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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 20:22

Seigle NoirLu par Anyuka, Ariane, Bookfalo Kill, Bouquivore, Cajou, Clara, Delphine, Eirenamg, Eva Littéraire, Filou 49, François Bagnaud, Hélène, La Fée, Les Sandales d'Empédocle, Lily, Marie-Dominique Godfard, Marion, Myriam Thibault, Nicole Volle, Sandrine, Sylire, Thalie.

 

Les lettres françaises ont évoqué par deux fois l'an dernier la figure de Pauline Dubuisson (1927-1963), figure tourmentée et fascinante, "femme la plus détestée de France" selon certains commentateurs contemporains de son existence. Les deux romans qui l'évoquent sont fort différents. Dans "La petite femelle", Philippe Jaenada lance une plaidoirie fouillée et passionnée afin de défendre celle qui tua son amant. Jean-Luc Seigle, quant à lui, va encore plus loin en se glissant dans la peau de Pauline Dubuisson.

 

Une bonne part de "Je vous écris dans le noir" tourne autour de la parole qu'on n'a jamais laissée à Pauline Dubuisson, condamnée à vivre seule avec son passé alors que sa seule ambition est de devenir médecin. Cela commence avec le film "La Vérité" d'Henri-Georges Clouzot, où il est question de son parcours... alors qu'on ne l'a jamais approchée à ce sujet. Face à la justice non plus, la figure de Pauline Dubuisson recréée par Jean-Luc Seigle n'a pas l'impression d'être entendue. Cela, sans parler des accusations de collaboration sous l'Occupation, ni de sa relation avec ses parents, avec son père... Quant à ses sentiments, ils deviennent inaudibles dès lors qu'on sait qui elle est. Son dernier amant, Jean, le sait: c'est à lui que s'adresse, dans la logique du roman, le deuxième cahier. Même si c'est bien le lecteur de Jean-Luc Seigle qui le lit...

 

Pour matérialiser ce droit d'être entendu, l'auteur choisit de donner la parole à Pauline Dubuisson, qui s'exprime à la première personne par le biais de cahiers, où les souvenirs se mêlent à l'introspection et à la réflexion sur des choix de vie reconstruits de manière fine et solide: l'auteur réussit à recréer ainsi des cahiers que Pauline Dubuisson aurait écrits, et qui sont aujourd'hui perdus - encore une expression authentique qu'on n'entendra pas. Du coup, la parole rendue est un enjeu important de "Je vous écris dans le noir": en faisant parler Pauline Dubuisson, l'écrivain d'aujourd'hui lui restitue l'humanité que ses contemporains, entre autres, lui ont niée.

 

Quelle ambiance? L'auteur ne donne pas à voir une figure révoltée, mais plutôt quelqu'un qui mène sa barque de manière sereine et déterminée, une personne empreinte aussi d'une sensibilité constante aux mots qu'on dit ou qu'on lit - ce qui installe aussi le dessin d'un rapport particulier à la langue française, qui a été la langue qui l'a accusée. Si le premier cahier de "Je vous écris dans le noir" commence par la phrase "J'aime la langue arabe.", ce n'est pas un hasard.

 

L'écrivain brosse le portrait d'une femme sensible qu'on n'a pas assez écoutée. Et dit au lecteur que justement, par son parcours atypique et mythique, elle a quelque chose à lui dire.

 

Jean-Luc Seigle, Je vous écris dans le noir, Paris, Flammarion, 2015. Prix Charles-Exbrayat 2015.

Egalement cité: Philippe Jaenada, La petite femelle, Paris, Julliard, 2015.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 15:35

Myttenaere ChineDéfi Premier roman.

 

On pense au deuxième titre d'"Une vie" de Guy de Maupassant lorsqu'on lit "L'ancre de Chine" de l'écrivaine belge Chantal Myttenaere. Ou alors à Emma Bovary, si l'on songe à Marie, personnage principal de cet ouvrage aux accents parfois poignants, femme brusquement confrontée à un réel qui n'a rien de celui qu'elle a imaginé. Primé en 1988, ce roman, le premier de la romancière, a fait l'objet d'une réécriture complète. Cette nouvelle version a paru en 2010 aux éditions de L'Hèbe.

 

"Une vie"? Ou plutôt "L'humble vérité"... Le lecteur est invité à lire le récit de vie de Marie, âme grise née dans le monde des mines en Belgique au début du vingtième siècle. Marie est baladée entre richesse et misère, suivant en tout temps son mari tant que celui-ci est vivant. Abreuvée aux romans sentimentaux à deux balles, elle va découvrir la brutale réalité d'un monde qui tourne sans trop se préoccuper d'elle. L'aspiration à la richesse sera son but, tempéré par la fidélité à des conjoints aimés. Et l'alcool fait descendre le tout. Et face aux hauts et aux bas de la vie de Marie, faite de flamboiements et d'échecs, impossible de ne pas penser à la dernière phrase de "Une vie" de Guy de Maupassant: ""La vie, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit."

