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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 19:35

Preux BilobaLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur.

 

C'est une de ces histoires aux détours dramatiques, mais où, comme disait l'autre, tout s'arrange à la fin. Deuxième roman de Cornélia de Preux après "L'Aquarium", "Le Chant du biloba" est un roman rapide et haut en couleur, peuplé de personnages sympathiques comme on en rencontre presque tous les jours, avec leurs forces éclatantes et leurs faiblesses, qui peuvent interroger le lecteur.

 

L'histoire? Une adolescente esseulée, Tiwi, persuade une connaissance à elle, Lupesco, de l'emmener à une concentre de Coccinelles Volkswagen - et d'embarquer encore sa grand-mère. Trois générations sous dans un bus Volkswagen: il n'en faut pas plus à l'auteure pour créer un road trip miniature où les générations se frottent. Loin de ce voyage qui n'est pas de tout repos, évidemment, les parents de Tiwi flippent à mort.

 

Autant dire que la description des relations humaines prend dans ce petit roman une importance capitale. Le lecteur s'attache volontiers à la figure de la grand-mère, affublée du surnom malsonnant de "Groumma": plus tout à fait autonome, elle a ses absences, fait une fixation sur le ginkgo biloba qu'elle voit de la fenêtre de son foyer. Avec ce personnage bien travaillé, l'auteure a l'occasion de faire quelques flash-back sur une jeunesse entre Forêt-Noire et Bucovine (du côté du Prout - était-ce nécessaire, soit dit en passant, de préciser que c'est un fleuve?) et d'offrir quelques pages lyriques.

 

Elle a aussi son caractère, qui va se frotter au gitan Lupesco - un nom qui suggère les loups et convient à ce personnage marginal entre deux âges, libre, qui ne vit littéralement que pour son moyen de transport. Quant à Tiwi, fille adoptive métisse venue d'Amérique du Sud (elle ne connaît pas ses "parents de peau", pour reprendre le mot de l'auteure), elle va, au fil du voyage, vivre de premiers émois d'adolescente, décrits avec pudeur. C'est tout en douceur que l'auteure expose les frictions, tensions et malaises qui ne peuvent manquer de naître au sein d'une telle équipe.

 

Il y a de la finesse aussi dans l'observation des parents de Tiwi, deux personnes fort absorbées par leur métier et leurs loisirs. Sont-ils encore vraiment un couple, d'ailleurs, au-delà de ce que dit l'état civil? L'auteure les montre s'accusant l'un l'autre, puis se remettant en question. Par le jeu des interrogatoires, rien qu'en posant des questions qui devraient être évidentes, la police joue ici un rôle de révélateur de leurs absences et insuffisances. Certes, chacun vit son statut de parent au plus près de sa conscience, et l'auteure sait faire peser sur les parents, l'air de rien, le poids du jugement implicite des policiers. Mais on sent que l'enquête de police va conduire à une remise en question de ces parents adoptifs.

 

La réunion de véhicules Volkswagen permet à l'auteure de rédiger quelques pages hautes en couleur, sur un sujet qu'on devine plutôt rare en littérature. Les ambiances peuvent être joyeuses, à l'instar de la démonstration parfois décalée d'arts du cirque dans le cadre de la réunion - il est permis de penser, de loin, au roman "A l'ombre de la marquise" d'Yvan Dalain. Elles peuvent être douces-amères aussi, lorsque Lupesco noie dans la bière, avec quelques amis, tout ce qui ne va pas dans sa vie - et que le lecteur du "Chant du biloba" aurait aimé, parfois, voir exposé de manière plus étendue.

 

Tout s'achève vite, finalement, et le lecteur peut regretter que Lupesco s'en sorte assez bien: aux yeux de la police qui est aux trousses de son bus Volkswagen depuis le début, il a charge d'âmes: une mineure sous la responsabilité de ses parents, et une personne âgée en état de dépendance. Reste que l'issue, heureuse pour tous, laisse au lecteur le goût d'un roman aimable qui donne bonne mine, rédigé en accords majeurs.

 

Cornélia de Preux, Le chant du biloba, Lausanne, Plaisir de lire, 2016.

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