulier. Et tous situés quelque part en Amérique, dans des lieux que l'auteur a visités. Champion suisse d'orthographe, lauréat de la Dictée des Amériques en 2004, Olivier Dami vient de publier son premier recueil de nouvelles, "Boulevard des Amériques", aux éditions "L'Harmattan". Et loin des clichés faciles, il offre un regard sur des gens ordinaires, saisis dans des lieux et situations volontiers inattendus, mais toujours pertinents lorsqu'il s'agit de dire le Nouveau Continent.

 

La voiture en panne, le désert, le motel: il y a bien quelques classiques dans "Le monstre de Gila", nouvelle qui ouvre le recueil. Le désert peut symboliser, aux yeux du lecteur, les grands espaces vierges - et, aux yeux du nouvel écrivain, l'immensité des territoires littéraires à conquérir, pour peu qu'il ménage sa monture... et ait un peu de chance. Et de la chance, les personnages principaux, un homme et une femme, en ont pas mal dans cette nouvelle heureuse de bout en bout, bien moins dangereuse que le "monstre de Gila" éponyme.

 

Les textes du recueil arborent toujours un certain sourire. Cela, même lorsqu'il est question de drames, à l'instar des catastrophes naturelles survenues en Haïti il y a quelques années. Sans pathos déplacé, sans dramatisation facile, l'auteur montre dans "Au lendemain d'Isaac" les ravages, esquisse l'histoire d'un pays qu'on croirait maudit. Et surtout, il montre les gens, tant les habitants que les coopérants des ONG sur place, tous désireux de reconstruire - à telle enseigne que même sur un fond dramatique, l'impression d'optimisme à tout crin domine.

 

De manière transversale, "Boulevard des Amériques" évoque aussi des thèmes qui, s'ils ne viennent pas forcément en premier à l'esprit lorsqu'on parle d'Amérique, lui sont quand même liés. On pense à la religion, qui joue un rôle central dans "Dans le nid du condor", où l'auteur s'essaie avec succès à la narration à deux points de vue. Les Amérindiens ont aussi leur place dans ce recueil, par exemple avec "Le passage intérieur", beau récit de vie d'un gars des rues de Vancouver qui trouve finalement sa voie au contact avec les arts et la nature. Et puis, la nature, dans toute sa diversité généreuse, s'invite dans le recueil; la richesse éclatante du vocabulaire de l'auteur, sa précision aussi, fait écho à son exubérance. Et en arrière-plan, pointe une inquiétude face aux menaces qui pèsent sur cette nature opulente, comme on le voit dans "Les sept soeurs".

 

Précise, l'écriture sait trouver les chemins de l'oralité si nécessaire, afin de recréer les voix de ses personnages, sans exagération toutefois: l'impression d'un grand soin demeure. Soin qui se met au service d'une grande netteté narrative. Le lecteur plonge avec bonheur dans les pages de "Boulevard des Amériques". Peut-être se dira-t-il que telle péripétie, plus universelle qu'une autre, aurait bien pu lui arriver sur le Vieux Continent. Mais il ressortira de sa lecture avec un certain sourire. Celui que l'auteur a su communiquer au fil des pages.

 

Olivier Dami, Boulevard des Amériques, Paris, L'Harmattan, 2016.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 20:48

Desarzens TabacUn titre qui est tout un programme! "Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème" est une formule qui ressemble à ces critiques empreintes de poésie surréaliste et de beaux mots que prononcent les oenologues, l'air inspiré, lorsqu'ils dégustent un bon vin. Ce n'est pas faux: avec ce roman, Corinne Desarzens explore le monde des vins, avec une approche progressive qui accroche le lecteur. Pas étonnant que pour ce beau livre, la romancière franco-suisse (elle est née à Sète de parents suisses) ait obtenu le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises, décerné par l'Académie française. C'était en 2008, année de parution de ce roman.

 

Alors certes, tout ne commence pas dans l'environnement agréable d'un vignoble - en effet, le roman s'ouvre sur une scène installée dans un appartement confiné, celui du défunt. Un homme nommé Jean-Pierre Vinzel. Vinzel, c'est une appellation viticole vaudoise de La Côte. Bel exemple d'aptonyme, que les connaisseurs détecteront! Cela dit, l'auteure n'est pas pressée d'installer le thème viticole. Elle préfère dessiner le portrait de cet homme, fantasque, torturé, lecteur, amateur de bonnes choses, écrivant aux fabricants de roquefort si le produit n'est pas tout à fait à son goût. Un original? Certes, et l'auteure lui ajoute encore une tendance à la syllogomanie. Cela fait beaucoup pour un homme qui a aussi été patron - aussi improbable que cela paraisse. C'est autour de lui, du souvenir qu'il laisse à ses proches (et surtout aux femmes qui l'ont entouré), que tout le roman s'organise.

