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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 15:03

hebergeur imageSharon et Éléa annoncent une nouvelle participation au Défi des Mille! Leur billets se trouvent ici:

 

Éléa: http://romans-au-bord-de-l-eau.over-blog.com/article-saga-chinoise-milieu-108448598.html

Sharon: http://le.blog.de.sharon.over-blog.com/article-david-copperfield-de-charles-dickens-108643080.html

 

Éléa continue son exploration du "Disque de Jade" de José Frèches, avec "Poisson d'or" - de quoi voyager en plein été, ce qui est toujours bienvenu. Quant à Sharon, elle aborde les grands classiques anglais en évoquant "David Copperfield" de Charles Dickens. Bravo et merci pour ces participations!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 21:34

hebergeur imageCe n'est pas l'épreuve cycliste de l'Alpe d'Huez, mais presque: une fois de plus (la troisième), j'ai participé à la dictée que Jean Chalvin, ancien Dico d'Or, concocte chaque année depuis quatorze ans à La Garde en Oisans. Cette fois comme en 2008 mais pas comme en 2009, l'exercice a eu lieu à l'auberge "La forêt de Maronne", établissement charmant niché au coeur des Alpes, point de départ idéal pour des randonnées. Mais dimanche dernier, l'heure était à l'orthographe française... et force m'est de constater que je me suis retrouvé sur la plus haute marche du podium au terme de ce concours, qui a attiré une quarantaine de candidats - dont Daniel De Ridder, un sérieux candidat belge de passage, et un Anglais, Mr Clarke, qui fait figure de héros courageux de l'étape, année après année. A 1450 mètres d'altitude, en un lieu reculé et peu évident d'accès, c'est donc une étape de montage internationale qui s'est disputée le 29 juillet dernier.

 

L'altitude me réussit, force m'est de le constater (mon prix a été un "poisson photophore" énigmatique a priori, mais adorable à l'usage), mais aussi les textes de Jean Chalvin, qui exploite volontiers des éléments anecdotiques de l'actualité pour piéger ses candidats - et cette fois, il a choisi de relater les déboires cynégétiques du roi Juan Carlos d'Espagne, considérés comme indécents par certains observateurs à l'heure de la Crise. Les candidats ont donc eu droit à un texte riche en humour éléphantesque, pour ne pas dire proboscidien - tant il est vrai que l'orthographe, comme les éléphants, ça trompe... et que la lecture régulière de la presse peut aider à se détromper.

 

Certes, le texte comportait son lot de mots rares et précieux; mais il recelait aussi quelques homonymies susceptibles de constituer de jolis pièges. La phrase "Si, au-delà du Rhin, on flatte toujours autant les Krupp..." a par exemple probablement laissé plus d'un candidat... sur le croupion! Quant aux canons de Gaborone (dûment prononcés à la française), gageons qu'ils auront fait penser à ceux de Navarrone - et qu'il y aura eu quelques R de trop chez des candidats distraits. Notons aussi que l'auteur, en évoquant ceux qui n'ont rien dans les fouilles et ceux qui ont tout dans les douilles, ne recule pas devant l'allusion grivoise, subtilement amenée par l'inénarrable B. B. - qui n'a rien à voir avec un bébé, bien sûr.

 

J'ai donc trébuché une fois et demie sur ce texte - et pas forcément sur les choses les plus piégeuses. Le tout s'est produit en tout début de texte, ce qui m'autorise à revendiquer le droit à un tour de chauffe pour les participants aux concours de dictées!

 

A noter aussi que M. Pierre Gandit a organisé son traditionnel concours du "Parfait Dauphinois", où j'ai nettement moins brillé (cinq pauvres bonnes réponses sur vingt-cinq questions... peut mieux faire!), géographie oblige. J'espère cependant prendre ma revanche! Gageons que l'acquisition du roman de M. Pierre Gandit, "L'orage qui tue l'hiver", prix Ex Libris Dauphiné 2011, m'y aidera grandement. En tout cas, merci à La Garde en Oisans et à l'équipe d'organisation de la dictée pour son accueil aimable et sympathique.

