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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 22:22

... loin de moi l'idée de donner une réponse définitive. Je viens en effet de terminer la lecture du livre "L'Evasion de C. B.", conte de politique-fiction autour de l'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral, le 12décembre 2007, que j'avais évoqué dans un précédent papier. Un petit livre qui en vaut la peine parce qu'il est vite lu, d'abord, parce que son style est alerte, ensuite, et enfin parce que manifestement, c'est un observateur privilégié et fin qui l'a pondu. Pour une fois, le prière d'insérer ne ment pas, n'enjolive pas... Si vous aimez les théories de complot et la réalité qu'on approche par un autre bout, ce livre est pour vous.

Mais après ma lecture, je reste tout aussi perplexe. Tout au plus ai-je envie d'écarter Oskar Freysinger des auteurs possibles de ce livre. Certes, il pourrait être assez irrévérencieux pour s'atteler à un tel projet, où personne ne sort grandi. Mais outre ses occupations, force m'a été que ce n'est pas son style - celui qu'il adopte dans ses propres contes, en allemand ou en français. Exit donc le chanteur libre.

Jacques Neirynck? Hum-hum. Certes, certaines pages rappellent les descriptions des institutions suprêmes de Suisse, et de mettre en lumière leur discrétion qui abrite de nombreux secrets de famille. Mais je n'ai pas ressenti, en lisant "L'attaque du Palais Fédéral" ou "Et Malville explosa", le côté vitriolé de "L'Evasion de C. B.". Si c'était lui, il se serait lâché... or, dans le livre de Janus, les démocrates-chrétiens (ou "social-crucifériens") ne se lâchent pas. Ce sont des politiciens suisses typiques, avec leurs tabous et leurs limites.

D'autres? On a prononcé le nom d'Alain Berset comme auteur possible, mais j'émets des doutes: cela ferait pas mal de cordes à son arc. Ou Carla del Ponte? Il faudrait qu'elle écrive en français, avant tout... sans oublier qu'elle est déjà fort occupée par son propre témoignage de procureur à La Haye - écrit en italien. A moins que ce ne soit un des auteurs maison des éditions Xenia? Mais ce serait un politologue doublé d'un homme de terrain - un journaliste parlementaire, peut-être, ou un député.

Une chose est certaine: l'homme ou la femme qui a écrit ce livre prend le train, le matin entre sept et huit heures, entre Lausanne et Berne. Un chapitre est à ce titre révélateur, le tout dernier, où il décrit l'ambiance qui règne dans le train ce 13 décembre 2007 au matin: des gens qui sourient sans trop savoir pourquoi, des gens qui écoutent la radio, comme pendus aux lèvres d'Eveline Widmer-Schlumpf qui s'apprête à dire si elle va accepter de succéder à Christoph Blocher, à la suite de son élection de la veille. Et la bonne humeur dans les yeux de ceux qui, avant les autres, ont su.

Il faudrait que C. B. se fasse plus souvent sortir du Conseil fédéral...

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 17:11

Il y a du rififi dans le monde des arts! C'est ce que semble dire l'homme de radio suisse Daniel Fazan dans son roman "Morose foncé", publié en 2007 aux éditions Publi-Libris. L'argument peut être résumé rapidement: grisé par le succès, un artiste prend ses distances avec tout le monde, crée une industrie de création de ses propres tableaux par des tiers... et cherche à se venger d'affronts subis dans ses débuts. Une trame assez classique donc, celle de l'artiste presque maudit, soudain confronté à un succès dû davantage aux circonstances qu'au génie. L'affaire se déroule dans un pays qui pourrait être, qui est même la Suisse, même si elle n'est jamais nommée.

Dès le début, le suspens marche à fond, fondé sur le rythme lent d'une sorte de journal intime qui privilégie l'introspection et adopte le ton de la confession. Quels sont les personnages qui parlent entre eux sur les trois premières pages du récit, écrites en italique? L'artiste et son collaborateur personnel, si l'on ose le nommer ainsi. Mais cela, l'auteur ne le dévoilera que petit à petit. De même qu'il prendra tout son temps pour camper le décor et dire ce que fait le narrateur - le mot "atelier" met certes sur la piste en page 7, mais ce n'est que plus tard que le lecteur saura sans ambages. Et à mesure que les réponses arrivent, les questions naissent.

L'auteur fait également preuve de lenteur et de précision pour présenter Mara, compagne des jours d'infortune de l'artiste, incarnation d'un jusqu'au-boutisme qui ne sera pas payé de retour: elle finira par briser ses propres oeuvres, et sera délaissée par le narrateur, qui choisira de fréquenter quelque temps une "Marina", petite Mara insatisfaisante et dérisoire. Famille recomposée, le couple Mara-Narrateur semble un objet recollé, qui ne peut que se briser tôt ou tard.

