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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 21:36

FarleyAprès l'ouvrage bilingue et philosophique "La Bête", l'écrivain américain Jon Ferguson propose un roman au sens strict, qui met en scène un professeur de métaphysique surprenant, Farley - à peine nommé par ce surnom. Le titre? "Les bijoux de Farley".

 

Le lecteur va avant tout se délecter face aux personnages mis en scène. Farley laisse l'impression d'un bonhomme un brin immature. Certes, il est enseignant, et il est même apprécié semble-t-il: les élèves répondent à ses questions, l'interrogent, interagissent. Reste que Farley a pris un congé sabbatique pour se pencher sur la philosophie de Heidegger, avant de finalement préférer quelque chose de parfaitement anecdotique, pas même philosophique. Velléitaire? C'est aussi l'impression qu'il laisse lorsqu'il dragouille sans conviction une de ses étudiantes. Cela n'aboutit à pas grand-chose... Et là-dessus, quand même, son épouse l'expulse de son domicile, avec le chien Freda.

 

Epatant personnage que celui de l'épouse: l'auteur excelle à dessiner sa jalousie maladive, au gré de dialogues qui claquent. Par contraste, le lecteur va prendre Farley en pitié et s'attacher à lui: la jalousie de l'épouse ne s'exerce jamais à bon escient. Elle permet cependant des rebondissements et des répliques bien acides.

 

Et un élément fait basculer le récit: on diagnostique la maladie d'Alzheimer chez la mère de Farley. Avec sagesse, l'auteur ouvre donc une deuxième partie, aux ambiances différentes de la première. En particulier, un échange de correspondance très personnel et intime s'installe entre Farley et sa femme, signalant un rapprochement autour de la mère démente. Surtout, l'auteur montre, sans fard, avec justesse, l'évolution de la pénible maladie.

 

La patte du philosophe transparaît derrière l'action, notamment dans la retranscription parfois assez longue des leçons pointues de philosophie de Farley. Savoureux, ce roman l'est avant tout grâce à des personnages hauts en couleur et à la description exacte que l'auteur en fait, tant comme personnes qu'en mouvement.

 

Jon Ferguson, Les joyaux de Farley, Lausanne, Olivier Morattel Editeur, 2016, traduction par Valérie Debieux.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 21:05

Ferguson Beast

Lu par Francis Richard, Frédéric Vallotton.

Le site de l'éditeur.

 

"La Bête": pour un ouvrage philosophique, voilà un titre atypique. Court, étonnant: c'est ainsi que l'a voulu son auteur, Jon Ferguson, un Américain installé en Suisse. Né en 1949, il peut se retourner sur une vie bien remplie puisqu'il a été chroniqueur, entraîneur de basket, peintre et professeur d'anglais. Et écrivain: "La Bête" est le troisième de ses livres qui paraît aux éditions Olivier Morattel.

 

"La Bête", c'est une réflexion déclinée en anglais et en français dans un ouvrage bilingue à double entrée (voir l'illustration du présent billet): le lecteur peut goûter la prose de l'auteur dans sa version originale anglaise ou dans sa traduction française (réalisée en collaboration étroite avec l'auteur par Marc Aebischer, Jean-François Cuenod, Louise Anne Bouchard et Florence Nack), pour peu qu'il tourne le livre dans le sens qui lui convient.

 

Trois parties constituent ce volume. Tout commence avec "Miettes", une série de petits textes qui vont de l'aphorisme lapidaire à la réflexion développée. En préambule, l'auteur invite le lecteur à prendre du recul, mais en réalité, volontiers audacieux, il exige encore plus de lui: il faudra changer de point de vue, quitter la zone de confort, au gré de réflexions où perce le regard naïf et dérangeant d'un enfant. Agitant des questions de métaphysique, de société humaine et de religion, parfois iconoclaste (voir ses réflexions sur le réchauffement climatique et sa perception), l'auteur développe une sorte de cosmogonie originale. Et il annonce déjà une idée directrice de "La Bête": rechercher la vraie place de l'humain dans l'univers.

 

C'est la voie qu'explore avant tout "La Bête", dans l'idée de remettre l'humain, humblement, à sa place quelque part dans le règne animal, sans cette position privilégiée qu'il tend à s'arroger. L'auteur démonte du reste les arguments plaidant en faveur de la supériorité supposée de l'humain, en les illustrant a contrario. Sur les notions de liberté et de libre-arbitre, il trouve des arguments percutants, ayant trait aux divers conditionnements dont l'humain fait l'objet. Quant à la question de la culpabilité, on regrettera qu'il en attribue la seule responsabilité au christianisme: de nos jours, en nos sociétés largement déchristianisées d'Europe occidentale, d'autres lames de fond idéologiques cherchent à exploiter le sentiment de culpabilité de l'humain (par exemple un certain écologisme, tendant à rendre l'humain seul responsable du changement climatique), ce que l'auteur ne dit guère.

 

L'auteur ose le terme d'homme-bête afin de suggérer la proximité entre l'humain et les autres espèces animales. De manière presque ironique, mettant en évidence les forces des espèces qui entourent l'humain et les faiblesses, voire les crimes dont l'homme est responsable, il tend à dire que nous, humains, ne sommes pas meilleurs que ces êtres que nous nommons "bêtes". Le lecteur s'interroge dès lors: l'homme est-il plus animal que l'animal?

 

La question de la religion et de Dieu se poursuit dans "Bulles", terme métaphorique qui permet de poursuivre la réflexion. L'auteur paraît ne jamais exclure la possibilité d'une transcendance, tout en l'observant d'une manière critique, d'une manière peut-être déjà vue (croisades d'hier contre terrorisme musulman d'aujourd'hui, n° 33). Cela dit, le développement est original, partant de l'image de la bulle de savon, de sa fragilité et de son caractère éphémère. Il débouche sur des thèmes d'actualité (Noël, les attentats à l'encontre de la rédaction de Charlie Hebdo) qui suggèrent que les notes, longues ou brèves, dûment numérotées, ont été prises au jour le jour.

 

"Pour comprendre ce livre, il vous faudra prendre du recul. Faire un pas... deux pas... dix pas... vingt mille pas en arrière. Il faut désapprendre tout ce que vous avez "appris": vaste programme!
Les numéros qui se succèdent dans "La Bête" sont autant d'éléments de réflexion, courts ou moyens, lapidaires ou se complaisant dans un certain ressassement, mais toujours d'une longueur suffisante pour permettre au lecteur de les méditer l'un après l'autre et de réfléchir à leurs résonances et dissonances à l'intérieur de soi.

 

Jon Ferguson, La Bête, La Chaux-de-Fonds, Olivier Morattel, 2015.

 

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