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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 21:16

mathematics problematicsLes sciences dans les bouquins, ça ne date pas d'hier! J'aurais voulu en parler dans mon billet sur "Requiem pour une puce", afin de proposer d'autres lectures encore, mais la place m'a manqué. Mon sujet est donc scindé; voici la suite, et sans doute la fin pour l'instant.

Je l'ai dit: j'aime bien ces romans qui intègrent des éléments scientifiques ou mathématiques dans leur trame, même si je ne suis pas du tout un matheux. Je vais donc vous balancer quelques titres frappants...

D'abord, pour ceux qui aiment l'arithmétique, il y a "Oncle Petros et la Conjecture de Goldbach", un ouvrage d'un certain Apostolos Doxiadis. Chouette récit aux confins de la folie, où l'on voit, justement, ce cher Oncle Petros raconter, par-delà la mort, comment il a désespérément recherché une solution à cette conjecture, qui postule que tout nombre entier pair strictement supérieur à 2 peut être écrit comme la somme de deux nombres premiers. Ca a l'air facile, comme ça... Amusez-vous dans votre garage ou votre salon: la chose n'est pas encore démontrée. Beaucoup de passion donc, et ce, en Grèce moderne.

Vous préférez les vieux ordinateurs, et êtes de surcroit nostalgique de la guerre froide? Plongez dans "Softwar" de Thierry Breton et Denis Beneich, un thriller technologique qui vous ramènera au temps de Youri Andropov (que ceux qui s'en souviennent se lèvent!). Quelle est cette "guerre douce" évoquée par le titre? Ce sont les "bombes logicielles", dont une échoue justement en URSS avec un ordinateur vendu par la France. Le style est standard, l'action date un peu (normal!), mais les recettes du polar fonctionnent encore - sans compter certaines prémonitions avérées en matière de guerre informatique: ce livre a été publié en 1984. Depuis, Thierry Breton a fait parler de lui en qualité de ministre.

pokerUn petit coup de probabilités, enfin? Voici un livre que vous devriez trouver au format de poche, sans trop de problèmes. Il s'agit du thriller (encore!) "Improbable" d'Adam Fawer, mettant en scène un personnage principal, David Caine, qui a deux passions: les probabilités et le jeu. On imagine que l'un va avec l'autre... et amène passablement d'embrouilles, d'autant plus qu'il est épileptique. Le récit est vertigineux par instants; en plus, l'auteur glisse des pages d'explications fort pédagogiques sur le domaine des probabilités, de la théorie des jeux et de la physique quantique. Qui a dit que le thriller était un genre idiot? 

Enfin, ma pile à lire renferme encore un truc qui s'appelle "L'Equation de Kolmogoroff", si ça dit quelque chose à quelqu'un... 

Apostolos Doxiadis, Oncle Petros et la Conjecture de Goldbach, Seuil/Points, 2002. 
Thierry Breton, Denis Beneich, Softwar, Robert-Laffont, 1984.
Adam Fawer, Improbable, Points, 2006.

Photo: Flickr/Runolfur

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 20:14

2004_lectureLire? Prendre le temps? Les mots qui se succèdent, font sens, créent des phrases, des chapitres, des livres entiers... A la suite d'un exercice auquel "Le Fantasio" s'est adonné avec bonheur, je me lance à mon tour dans la description de mes habitudes de lecteur. Permettez ce petit instant d'égotisme...

Où et quand?
Les livres, c'est un peu comme le pastis ou le bâton de berger Justin Bridou: y'a pas d'heure! Résultat: je peux lire très tard comme très tôt, voire pendant un moment d'insomnie - ça m'arrive et c'est très profitable pour tourner des pages. Les lieux, c'est un peu pareil; je les avais évoqués une fois déjà. Il y a les transports publics, les bistrots, les bancs publics devant le bureau ou ailleurs, le lit, le fauteuil Voltaire qui orne la pièce des ordinateurs chez nous, les bars et boîtes de nuit (mais là, l'éclairage est pourri... dommage, parce que lire est ce qu'il y a de mieux à y faire). Résultat: toujours un livre sur l'homme.