 

L'auteure affectionne un style fluide. Elle lui impulse un rythme en faisant revenir des expressions, mine de rien, à la manière de leitmotive qui suscitent un jeu de résonances. Ces expressions installent aussi des ambiances, autour d'une couleur bleu-noir. "Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème" n'hésite pas, par ailleurs, à varier les voix: le lecteur lira une lettre adressée à Vinzel, découvrira le point de vue de ce personnage, etc.

 

Et qu'en est-il des vins? Je l'ai suggéré, ce thème s'impose progressivement, jusqu'à occuper tout l'espace, alors qu'il apparaît en second plan en début de roman, au milieu d'un fatras qui reflète le travers de Jean-Pierre Vinzel pour la conservation. C'est cependant au vin que l'auteure réserve les plus belles pages, les plus flamboyantes. Les descriptions des grands vins font rêver, autour d'appellations fameuses, et donnent envie d'y tremper les lèvres. Et puis il y a ces séquences plus exclusives dans le vignoble du beaujolais, autour de la mémoire du personnage bien réel de Jules Chauvet. A travers cet homme, devenue figure romanesque, l'auteure offre quelques pages laudatives aux vins naturels, à leur richesse, à leur vie. Et aussi à la prise de risque liée à la facture et à la dégustation d'un vin vivant, qui n'est pas standard.

 

Enfin, évoluer vers le chrysanthème, c'est aller vers sa mort, inéluctable, après une vie où le plaisir et le risque peuvent trouver leur place, sur le substrat d'un passé particulier où les femmes tiennent une place spéciale marquée par l'impossibilité de vivre des sentiments normaux. Décédé, Jean-Pierre Vinzel fait encore des remous auprès de celles qui l'ont entouré. Et le lecteur s'en délecte.

 

Corinne Desarzens, Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème, Paris, Jean-Paul Rocher, 2008.

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 23:37

CorneauducPour plonger dans le Moyen Age, ils s'y sont mis à deux. "Ceux de Corneauduc" est signé de Michaël Perruchoud et Sébastien G. Couture. Au départ, il s'agissait d'un roman burlesque publié en ligne sur le site Internet de l'éditeur. C'était il y a un lustre ou deux... A présent, les péripéties du duché de Minnetoy-Corbières ont droit à leur codex. C'est mérité.

 

On imagine volontiers les deux auteurs s'amusant à écrire tour à tour un épisode de ce feuilleton. Cela dit, "Ceux de Corneauduc" est un livre d'une parfaite unité stylistique. Le langage employé résonne de tout ce qui peut faire médiéval: des articles omis, des tours archaïques, un vocabulaire recherché qui sonne ancien et même quelques vers de mirliton. Ce travail sur le langage est valorisé par des tours elliptiques ou astucieux qui, en particulier dans les dialogues, révèlent un aspect récurrent de ce roman: l'alcool. C'est que, pour le dire en français d'aujourd'hui, ça picole sec dans "Ceux de Corneauduc"!

 

De ce point de vue, le sens de l'hyperbole n'est pas sans rappeler un certain François Rabelais, et donne ainsi aux personnages mis en scène la stature de géants. On y boit par tonneaux entiers, jusqu'à ce que l'aubergiste soit piteusement à sec. Les scènes de bagarre sont parfois approximatives, quelques incohérences subsistent dans le récit (par exemple, le duc croit un peu trop facilement qu'il est le père de l'enfant que porte sa femme à la cuisse légère, alors qu'il n'est guère autorisé à la besogner...), mais qu'importe: l'ivresse est toujours là.

 

Les auteurs montrent par ailleurs un monde d'hommes, viril pour ne pas dire macho, où la force physique sert de ressort permanent. Alors certes, cela permet de nombreuses péripéties: pièges à ours où certains personnages restent suspendus par les pieds, scènes de taverne où la bière sert d'élément médiateur si la bagarre menace, légendes mensongères relatées par des hâbleurs, blessés rendus méconnaissables. Les femmes sont certes présentes, mais les sentiments peinent à se faire jour. La duchesse est présentée comme une Italienne cultivée égarée dans un duché inculte, et l'autre figure féminine marquante, Fanchon la jeune soubrette aux talents cachés, se voit assez vite écartée de tout jeu amoureux. L'intelligence et la culture n'ont guère leur place ici!

