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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 20:11

hebergeur imageLu par Alex, Alfie, Amanda Meyre, Armalite, Babouilla, Blog-O-Noisettes, Bonheur de lire, Caroline, Cécile, Chalit, Chicha, Clarabel, Colimasson, Constance, Des goûts et des livres, Enfin livre, Genius Next Door, Isabello, Jérôme, Jostein, Kathel, Les Diagonales, Liliba, Lilie, Luocine, Marie, Mariposa, Mélusine, Miss Bouquins Aix, Ogresse, Papillon, Parisianne, Passion de lecteur, Sam Eleon, Sharon, Tioufout.

Lu dans le cadre des défis Pavé et Premier roman.

 

A voir la liste d'articles de blogs ci-dessus, il faut croire que tout le monde l'a lu, ce premier roman! Et il faut bien constater que "Le Club des incorrigibles optimistes", cathédrale littéraire signée Jean-Michel Guenassia, vaut le détour. Il s'agit en effet d'un roman foisonnant, qui recrée une époque (les sixties) avec un sens rare du détail, et soigne les différents centres d'intérêt qu'il entend présenter: le jeu d'échecs, la guerre froide côté soviétique, le baby-foot, la guerre d'Algérie et la décolonisation. Et se permet le luxe d'avoir Joseph Kessel et Jean-Paul Sartre en vedettes invitées. Rien de moins!

 

hebergeur imageOn croit à l'univers mis en scène par l'auteur. Les parties d'échecs sont, en particulier, représentées avec un souffle épique à la fois inattendu (le jeu d'échecs n'a pas grand-chose de spectaculaire) et empreint d'une passion communicative: tout le suspens peut ainsi se concentrer dans ces pages, sur une seule partie d'échecs à l'enjeu particulier. Vu à travers le regard de l'adolescent mis en scène (le fameux Michel Marini), le jeu d'échecs fait par ailleurs figure de porte d'entrée dans le monde adulte, avec ses complexités, ses mensonges et demi-vérités sur lesquels il faut surfer. Dès lors, le baby-foot, comme son nom l'indique (tiens, tiens!), fait figure de jeu de gamin - un jeu d'enfant au sens fort, du reste: Marini s'y montre concentré, comme s'il n'y avait rien d'autre que le jeu, alors que les joueurs d'échecs du Club des incorrigibles optimistes ne parviennent jamais à s'y mettre sans arrière-pensée ni calcul.

 

hebergeur imageLe club est un groupe exclusivement masculin. Présenté comme une école de vie, il peut dès lors être vu aussi comme l'image d'une figure paternelle absente, et même endosser le rôle de père collectif de substitution. L'auteur confère d'ailleurs à Michel Marini un père absent, d'abord en raison du travail, puis à la suite d'un divorce. Dès lors, les efforts que Michel Marini fait pour devenir un joueur d'échecs acceptable peuvent être vus comme une métaphore rituelle du difficile passage de l'enfance à l'âge adulte, via l'adolescence. Et du passage du jeu simple et mécanique du baby-foot, enfantin finalement, au jeu d'échecs, complexe, tout en demi-teintes, en calculs et en feintes stratégiques - comme peut l'être la vie lorsque l'on est adulte.

 

Encadré par deux offices de funérailles qui se répondent, ce roman est aussi celui des échos. Il est par exemple tout à fait possible de rapprocher les amours problématiques et finalement peu approfondies du jeune Michel Marini (l'amour fou et impossible envers une Juive fille de sionistes convaincus, précédée par la relation trouble avec Cécile, à la fois amicale et passionnée, quasi fraternelle) de celles de Leonid, pilote de ligne russe tombé amoureux, au temps de l'URSS, d'une Parisienne nommée Milène. L'envie des retrouvailles est la même... et réciproquement, la rupture entre Milène ne fait-elle pas écho à celle qui survient entre les deux parents de Michel? Celle-ci, du reste, n'est-elle pas l'inévitable écho d'une haine viscérale, irréconciliable, entre les deux familles? Quant au "Saint-Justisme", théorie du personnage de Franck, prônant l'élimination physique de ceux qui ne pensent pas comme, euh, disons, lui, cette idée s'entrechoque de manière frappante avec les différents avatars du communisme, avec lesquels les membres du Club des incorrigibles optimistes ont pris leur distances géographiques - pour ne pas dire qu'ils en ont fui les horreurs et les massacres.

 

... et pour Michel Marini, il y a, et cela est extrêmement bien mis en place dans ce roman, l'expérience du mensonge et des faux-semblants des adultes. Dans des phrases et paragraphes parfois sentencieux, le lecteur suit le personnage qui, tel un funambule débutant, observe les adultes chercher leur voie sur la mine ligne qui sépare le mensonge non désiré de la vérité trop franche et apprend à faire pareil, à son corps défendant. Le mensonge prend du reste mille formes dans ce roman, de la plus vénielle (cacher aux voisins qu'on écoute du rock'n'roll à fond - à ce jeu-là, la petite soeur de Michel s'avère spontanément experte) à la plus grave (désobéir à un supérieur quand on est un soldat, fût-ce pour la meilleure des causes, et ne pas oser l'avouer à ses proches).

 

Cathédrale littéraire donc... "Le Club des Incorrigibles Optimistes" est un roman riche qui, derrière une écriture aisée, recèle trois grandes richesses: une construction à la fois fine et habile, une érudition tous azimuts et une observation de l'être humain extrêmement aiguë. Cela, dans un cadre parisien auquel on croit aussi, grâce à la mise en scène de lieux reconnaissables, parfois même récurrents, à l'instar de la fontaine Médicis.

 

Jean-Michel Guenassia, Le Club des Incorrigibles Optimistes, Paris, Albin Michel, 2009.

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