 

Il y a aussi quelque chose d'Emma Bovary dans la personne de Marie, délaissée par un premier mari intègre auquel, et c'est le pire, elle n'a pas grand-chose à reprocher, si ce n'est un penchant pour l'alcool et une certaine brutalité au lit. Comment remplir son quotidien? L'auteure met en scène quelques amants, et s'efforce de recréer ainsi le parfum de scandale de "Madame Bovary". L'écho n'est plus le même aujourd'hui; mais force est de constater, et cela dérange encore, que Marie renvoie l'image d'une épouse qui, dans une société lourdement codifiée, aimerait jouer un autre rôle que celui de mère et de femme au foyer qui lui est assigné. Ou au moins être quelque chose de plus.

 

Rôle assigné? C'est là qu'intervient la question de l'intelligence de Marie. Celle-ci se matérialise dans une appétence à la musique: enfant, elle aimerait apprendre à jouer du violon, mais son père n'a pas les moyens de lui payer des leçons. Plus loin, elle s'avère bonne chanteuse, mais l'occasion de percer ne lui sera jamais donnée, si ce n'est dans un cadre privé. Enfin, on peut voir dans sa relation avec le violoniste Winston une manière de devenir enfin violoniste sur le tard, par procuration, en soutenant un interprète. En contrepoint, les lectures de Marie suggèrent une certaine vie de l'esprit, nécessairement personnelle - et l'ensemble laisse au lecteur l'impression douloureuse d'un beau talent gâché. Il est enfin permis de voir dans la figure de son père, le Père Parfait, mort en tombant sur la tête, une sorte d'hérédité et d'indicateur au lecteur: le sujet est important.

 

"Ancre de Chine"? Un jeu de mots facile pour un titre de roman, certes, mais porteur de sens ici, avec cette figure de Marie qui a vécu sur quatre continents mais a vécu les moments les plus forts de sa vie sentimentale en Chine. C'est avec beaucoup de pudeur que l'écrivaine dessine la relation d'amour impossible entre Marie et François-Cheng, son "amant de la Chine du nord". Et au-delà, la Chine trouvera d'infinies résonances dans le vécu de Marie, baladée entre le Congo et le Québec, au travers entre autres d'un tapis bleu de Chine auquel elle tient et que l'auteur fait revenir dans son récit, comme un leitmotiv. Le jeu de mots est donc justifié: la Chine sert effectivement de référence à la femme dont le lecteur découvre l'existence ici.

 

Quatre continents... mais que les amateurs d'exotisme passent leur chemin! L'auteure ne s'appensantit guère sur les beautés de la Chine, du Congo ou du Québec. Adoptant le regard d'une femme qui a vécu les deux premiers tiers du vingtième siècle, elle en recrée aussi les stéréotypes, de manière crédible et sans juger, quitte à choquer le lecteur actuel, sensibilisé aux questions de racisme. Et d'une manière globale, c'est plutôt le côté terne et ennuyeux d'un vécu quotidien dans ces contrées (deuils, maladies, famille, solitude), éventuellement éclairé par le sexe et la consommation d'alcool (encore!), qui est mis en avant. Côté beauté, le lecteur sera séduit par le dessin des relations humaines, que celles-ci soient cordiales ou difficiles: c'est là que l'auteure met l'accent.

 

Enfin, pour dessiner le récit de vie de Marie, l'auteure met en scène sa petite-fille, à l'écoute de sa grand-mère, crayon à la main. Marie se raconte... tout en déclarant, de temps à autre, que cette histoire de vie ne mérite pas d'être racontée, qu'il vaut mieux laisser la place au rêve d'une vie jamais vécue. Le personnage de la petite-fille est ainsi placée face à un choix impossible: dire "l'humble vérité" ou la cacher pour préserver le mythe parental (tiens, c'est aussi le point de départ de "Un sujet français" d'Ali Magoudi, mais là, le père ne s'est même pas raconté...). L'auteure trouve une manière de ménager les deux points de vue: certes, elle racontera de manière très réaliste la vie de son aïeule... mais dans son écrit, elle lui donnera la mort de ses rêves, suggérant que jusqu'au bout, une vie peut être plus que ce que le monde, les gens, l'histoire ou les circonstances imposent.

 

Chantal Myttenaere, L'ancre de Chine, Charmey, L'Hèbe, 2010.

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 22:47

Boudjedra Hotel"Avec tout ce fatras familial que je traîne depuis toujours, en amont et en aval, voilà cette femme (Jeanne?) qui me tombe dessus, avec son histoire de père qui a participé à la guerre d'Algérie et qui l'avait chargée de visiter le pays, quelques jours avant sa mort." Comment, mieux que par son incipit, résumer "Hôtel Saint-Georges"? Signé de l'écrivain Rachid Boudjedra, ce roman polyphonique aux allures solides allie une complexe histoire familiale marquée par l'Histoire et le retour d'une Française au pays où son père fut actif durant la guerre d'Algérie. Cela, avec tous les jeux de résonance possibles...