 

L'intrigue elle-même a tout de la guerre picrocholine, ou presque: un duc aux valeurs chevaleresques à deux balles s'en va-t-en guerre pour récupérer sa femme, kidnappée par un noble rival - enfin, vraiment? Les auteurs, et c'est là l'essentiel, accomplissent pleinement leur mission, qui est de faire rire au dépens de personnages forts en gueule mais finalement peu héroïques. Braquemart d'airain, Croisé de son état, transforme chacune de ses défaites en victoire avec une mauvaise foi revigorante. Les traîtres, car il en faut sur ce genre d'histoire, sont fielleux à souhait, jusqu'à la caricature. Les noms des personnages eux-mêmes recèlent à l'occasion quelques jeux de mots recherchés, pour ne pas dire meuh-meuh: qui aurait trouvé dans le baron "Du Rang Dévaux" le fameux "Ranz des vaches" (et non des veaux)?

 

La truculence et l'humour gaulois se bousculent dans ce feuilleton burlesque, vigoureux, présenté comme "le plus éthylique du Web" par l'éditeur. On pense fabliau, on songe Rabelais, on joue avec les mots... et en définitive, on rigole bien.

 

Sébastien G. Couture et Michaël Perruchoud, Ceux de Corneauduc, Genève, Cousu Mouche, 2015.

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 21:14

Dujany Ecorcheresses"Il était extatiquement évident que j'allais devenir écrivain." Tout un programme que cet incipit, qui fait également office de prière d'insérer du livre "Les Ecorcheresses" de Patrick Dujany. Est-ce un roman? L'ouvrage est sous-titré "Romans", au pluriel, comme le fut en son temps "La Vie mode d'emploi" de Georges Perec. Mais la démarche est toute différente...

 

Connu des auditeurs de la radio suisse Couleur 3 sous le pseudonyme de Duja, Patrick Dujany se lance avec "Les Ecorcheresses" dans un étonnant ouvrage littéraire qui tient du coq-à-l'âne, forme littéraire ancienne, ou des miscellanées. Les affres et interrogations de l'écrivain face à son métier s'y côtoient, laissant une impression de déjà-lu, tout comme le récit des gueules de bois et descentes de trip du narrateur. Le lecteur trouvera plus de sel aux histoires tirées de la vie de tous les jours, ainsi qu'aux récits complets, sortes de nouvelles tenant de la science-fiction ou de la politique-fiction. Celles-ci sont centrée sur la Suisse, voire sur le canton de Vaud - ce que souligne un ton typiquement suisse où aucun helvétisme ne saurait manquer.

 

Tout cela, au gré de chapitres qui assument l'absence d'une structure consciemment construite: l'auteur saute d'un sujet à l'autre, sans véritable lien apparent, donnant au lecteur l'impression d'un écrivain qui se cherche et assume la modestie de son projet.

 

Une telle démarche paraîtra déconcertante. Une fois dans le bain, toutefois, le lecteur découvre un ouvrage rythmé et drôle. Rythmé, parce que les chapitres sont courts: si l'auteur se regarde parfois dans le miroir, il ne le fait jamais longtemps. Drôle, parce que l'écrivain jongle avec les mots, s'amuse, se montre à l'aise dans les calembours, les néologismes et les à-peu-près. Ses piques, il les adresse souvent aux Suisses alémaniques, parfois à l'UDC et à ceux qui votent pour ce parti, et aussi aux Suisses en général, dont il égratigne quelques travers mine de rien. Enfin, certains chapitres montrent une inventivité incroyable dans le genre déconnant ou loufoque.

 

Du coup, et même s'il pèse 435 pages et souffre de coquilles en excès, "Les Ecorcheresses" se lit aisément, voire se dévore. C'est une belle tentative d'entrer dans le monde des lettres. Elle prend la forme d'un OVNI littéraire qui saura surprendre dans le monde des lettres romandes.

 

Patrick Dujany, Les Ecorcheresses, Vevey, Hélice Hélas, 2015. Préface d'André Ourednik.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 22:00

Bovon MorayLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur - merci pour l'envoi!

 

Gérimont? C'est un cycle épique, littéraire et artistique, signé Stéphane Bovon, dont le troisième tome vient de paraître. Alors que les deux premiers avaient la couleur fantasmagorique des romans d'anticipation post-apocalyptiques, "Les deux vies de Louis Moray" plongent dans une actualité immédiate. "Roman politique et naturaliste", tel est en effet le sous-titre de cet ouvrage, qui relate la jeunesse d'un futur "roi des Suisses" nommé Louis Moray.

 

Louis Moray? En dessinant la jeunesse de ce personnage, l'auteur dépoussière avec bonheur un scénario classique, fréquent dans la littérature de genre actuelle (jeunesse, fantastique): celui du personnage jeune, effacé, qui se cherche en sentant confusément qu'il a quelque chose de plus que ses contemporains. Louis Moray cherche ses réponses dans le monde qui l'entoure, en fonction de circonstances dont il est le jouet. Ainsi tombe-t-il tour à tour à l'Union démocratique du centre (UDC), parti suisse de droite dure bien réel, puis dans un groupe évangélique heureux mais rigoriste. Ces écoles valent ce qu'elles valent, et l'auteur les démystifie sans se gêner. Mais elles ont une force: ce sont elles qui font grandir Louis Moray.

