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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 18:20

hebergeur imageLu par Hélène, Mango, Mélusine, Mémé M, Nicole Volle, Partages littéraires.

 

Faut-il qu'un accident survienne pour que l'on se rende compte, mais trop tard, qu'on n'a pas forcément la vie devant soi, même quand on a trente ans et qu'on est un couple aimant (Stéphane et Clémence), qu'on est en voyage à Alexandrie et qu'un enfant de vingt mois (Romain), encore un peu petit peut-être pour une telle expédition, est resté en France? Dès les premières pages de "Un éclat minuscule", Jean-Baptiste Gendarme met les choses en place: un accident à Alexandrie. Dès lors, tout se tient en une demi-heure de vie dans ce troisième roman de l'écrivain rémois. Et ce tout est dense, comme lorsque, au moment d'une émotion forte, l'on croit revoir sa vie en un éclair.

 

Certes, la première phrase contient quelques éléments qui, s'ils font image, ne sont guère exploités plus loin: "Malgré son peu de connaissances en tortures et autres sévices corporels...", image du requin blanc. Cela dit, l'élément déclencheur est présent: il y a un accident. On apprendra plus tard que c'est Clémence qui en est la victime; l'auteur choisit, en effet, de dire la douleur que ressent Stéphane. Etrange, paradoxal? Un peu, sauf si l'on admet que celle-ci peut se transmettre dans un couple, et qu'elle est aussi ressentie par le conjoint qui est épargné. Cela amène enfin l'idée que c'est bien à travers les yeux de Stéphane qu'il découvrira l'intrigue.

 

La construction est ensuite simple mais adroite. Elle fait alterner les nombreux actes qui suivent immédiatement l'accident, l'arrivée des secours, les appels téléphoniques, les soins à Clémence, les paroles de Stéphane à sa bien-aimée, etc., et les rappels du passé de Stéphane et de son couple. Il y a l'évocation d'un autre accident qui a changé la vie d'un ami, Laurent. Il y a un enterrement et un mariage. Il y a les personnes fréquentées brièvement et jamais revues. Il y a l'évolution de la carrière de Stéphane, documentariste un peu par défaut, un peu velléitaire, un peu trop prêt aux compromis comme beaucoup de jeunes gens d'aujourd'hui. Là se dessine un atavisme, les projets et la destinée du père de Stéphane étant également évoqués. Les épisodes sont nombreux et riches de sens, on l'a compris. Suggérant le déterminisme qu'on veut bien (re)voir, brutalement remis au jour par l'événement présent, ils sont ordonnés de façon à annoncer le dénouement de "Un éclat minuscule".

 

Au gré des épisodes, se dessine aussi la peur de la perte, indissociable de l'issue de l'accident. Celle-ci apparaît aussi comme bien préparée par les aléas de la vie: un Paul qui traverse l'existence de Clémence et qui pourrait être un amant, Clémence qui aurait voulu tout plaquer, etc.

 

"C'est écrit": voilà bien la définition par excellence du roman en général. Mais c'est aussi ce que dit l'auteur, offrant avec "Un éclat minuscule" un roman qui dit la fragilité des certitudes de l'existence: "Ils avaient, croyaient-ils, l'avenir devant eux." On aurait pu penser, en lisant le résumé, à un drame social sur fond de perte d'emploi. Mais en s'intéressant à l'essentiel, à la vie même, l'auteur va plus loin. Et c'est avec une précision de tous les instants, brillante et fine, qu'il dessine tous les détails de ce qui peut advenir en une demi-heure entre la vie et la mort... et tout ce qui peut passer dans la tête d'une personne impliquée.

 

Jean-Baptiste Gendarme, Un éclat minuscule, Paris, Gallimard, 2012.

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