Le narrateur lui-même se considère comme un pur, au début; mais son succès vient quand il passe, comme dit l'auteur, "de la révolte à l'obéissance" (p. 14). Obéissance? Compromission, en tout cas. Et c'est là que l'affaire commence vraiment, d'abord avec l'intervention de Jo, sorte de nègre à qui le narrateur confie la réalisation de toiles afin de répondre à une demande importante qui promet d'être fort lucrative. Le succès rend naturellement le narrateur très "business", ce qu'il expose en pages 101 à 103. Trop indépendant, trop talentueux, Jo sera remplacé par des salariés hongrois.

Mais le narrateur considère sa compromission, sa trahison, comme quelque chose de normal, comme un juste retour des choses: "La trahison est l'arme ultime des victimes", dit-il - la phrase figure du reste en exergue du roman, éclairant celui-ci dans son ensemble. "Pur, avant, j'en crevais. Aujourd'hui, j'en vis, avec aisance. Qui est cynique? Le système ou moi?", affirme par ailleurs le narrateur en page 107.

La prise de distance du narrateur est également progressive. Elle évolue lentement quand il s'agit de Mara; mais le ver est très tôt dans le fruit, puisque le couple d'artistes, déjà, se condamne à vivre dans sa "Renardière", tanière de renard rusé meublée avec luxe, sans jamais recevoir qui que ce soit. Le narrateur refusera du reste de partager son succès avec qui que ce soit, allant même jusqu'à exploiter puis à griller son ami Jean auprès de l'Office de la culture, chargé de distribuer les subventions, par des méthodes de faussaire. Au terme du récit, l'artiste se trouve dans un hôtel de luxe, seul dans sa chambre comme il l'est dans son art, et donne à croire à tout le monde qu'il se trouve en voyage professionnel.

Autant dire que nous avons affaire ici à un roman bien fichu, dans lequel il faut toutefois faire l'effort d'entrer. L'auteur a en effet une manière bien à lui de glisser ses péripéties, de sorte qu'on ne se rend pas forcément compte du moment où tout bascule - et s'il y a effectivement un tel moment. La tour d'ivoire se construit...


Site de l'éditeur: http://www.publi-libris.ch
Photo: galerie ABPI.

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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 21:07

... dans les librairies, c'est pour tout bientôt, avec la complicité des éditions Xenia - un éditeur de Vevey, que j'aime bien parce qu'il ose publier des textes culottés qui sortent de l'ordinaire et font réfléchir - à l'instar du "Candidat" de Jean Cau (sur l'Académie française, savoureux) ou de "Comment le djihad est arrivé en Europe" de Jürgen Elsässer. Cette maison est pilotée par Slobodan Despot, dont le blog personnel est signalé parmi mes liens favoris.

Mais bon, là, le grand barouf est lancé autour d'un écrivain qui signe "Janus" et entretient le mystère à son propre sujet depuis quelque temps. La grande affaire? C'est la parution, le 15 avril (donc aujourd'hui), d'un roman de politique-fiction. Allez, je vous le raconte, d'après les éléments publiés par "La Liberté": le romancier pose que si Christoph Blocher a été éjecté du Conseil fédéral le 12 décembre dernier au profit d'Eveline Widmer-Schlumpf, c'est parce qu'il l'a voulu et a tout fait pour cela. Une telle approche jette naturellement un nouvel éclairage sur "l'évincé à la Zurichoise", ancien ministre de Justice et Police suisse, membre atypique et charismatique de l'Union démocratique du centre, dont les idées et les manières tranchées ne lui ont pas valu que des amitiés.  

Alors, qui est l'auteur? Le blog et l'éditeur entretiennent le suspens. Le blog lancé à cet effet propose cependant un sondage à ses lecteurs. Qui, alors? Ma première idée a été Jacques Neyrinck, écrivain, scientifique et politicien connu et reconnu bien au-delà des frontières suisse (il est du reste belge et français en plus d'être suisse). Mais une objection m'empêche de tenir cette position: il a déjà écrit un roman sur le sujet, "L'Attaque du Palais fédéral", paru chez Favre. Un autre candidat possible pourrait être Oskar Freysinger lui-même, membre de l'Union démocratique du centre, Conseiller national, écrivain à la fois francophone et germanophone, donc aux premières loges pour connaître les rouages du système et le personnage principal du récit. A-t-il cependant eu le temps de pondre? Son automne 2007 a été bien occupé par les élections. Le sondage lance d'autres noms: Jean Ziegler, Christoph Blocher lui-même, Eveline Widmer-Schlumpf, Samuel Schmid. Un peu plus improbable, surtout pour les trois derniers.

L'éditeur Xenia, pour brouiller encore les pistes, parle d'un journaliste étranger. Là, les spéculations vont aborder un terrain plus vaste... Bien sûr, quand le voile sera levé, on se dira: "Mais c'était bien sûr!" D'ici là, laissons les langues s'agiter.

Présentation du livre aux éditions Xenia.
Le blog de Janus.