Comment je choisis mes lectures?
Un peu au bol... surtout quand je me la joue freegan ou quand je fréquente les bouquinistes, tant le prix de la découverte est faible.
Sinon, il y a les revues littéraires, les découvertes au coin d'un site web, les choses qu'on découvre de proche en proche et, bien sûr, les recommandations et chroniques des blogs. Tout cela permet d'incroyables découvertes, et parfois des déceptions aussi, mais ce n'est pas grave. Traîner dans les librairies, même sans véritable intention d'achat, reste un acte jouissif. Je commande donc très peu sur Internet, si ce n'est chez des éditeurs bien spécifiques (Fil à plomb, L'Iroli), difficiles ou impossibles à trouver en librairie par chez moi.
Ah - et les achats impulsifs à la fête du livre de Saint-Etienne, et les livres des amis...

Mes styles de lecture?
Les fidèles de ce blog (merci à eux!) en ont eu un aperçu: bonne grosse littérature générale, mais aussi essais, politique, histoire, actualité, classiques, nouvelle, etc. Bref, un peu tout, sauf le théâtre et la poésie - mais pour cette dernière, faut vraiment que je m'y mette parce que ça peut être vachement beau - en bon français! Il y a aussi les lectures sur Internet: les blogs publiant des textes, mais aussi des sites spécialisés tels qu'Oniris.

Ce que j'attends de mes lectures?
Aeuh... ça dépend d'un livre à l'autre. Apprendre, me divertir, me faire plaisir, m'étonner, rigoler un bon coup, goûter au style. J'adapte aussi mes attentes: je n'attends pas la même chose du "
Diable s'habille en Prada" que de "Comment le Djihad est arrivé en Europe", bien sûr.

Mes petites manies?
Pas grand-chose, si ce n'est de constituer une imposante PAL, puis de ne ranger les livres dans les rayonnages qu'après lecture, dans un ordre de plus en plus aléatoire (mais quand même un peu par genre et par format). J'appelle "dé-sédimenter" la lecture des livres du fond, ceux qui finissent par rester coller à la table. Musique? Cela m'a passé.

A bientôt donc... pourquoi ne tenteriez-vous pas l'exercice à votre tour?

Liens cités ici:
http://www.lefantasio.com
http://www.editions-liroli.net
http://www.filaplomb.com
http://www.oniris.be

Photo: Flickr/VR2006

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 19:29

PeacePremière publique pour moi, samedi dernier, puisque j'ai eu l'occasion de lire une poignée de mes nouvelles dans le cadre d'une soirée "littéraigeoise" de lectures organisée au bar à bières "La Liégeoise" de Bulle (canton de Fribourg, Suisse). Un exercice fort instructif... surtout en ce qui concerne vos propres textes.

Le public était plutôt attentif; d'autres avaient emmené des textes de leur choix, signés de leur main ou oeuvres d'auteurs tiers, les pensées tirées du "Papalagui" (comment les Samoans voient l'homme occidental blanc) ou les extraits d'un vieux catéchisme ayant remporté la palme de la popularité. Lus par un coutumier (c'est la deuxième fois, déjà, qu'une telle soirée a lieu à La Liégeoise), Pierre Desproges a connu une gloire certaine aussi. Cela, sans compter les chroniques coquines de Mélanie Richoz. Le tout a occupé toute la soirée, jusqu'à minuit et demie, avec un long break après vingt et une heures.

La lecture se déroulait "à l'arrache", comme qui dirait - à la bonne franquette, donc. Le micro reste ouvert, et les audacieux viennent lire quand ils le souhaitent et quand c'est libre. C'est là que le sport commence...

En effet, lire son texte sur PC ou le dire à haute voix, face à un public, c'est avoir une vision radicalement différente de ce qu'on a pondu. Il y a d'abord l'impression de longueur: un texte de trois ou quatre pages A4 pourra sans doute paraître long au lectorat, à moins d'être un génie du récit; et on ne s'en rend pas forcément compte quand il faut prononcer chaque mot, l'un après l'autre. Cela, sans compter que la feuille (ou le livre) constitue, à tous les coups, une barrière entre vous et le public - une barrière bien connue également des chorales qui ont renoncé au par coeur. Est-on en train de lasser? Pas toujours facile de le dire. De s'écouter parler? On n'en est pas toujours si loin qu'on le croit. Y mettre le ton ou se la jouer nature? Les deux options ont coexisté pendant cette soirée, et ont sans doute leurs adeptes respectifs dans l'auditoire.

