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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 19:59

partage photo gratuitDéfi "Les anciens sont de sortie".

 

Danielle Akakpo, écrivaine stéphanoise, a publié "Jen & Juliette" chez Eastern Editions, maison d'édition ligérienne tenue par l'écrivain et éditeur Sébastien Bouchery. C'était l'an passé. Il est donc grand temps d'évoquer ce court roman - ou plutôt cette longue nouvelle, d'environ 80 pages, qui évoque un départ dans la vie sous les auspices de quelques lourds secrets familiaux.

 

Longue nouvelle donc, plutôt que roman. "Jen & Juliette" ne se présente certes pas comme un roman, ne serait-ce que par sa brièveté. Et même s'il y a des ouvrages plus courts qui sont proposés comme des romans, celui-ci touche plutôt à la nouvelle longue, par le petit nombre de personnages et de situations, ainsi que par l'aspect parfois schématique de l'approche: on aurait aimé que l'auteur ait l'audace de creuser et de développer davantage.

 

L'intrigue est bien construite et bien menée, avec un point de bascule grave qui cristallise des secrets familiaux lourds à porter - rien de tel pour rendre un texte narratif captivant. Le lecteur est donc intrigué, dès le départ, par la différence de traitement que deux parents réservent à leurs filles. Mais derrière les aspects "bien comme il faut" d'une famille a priori respectable (Monsieur est médecin à Lyon, Madame est devenue une fée du logis), il y a le secret. L'auteure est fine mouche: elle ne donne pas d'emblée les clés de l'intrigue, mais préfère disséminer des indices de plus en plus parlants, en un habile crescendo. Cela permet de dessiner avec acuité les liens familiaux, du point de vue du personnage de Jennifer, dite Jen, qui endosse le rôle de la narratrice - et suscite ainsi l'empathie du lecteur.

 

Le lecteur peut voir aussi, à travers les pages de "Jen & Juliette", l'illustration de deux formes d'amour, avec les problématiques y afférentes: l'amour familial, problématique dans la première partie, et les amours qui peuvent mener - ou non - au mariage et à l'enfantement. De ce point de vue, le point de bascule - marqué par la divulgation des secrets familiaux, et suggéré par l'image de couverture suggérant un "avant" et un "après" - constitue le moment qui sépare l'avant (temps de l'amour familial problématique) et l'après (temps de l'amour d'attirance, non moins problématique). Est-ce à dire qu'il n'y a pas d'amour heureux, comme l'affirme Aragon? Si ce n'est l'amour d'une mère pour son enfant? L'issue de "Jen & Juliette" suggère en tout cas que seul celui-ci mérite de tout plaquer, y compris le père.

 

On pourrait d'ailleurs gloser sur les personnages masculins de ce roman, jamais tout à fait à la hauteur des attentes des femmes - et, à ce titre, générateurs de frustrations dont il convient de s'affranchir: un médecin beau gosse mais autoritaire, un jeune homme qui prend le large dès que possible et s'avère un ami plus qu'un mari, un globe-trotter immature. L'éducation sentimentale de Jen implique qu'elle s'affranchisse de ces trois figures - une triple "mise à mort du père", en somme. Cela, sans oublier la figure de Felipe, le pianiste, d'autant plus idéale qu'il est mort... mais survit à travers la musique jouée par Jen et par sa mère.

 

Texte riche en thématiques, donc, que "Jen & Juliette"! On l'aurait aimé parfois plus fouillé encore, plus proche des personnages, avec davantage d'éclats peut-être. Sa force réside d'ores et déjà dans la peinture d'un début tortueux dans la vie, qui implique une éducation sentimentale et la nécessité, radicale, de couper toutes les amarres pour pouvoir avancer, enfin.

 

Danielle Akakpo, Jen & Juliette, Feurs, Eastern Editions, 2013.

 

 

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 19:20

hebergeur imageLu par Jérôme Cayla, Marie-Laure Bigand, Mary.

Lu dans le cadre du défi "premier roman".

Le blog de l'auteur.

 

A chaque forum son troll, sa punaise, sa figure détestable. C'est sur ce postulat bien connu des blogueurs et forumeurs que Danielle Akakpo construit "Détestable Antigone", paru en 2010 aux éditions Laura Mare. Alors que l'auteure s'apprête à publier un nouvel ouvrage, "Jen et Juliette", aux éditions Eastern à Saint-Etienne (c'est pour septembre - de quoi nourrir les lectures des aficionados de la rentrée littéraire), il était grand temps que je me plonge dans son premier roman!