 

Il y a là deux orientations divergentes, l'une plongeant dans ce que le réel peut avoir de plus concret, l'action politique. L'auteur montre donc notre personnage en train de tracter, de se positionner face aux arguments de contemporains plus sûrs d'eux mais pas plus malins. L'auteur finit d'ancrer son histoire dans le réel en mettant en scène deux ou trois personnages bien réels: Laurent Ballif, syndic socialiste de Vevey, Oskar Freysinger, homme politique de droite, Fabienne Despot, présidente de la section vaudoise de l'UDC. Le parti est brocardé comme il se doit, de manière caricaturale, mais sur le même ton, l'auteur sait aussi égratigner le camp adverse s'il le faut. Le réel affleure aussi dans ce qui se passe à Vevey, notamment au travers du festival PictoBello, où l'auteur, qui s'est illustré dans la bande dessinée aussi, rend hommage à quelques confrères suisses et belges. Puis vient le complot, point de bascule du roman.

 

Autour du groupe évangélique, l'ambiance est plus éthérée, plus échevelée aussi. Puisant à des sources solides, l'auteur dessine l'atmosphère des offices religieux où l'on parle en langues et où les miracles surviennent facilement sous l'effet de la transe. Il est aussi question de l'hypocrisie de certains religieux, bons en apparence, mais qui tiennent à occuper le devant de la scène. Tout s'achève sur une dispute entre prophètes réels et supposés... En donnant par ailleurs au pasteur une femme à la fois belle et mère de famille nombreuse, associant en une seule personne les archétypes de la mère et de la putain, il installe quelque chose de trouble. Ne serait-ce que dans le regard des autres sur elle. Forcément peccamineux, le regard...

 

Le fantastique est discret sur ce coup-ci. Il prend la forme d'un mystérieux homme en noir, qui apparaît aux moments clés du parcours de Louis Moray. On ne saura pas grand-chose de lui: est-il réel, ou n'est-il que la conscience, le "Jiminy Cricket" de Louis Moray? Mystère.

 

Comme dans les épisodes précédents du cycle de Gérimont, on sourit volontiers au fil des pages, même si celles-ci abordent à l'occasion des sujets aussi graves que l'opposition, argumentée avec intelligence, entre racisme et xénophobie. Le sourire naît d'une écriture qui, derrière un côté débonnaire, cache une finesse de renard rusé. L'auteur sait donner à chacun sa voix: il y a les orateurs qui bafouillent (étonnante recréation de la langue de bois politique!) et ceux qui parlent sans hoquets pour mieux persuader.

 

Quant au langage, il est parfaitement en phase avec les lieux où l'action se tient: on parle volontiers vaudois, le topio du coin n'est pas loin... et en définitive, c'est bonnard! Un peu comme la ville de Vevey telle qu'elle est dessinée par l'auteur et où rien ne manque: le coup de blanc de onze heures qui se prolonge bien après la fin du marché folklorique, la fête des vignerons, les restaurants où l'on boit une bière ou un ovo, l'église orthodoxe, le lac, le musée Jenisch. Qu'est-ce que tout cela vaut, toutefois, face à la montée des eaux? Affaire à suivre... Intitulé "Lachaude", le tome 4 du cycle de Gérimont est annoncé pour 2016.

 

Stéphane Bovon, Les deux vies de Louis Moray, Lausanne, Olivier Morattel Editeur, 2015. Illustrations de ou avec Krum, Christian Eggs, Samuel Rouge, Maga, Xavier Löwenthal, Maude Fattebert et macbe.

 

Mon billet au sujet de "Gérimont", tome 1 du cycle.

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 22:03

Gaudin TropDéfi Premier roman.

 

"Tout ça, c'est à cause de la neige qui n'en finissait pas de tomber. Moi j'avais que des bonnes intentions. Je voulais l'aider, rien de plus." Ce "je", c'est Jean, celui qui tiendra le crachoir tout au long de "Trop tard pour mourir", premier roman d'Yves Gaudin. Un écrivain pour qui l'année 2015 aura été faste: en plus d'entrer en littérature, cet auteur suisse, musicien et directeur de fanfare, a soutenu avec succès et mention "très honorable" sa thèse de doctorat sur la musicothérapie à l'université de Nice il y a une dizaine de jours. Félicitations!

