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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 19:16

 Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit Riche et sulfureux ouvrage que «Les clefs du pouvoir sont dans la boîte à gants», roman signé San-Antonio et publié en 1981 aux éditions Fleuve Noir! Sur plus de 400 pages écrites petit, l’auteur donne libre cours à une plume qui, si elle porte bien, formellement, la marque de fabrique de Frédéric Dard, s’éloigne quelque peu, dans le propos, de ce que fait d’habitude l’auteur de Bourgoin-Jallieu. Preuve que sa manière d’écrire ne se prête pas qu’à la gaudriole…


Quelles sont ces habitudes d’écriture? On les soupçonne, intuitivement: une inventivité verbale délirante et revendiquée (en particulier le refus des verbes essentiellement pronominaux, régulièrement amputés), l’interpellation du lecteur comme pour trouver une confirmation de son propos, la juxtaposition parfois audacieuse de tous les registres de langage, des portraits bien campés, des sentiments, du sexe même. Mais alors que l’on s’étripe et qu’on s’étreint plutôt joyeusement dans d’autres opus, «Les clefs du pouvoir sont dans la boîte à gants» est empreint d’une dominante amère, sérieuse, «adulte» et sombre, montrant une galerie d’humains au mieux apathiques, au pire détestables. Le tout, dans le contexte particulier des mois qui ont précédé (et suivi) l’accès de François Mitterrand à la présidence de la république française.


Vu le titre, cet ultime détail a son importance. La lente partie d’échecs que met en scène l’écrivain s’apparente en effet à la quête du pouvoir par tout un chacun, mise en scène dans un souci permanent d’ouvrir les placards pour y découvrir des cadavres. Meneur de jeu, le Président, Horace Tumelat, est un presque-vieillard manipulateur, dominateur, à la personnalité complexe et odieusement fascinante – un politicard au sens fort du terme, capable de retourner en sa faveur les situations les plus compromises a priori: débats télévisés, scandales en gestation. Les initiales d’Horace Tumelat (HT) laissent à penser qu’il est un vendu, mais cela n’est jamais affirmé… Face à lui, se trouve son épouse Adélaïde, délaissée, mais également désireuse d’arriver à ses fins: obtenir le divorce. Le personnage fantoche qu’agite Horace Tumelat s’appelle Eric Plante. Figure aux préférences sexuelles hésitantes, fil rouge et nœud (coulant) du récit, il révèle sa folie tout au long du roman, ainsi que son caractère viscéralement sadique.


Qui sont les masochistes? On retrouve là les figures féminines du récit, presque systématiquement ramenées à un état d’objet. Il y a d’abord Eve, journaliste à la langue de vipère réputée, figure riche: prompte à vitupérer dans les colonnes du journal auquel elle émarge, elle finira sous le charme d’Eric, qui la manipulera, entre autres en envoyant des courriers anonymes compromettants à ceux qu’il faut – ou en la livrant aux assauts sexuels de tiers inconnus. L’autre victime consentante s’appelle Noëlle. Jeune amante de Tumelat, grande brûlée, elle finit par vivre comme le défunt chien domestique de celui-ci. Dans un élan mystique, Noëlle finira par se prosterner devant la défunte secrétaire et amante d’Horace Tumelat; Eve, femme de (quatrième) pouvoir, s’en sortira mieux, en éliminant Eric Plante afin, peut-être, de donner un nouveau sens à sa vie, plus sain. Voire plus saint…


… car la subversion touche également au domaine religieux, sous-jacent voire affleurant dans tout le roman. Cela passe par des jurons régulièrement proférés par l’un ou l’autre personnage, ou par le personnage de l’aumônier des prisons, homme pragmatique mais à la foi parcimonieuse. On peut également voir en Horace Tumelat un démiurge: homme qui s’est fait tout seul, il a ses créatures: Eric Plante, qu’il fait élire député (nommé «Fiston» à plusieurs reprises, comme s’il s’agissait d’un Christ de paille); Noëlle bien sûr, qu’il couve et considère comme un ange (de Noël) tout en la traitant comme la «bête du Seigneur». D’autres choix rédactionnels, par exemple les prénoms de certains personnages (Eve, en particulier, mais aussi Marie, ancienne copine d’Eric, qu’il cède à son père (qui finit par l’épouser en secondes noces) contre une motocyclette), l’attachement de la famille d’Adélaïde aux valeurs catholiques ou les titres des quatre parties du roman (quatre Evangiles?), suggèrent une lecture subversivement biblique.