 

L'hôtel Saint-Georges est la plate-forme de l'action de ce roman: c'est là que le père de Jeanne fut actif durant la guerre, passant sa jeunesse à fabriquer des cercueils à la pelle, mettant entre parenthèses son métier d'ébéniste d'exception. L'auteur choisit de faire parler cet homme par le biais d'une longue lettre, dont certains extraits composent autant de chapitres. Et pour dessiner toute l'étendue de la frustration, du désarroi de l'artisan de haut vol réduit à construire des bières du mieux qu'il peut, l'auteur détaille avec finesse tous les savoir-faire de l'artisan. Les mots rares et spécialisés, notamment le nom des bois d'exception, résonnent comme autant de paradis perdus.

 

Une autre voix se dégage aussi, celle du harki Kader, illettré, au français boiteux, acteur de tortures. Au-delà de ses mots en bataille, on lit chez lui une folie, une vraie fureur. On le retrouve plus tard, perdu à Paris: "Laisse le tranquille. Il vient de l'enfer. Mais il ne sait pas ce qui l'attend ici! Ca va être pire que l'enfer, ici. Fiche-lui la paix."

 

Un lien mystérieux lie tous ces personnages - il y a aussi Rac, le guide de Jeanne en Algérie, et plusieurs femmes parfois violentes, qui ont connu la prison au temps de la guerre. Sans oublier Nabila, la serveuse de l'hôtel, à laquelle Jean, réfugié dans l'alcool, se confie et que le lecteur retrouve, plus âgée.

 

Chacune et chacun a une accointance avec l'autre, et le jeu des regards sur une situation s'installe: ce que l'un des personnages ignore forcément, un autre viendra le préciser, tout naturellement. Et par touches, le lecteur en vient à découvrir de quoi il s'agit: le portrait d'une famille tourmentée par l'histoire, dont certains membres sont partis de l'Algérie, et le parcours d'une femme qui veut en savoir plus et réaliser une promesse faite à son père.

 

Rachid Boudjedra, Hôtel Saint-Georges, Paris, Grasset, 2011.

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 21:37

Magoudi SujetLu par Etudes coloniales. Ce qui fait peu de monde, et c'est dommage...

 

"Ma vie est un véritable roman. Quand tu seras grand, je te la raconterai et tu l'écriras." Il y a tout un programme dans l'incipit de "Un sujet français", livre signé Ali Magoudi. Psychanalyste français, proche des milieux entretenant la mémoire de Jean-Baptiste Botul dans un esprit ludique, Ali Magoudi se lance ici dans un projet littéraire sérieux et difficile: recréer le roman de son père. C'est que celui-ci n'a jamais tenu la promesse contenue dans l'incipit cité plus haut... et a emporté ses secrets dans la tombe. Dans la famille de l'auteur, seuls demeurent quelques papiers.

 

"Un sujet français" n'est pas exactement un roman. L'écrivain s'y met en scène recherchant une à une les pièces du puzzle qui constitue la vie de son père - dont il sait finalement peu de chose. C'est une option porteuse, riche même: le lecteur en apprend certes beaucoup sur la vie du père d'Ali Magoudi, Albdelkader, mais en en apprend énormément aussi sur l'auteur. Deux portraits se construisent ainsi face à face: celui d'un père qui a composé avec les méandres de l'histoire et celui d'un fils qui cherche, hésite, désespère avant de foncer à nouveau.

 

Le titre lui-même est tout un programme: "Un sujet français", c'est Abdelkader Magoudi, né à Tiamet, en Algérie, sans être d'origine française. Son statut n'est donc pas tout à fait celui d'un citoyen français à 100%. Avec pertinence, le blog "Etudes coloniales" lui attribue deux autres sens moins manifestes: le sujet de ce livre est une tranche de l'histoire de France, d'une France au coeur d'une Europe qui va de Moscou à Tiamet, et il y est question d'une généalogie qui se développe désormais en France. L'auteur est père d'un fils qui veut savoir, et s'intéresse à la rédaction de "Un sujet français". Conscient de sa responsabilité de transmetteur, l'auteur s'interroge d'ailleurs: sera-t-il à la hauteur des attentes de son fils?

 

Ce livre est donc celui d'une quête, pour ne pas dire d'une enquête. Le lecteur s'attache à son narrateur, à son auteur, qui met à nu: on le voit se réjouir des succès de sa quête, se désoler de ses échecs, se décourager, reprendre confiance, errer parfois. L'écriture paraît certes linéaire, sans surprise, platement chronologique. Mais en réalité, l'auteur sait ménager quelques suspens et dramatiser son affaire, faisant de sa quête un ouvrage de fiction. En particulier, il excelle à faire mousser l'aspect "Zehert" de la vie de son père - et le mettre en perspective une fois qu'il aura pressenti la vérité.