 

hebergeur imageL'auteure est animatrice d'un forum où se retrouvent des écrivains amateurs, parfois publiés, à l'enseigne de "Maux d'auteurs". Dès lors, les pages qui décrivent le forum fictif mis en scène sentent le vécu, tout naturellement: l'auteure recrée l'ambiance globalement bon enfant de ces lieux virtuels, où l'on se corrige fraternellement, où l'on se réjouit qu'un confrère en écriture ait enfin trouvé un éditeur, si possible à compte d'éditeur. Peut-être même a-t-elle pensé à certains forumeurs en créant ses personnages, aux pseudonymes bien trouvés: les habitués auront en tout cas l'impression de les reconnaître.

 

Et puis il y a la rencontre en vrai, passage pour ainsi dire obligé des relations virtuelles. On les appelle "Dîners livres échanges" ou "Kremlin des Blogs", voire "Bloggy Fridays", ou ces retrouvailles au Salon du livre de Paris, mais à chaque fois, les personnes présentes vont réagir à leur façon. Sans détailler excessivement, l'auteur de "Détestable Antigone" présente une rencontre amicale, par-delà des tempéraments parfois bien trempés (ah, le conjoint corse!) - cela, sans oublier la valse-hésitation entre pseudonymes et noms véridiques. Là-dessus, elle dépose le personnage d'Antigone, méchant par essence, et une figure trouble: le personnage de Latraviata. Celui-ci est malheureusement un peu sous-employé, alors qu'il se positionne en pivot entre les forumeurs, sympathiques, et Antigone, qui fait figure de "Tatie Danielle" qui a réussi à faire l'unanimité contre elle.

 

Antigone est un personnage dont les ressorts sont intéressants à analyser. Héritière d'un karma peu évident (elle a dû s'occuper de sa petite soeur comme si elle était sa mère, sacrifiant ses études à cet effet), elle développe un certain esprit petit-bourgeois désireux de s'élever au-dessus de sa classe. L'auteure fait d'elle la patronne d'un bar-tabac, mettant en évidence certaines frustrations (ne pas avoir pu mener à bien ses études). Elle en fait aussi un personnage présenté comme raciste, tenant des discours se terminant par "on n'est plus chez nous" - oubliant peut-être, et c'est une faiblesse vis-à-vis du lecteur, qu'une telle posture peut passer sans problème dans certains milieux. Ce qui devrait en revanche rendre Antigone détestable aux yeux de tous, c'est sans doute son attitude de retrait: alors que tout le monde communie et trinque dans une ambiance amicale, Antigone, écrivain ambitieuse qui a quelques titres de gloire en poésie et aimerait s'illustrer par ses nouvelles, lit des recueils de poésie dans son coin. Voilà qui est rédhibitoire! Et voilà qui devrait faire de tous les convives des suspects: Antigone claque, et c'est là que ça devient intéressant...

 

Si l'auteur ne bascule pas dans le polar (après tout, les raisons de tuer l'abominable Antigone ne manquent pas), c'est bien à un écrivain de romans policiers, Loïc, qui pourrait rappeler le véritable Bruno L'Her, qu'il revient de reconstruire la fin du récit, à la manière d'un enquêteur qui a ses arguments. Loïc narre donc la deuxième partie du récit. Le rythme change: les paragraphes se font plus longs, l'ambiance est au flash-back en compagnie de la soeur d'Antigone. L'ambiance n'est pas la même non plus, du coup: d'une vaste villa de campagne, le lecteur se retrouve dans un appartement niçois. L'auteur du roman ne tombe cependant pas dans une rupture totale, qui eût paru déroutante: plutôt que de se disperser dans la diversité des voix, elle conserve une unité de ton à son texte.

 

Quelques éléments de "Détestable Antigone" sont un peu rapides, voire légers, à l'instar de l'évacuation de la figure de Latraviata, qu'on aurait aimé voir jouer un rôle plus appuyé, ou de l'attitude pour le moins désinvolte du médecin venu constater le décès d'Antigone. Ecrit dans un style aisé et fluide qui favorise une lecture rapide et gourmande, "Détestable Antigone" vaut toutefois la peine d'être découvert, en tout cas en raison de la construction particulièrement fouillée de son personnage de méchant (la fameuse Antigone). Et puis, c'est un ouvrage d'une certaine importance dans la mesure où il met en scène - c'est assez rare pour mériter d'être signalé - le monde des forums d'Internet et l'étape pas forcément évidente de la rencontre dans la vie réelle. Cela, en mettant en avant les interactions entre les personnages.

 

Danielle Akakpo, Détestable Antigone, Saint-Etienne, Laura Mare, 2010.

 

 

 

 

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