Et s'il fallait remettre ça? L'enseignement principal, à mon avis, réside dans la longueur des textes choisis. Eviter, donc, ce qui couvre plus d'une feuille A4, soit deux ou trois mille signes. Et j'alternerai avec des textes d'auteurs peu connus, que j'ai cependant la faiblesse (ou la force) d'apprécier - afin de varier les goûts et de ne pas m'imposer. A la prochaine donc, puisque l'expérience fut, s'il faut tirer un bilan, largement positive.

Photo: flickr/Giulia.

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 17:23

LCAPasser aux aveux, jouer les lecteurs compulsifs anonymes? Je vais le faire, à la suite de Liliba, qui s'est lancée dans une confession qui ne manque pas d'humour. Je lis par brouettes entières... et un livre chasse l'autre comme la nouvelle cigarette du fumeur invétéré chasse l'ancienne, devenue un mégot infumable dont on garde surtout l'agréable souvenir.

Pile à lire? Je me suis permis d'utiliser un pluriel entre parenthèses dans le titre du présent papier. En effet, mes piles s'étagent en sept colonnes bien serrées et surtout hautes. Un incident m'a du reste poussé, l'autre jour, à y mettre bon ordre: j'avais, avant une ou deux piles très basses (beaucoup tapé dedans!) et, surtout, deux piles très hautes, au fond. De loin, c'était les Twin Towers! Et voilà que je débarque, Ben Laden d'occasion, pour attraper le livre "Entre les murs" de François Bégaudeau: autant lire actuel, tant qu'à faire! Alors hop, je dégage la Twin Tower de devant. Et là, l'autre, qui s'appuyait en équilibre instable sur la première, s'effondre, paf, sur ma pauvre tête. Et se prendre "Les deux étendards" de Lucien Rebatet sur la tronche, croyez-moi, ça ne fait pas du bien.

Donc, j'attrape Bégaudeau, et je reconstitue les piles en allant chercher tous les bouquins un peu partout dans la pièce: comme à New York le 11 septembre 2001, les tours les plus élevées étaient visées, mais d'autres tours ont aussi souffert, par dommage collatéral.

J'ai donc de la réserve, entre deux et trois cents ouvrages à parcourir. J'aimerais avoir des vacances éternelles pour ce faire! Sans compter mes activités d'écriture. Mais le travail n'attend pas... Reste qu'avec ce topo, j'ai toujours un peu de retard sur les rentrées littéraires. Je me fournis partout où c'est possible, achetant, raflant, glanant (un vrai freegan du livre!), etc. Et force m'est de constater qu'il rentre davantage d'ouvrages qu'il n'en sort. J'ai donc renoncé depuis longtemps à croire que ce conglomérat de piles à lire diminuera un jour. Cela même s'il y a un roulement. Cela permet par ailleurs d'avoir en permanence un livre d'avance, donc de la réserve.

Ma liste à lire tient dans un carnet, que je tiens depuis des années (c'est déjà le deuxième que j'use). Il contient des titres impossibles à trouver (qui connaît "Piège sur le réseau" de Philip Finch? ou les "Satyres chrestiennes de la cuisine papale", texte anonyme?), ainsi que ce qui me passe sous les yeux. Zazieweb l'a nourrie, tout comme la presse locale ou les visites sur Amazon. Savent bien vendre, ceux-là.

Les lieux de lecture? Essentiellement les transports publics, le lit, le salon, et tous les lieux classiques pour ce faire. Je n'hésite pas à le faire en attendant mon plat du jour au restaurant, ou sur un banc à l'extérieur. Je ne suis pas sûr que ma mémoire soit sûre sur ce coup-ci, mais j'ai aussi dû le faire, une fois ou l'autre, dans des bars (ça c'est sûr) ou en boîte. Bref, tout est bon.