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 19:58

"Avec un titre comme celui-là, pas besoin de vous faire un dessin", écrit l'auteur de ce livre, en dédicace au service de presse. Avec un truc pareil, la couleur est donnée, et elle tache - chemises blanches s'abstenir. Mais je vais vous apporter deux ou trois éléments pour mieux capter l'enjeu.

Il y a en effet, dans le monde du livre, des ouvrages qui passent totalement inaperçus. Faiblasses, mous, blafards, gris, on pourrait parler d'une foule anonyme de livres. Et parmi les livres qu'on a peu vus, il y a quelques années, il y a eu "La Touffe Sublime" d'Ivan Sigg, paru chez Julliard. Je n'ai guère retrouvé de recensions à son sujet dans les poubelles du Web. Or, celui-là est ENORME! Plantons le décor: il s'agit de quatre compères, artistes du visuel, qui décident de s'associer afin de devenir "les Beatles de l'art", sous le nom collectif de "La Touffe sublime". Ils vont de succès en succès, exposent leurs grands formats partout dans le monde, et finissent par splitter, comme tout bon groupe à succès qui se respecte.

Pour mieux cerner ses personnages et leur caractère, l'auteur a choisi de leur donner des surnoms d'animaux. On se retrouve donc avec un héron, un blaireau (si, si!), un ours et un loup. Chacun des peintres en a les caractéristiques, physiques ou psychiques, et l'auteur les fait évoluer et se confronter sans vergogne, à deux, trois, quatre, ou plus au gré des amours (physiques, non mais avec un titre comme ça, vous croyez qu'on en reste à jouer au Scrabble?) de rencontre. La ménagerie se retrouve dans des situations impossibles, chapitre après chapitre; s'il est un événement mémorable, c'est celui où l'un des protagonistes capte la radio dans l'avion parce que ses plombages font galène...

Il y a sans doute une part de vécu dans ce récit, puisque l'auteur est lui-même artiste peintre. "La Touffe Sublime" est naturellement mené à un rythme d'enfer; la déconne est au rendez-vous à chaque coin de page. Truculent dans le ton, bourré d'une verve salutaire, il se dévore avec force éclats de rire. Attention: ça laisse des taches. Mais je vous souhaite une bonne lecture... si vous retrouvez cet ouvrage.

Ivan Sigg, La Touffe Sublime, Julliard, 2003.

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 20:11

Michaël Perruchoud, c'est un auteur que je suis depuis un sacré bout de temps, puisque j'avais participé à la correction de son premier roman, "Crécelle et les brigands" - un ouvrage qui réservait quelques pages savoureuses, sensuelles même, et faisait visiter le Vieux Genève. Depuis, il y a eu "Non-lieu", "Poil au Temps", "La Tragédie du Pape Kevin", "La Pute et l'insomniaque", sans compter des pièces de théâtre, des feuilletons, etc. Autant de témoins d'une plume habile dans de nombreux registres.

Avec "Passagère", c'est d'une destinée à la fois ordinaire et exceptionnelle que l'écrivain genevois parle. Ordinaire, puisque la narratrice est une femme, Caroline, qu'on découvre au fil de paragraphes ou de groupes de paragraphes, tout au long de sa vie. Et exceptionnelle, puisqu'elle survit, miraculée, d'une catastrophe aérienne survenue sur un vol qui la ramène d'Asie en Suisse.

Les épisodes narrés par Michaël Perruchoud sont ceux de catastrophes, de ruptures - des épisodes clés, mais toujours douloureux. Il y a d'abord les cauchemars que lui donne Jésus-Christ à l'église. Il y a la catastrophe aérienne. Il y a la noyade de Romain, fils de Caroline. Autant d'événements charnières. Scène capitale de "Passagère", l'accident d'avion survient dans un vol que la narratrice effectue d'Asie en Suisse, après avoir rompu avec son compagnon lors d'une escalade. Il est pour elle l'occasion de rencontrer son nouveau mari, Jean-Claude, l'homme au pull rouge - également miraculé de ce vol. Providence ou simple hasard? La question va diviser le nouveau couple. Mais le vol peut être perçu comme la métaphore du transit de Caroline d'une vie à une autre, en plus d'être celle d'un homme à un autre. 

Le récit adopte une structure éclatée qui concourt au sens profond du roman, devenant lui-même la métaphore d'un avion brisé, ou celle d'une femme qui a ses fêlures. Il est par ailleurs suffisamment flou pour qu'on ne puisse pas vraiment savoir à quelle époque ça se passe: vingtième, vingt et unième siècle? L'utilisation apparemment aléatoire des temps du passé et du présent concourt encore à ce flou en invitant le lecteur à se demander s'il lit le récit d'une vieille dame qui se souvient... ou de tout autre chose, d'autant plus que quelques prémonitions, en pages 116 et 117 par exemple, compliquent le jeu de renvois dans le temps.

Au final, Michaël Perruchoud livre ici le portrait réussi, intemporel et saisissant, d'une femme de notre temps, de notre pays, et pourtant universelle.

Michaël Perruchoud, Passagère, Lausanne, L'Age d'Homme, 2004.

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