 

Et à le lire, force est de constater qu'il connaît la musique. Son personnage a une voix, c'est indéniable - une voix qui colle à la peau de ce bonhomme nommé Jean, emprisonné malgré lui dans un conteneur en partance pour des terres lointaines. L'écrivain excelle à moduler cette voix: il lui arrive d'être canaille, de flirter avec un langage populaire lorsqu'il est question d'une vie de célibataire en délicatesse avec la loi. Elle se fait lyrique, voire emphatique, lorsque les sentiments amoureux prennent le dessus: les femmes sont au pluriel dans l'existence de Jean. Et lorsque surviennent les vertiges, les pertes de connaissance, la ponctuation s'en va, laissant le lecteur plonger en apnée.

 

Une apnée qui rappelle l'un des métiers de Jean: il a été scaphandrier. Sa plus grande plongée est cependant dictée par l'enfermement dans un conteneur, évoqué ci-dessus, où l'air finit par devenir rare. On ne saura pas exactement si cet enfermement est accidentel ou volontaire, et le roman ne permet jamais de trancher vraiment. L'enfermement sert de prétexte à l'évasion: alors que le lecteur peut s'attendre à un huis clos replié sur lui-même, l'auteur développe, au fil des pages, la biographie du personnage enfermé. Et laisse le lecteur libre de juger: a-t-il mérité d'être ainsi enfermé, durant 28 jours, sans nourriture, avec juste un peu de vin, quelques médicaments et pas assez d'air pour survivre?

 

La biographie de Jean, je l'ai dit, emprunte les méandres d'un personnage en délicatesse avec la loi: il a tué. L'auteur dessine les silences et les non-dits qui résultent d'une telle action, peignant en creux la difficulté de l'anonymat lorsque l'on contrevient à la loi: il est question de regards de travers, d'incrédulité face à un parcours mensonger: Jean a-t-il fait les études pour lesquelles il est parti vers la grande ville?

 

Parti... "Trop tard pour mourir" peut dès lors être vu comme un roman de la fuite. Si pénible qu'il paraisse au narrateur, le départ pour Paris a quelque chose qui soulage, comme une prise de distance envers des erreurs de jeunesse mal assumées et qui trouveront leur dénouement en fin de roman. Face à l'homicide aussi, partir pour l'Afrique paraît une solution. Et face aux juges, la langue de bois du prévenu a également tout d'une fuite face aux responsabilités. Fuite inefficace, bien sûr... Enfin, l'ultime départ a tout d'une fuite - comme si partir à deux pour un étranger lointain pouvait donner à un couple en perdition un nouveau départ. Illusion, selon l'auteur...

 

Roman d'aventures vécu dans un conteneur, plaidoyer pro domo d'un misérable présenté au lecteur seul apte à juger, "Trop tard pour mourir" est aussi un ouvrage au travail stylistique remarquable, toujours au plus près de son sujet, où la musique des mots se télescope avec celle de l'opéra, où "La Bohème" de Puccini entre en phase avec les âmes grises d'aujourd'hui. C'est aussi une belle réflexion autour d'un personnage qui a toujours privilégié la fuite... jusqu'à ce que, au moment où il s'y attend le moins, elle s'avère sans issue.

 

Yves Gaudin, Trop tard pour mourir, Fribourg, Faim de Siècle, 2015.

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 21:42

Voltenauer MuveranLu par Stella Noverraz.

Le site de l'auteur, celui de l'éditeur.

Défis Thrillers et polars et Premier roman.

 

"L'homme qui n'était pas un meurtrier se tenait sur la terrasse de son chalet d'alpage.": quel incipit! Par ces quelques mots, "Le dragon du Muveran" installe le décor, villageois et proche de la nature. Et l'auteur de ce roman tout neuf, Marc Voltenauer, pointe du doigt un personnage: celui qui, tout au long du roman, refusera l'étiquette de meurtrier, malgré les évidences. Sise à Gryon, dans le canton de Vaud, l'intrigue assume son régionalisme, tout en ouvrant son propos à quelques questions universelles, indispensables à l'intrigue ou plus périphériques, telles que l'auto-radicalisation, le statut des homosexuels, la vie villageoise, les enfants placés...

 

L'auteur jette toutes ses forces dans la bataille de ce premier roman. Celui-ci paraît donc riche, mais aussi touffu par moments, quitte à perdre en percutant: l'auteur se complaît parfois à décrire les personnages et leurs pensées, plutôt que de les montrer en action. En début de ce roman de 663 pages, alors que tout doit se mettre en place, le lecteur peut avoir l'impression de ramer.