 

Classement de la catégorie Seniors: 1. Daniel Fattore (Fribourg, Suisse); 2. Daniel De Ridder (Belgique); 3. Guillaume Terrien (Grenoble, France).

Prix du Meilleur Gardillon: Michel Emieux. Prix de l'Oisans: Jean Villar. Catégorie cadet: Alexandre Cipriani. Catégorie junior: Léa Di Fant.

(source: l'excellent article de Dorothée Fournier dans Le Dauphiné Libéré du 1er août 2012).

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Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 19:30

hebergeur image"J'imagine que je ne suis pas le bienvenu...": telle est la première réplique du personnage de Dust dans "Dust", roman de l'écrivain suisse (valaisanne) Gwénaëlle Kempter. Et comment mieux nommer celui qui, tout au long de ce roman aux arômes de western, remettra en question, par sa simple présence, l'existence bien réglée du ranch du Montana où vit son vétérinaire de frère, nommé Karim, son épouse Moira et ses trois enfants? Et quoi de mieux qu'un grain de poussière dûment nommé pour lancer une intrigue romanesque?

 

Pour son deuxième roman (après "Le Maître-Loup", dont j'ai parlé ici même), l'auteur reste fidèle à l'un de ses thèmes de prédilection: la nature, perçue de manière romantique comme dominatrice d'un être humain tout petit face à sa puissance. Mais alors que la froideur et l'hostilité de la nature traversaient "Le Maître-Loup", imposant une prose âpre, "Dust" est marqué par la chaleur des relations humaines, de quelque nature qu'elles soient, positives ou négatives: amour familial, liens fraternels difficiles, jeux de séduction, liens familiaux et amicaux (ou non). Cette chaleur constitue un contrepoint judicieux avec la description de rigoureuses scènes hivernales (tempêtes de neige, blizzard).

 

La peinture d'une nature omniprésente et de paysages ruraux guide par ailleurs le lecteur vers un retour aux choses essentielles: les liens interpersonnels. Je l'ai dit, ceux-ci sont d'une grande diversité, avec en point de mire les plus importants d'entre eux: les relations familiales. Karim, vétérinaire qui a "réussi", et Dust, cow-boy précaire jaloux de son indépendance quitte à en payer le prix, sont deux frères que tout sépare; pourtant, l'auteur parvient, en montrant leurs gestes et comportements plutôt qu'en disant les choses, à dépeindre la difficile évolution d'une relation. Dans "Dust" plus qu'ailleurs, en effet, l'amour fraternel n'a rien d'une évidence. On sait que Dust, "l'homme qui murmure à l'oreille des chevaux", est un homme totalement libre; Karim, quant à lui, est un personnage qui cherche à tout prix à arrondir les angles (souvent, on le voit renoncer à argumenter), à éviter les conflits pour préserver son mode de vie - quitte à accepter des choses qui l'humilient au plus haut point - et à passer pour un lâche.

 

Relations entre frères, donc relations entre hommes... et là, l'auteur marque des points. Elle a compris que les hommes ont parfois besoin de peu de mots pour se comprendre entre eux, et recrée cette caractéristique tout au long de "Dust". Le résultat, c'est une approche virile toujours empreinte de pudeur. Une pudeur d'autant plus étonnante, dans le sens le plus positif du terme, qu'elle touche à des sujets sociaux difficiles: le cocufiage, mais aussi l'homosexualité et la bisexualité, la paternité pas forcément voulue et le sida - ces deux derniers éléments étant assumés par Jason, le fils de Karim, dont la vocation de cow-boy le rapproche de Dust.