 

L'ouvrage est dépaysant, en plus: l'auteur emporte son lecteur dans ses bagages pour voyager à travers l'Europe et à travers le temps. Plongeant dans une généalogie dont les racines connues remontent à avant la colonisation de l'Algérie par la France, il dissèque la grande et la petite histoire en feuilletant des registres de police ou d'hôpital, des répertoires de plaintes, des listes d'écoliers, des inventaires de travailleurs français exilés en Allemagne pour travailler durant la Seconde guerre mondiale - de gré ou de force. Côté géographie, l'auteur va prendre le volant, quitter Paris. Au plus près, il va découvrir la tombe de son petit frère, le petit "Magoubi", enfant mort-né inhumé au cimetière musulman de Bobigny - et dont il n'a jamais rien su. Au plus loin, ses pas l'emmènent en Pologne et en Algérie, afin de tirer au clair ce qui ne colle pas dans la légende familiale.

 

Au fil de son enquête, Ali Magoudi découvre un père qu'il ne connaissait pas... et décrit scrupuleusement ce qu'il ressent à chaque découverte, fût-elle désagréable. Sa qualité de médecin l'a certes habitué à prendre du recul face à des situations dramatiques; mais son projet met cette capacité à rude épreuve. L'auteur est-il en train de "tuer le père"? D'une certaine manière: son projet littéraire "Un sujet français" l'amène à remplacer un père mythique, idéalisé, mais largement méconnu, par une image plus réaliste, mais aussi plus riche, de la figure paternelle.

 

"Un sujet français" est un livre d'une rare et profonde sincérité. Le lecteur sera certes happé par cette quête et par la passion communicative qui entraîne l'auteur - quitte à être un brin déçu lorsqu'il déclare ne pas vouloir aller plus loin. Mais au-delà du caractère captivant du récit, peut-être voudra-t-il aussi en savoir un peu plus sur le parcours de vie de ses propres parents. En définitive, "Un sujet français" pose à chacune et chacun de ses lecteurs une sacrée question: connaissez-vous vraiment votre père?

 

Ali Magoudi, Un sujet français, Paris, Albin Michel, 2011.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 22:11

Apperry TerreLu par BibBlog, Eontos, Wrath.

 

Yann Apperry? J'avais lu son "Diabolus in Musica" à sa sortie, il y a une grosse dizaine d'années, alléché par le titre. Une lecture soldée par une impression mitigée. Dès lors, pourquoi ne pas redonner une chance à l'écrivain? C'est ce que j'ai fait en parcourant ces derniers jours "Terre sans maître". Retour gagnant à l'auteur: Yann Apperry a une écriture exigeante et travaillée, il faut du temps pour y entrer, on s'y perd parfois, mais tout cela a quelque chose de beau et d'envoûtant.

 

Il est permis de voir dans "Terre sans maître" un roman initiatique. Son début en recèle du reste tous les éléments: un mur mystérieux qu'un certain Ilya Moss cherche à franchir malgré la dissuasion des personnages qu'il rencontre à une étape: séduction ou paroles, rien n'y fera. Et Ilya avance seul sur la route, comme tout être humain, foncièrement, sur le parcours qui est le sien. Une première étape, chez un berger marionnettiste bienveillant, rappelle le théâtre d'ombres de la "Caverne" de Platon. Un théâtre qu'il faut quitter, afin d'empoigner enfin le réel à pleines mains.

 

De ce côté, Ilya Moss va être servi. L'écriture suggère un peu de brume dans sa mémoire et ramène ce personnage auprès d'une femme, Tilda. Tout se passe dès lors comme dans un rêve étrange, théâtral, pétri de splendeur, d'ivresse et d'horreur: si la musique est belle, le régime politique que l'auteur dessine en arrière-plan, qui a tout du nazisme, dégoûte: grades indiqués en allemand, article de presse au ton outrancièrement antisémite. Et Ilya Moss, se reconnaît-il dans cet article sur lequel il retombe fortuitement?

 

Et puis il y a les morts, qui hantent les vivants, l'évocation de la guerre. Et enfin Ilya Moss repart, comme il est venu - riche de son parcours, avec tout ce qu'a pu avoir d'éprouvant, de dur, le retour à une certaine clarté de la mémoire. Ce que suggère une dernière comptine - celle tirée de "L'Enfant pâle", oeuvre musicale qui hante l'esprit d'Ilya Moss, qu'on finit par découvrir chef d'orchestre - et qui a connu un malaise en dirigeant cette musique, reflet de l'ample musique des mots de Yann Apperry.

 

Yann Apperry, Terre sans maître, Paris, Grasset, 2008.