 

Mais la générosité a aussi des avantages. Le lecteur se trouve donc face à un personnage principal riche. On relèvera d'abord son nom, surprenant: l'auteur l'a baptisé Andreas Auer, parfait homonyme d'un professeur de droit de renommée suisse, que j'ai moi-même potassé un peu à l'IDHEAP. Peu importe, cela dit: la figure est captivante, tiraillée entre un ego large qui le désigne comme un leader crédible, une homosexualité assumée au bout d'un parcours personnel qu'on devine tortueux et un hédonisme qui réserve quelques descriptions agréables: bons cigares, whiskies, supertoscans d'exception... Ce sont d'agréables contrepoints à une intrigue terrible, qui tourne autour d'un tueur en série mystérieux et astucieux et de quelques secrets trop bien gardés.

 

Qu'on en juge: assumant un côté sacrilège (le premier cadavre est retrouvé sur l'autel du temple de Gryon), chacun des homicides fait référence à des versets bibliques, et pas des plus célèbres. La bible et la pratique religieuse protestante constituent un fil rouge de l'ouvrage, dans une optique résolument réformée: plus d'un personnage connaît la bible parce qu'il l'a lue et a eu un épisode religieux sincère dans sa vie, même les policiers, qui se souviennent de leur catéchisme. Il est permis de penser ici au "Da Vinci Code"; mais là où Dan Brown propose un jeu de piste cérébral fondé sur une vision étroitement athée et universitaire, "Le Dragon de Muveran" offre un véritable roman policier protestant, construit avec les tripes et qui plonge bien profond, allant jusqu'à aborder la question de la culpabilité et du pardon et à évoquer quelques frictions possibles entre protestants et catholiques. Une question bien suisse, pour le coup, puisqu'il s'agit là des deux confessions historiques en Suisse.

 

Si Andreas Auer constitue un personnage complexe et passionnant, plus tourmenté qu'il ne veut bien l'avouer, le méchant qui lui fait face n'est pas moins captivant. Le romancier compose autour de cette figure d'éternel souffre-douleur un univers de tourments que cache le vernis d'une vie villageoise paisible: violé, abusé, baladé de famille en famille, mal aimé, l'homme est suprêmement intelligent, brillant même, et doté d'une force physique certaine. L'auteur parvient à rendre crédibles quelques agissements à peine croyables: ce bocaux pleins d'yeux qu'on retrouve par exemple chez tel personnage, comment y est-il arrivé? De la part d'un coupable si astucieux, rien d'étonnant... Cela dit, la mission "divine" d'ange exterminateur dont il se sent endossé donne à réfléchir au lecteur, surtout en ces temps où l'auto-radicalisation fait des ravages: le tueur en série, orfèvre du meurtre sanglant, se croit investi d'une mission divine, et ne se sent en aucun cas un meurtrier. Ainsi le lecteur en revient-il à l'incipit... et finit-il par ressentir une empathie coupable pour ce tueur en série ambivalent: acteur odieux, n'est-il pas aussi victime des circonstances?

 

Que de mots, que de richesses! L'entrée en matière n'est donc guère évidente. L'auteur attend du lecteur qu'il fasse l'effort d'entrer dans son monde et le suive dans des descriptions et théories dont la pertinence est parfois sujette à caution (qu'est-ce que Paul Watzlawick vient faire là? Et pourquoi tant de mots sur la pratique du poker comme clé d'un bon interrogatoire?). "Le Dragon du Muveran" est donc un roman copieux, dense comme une forêt impénétrable, révélateur d'un regard qui, s'il est principalement local (ce que souligne une langue qui assume ses discrets helvétismes), sait s'ouvrir sur le monde et évoquer des thèmes universels. Avec ses limites et ses forces, c'est un roman qui pourrait marquer l'histoire du polar en Suisse romande.

 

Marc Voltenauer, Le Dragon du Muveran, Lausanne, Plaisir de lire, 2015.

 

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 22:24

Chapuis ParcLu par Francis Richard.

 

Court, noir. Ou blanc, puisqu'il y a de la neige. Et rouge, puisqu'il y a un mort. L'écrivain vaudois Olivier Chapuis, président de l'Association vaudoise des écrivains, livre avec "Le Parc" un bref roman noir réussi, qui trouve le ton juste entre efficacité et désir de faire naître des images au gré des comparaisons. Cela, sans oublier quelques idées bien dans l'air du temps, véhiculées par les personnages.

 

Il y a d'abord la scène d'origine, soit un prologue d'une page. Factuelle, un peu comme un article de journal, cette exposition contient en germe toutes les questions auxquelles le roman va répondre: pourquoi cet homme mort, gisant dans la neige qui recouvre le parc Mon-Repos à Lausanne? Qui est-il, d'ailleurs? Dernières réponses dans l'épilogue qui lui fait écho. Et aussi entre les deux...

