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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 21:57

Muller Vitre

Lu par Au pouvoir des mots, Denis Arnoud, Francis Richard.

Le site de l'éditeur.

 

Avec Fabien Muller, l'éditeur Olivier Morattel a-t-il publié le plus parisien des écrivains romands? Ou le contraire? Peu importe au fond. Le fin mot de l'histoire, c'est que c'est en Suisse, par l'entremise de la journaliste Mélanie Croubalian, que l'écrivain français Fabien Muller a trouvé un éditeur pour son dernier roman, "La vitre". Il s'y met dans la peau d'une jeune femme dépressive et peu douée pour les contacts humains, qui traîne son existence amère entre des piges erratiques et un métier de bibliothécaire: "Depuis toujours Hélène a le sentiment de voir le monde à distance, de ne pas en faire partie", présente la quatrième page de couverture. Puis viennent un voisin et sa fille, et par là même la possibilité d'une affection...

 

Symboliques de la vitre

"La vitre", donc. Le titre est énigmatique, mais on devine que la vitre est l'image, parfois concrète, de cette mise à distance. Le motif de la vitre est récurrent dans ce roman. On pense à celle de la couveuse où Hélène passe une partie de ses premiers jours. On pense aussi, plus loin, au cadre photo fracassé par l'un des personnages. Ou encore aux Galeries Lafayette dont les vitres explosent lors d'un attentat.

 

Et puis, "la vitre", c'est aussi la fragilité, et là, c'est de la fragilité du personnage d'Hélène qu'il est question: on dirait d'elle que c'est une "femme à problèmes", mais c'est aussi une personne qui s'est cassé à peu près tous les os de son corps. Fragilité des relations humaines, aussi? Oui, mais là, tout d'un coup, il y aura un moteur, une résistance, qui permettra à Hélène de se battre, enfin, pour une fillette, Camille, à laquelle elle a fini par s'attacher.

 

Cela, après avoir créé une certaine transparence (de vitre!) sur la vie difficile de son père, Benoît, fragile aussi à sa manière, mort dans l'attentat mentionné plus haut...

 

(Faire) entendre des voix

Ecrire à la première personne, c'est recréer la voix de son personnage. C'est un art périlleux, et l'écrivain de "La vitre" se montre à la hauteur. On croit au personnage d'Hélène, cette femme un peu commune; on ne peut pas la détester tout à fait, mais il arrive qu'on la trouve énervante, qu'on ait envie de lui mettre quelques claques pour qu'elle se bouge, ne serait-ce que pour se trouver un mec. Bref, elle ne laisse pas indifférent...

 

Un tel sujet aurait par ailleurs pu verser dans l'introspection ennuyeuse d'une personne sans éclat. L'auteur évite toujours l'écueil à temps en relançant l'intérêt de son récit quand il faut - et en remotivant Hélène.

 

L'insertion d'éléments documentaires dans le récit y contribue aussi. Le lecteur a droit à quelques chroniques qu'Hélène a signées pour un magazine féminin, et l'auteur les place en résonance avec l'avis de leur premier lecteur: le rédacteur en chef dudit magazine. Et puis, l'on découvre les rapports des soeurs qui se sont occupées de Benoît et de sa grande soeur (Sophie, beau personnage de méchante ordinaire) dans leur enfance. Ce sont de nouvelle voix que l'auteur fait entendre dans son roman, de nouveaux rythmes, de nouvelles musiques.

 

"La Vitre" est un beau roman, porté par une voix qui sonne juste. C'est aussi un livre d'aujourd'hui, avec des personnages en apparence ordinaires, ballottés par l'existence, et qui finiront, peut-être, par trouver une voie moins rocailleuse pour continuer: fini de regarder le monde comme s'il apparaissait à travers une vitre? Sans doute...

 

Fabien Muller, La vitre, La Chaux-de-Fonds, Olivier Morattel Editeur, 2016, préface de Mélanie Croubalian.

 

 

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