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 21:14

Massera EmmerdementsIl y a un petit côté Benetton dans le titre de ce livre de Jean-Charles Massera. "United Emmerdements of New Order", ça claque et ça rappelle la fameuse multinationale italienne. Et c'est bien des processus pervers et inhumains de la mondialisation qu'il est question. L'auteur impose dans ce livre une poésie rythmée qui magnifie la forme tout en en soulignant le cynisme du fond. Signalons en préambule, c'est important, que si ce livre a paru en 2002, il demeure aujourd'hui d'une troublante actualité.

 

Deux parties pour ce livre particulier: celui-ci s'ouvre sur un texte intitulé "United Problems of Coût de la Main-d'Oeuvre", qui met en scène un jeu de questions-réponses entre la voix d'une personne victime de la mondialisation et celle d'un expert. Le lecteur comprend assez vite qu'il est inutile de chercher ici les tenants et les aboutissants d'un destin de chômeur: le génie poétique de l'auteur est ailleurs. D'une part, l'écrivain recrée avec succès le langage sec et froid, pour ne pas dire la xyloglossie, des administrateurs et des rapports de gestion. D'autre part, il y intègre des éléments d'oralité qui font figure de fissures dans un discours apparemment sérieux, même s'il finit par tourner en rond. Ce que suggère justement la récurrence de certains éléments de langage figés: un rythme se crée dans l'esprit du lecteur, à force de relire, à intervalles réguliers, les mêmes phrases, répétées au mot, voire à l'apostrophe près. Et le lecteur garde l'impression diffuse qu'il est en présence de deux groupes: les dominants et les dominés.

 

Dès lors, "United Problems of Coût de la Main-d'Oeuvre" fait figure de lever de rideau de la pièce de résistance éponyme du livre - un exercice de style avant d'attaquer le vif du sujet, en somme.

 

"United Emmerdements of New Order" s'avère en effet la version ample de "United Problems of Coût de la Main-d'Oeuvre". Au début, on n'y croit pas, tant c'est énorme: tout s'ouvre sur l'image de Français contraints de transiter par la Suisse pour aller en vacances en Italie, et coincés dans des camps de transit parce qu'ils n'ont pas les moyens de se payer un séjour en Valais. Le ton est celui d'un reportage suggérant la difficulté de vivre lorsqu'on est un ressortissant d'un pays à monnaie faible - l'ouvrage a été écrit du temps du franc français, même si l'euro pointe son nez par endroits. Et les citations de règlements et de lois "suisses" s'avèrent ubuesques - de même que le contexte national, rendu avec la crédibilité de celui qui a, peut-être, eu affaire à lui.

 

A la manière d'un collage, l'auteur dessine ensuite les travers d'une société mondialisée, vue en particulier de l'Europe. Il caricature savamment les avis de droit, y intégrant des éléments d'oralité sous forme d'élisions intempestives, souligne leur caractère abstrus. Et reprend aussi la technique de répétition des phrases, qui créent une répétition et finissent par générer un tourbillon vertigineux, qui envoûte le lecteur en dépit d'une intrigue inexistante - mais là n'est pas l'essentiel.

 

Le lecteur se verra par ailleurs baladé chez Fiat Telecom Polski, au gré d'un règlement d'entreprise particulièrement opprimant pour le personnel féminin, "ses formes généreuses, sa grosse poitrine et ses fesses rebondies", ou du côté des Palestiniens spoliés chez eux - leurs abris de fortune ne sont pas sans rappeler les tentes où logent les Français en transit en Valais. Il y a aussi les "p'tites Kosovares", engagées comme jeunes filles au pair alors qu'elles ont fait médecine. Une constante: l'humain exploite l'humain.

 

Et puis, les Tyroliens débarqués en Suisse à la suite d'un voyage dramatique dans un bateau surpeuplé et insalubre ne sont pas sans rappeler les vagues de migrants qui, aujourd'hui, affluent vers l'Europe en canot... Ainsi cet ouvrage trouve aujourd'hui, près de quinze ans après sa sortie, une nouvelle résonance dramatique. Résonance soulignée par le ton froidement administratif qui domine, fissuré par quelques traits cyniques, très, trop humains.

 

Jean-Charles Massera, United Emmerdements of New Order, Paris, POL, 2002.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 22:41

hebergement d'imageSoupesé par Jacques Etienne; lu par Nicolas Jégou, Rémi Usseil.

Le blog de l'auteur et son journal.

 

"Le Chef-d'oeuvre de Michel Houellebecq" doit être le premier roman qui paraît sous le vrai nom de son auteur, Didier Goux, qui a derrière lui une longue et discrète carrière d'"écrivain en bâtiment", de diariste et de blogueur (cf. "En territoire ennemi"). Pour le coup, l'auteur conduit ses lecteurs du côté d'une petite ville nommée Montcosson, qui pourrait être Orléans, sur le chemin d'une poignée de personnages attachants, chacun à sa manière.