Je me suis par ailleurs lancé, au début de l'année, dans le sympathique défi de la
Confrérie des 10001 pages. Cela ressemblait à un défi purement quantitatif, au début: reprendre une activité qui, en 2007, passait un peu à l'as. Résultat: je lis davantage, c'est clair. A côté de cela, je me suis mis à le faire, de temps à autre, un crayon à la main pour noter impressions et choses vues - vous en avez le reflet dans certains de mes billets. Noter les impressions, c'est un truc recommandable; je me demande pourquoi je n'ai pas commencé plus tôt. Bref, une évolution saine pour ce loisir. Et vous, vous arrive-t-il de prendre des notes en lisant?

P. S.: paraît qu'il y a des concours de piles à lire...

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 20:42

Il est fort intéressant de se balader dans les "pages à supprimer" de Wikipedia. Il s'agit d'une espèce d'inventaire à la Prévert des pages qu'un contributeur a jugées indignes de figurer propose à la suppression, faisant appel à l'avis de ses pairs. Avis pas toujours autorisés, hélas... on trouve donc parfois des perles là-dedans.

C'est justement là qu'une certaine Barberine a refait surface. Barberine? L'affaire date de novembre dernier. Désireuse d'envoyer un manuscrit aux éditions Leo Scheer, elle est à l'origine d'un dialogue auteur/éditeur dont l'un ou l'autre blog s'est fait l'écho, et qui a débouché sur la création des
M@nuscrits chez l'éditeur. L'idée? Chacun peut envoyer le tapuscrit de son roman inédit à Leo Scheer, qui le publie sous une forme normalisée sur son site Internet, en le livrant au lectorat en ligne et en invitant chacun à commenter et à noter. Avec son texte "Rater mieux", Barberine a été la première à jouer ce jeu; elle a été suivie de pas mal d'autres.

L'affaire suivait son cours. Et pour moi, c'est justement sur Wikipedia qu'elle a refait surface. Leo Scheer y a en effet créé la page consacrée à la "rétropublication". Rétropublication, vous avez dit? C'est la technique consistant à publier sur papier un texte d'abord paru en ligne. Et c'est justement au manuscrit de Barberine que revient, selon l'article de Wikipedia, le redoutable honneur d'être le premier, en France, à être publié de la sorte. En anglais, on nomme le procédé "Reverse publishing"; apparemment assez neuve, elle aurait déjà des précédents dans le domaine anglophone.

Et voilà que l'article "Rétropublication" est menacé de passer à la poubelle: pas assez sourcé, pas assez connu, trop novateur comme concept. Que penser des avis de ceux qui proposent l'article à la suppression? Certains suggèrent même de créer d'abord l'article en anglais, comme s'il fallait toujours être à la traîne des wikipédiens anglophones. Je me suis permis de ramener mon grain de sel en ce qui concerne la proposition de supprimer, en votant pour la conservation de l'article. Puisque le procédé existe, il a sa place dans l'encyclopédie dite libre! Sans compter qu'on est en droit de penser que Leo Scheer connaît son métier d'éditeur, et en parle en connaissance de cause.

Et en guise de conclusion, je dirai qu'on se réjouit de voir le livre de Barberine!

L'article sur Wikipedia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9tropublication
Ce qu'en dit Leo Scheer: http://www.leoscheer.com/blog/2008/05/18/556-retropublication-et-wikipedia
Les Manuscrits: http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 19:00

The Brand AlphabetJ'aimerais vous faire part aujourd'hui de quelques réflexions que j'ai eues ces derniers temps au sujet de la technique actuelle du namedropping, utilisée en communication mais aussi dans les oeuvres littéraires. Son principe est assez simple: il s'agit de lâcher des noms de célébrités, de marques et de trucs de ce genre dans le texte qu'on écrit. On en trouve de beaux exemples dans "Glamorama", de Bret Easton Ellis, dont tout le début est tissé de noms de stars. Du côté français, un Bertrand Guillot n'est pas en reste dans son roman "Hors Jeu".

Quel peut être le but recherché? Certaines mauvaises langues diront qu'en citant Ferrari, Armani ou Rolex, le romancier espère vaguement obtenir de jolis petits cadeaux de la part de ces entreprises. Frédéric Dard en avait même fait une note dans un de ses San-Antonio - je cite de mémoire: "La dernière fois que j'ai mentionné Damart, l'entreprise m'a envoyé un paquet de ses produtis. La prochaine fois, j'essaierai avec Rolls-Royce, pour voir...". Et on pourrait très bien concevoir qu'un auteur mentionnant un restaurant recevra un plat du jour là-bas.

