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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 20:26

Lacroix 89On se souvient que l'écrivain, journaliste et critique d'art français Hugo Lacroix avait consacré dix-sept nouvelles à l'Italie. C'était en 2008, et j'en parlais ici. En 2010, il récidive en proposant à nouveau dix-sept nouvelles, portant cette fois sur ses compatriotes. Cela donne "Dix-sept histoires au pays de 89", un recueil tout à fait dans la lignée de son prédécesseur italien.

 

Le lecteur retrouve ainsi l'envie de l'auteur de se glisser dans la peau de ses personnages, qu'il fait parler à la première personne. Le style s'adapte, l'auteur recrée des voix, de manière fine et délicate. Et les personnages sont divers, comme la France sait l'être: une prostituée, un ami/amant, le fameux éleveur qui dit "Casse-toi, pauv' con" à un ancien président de la République (savoureux "Ce qu'il aurait dû répondre"), le client d'un dealer.

 

Ce n'est certes pas une constante absolue, mais force est de constater que de nombreuses nouvelles de ce recueil tournent autour de la vie sentimentale et sexuelle, semblant donner raison à l'idée que la France est le pays de l'amour. Cela, sous des formes diverses. La première nouvelle, "La chaumière d'une blonde", donne le ton en installant la relation trouble entre une blonde et un homme noir. Il arrive que cet aspect ait quelque chose d'apparemment gaulois, presque comique, par exemple lorsqu'une prostituée commande à un menuisier un lit pour le fourgon où elle exerce ("La putain et les menuisiers"). La discussion entre l'artisan qui connaît son métier et sa cliente, qui sait exactement ce qu'elle veut, montre également un certain goût de la confrontation verbale, qu'on prête volontiers aux Français.

 

Il est sans doute volontaire que l'auteur ait donné Paris pour cadre à un nombre important des nouvelles de ce recueil. L'auteur souligne ainsi le rayonnement de la capitale, sa place prépondérante dans l'imaginaire mondial; mais il indique aussi, ce faisant, le principe centralisateur qui prévaut en France. La Ville Lumière se fait capitale des arts et des élégances impitoyables dans "Les hasards de la vie", qui convoque un grand nombre d'artistes du passé et quelques vieilles dames disertes. Elle fait le lien avec la Corse et les milieux interlopes dans "Un patriote marginal", qui donne la parole à un Corse logé à Paris, qui aime acheter ses cigarettes à l'unité. Et hors de Paris, tout ce que l'on relie à l'imaginaire français est présent, peu ou prou: les fromages, les vins ("Complicité vinicole", où le vin s'associe aux sentiments, à la tendresse), etc.

 

Et 89? On imagine la Révolution française, bien sûr, mais celle-ci est curieusement absente du recueil, si ce n'est, peut-être, par l'image qui orne la couverture, signée Michel Quarez, et qui a servi d'affiche pour un 14 juillet à Aubervilliers. A moins qu'on ne considère chacun des textes de "Dix-sept histoires au pays de 89" comme autant de témoignages du mode de vie français, héritier d'une soif inextinguible de liberté, qu'elle soit de moeurs, de vie, d'expression, âprement défendue depuis la Révolution française.

 

Hugo Lacroix, Dix-sept histoires au pays de 89, Paris, La Différence, 2010.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 20:29

Lacroix VitaDans son recueil de nouvelles "Dix-sept histoires de dolce vita", l'écrivain français Hugo Lacroix cerne, en dix-sept nouvelles très brèves, quelques éclats de vie dont le cadre se trouve en Italie.

 

Ces textes sont courts et rapides, on les avale avec délice. Il n'y a pas un mot de trop, pas même lorsque l'ambiance est à l'extravagance - on pense à la nouvelle "Au nom du Christie's", où est mise en scène une jeune femme, Miguela, si belle et fascinante que sa splendeur dépasse celle des objets mis en vente: on l'achèterait, selon l'un des personnages! Le titre fait penser au Christ; n'ayant jamais fait l'amour, ladite belle femme finit par faire figure de Sainte Vierge de la nouvelle.

 

C'est que la religion catholique trouve sa place dans ce roman consacré à un pays qui lui est traditionnellement attaché. "Le Tueur de Gênes" en est un bel exemple, que l'auteur aborde par la bande en mettant en avant, d'abord, un bar gay. Sa clientèle va se confesser dans l'église placée dans la même rue - et le narrateur, qui est le curé de cette église, en parle, brisant le secret de la confession à l'attention d'un lecteur rendu curieux. Cette nouvelle a les allures d'une intrigue policière, dans une certaine mesure, suffisante pour créer un petit suspens.

 

La vie des sens, sensuelle ou lourde, est présente dans ce recueil, de manières diverses - outre le bar gay, on appréciera le petit coup rapide entre un coiffeur et sa collaboratrice, moment clé d'une nouvelle, "Le Visagiste", qui dévoile quelques aspects du métier pratiqué à l'italienne. Le jeu des doubles sens est aussi là, avec "Gelato romano": si sucer "une petite glace" peut être compris dans un sens grivois agréable si deux gars y consentent, dans le cas contraire, on ne peut que dire, comme le narrateur en début de texte: "Avant-hier, Dario m'a complètement refroidi."

 

Cela, sans oublier la criminalité mafieuse et certains aspects déplaisants de l'histoire italienne: "Le Boeuf à six pattes" mêle monuments historiques (ici, il s'agit de Herculanum) et action de structures mafieuses, sans oublier le côté bonne cuisine, avec une réflexion peu évidente sur la viande que l'on trouve dans son assiette. Et le lecteur se retrouvera face à une fête qui réunit des nostalgiques du fascisme avec "Une bacchanale fasciste", dont l'auteur recrée la liturgie grotesque (des masques nègres, le narrateur préfère être noirci au cirage...) avec précision et sobriété.

 

Parues pour certaines d'entre elles dans des revues prestigieuses telles que la Nouvelle revue française, les nouvelles de "Dix-sept histoires de dolce vita" sont aussi rapides et fortes qu'un espresso dégusté au coin d'un bar italien. Elle sont aussi un rayon de soleil en plein été, qui peut caresser ou gifler. Sobres, elles sont un regard perçant porté par un écrivain français sur l'Italie d'aujourd'hui. Une Italie qu'il a su percer à jour, au-delà du regard superficiel du touriste.

 

Hugo Lacroix, Dix-sept histoires de dolce vita, Paris, La Différence, 2008.

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