Enorme? Inattendu, en tout cas, de la part de San-Antonio, soudain présenté comme «sadique et pathétique». Rédigé au point de croix alors que l’auteur privilégie généralement la brosse et les grands traits, cet ouvrage complexe révèle, de la part de l’auteur, une vision foncièrement pessimiste et noire de l’humain: chacun, dans ce roman, est un loup pour l’autre. Que sont ces clés du pouvoir, alors? La corde de pendu qu’Eric Plante ramène chez lui en voiture, rangée dans la boîte à gants, pourrait être la métaphore des clés du paradis. Affaire à creuser…


A noter que «Les clefs du pouvoir sont dans la boîte à gants» fait suite au roman «Y a-t-il un Français dans la salle?», qui fait intervenir les mêmes personnages.


Frédéric Dard, Les clefs du pouvoir sont dans la boîte à gants, Paris, Fleuve Noir, 1981.

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 21:46

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitFrédéric Dard a été un auteur des plus prolifiques; les aventures les plus officielles de San-Antonio comptent près de 200 titres, et cela exclut les ouvrages où Alexandre-Benoît Bérurier est à l'honneur et ceux où la joyeuse équipe de police n'apparaît pas - sans compter les livres et textes parus sous d'autres pseudonymes, en particulier "Kaput". Comment se retrouver dans cette jungle? Plusieurs lecteurs m'ont demandé de leur souffler quelques titres; je vais essayer de leur faire part de mes coups de coeur... qui remontent, je dois l'avouer, à mes années de lycée! Mais je suis certain qu'une relecture me ferait un immense plaisir, doublé d'un effet "madeleine de Proust" des plus enviables. Déjà là, avec "Les clets du pouvoir sont dans la boîte à gants", je retrouve certaines atmosphères...

Mes favoris absolus sont donc les suivants: "San-Antonio renvoie la balle", qui se passe aux alenteours du stade de football de La Garenne-Colombes, a été mon premier San-A - publié en 1959 si je me souviens bien. De quoi vous défriser le mental, avec une intrigue assez classique où l'on découvre tout à la fin qui est le coupable; assez soft pour ce qui est de la gaudriole. Un tel enthousiasme m'a amené à faire connaissance avec des récits plus récents; "Cocottes minute", paru au début des années 1990, fut également un grand moment, entre loubards, sexes masculins taillés et cuisinés et scènes, disons... explicites. D'autres encore? Il y eut l'étrange "Vol au-dessus d'un lit de cocu", ou les "Super San-Antonio" de la fin de la carrière de l'écrivain - en particulier "Ma Cavale au Canada", qui commence en Suisse et offre un coup d'oeil assez chaud, si j'ose ainsi dire, sur le Grand Nord. Ah - et je pense encore à "Circulez, y'a rien à voir", paru à une époque où l'on commençait seulement à parler du sida; celui-ci y joue justement un rôle...

Globalement, les titres les plus anciens privilégient l'aventure alors que les plus récents aiment les passages truculents, crus, frivoles, etc. Si vous cherchez du gratiné, prenez donc "Les cochons sont lâchés": le titre est tout un programme, que je vous laisse imaginer, avec le rabelaisien Bérurier et l'antique Pinaud en goguette. Personnellement, j'adore la couverture de la première édition, avec plein de cochons roses aux ailes blanches (image)... mais le propos a quand même quelque chose de lourd, à force. Si vous préférez des intrigues qui privilégient... l'intrigue, justement, je recommande "Laissez tomber la fille", l'un des tout premiers de la série, qui se déroule encore dans le contexte de la France occupée. Et les amateurs d'expérimental goûteront peut-être "La vie privée de Walter Klozett", un titre plutôt schizophrène.

Vous avez l'âme voyageuse? Ceux qui apprécient l'Afrique (ou participent au
défi Safari) goûteront peut-être "Hue, Dada!", qui met en scène Amin Dada lui-même... pas forcément mon préféré, toutefois, même si je l'ai lu deux fois, la seconde sur l'impulsion d'un ami inconditionnel de ce titre. Comme son titre le suggère, "Bosphore et fais reluire" envoie son lecteur (et San-Antonio, par la même occasion) en Turquie. "Mange et tais-toi!" se déroule en pleine guerre du Viet-Nam, et s'avère assez aventureux. "Princesse Patte-en-l'air" vous envoie, enfin, en Extrême-Orient, si je me souviens bien. "Al Capote" avance une hypothèse inédite sur l'assassinat mystérieux de John Fitzgerald Kennedy. Quant à "San-Antonio chez les Gones", plus ancien, c'est à Lyon que ça se passe, mais vous l'aurez deviné par vous-mêmes...