 

La construction du roman est originale. Elle adopte tour à tour six points de vue, correspondant à six personnages concernés. L'auteur se montre virtuose ici, à plus d'un titre. Il a l'art de faire ricocher, d'un personnage à l'autre, certains éléments et détails d'une action minimale: la balle qu'on tire, l'enfant qui traverse inconsidérément la route, l'artiste auquel on rend visite, l'arme du crime même. Et puis, l'auteur glisse avec aisance d'un personnage à l'autre, sans aspérité malvenue.

 

Et si l'auteur réduit sa narration à l'essentiel et la rend ainsi percutante, il ne dédaigne pas pour autant de s'attarder sur certains aspects. Les pages qui tournent autour de l'arme du crime, vendue, utilisée, collectionnée, ont de quoi fasciner par leur réalisme, notamment s'agissant de l'expérience de tir. L'auteur en profite pour glisser une ébauche de débat sur la pertinence des armes à feu et de leur utilisation, fût-elle sportive. Il y a aussi quelques réflexions sur l'art, amenée par la présence d'un artiste où l'un des personnages va se mettre au chaud.

 

Enfin, les questions d'écologie sont aussi présentes; elles rebondissent d'un chapitre à l'autre. Jeu de ricochets, à nouveau, cette fois sur les idées. Concrets ou abstraits, ces ricochets rappellent ceux que peut faire une balle perdue. Comme celle qu'a ramassée le personnage mort au milieu du parc et qui gît, entre des badauds animés par une curiosité malsaine, un photographe qui passait par là et la police.

 

Ramassé et efficace, servi par une écriture sans effet inutile, "Le Parc" est construit avec beaucoup d'adresse et de finesse. L'utilisation de la troisième personne du singulier, d'un bout à l'autre du roman, impose un certain recul: l'auteur se fait ainsi curieux, observateur. "Le Parc" s'avère un roman rapide qui captive, à la manière d'une longue nouvelle bien accrocheuse.

 

Olivier Chapuis, Le Parc, Lausanne, BSN Press, 2015.

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 19:10

hebergement d'imageLu par Alain Bagnoud.

 

Lorsqu'on lit "L'Affaire", roman de l'écrivain neuchâtelois Claude Darbellay, il est difficile de ne pas penser à des affaires bien réelles qui ont fait trembler, peu ou prou, les landerneaux politiques cantonaux, dans le canton de Neuchâtel ou ailleurs. Leur écho transparaît du reste dans ce petit livre où affleurent quelques allusions, à telle enseigne qu'on a pu penser que l'auteur offrait là un roman à clés.

 

Cela dit, à travers le personnage emblématique d'un Conseiller d'Etat à la carrière aussi irrésistible que fugace, sans doute construit en observant plus d'une personnalité politique suisse voire étrangère, ce sont des travers et comportements bien humains que l'auteur met à nu. "L'Affaire" est susceptible d'intéresser n'importe quel lecteur, bien au-delà de l'étroit terroir romand: il suffit de se souvenir qu'en Suisse romande, un "Conseiller d'Etat" est un élu chargé de diriger un département au niveau cantonal - une sorte de ministre cantonal, donc.

 

L'ambition? C'est elle qui fait avancer le fameux Conseiller d'Etat, figure jamais nommée comme s'il s'agissait d'en faire un type universel. Autour de ce personnage présenté comme exceptionnel et volontaire, on s'agite. L'auteur dessine avec une froide précision les alliances de rencontre, les majorités de circonstance qui masquent les rancoeurs et les jalousies... pour un temps: au sein même de son parti - "droite modérée", nous avons donc probablement affaire à un "radical" - l'ascension fulgurante du Conseiller d'Etat ne fait pas l'unanimité. A un niveau politique, l'auteur dessine aussi les jeux de pouvoir entre partis, en les observant par divers biais: réunions, presse, discussions, rumeurs et ragots. Il renvoie l'image d'une caste politique peu exemplaire à force de compromissions, où chacun se "tient par la barbichette".

 

Le Conseiller d'Etat est aussi un homme à femmes, et l'auteur analyse avec finesse et pertinence les trois facettes de ses désirs, de ses moeurs: il y a une épouse, une amante et les plaisirs tarifés, fondés sur une relation sadomasochiste assez conventionnelle. L'auteur différencie fort bien ces manière de vivre la sexualité, variant les regards et le ton, tantôt explicites pour ne pas dire cliniques (amours tarifées), tantôt discrets (amante), tantôt teintés d'amertume (relation avec l'épouse légitime). Le lecteur garde l'impression que le Conseiller d'Etat est essentiellement, en matière de sexualité, un consommateur pour lequel chacune devrait se tenir prête, en fonction de ses humeurs.