 

L'auteur a le chic pour créer des personnages divers, susceptibles de se rapprocher au gré du seul hasard des circonstances. Evremont fait ainsi figure de patriarche un brin misanthrope, une impression renforcée notamment par le fait que c'est le seul personnage dont personne ne connaît le prénom. Réciproquement, de Jonathan, 23 ans, on ne saura que le prénom, ce qui renvoie l'image d'une jeunesse caractérisée par l'incomplétude et l'immaturité. L'auteur suit encore les figures de Charlie et de Tosca, adolescents qui semblent avoir la tête sur les épaules et font ensemble leurs gammes amoureuses, observées avec tendresse. Un peu plus loin, enfin, se promènent Valérie, et surtout Georges-Alain, un grand Noir aux airs de philosophe roublard. L'auteur construit finement ces personnages, de manière à mettre en avant différentes générations (ados, jeunes adultes, homme d'âge mûr, personnages secondaires âgés), avec leurs aspirations propres.

 

Sous la plume de l'auteur, l'onomastique est un régal permanent, d'autant plus pour ceux qui le connaissent un peu. Il est aisé de faire des jeux de mots sur des noms de localité comme Montcosson (mon cochon!) ou Bouzon (...!). Plus astucieux, on sourira au vrai prénom de Charlie, Mohammed-Charles, dûment explicité, ou à celui de Tosca, qui a aussi son histoire, où l'opéra a une bonne place. On imagine volontiers, aussi, qu'Usseil est un nom de village qui emprunte au patronyme de Rémi Usseil; dans le même ordre d'idées, on découvre une rue Nicolas-Jégou (p. 55), bel hommage à un blogueur distingué. Quant à Evremont, écrivain anonyme comme l'a été Didier Goux, son nom rappelle celui de Charles de Saint-Evremond, moraliste et critique français - commentateur notamment de ce genre musical qu'on appelle justement l'opéra. Enfin, les chiens mentionnés dans "Le Chef-d'oeuvre de Michel Houellebecq" portent les noms de ceux de l'auteur.

 

La petite ville de Montcosson permet à l'écrivain d'évoquer les petits et grands travers de notre société, de les refléter comme un miroir à peine déformant - l'action se passe certes en France profonde, mais elle est globalement transposable dans d'autres sociétés de notre bon vieil Occident. Le romancier adopte un regard en coin, son ironie perçante invite à sourire voire à rire face aux aspects dérisoires de certaines choses qui nous entourent: les manifs prétextes à se rencontrer (comme cette manifestation contre le staphylocoque doré, comme si l'on pouvait être pour), les animations urbaines clownesques, les acronymes... Les travers verbaux de notre époque, quant à eux, sont immanquablement marqués en italiques. Derrière la dérision, l'auteur laisse percer la nostalgie d'un temps où la vie avait plus de poids, de gravité - ce que suggère, entre autres, la généalogie d'Evremont.

 

Et puis, il y a un je-ne-sais-quoi d'accrocheur dans "Le Chef-d'oeuvre de Michel Houellebecq", qui fait qu'on dévore ce roman, malgré une mise en page serrée. L'auteur sait donner au lecteur l'envie d'en savoir plus, autour du fil rouge que représente Michel Houellebecq - qui fait une apparition en fin de roman, en manière d'apothéose, et dont l'auteur restitue de manière crédible le caractère désabusé qu'on lui prête - même si, de façon surprenante, il semble fort accessible à Jonathan, figure de tous les excès et de tous les culots. Et puis, les petits verres descendent tout seuls dans le gosier de certains personnages - jusqu'à ce que quelque chose advienne. Encore une fois, le lecteur veut savoir...

 

... cela, jusqu'à une fin ouverte qui laisse un certain nombre de questions en suspens, sur l'air du "Que vont-ils devenir?" Mais peu importe, au fond: l'auteur propose avec "Le Chef d'oeuvre de Michel Houellebecq" un roman en forme de tranche de vie, avec un début et une fin qui ne correspondent en rien au schéma classique et convenu qui va du noeud au dénouement de l'intrigue. Cette tranche de vie au contraire est balisée par le rapprochement fugace d'une poignée de personnages que tout sépare... et que la vie, ou la mort, finira par séparer effectivement après les avoir rapprochés brièvement.

 

Didier Goux, Le Chef-d'oeuvre de Michel Houellebecq, Paris, Les Belles Lettres, 2016.

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 21:19

Jarry VoixLu par Clara, Dominique 84, Liredon, Pascale.

 

Un professeur de philosophie très malade téléphone à une ancienne étudiante qui fut aussi son amante pour qu'elle le rejoindre, l'aide, et que revive, peut-être, une passion. En paraphrasant l'auteur suédois Per Christian Jersild, on pourrait nommer "Un amour d'autrefois" ce roman qu'Isabelle Jarry a intitulé "La voix des êtres aimés". Un ouvrage à l'écriture fine qui explore, jusque dans ses moindres recoins, les liens complexes qui persistent par-delà les années - et ne demandent qu'à être ravivés.