D'une manière plus littéraire, cependant, on constate autre chose. Le phénomène est actuellement fréquent dans les ouvrages qui disent notre époque moderne, et semble être devenu l'apanage d'une littérature citadine où ça bouge bien. J'ai déjà mentionné Bret Easton Ellis; j'aimerais aussi avancer Lauren Weisberger, qui lâche des noms de marques et de personnalités par wagons entiers dans "Le Diable s'habille en Prada" - ça commence même dans le titre, et j'espère que vu la pub accomplie, l'auteur s'habille désormais aussi en Prada... Effet sur le lecteur? A peu près le même que celui qu'il ressent lorsqu'il traverse une galerie marchande où les vitrines et enseignes lumineuses claironnent leur message à tout va. Inconvénient? Celui qui ne connaît pas les marques ou personnalités mentionnées va se sentir mis à l'écart, ou pourra penser qu'on cherche à lui en imposer.

Il me semble cependant problématique d'utiliser le procédé pour dire une époque révolue, ou qu'on n'a pas connue. Celui qui pratique ainsi va fatalement citer uniquement ce que le lecteur connaît - ce qu'a du reste fait Didier Daeninckx dans "Itinéraire d'un salaud ordinaire". Du coup, ça fait vite pièce rapportée, voire carte postale, si on en abuse. Et c'est gênant pour autre chose également: de nos jours, les marques sont gueulées à tous les coins de rue; autrefois, elles savaient se faire discrètes, et leur apparition intempestive sonne faux.

Autre aspect plaidant en faveur de l'utilisation dans des récits actuels uniquement: l'auteur sait quels sont les marques et les noms illustres aujourd'hui. Il est aussi conscient que demain, certains seront oubliés. Le procédé lui permet d'ancrer son récit dans son époque, celle qu'il connaît et dans laquelle il vit, avec ses stars et produits d'un jour et ses futures légendes, indifféremment incorporées au récit. Celui qui pratique cette technique sur des récits anciens risque de tomber dans le piège de ne citer que... les légendes en acte.

Voilà le fruit de mes réflexions... je constate que la technique est à utiliser avec modération, au risque de gonfler son lectorat - même si elle permet de dire notre époque, qui est envahie par la publicité et la communication.


Photo: ThePictureDesign, Flickr.

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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 20:29

Corrida - Gijon, SpainLes résultats du Prix Hemingway sont tombés il y a quelques jours, primant un certain Robert Bérard pour "Corrida de Muerte", et consacrant quelques auteurs déjà pas mal en vue, à l'exemple de l'excellente Françoise Guérin, mais aussi des textes signés Pierre Bordage, Régine Detambel ou Magali Duru. Georges Flipo a du reste également participé à l'épreuve cette année. C'est l'occasion pour moi, petit Suisse aux bras pas si noueux que ça, de parler un peu de ce que ce prix a d'à la fois fascinant et repoussant... l'un étant peut-être la cause de l'autre, à vous de voir.

Le principe? Chaque année depuis trois ans, c'est le même: sont admises au concours des nouvelles d'auteurs publiés (quel que soit le support), portant sur la tauromachie. Un sujet difficile et controversé s'il en est...

Comme souvent, c'est un truc purement quantitatif qui m'a accroché dans cette affaire: organisé par les éditions Au Diable Vauvert, ce concours est doté de quatre mille euros. De quoi me payer un complet neuf! De plus, le caractère assez exclusif du sujet ne peut que parler à un type qui n'a pas d'a priori et considère que plus le thème est difficile, moins il y a de concurrence. En outre, la composition du jury garantit à l'auteur qui envoie son texte d'avoir été lu par des personnes qu'on dit autorisées, par exemple par des écrivains confirmés - sans compter le lauréat de l'année précédente. Et pour ne rien gâcher, la publication d'un texte au Diable Vauvert, même dans un collectif, c'est un joli coup. Bref, tout ça a l'air sérieux. Et semble effectivement l'être.