 

"L'Affaire" est un roman court, sobre, sur l'ascension brutalement freinée d'un avocat d'affaires entré en politique par opportunité. Derrière la façade de gendre idéal du Conseiller d'Etat, les coulisses sont sombres et l'auteur se plaît à les explorer. Rien d'explosif, cela dit: toute "l'affaire" - une affaire d'achat de terrain, un accident de voiture, une fortune un peu trop visible - se règle vite, quelques éclaboussures dans la presse et l'on passe à autre chose. En fin de roman, l'auteur prend soin de faire le vide autour de son personnage... et de lui offrir une issue à Hong Kong, "le lieu de tous les possibles". Une fin ouverte, optimiste peut-être, si l'on veut croire que la vie offre toujours une deuxième, voire une troisième chance.

 

Claude Darbellay, L'Affaire, Gollion, Editions d'autre part, 2012.

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 21:36

Urech OrdonnanceLu par Antonin Moeri.

Le site de l'auteure.

 

Un ébéniste arrive dans une ville afin d'y vivre de son travail. Il y découvre un mode d'existence pour le moins singulier. Ses allures surréalistes cachent des vérités qui entrent en résonance avec une réalité que nous connaissons bien. "L'ordonnance respectueuse du vide" est le dernier roman de Marie-Jeanne Urech. L'écrivaine suisse invite une fois de plus ses lecteurs à se balader dans un univers bien cerné qui, sous des allures décalées, invite à réfléchir.

 

La ville de Z rappelle certaines localités suisses au statut fiscal attractif, opulentes à leur manière froidement financière. Il est permis, par exemple, de penser à Zoug, d'autant plus qu'il y a un lac, et que le nombre d'habitants concorde à peu près avec celui de la Z du roman. Les boîtes aux lettres deviennent par ailleurs un mystère récurrent de ce livre: qui les relève, qui reçoit du courrier? L'auteure donne ainsi une image concrète des "sociétés boîtes aux lettres", domiciliées là uniquement pour bénéficier d'une fiscalité clémente.

 

La figure de M. Island, riche promoteur immobilier et potentat, est omniprésente. Si les apparitions du personnage sont rares, les effets de ses actions sont omniprésents. L'auteure utilise des éléments simples pour montrer son caractère démagogue: alcool gratuit, du pain et des jeux (du cirque) à tous les étages. Il y a aussi les chantiers, omniprésents: les grues poussent mieux que les arbres à Z.

 

Et puis il y a une certaine méfiance face à l'autre. C'est que le menuisier, surnommé Modeste, fait figure d'immigré. Dès lors s'installe une relation ambivalente entre lui et les indigènes: certes, il bénéficie d'une certaine bienveillance globale de surface, mais certains de ses actes, inattendus, lui seront reprochés, à l'instar de l'utilisation des palissades de chantier pour fabriquer des meubles. Reste que Modeste s'intègre, puisqu'il finit par obtenir un nom local jusqu'à la caricature et par épouser Elytre. Serait-il, du coup, devenu "plus indigène que les indigènes"?

 

C'est que si le côté politique du roman paraît sérieux dans son fond, cette gravité est contrebalancée par les jeux amoureux de Modeste, d'abord avec la distributrice de bière et d'eau-de-vie, évoqués avec une pudeur parfaitement de mise, puis avec Elytre, la fille aux robes changeantes, transparente et muette jusqu'au chapitre I, étonnamment placé en fin de roman. Pour donner corps au rapprochement des êtres, l'auteure choisit de faire se rapprocher les lits séparés de Modeste et d'Elytre: lorsqu'ils se toucheront, Modeste fera sa demande en mariage. Ce côté "jeux d'enfants" donne à cette intrigue amoureuse une fraîcheur teintée d'agréable surprise.

 

Quelques trouvailles délicieuses ou surprenantes émaillent "L'ordonnance respectueuse du vide". Il y a par exemple la pléthore de meubles que Modeste fabrique, alors que les autochtones se contentent d'une commode qui leur sert de lit, de table et de lieu de rangement. Le lecteur familier de Marie-Jeanne Urech retrouvera par ailleurs avec plaisir Yapaklou et Zibeline, deux enfants qui tracent leur destin à travers les romans de l'auteure, qui s'offre le plaisir de rappeler le géant du distributeur de frites des "Valets de nuit".

 

Enfin, la description de quelques usages particuliers, autour par exemple des décès successifs des bonnes soeurs ou de la vie religieuse, finissent de convaincre le lecteur que l'auteure l'invite, avec un certain sourire pas tout à fait innocent, à visiter une autre planète. Une planète qui pourrait quand même bien se trouver en Suisse...

 

Marie-Jeanne Urech, L'ordonnance respectueuse du vide, Vevey, L'Aire, 2015.

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