J'ai moins fréquenté les hors-série; mais Frédéric Dard a également laissé à la postérité un ouvrage original, inattendu même pour l'auteur de tant de gaudrioles: "D'homme à homme", recueil d'entretiens avec feu Mgr Pierre Mamie, ancien évêque de Fribourg et ami de l'auteur de Bourgoin-Jallieu. Une conversation sérieuse et profonde, volontiers personnelle - à recommander à ceux qui aiment chercher de vieux livres publiés en Suisse et devenus introuvables.

Voili voilà... j'espère vous avoir donné l'envie de lire! J'espère avoir ainsi donné quelques pistes. Les bibliophiles qui recherchent les titres anciens goûteront les couvertures de Gourdon (comme ci-contre)...

P. S.: je découvre à l'instant que "Les cochons sont lâchés" existe en version audio... grouik!

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 22:37
 

San_AMoi, vous me connaissez: il y a pas mal de temps que je songe à lancer un défi comme les blogueuses et blogueurs en ont le secret: chick lit, Harlequinades, Blog-o-trésors... autant de glorieux moments! Mais mes hésitations furent nombreuses: fallait-il lancer les blogolectrices et blogolecteurs sur des auteurs suisses? Fallait-il faire original à tout prix? Quel auteur, quel style, quelle époque? Et les hasards de mes cogitations m'ont conduit à vous proposer un défi "San-Antonio" pour cette année. Frédéric Dard est donc à l'honneur...

... pour quelques bonnes raisons:

- Frédéric Dard est sans doute l'auteur populaire français le plus suisse qui soit, puisqu'il a vécu une bonne partie de sa vie à Bonnefontaine, dans le canton de Fribourg, soit à moins de dix kilomètres de mon logis actuel.
- Frédéric Dard est décédé il y a dix ans tout rond, en l'an 2000. Ca vaut bien un clin d'oeil!
- Du coup, Frédéric Dard est aussi l'un des auteurs qui sera mis en valeur dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la francophonie 2010. Je ne serai donc pas seul à inviter à le lire...
- Et puis, c'est tellement savoureux (j'en ai lu des dizaines) - et si peu évoqué dans la blogosphère du livre!

Les règles du jeu
Voici donc les règles du jeu: lire, dans le courant de l'année 2010, un (ou plusieurs) romans signés Frédéric Dard, et à rédiger un billet sympa à propos de l'ouvrage parcouru: saveurs du langage, astuce (ou non?) de l'intrigue, truculence, personnages, lieux visités, etc. Un peu comme pour la blanquette de Félicie: parlez de la viande, de la sauce et du petit Beaujolais qui va avec...

Quels livres, alors? Cela comprend les San-Antonio que l'écrivain a publiés de son vivant, mais aussi des pièces de théâtre, des romans sans San-Antonio ou d'autres où il cède la place à son comparse Bérurier. J'invite les lecteurs à privilégier les romans de Frédéric Dard plutôt que ceux de Patrice Dard, même s'ils mettent en scène le fameux commissaire, précisément pour les raisons évoquées plus haut. Les films, les BD? Pourquoi pas - mais ce sera en plus du livre.   

Pour jouer, pas d'inscription, ni de condition préalable quelconque! J'invite simplement les participants à placer sur leur blog une copie du logo "très artisanal" produit à cette occasion, avec un ch'tit lien vers le présent blog! 

J'ouvrirai pour l'occasion une page spécifique, recensant les billets publiés durant l'année - faites-moi donc signe dès que vous avez relevé le défi, en glissant un commentaire ici. De mon côté, je me promets de lire, cette année encore, "Les clés du pouvoir sont dans la boîte à gants". Parce qu'un gant, c'est traditionnellement ce qu'on lance à celui qu'on défie!

Bonne lecture donc...  et à bientôt! L'échéance est (officiellement) fixée au 31 décembre 2010.

Pour mémoire: liste des ouvrages signés San-Antonio sur Wikipedia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_San-Antonio

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