Reste le sujet... la tauromachie, art controversé, je l'ai déjà dit. Le concours m'a fait tilt; j'ai donc ouvert "Mort dans l'après-midi" d'Ernest Hemingway, qui parle exclusivement de la lutte entre l'homme et le taureau. J'en garde un lumineux souvenir. Cet essai adopte le ton de l'aficionado un peu blasé, le genre que vous pourriez rencontrer au coin d'un bar, pour raconter les mille et une ficelles du métier. De nos jours, vous en trouvez de tout pareils, partout dans le monde, qui vous parleront de football... surtout à l'approche de l'Euro. "Il tecnico di bar", dirait le très recommandable écrivain italien Stefano Benni - le génie en plus. Certes, il s'agit d'une mise à mort; mais Ernest Hemingway parvient à mettre en valeur la beauté du sport tauromachique, sublimant la souffrance et la violence sans pour autant l'occulter.

Les arguments des opposants à la tauromachie peuvent faire mouche également. Hemingway évoque certes le fait que la mise à mort du taureau est cruelle, mais parvient à la transcender pour en garder la quintessence; les anti-corrida, eux, révèlent une vérité nue: l'animal souffre, le torero fouaille la bête pour l'achever... quand il en est capable. La mise à mort d'un taureau dans une arène paraît insoutenable aux opposants de cet art, d'autant plus que la bête n'a pas souvent "bien" vécu: petits enclos, conditionnement propre à rendre le taureau peu combatif face au torero. Et puis, à l'instar des coulisses du Tour de France, celles de la corrida ne sont pas toujours très reluisantes.

Face à tout cela, que penser quand on habite en Suisse, pays où les bovidés se battent entre eux dans le cadre des "combats de reines"? Difficile à trancher. Même si certains arguments des opposants sont un peu faciles (la mise à mort est barbare, mais alors que dire des abattoirs industriels - qui tuent d'ailleurs beaucoup plus que les arènes? Et dès lors, pour quelle cause vaut-il mieux réserver son énergie?), il est difficile de condamner l'afición sans état d'âme. De même qu'il est impossible, compte tenu de la force de l'argumentation des opposants à cette tradition, de dire simplement qu'il s'agit d'un beau spectacle. Rude débat! Difficile de condamner sans appel, difficile d'approuver sans arrière-pensée. Comme tant d'humaines choses...

Si je devais écrire là-dessus, il me faudrait forcément rendre compte de cette tension. Un exercice profondément attirant... et difficile entre tous. En conclusion, j'ai envie de dire que j'ai déjà gagné ce concours, puisqu'il m'a poussé à me remettre, avec profit et délices, à l'oeuvre d'Ernest Hemingway. Ce qui vaut pas mal de prix littéraires.

Le Prix Hemingway: http://www.audiable.com/hemingway/
Alliance Anti-Corrida: http://www.anticorrida.org/
Françoise Guérin: http://motcomptedouble.blog.lemonde.fr/
La Corrida Bulloise: http://www.corrida-bulloise.ch/
Le blog de Georges Flipo: http://georges-flipo-auteur.over-blog.com/

P. S.: un jour, sans doute en automne, je vous parlerai de la corrida bulloise... où le gagnant est supposé non pas tuer le taureau, mais l'emporter avec lui en fin de course. Tout le monde y est convié: enfants, adultes, personnes à mobilité réduite,...


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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 21:30

... ou presque - ne sachant pas si c'est un scoop, je balance l'information comme telle.

Mon expédition en Creuse m'a en effet remis sur la piste de l'illustre blogueur, conseiller incontournable de tous ceux qui chatouillent les muses, ce qui tend à démontrer qu'en Creuse, il n'y a pas que Marcel Jouhandeau pour jouer les maîtres de la littérature.

Rappel des événements: de passage à Guéret l'an passé, j'étais tombé sur une brochure de poésie qui portait le nom du collectif "Le C. A. C. A.  M. O. U.", dûment déposée à la librairie locale "Les belles images". Au menu, des textes très courts et assez curieux. Je n'avais pas acheté ce truc-là, mais son nom m'est resté en mémoire, collé comme une bouse au cul d'une vache (désolé pour le caractère trivial de l'image, mais quand une association utilise un tel acronyme, elle doit s'attendre à des jeux de mots vaseux).

