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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 20:48

Desarzens TabacUn titre qui est tout un programme! "Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème" est une formule qui ressemble à ces critiques empreintes de poésie surréaliste et de beaux mots que prononcent les oenologues, l'air inspiré, lorsqu'ils dégustent un bon vin. Ce n'est pas faux: avec ce roman, Corinne Desarzens explore le monde des vins, avec une approche progressive qui accroche le lecteur. Pas étonnant que pour ce beau livre, la romancière franco-suisse (elle est née à Sète de parents suisses) ait obtenu le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises, décerné par l'Académie française. C'était en 2008, année de parution de ce roman.

 

Alors certes, tout ne commence pas dans l'environnement agréable d'un vignoble - en effet, le roman s'ouvre sur une scène installée dans un appartement confiné, celui du défunt. Un homme nommé Jean-Pierre Vinzel. Vinzel, c'est une appellation viticole vaudoise de La Côte. Bel exemple d'aptonyme, que les connaisseurs détecteront! Cela dit, l'auteure n'est pas pressée d'installer le thème viticole. Elle préfère dessiner le portrait de cet homme, fantasque, torturé, lecteur, amateur de bonnes choses, écrivant aux fabricants de roquefort si le produit n'est pas tout à fait à son goût. Un original? Certes, et l'auteure lui ajoute encore une tendance à la syllogomanie. Cela fait beaucoup pour un homme qui a aussi été patron - aussi improbable que cela paraisse. C'est autour de lui, du souvenir qu'il laisse à ses proches (et surtout aux femmes qui l'ont entouré), que tout le roman s'organise.

 

L'auteure affectionne un style fluide. Elle lui impulse un rythme en faisant revenir des expressions, mine de rien, à la manière de leitmotive qui suscitent un jeu de résonances. Ces expressions installent aussi des ambiances, autour d'une couleur bleu-noir. "Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème" n'hésite pas, par ailleurs, à varier les voix: le lecteur lira une lettre adressée à Vinzel, découvrira le point de vue de ce personnage, etc.

 

Et qu'en est-il des vins? Je l'ai suggéré, ce thème s'impose progressivement, jusqu'à occuper tout l'espace, alors qu'il apparaît en second plan en début de roman, au milieu d'un fatras qui reflète le travers de Jean-Pierre Vinzel pour la conservation. C'est cependant au vin que l'auteure réserve les plus belles pages, les plus flamboyantes. Les descriptions des grands vins font rêver, autour d'appellations fameuses, et donnent envie d'y tremper les lèvres. Et puis il y a ces séquences plus exclusives dans le vignoble du beaujolais, autour de la mémoire du personnage bien réel de Jules Chauvet. A travers cet homme, devenue figure romanesque, l'auteure offre quelques pages laudatives aux vins naturels, à leur richesse, à leur vie. Et aussi à la prise de risque liée à la facture et à la dégustation d'un vin vivant, qui n'est pas standard.

 

Enfin, évoluer vers le chrysanthème, c'est aller vers sa mort, inéluctable, après une vie où le plaisir et le risque peuvent trouver leur place, sur le substrat d'un passé particulier où les femmes tiennent une place spéciale marquée par l'impossibilité de vivre des sentiments normaux. Décédé, Jean-Pierre Vinzel fait encore des remous auprès de celles qui l'ont entouré. Et le lecteur s'en délecte.

 

Corinne Desarzens, Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème, Paris, Jean-Paul Rocher, 2008.

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