 

On ne peut qu'applaudir au début de ce roman, et constater avec admiration la manière dont l'auteure décrit, en une subtile gradation qui couvre les deux premiers chapitres, le chapitre 2 s'achevant sur une manière de sommet. On relève que les voix ne s'expriment guère, que rien ou presque ne passe par les mots jusque-là - et que les vrais dialogues ne viennent qu'ensuite. Céleste et Paul prennent le temps de se retrouver, de s'apprivoiser à nouveau, ce que l'auteure dit avec justesse. Tout au plus regrette-t-on certaines parenthèses, lourdes dans un récit tout en finesse, humble traduction de l'impuissance de l'auteure à être aussi exacte qu'elle l'aimerait.

 

L'auteure creuse la relation qui relie Paul et Céleste sur près de 300 pages, abordant de manière classique tous les aspects d'une relation torturée: le passé qui conditionne le présent, la différence d'âge, la relation entre un enseignant et son étudiante, le mariage, etc., quitte à déborder les limites de la vraisemblance: croit-on vraiment, comme lecteur, qu'un mari, fût-il peu présent, va laisser son épouse aussi longtemps avec son vieux professeur et amant? Assez souvent, on glisse dans l'introspection, notamment en fin de roman, lorsque Paul se retrouve seul face à lui-même et à sa maladie. Par moments, face à ce récit dense, un certain ennui peut naître: baladant son lectorat entre philosophie spinozienne, compétitions d'ultrafond et mysticisme amérindien, l'auteure ne parvient pas tout à fait à tenir la distance.

 

On préfère suivre l'histoire d'amour que l'écrivaine enchâsse dans son roman, une histoire sans espoir qui a lié Céleste à un Vietnamien torturé nommé Hoáng. Interrompue puis reprise à la manière d'un feuilleton, la narration n'est pas sans rappeler les contes des Mille et une nuits. Elle se fait lyrique, aussi, grâce à la personnalité de Céleste. C'est que les deux personnages centraux sont bien caractérisés. On découvre ainsi un Paul volontiers allusif, qui a le sens de la formule énigmatique, face à une Céleste en verve, ironique à l'occasion, dont les interventions, la voix, font pétiller "La voix des êtres aimés".

 

Et puis il y a la maladie, thème prégnant de ce roman. Quelle est-elle? L'auteure ne la mentionne jamais, donnant au récit une indéniable pudeur - ou témoignant ainsi d'une crainte face à l'inéluctable. Il est certes question de "sclérose", quelque part; mais le mot paraît utilisé dans un sens imagé. A sa manière, la romancière illustre l'adage populaire: "Quand ne peut plus ajouter des années à la vie, il faut ajouter de la vie aux années". Cela passe par l'intimité, par un jardin que Céleste organise pour faire contrepoids à la désorganisation de la santé de Paul, par les échanges. Et même si le voyage paraît parfois long, force est de constater que l'auteure a, de manière ambitieuse, fait le (grand) tour de son sujet.

 

Isabelle Jarry, La voix des êtres aimés, Paris, Stock, 2011.

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 21:53

Alie ConvoiLu par Carozine, Goliath.

Défi Premier roman.

 

De la chanson au roman, Marijosé Alie fait le grand écart. En ce début d'année 2016, elle offre son premier roman, "Le Convoi". C'est une nouvelle corde à son arc: sa vie l'a amenée à évoluer dans les milieux du journalisme télévisé, y compris à des niveaux managériaux, et à s'adonner à la chanson.

 

La musique des mots

"Le Convoi" plonge le lecteur dans les profondeurs de l'Amazonie, entre Guyane et Surinam. On devine un monde étouffant, grâce à une écriture empreinte d'une poésie de tous les instants, quitte à paraître lourde: les images sont omniprésentes. C'est copieux, c'est généreux!

 

L'écriture a aussi un sens du rythme, marqué par l'anaphore et la récurrence de certaines expressions frappantes. La plus marquante d'entre elles arrive dès l'incipit: "Il était midi à tous les réveils, à huit cents kilomètres à la ronde." Ces huit cents kilomètres, l'auteure les fait varier à l'infini.

 

Enfin, l'auteure ne se gêne pas pour utiliser des mots qui fleurent bon l'Amérique du sud, parfaitement à propos, sans en abuser. Tout cela laisse au lecteur l'impression d'une certaine lenteur, qui peut agacer lorsqu'on souhaite que ça avance plus vite, mais qui a sa pertinence: la musique des mots est riche et embrasse un univers.

 

Des personnages à l'avenant

L'auteure construit tout un univers de personnages hauts en couleur. Ces couleurs naissent entre autres du fait que chacune et chacun s'avère héritier de son passé: des études au loin, une compétence bien exploitée, une famille à trous.