Entre-temps, il y a eu plein de choses: des nouvelles écrites, des velléités de romans, la découverte de la blogosphère littéraire dans tous ses délires, et en particulier celle du blog d'Aloysius Chabossot, justement nommé "Comment écrire un roman". Visitant de temps à autre ce savant site Internet, le nom de son webmestre m'est resté en mémoire. Sans oublier qu'il a rassemblé ses leçons en un livre, paru l'hiver dernier.

Et de retour à Guéret cette année, je me retrouve face au rayon des livres régionaux. Et entre deux épopées creusoises, qu'est-ce que je trouve? "C'est l'histoire de totaux", opuscule (huit pages, deux euros) signé Aloysius Chabossot, publié aux éditions Tranches de l'art - dont j'avais par ailleurs repéré entre-temps le site Internet. Il y a là deux textes. L'un aborde les tentatives d'écriture de roman d'une certaine Evelyne Thomas; l'autre, un peu tiré par les cheveux (ou les poils de barbe, vu la tête de l'auteur), est présenté comme le texte qui a inspiré Michel Houellebecq pour "La possibilité d'une île" - assez drôle au demeurant, surtout si on connaît le contexte. L'éditeur publie par ailleur Philippe Grédisset.

Désireux d'en savoir plus, j'interroge le libraire. Il me répond qu'il s'agit là d'une personne de la région, qui aime lancer des canulars de ce genre. L'homme serait-il creusois? L'adresse mentionne la localité de Jouillat, dans la Creuse justement. Vous voilà prévenus...

Le blog "
Comment écrire un roman".
Le site des
éditions Tranches de l'art.
Le site de Philippe Grédisset.

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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 20:02

Il paraît que les éditeurs de tout poil exigent souvent que leurs auteurs changent le titres des textes qu'ils envisagent de publier. Un seul exemple? "Les enfants du veau d'or" n'est pas le titre d'origine de cet essai profond signé Jacques de Coulon - il avait opté pour quelque chose de beaucoup plus terre à terre. En revanche, il faut bien le dire, si "Ap. J.-C." de Vassilis Alexakis s'appelle ainsi, c'est la volonté de l'auteur, qui reculait devant l'idée de voir le nom du Christ en toutes lettres sur la couverture d'un de ses romans.

Sans doute serez-vous aussi face à un éditeur un jour, si cela ne vous est pas déjà arrivé. A vous, alors, de lui suggérer de jouer la carte de l'originalité. Une carte qui paie, depuis peu: à la fin mars, un prix du "titre le plus bizarre" a été décerné par The Bookseller pour la première fois en Angleterre, sur la base d'un vote en ligne. Le lauréat s'intitule: If You Want Closure In Your Relationship, Start With Your Legs (Si vous cherchez une solution à votre relation, commencez par les jambes). Paru chez Simon & Schuster, l'ouvrage est signé d'un mystérieux Big Boom.

Deux autres ouvrages ont été remarqués par le jury: "I Was Tortured By The Pigmy Love Queen" (j'ai été torturé par la reine de l'amour pygmée) et "Cheese Problems Solved" (La solution aux problèmes de fromage). Le premier texte est un petit roman de Jasper McCutcheon, publié chez Nazca Plains Corp. Le second est un ouvrage qui pourra paraître inutile aux Suisses et aux Français, puisqu'il vous dit tout sur le fromage (éditions CRC). J'ajoute qu'il n'a rien à voir avec une série de textes de management au titre tout aussi désopilant: "Qui a piqué mon fromage?". Ca existe, si, si.

Dans le domaine français, les candidats ne manquent pas. Le premier auquel je pense est naturellement "Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour?" de Georges Perec. Il y a aussi le savoureux "Cherche souris pour garder chat", d'Hélène Ray (qui irait bien avec l'histoire de fromage précitée). Sans oublier les splendides jeux de mots qui, souvent, constituent les titres de la série du Poulpe.

Alors, amis écrivains... osez le titre! Et si un titre vous a frappé, faites-en part ici...

Photo récupérée sur le site de BBC NEWS.
Voir la dépêche.

Détails sur Bookseller.

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