 

En voyant chacune et chacun évoluer, le lecteur conçoit que les plus nantis, en termes de fortune et de pouvoir symbolique, ne sont pas forcément les plus heureux: l'auteure dessine par exemple avec exactitude les névroses de la femme du procureur, Suzanne. L'auteure évoque aussi avec bonheur des enfants qui savent poser des questions aux grandes personnes.

 

La présence d'Occidentaux moyens, pas toujours adaptés (à l'instar de cette mannequin métisse qui porte des talons aiguilles dans la brousse) suggère, enfin, un brassage culturel. Brassage qui, concrètement, peut aussi prendre la forme d'étreintes fécondes au sein du convoi éponyme...

 

Et ce convoi, alors?

Dans "Le Convoi", le convoi fait figure de McGuffin presque parfait. Le lecteur veut en savoir plus, tourne les pages, et l'auteure lâche les informations au compte-gouttes, quitte à agacer le lecteur pressé d'avancer.

 

La romancière sait aussi instiller un suspens autour du convoi. Elle suggère un côté trouble à son meneur, Alakipou, et fait intervenir l'armée et les gabelous pour suggérer que ce convoi cache quelque chose de pas très net. Vraiment?

 

Et puis, l'événement est présenté comme rare: il survient une fois par génération et concerne quelques dizaines d'élus du monde entier. Ainsi ferre-t-elle le lecteur curieux. Mais au fond, on ne sait guère ce qui incite des Européens à suivre ce convoi en des terres lointaines.

 

"Le Convoi" est comme un fleuve, lent et généreux. Son auteure construit un monde poétique où l'image est omniprésente, sans oublier certaines questions d'actualité - utilisées pour désenchanter le lecteur en fin de récit, alors que se sont exprimés des climats sensuels, torrides, ensoleillés ou juste joyeux.

 

Marijosé Alie, Le Convoi, Paris, Editions Hervé Chopin, 2016.

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 22:59

Quilliet CorpsLu par Arthemiss, Manuel Ruiz.

Défi Premier roman.

 

Ressortir de vieux papiers, c'est s'exposer à avoir des surprises. C'est exactement ce qui arrive à Vincent, le bonhomme que va suivre le lecteur de "Le problème à N corps", premier roman de l'écrivaine Catherine Quilliet. Elle se présente comme une diariste repentie; or, c'est précisément autour d'un journal intime, élément mystérieux et obsédant, que tout le récit va s'articuler.

 

En effet, Vincent s'interroge: il y a toute une série de pages de son journal intime qu'il ne se rappelle pas du tout d'avoir écrites. Or, celles-ci sont particulièrement flamboyantes et évoquent une certaine Marianne, dont il ne se souvient plus. Intrigant - de quoi déstabiliser un personnage présenté comme stable et bien sous tous rapport, marié à une femme belle et aimante.

 

Mais qui a écrit ce fameux "Fascicule hot" sur Marianne? Tout en laissant le lecteur imaginer tout ce qu'il veut, l'auteure dévoile peu à peu ce qu'il en est vraiment en lançant son personnage sur un jeu de piste original marqué par des voyages entre Paris et Grenoble et par la rencontre avec cette (im)probable Marianne.

 

Le récit passe à la vitesse supérieure lorsque l'enquête se concentre sur le journal, en tant qu'objet, et son écriture. Là, on est intrigué, l'approche est neuve: l'auteure explore à fond toutes les ressources liées à l'étude scientifique de l'écriture. Le système informatique utilisé pour analyser les écritures est-il réel? Tels que l'auteure les présente, ses résultats, détaillés, sont probants: on y croit. Cela est doublé d'une analyse littéraire, permettant à l'auteure de mettre en scène un vieil écrivain "amateur de chair fraîche" (mais on n'en saura pas plus, le voyeurisme n'est pas de mise... ah, les procédés déceptifs!). On aurait pu encore y ajouter l'analyse du papier...

 

Outre la mise sur pied d'un jeu de piste, l'auteure a la force de mettre en scène des personnages bien campés, séduisants, agaçants ou juste normaux. Elle évite l'écueil de la description convenue de la (très belle) femme de Vincent, Claire, en mettant l'accent sur les regards qu'on pose sur elle. Et elle ose les regards en coin, elliptiques, dès lors qu'il s'agit de parler, sur le ton du commérage, de tel personnage qui a peut-être couché avec tel autre.

 

"Le problème à N corps" se présente lui-même comme un faux journal intime, chaque chapitre portant une date en guise de titre. Une manière comme une autre d'inviter le lecteur à se plonger dans l'intimité des personnages? Pas tout à fait, puisque l'écriture est à la troisième personne. En revanche, le quotidien de chacun est bien détaillé, traversé par quelques moments forts d'introspection.

 

Catherine Quilliet, Le problème à N corps, Paris, Paul & Mike, 2015. Préface de Bruno Tessarech.

 

 

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