 

Quant à l'onomastique, j'en ai déjà noté l'importance en signalant le sens crucial du prénom "Dust", diminutif de Dustin. Signifiant "généreux, noble, bien né", le prénom de Karim, a priori étrange dans un contexte américain, trouve lui-même son sens: généreux, il offre l'hospitalité, ce qui est un acte noble; bien né, il mène une vie confortable. L'auteur profite des potentialités de l'onomastique pour nommer tous les animaux qui peuplent son roman: chevaux, chats, chiens - et leurs noms seront parlants pour les lecteurs qui maîtrisent l'anglais... ou connaissent la culture amérindienne. Dans une démarche similaire, chaque nom d'animal renvoie à l'une de ses caractéristiques, ce qui est manifeste avec les nombreux noms des animaux qui hantent ce roman. En nommant ces êtres avec soin, l'auteur leur donne un statut quasi humain - confirmé par la nature des relations qu'ont certains personnages humains (en particulier Dust) avec eux. Souvent, l'auteur installe une dynamique d'égal à égal, l'homme domesticateur devant assumer ses responsabilités. Dans un tel contexte, qui revêt quelques traits de la symbiose entre animaux et humains, les personnages secondaires qui ne prennent pas soin de leurs bêtes sont systématiquement montrés sous un jour antipathique. 

 

Revisitant à sa manière le genre populaire du western, l'auteur propose donc ici un roman sensible et pudique, à la fois moderne et intemporel, dont certaines pages peuvent faire penser au film "Brokeback Mountain" d'Ang Lee. Et si les rodéos, les beuveries, l'élevage et les femmes courtisées ont leur place dans les pages de "Dust", ces éléments cèdent la priorité aux relations humaines, à la vie de famille, à l'humanité et à sa responsabilité envers les animaux. A l'essentiel, donc.

 

Gwénaëlle Kempter, Dust, Lausanne, Plaisir de lire, 2012.

Le site de l'éditeur.

Lu dans le cadre du défi Littérature suisse.

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Les trois chansons

 

Entends la chanson de l'eau...

Comme il pleut, comme il pleut vite !

Il semble que des grelots

Dans la gouttière s'agitent.

 

A l'abri dans ton dodo

Entends la chanson de l'eau !

 

Entends la chanson du vent...

Comme les branches s'agitent !

Les nids d'oiseaux, bien souvent,

Sont bercés, bercés trop vite.

 

A l'abri des rideaux blancs

Entends la chanson du vent.

 

Entends la chanson du feu...

Comme les flammes s'agitent

Le feu jaune, rouge et bleu

Pour te chauffer brûle vite.

 

Quand tes yeux clignent un peu,

Entends la chanson du feu.

 

Ecoute les trois chansons

Qui se font toutes petites

Et douces comme un ronron

Pour que tu dormes plus vite.

 

Si tu veux, bébé, dormons

Au bruit léger des chansons.

 

Sabine Sicaud (1913-1928).

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Publié par Daniel Fattore
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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 21:07

hebergeur imageLu par H. Artus, Les Obsédés textuels.

Lu pour le défi Biographie.


Catherine Siguret? Souvenez-vous: j'en parlais ici lors du défi Chick Lit For Men du regretté Calepin. Elle a recroisé ma route lors d'un Dîner Livres Echanges (merci Cécile!) tenu au printemps 2012: son livre "Enfin nue!" m'avait échappé. Argh! A Paris, à deux pas de chez l'auteur si ça se trouve! Heureusement, Saint Gibert Jeune veille sur les lecteurs de passage à Paris et, le lendemain, j'ai pu me procurer là-bas un exemplaire de ce livre, qui relate les vicissitudes de la destinée de nègre. Une destinée exposée de manière très, très personnelle.

 

Et lorsque je dis "vicissitudes", le mot paraît faible en regard de tout ce qu'expose l'auteur - qui dit écrire des biographies de manière compulsive depuis qu'elle sait tenir un crayon, avec une première tentative portant sur Marilyn Monroe, crânement envoyée aux Editions de Minuit. Elle ne fait aucun mystère des excès liés à son écriture: un livre par trimestre, dix heures par jour sur son clavier, une vie sociale réduite à sa plus simple expression, une priorité absolue accordée au livre qu'elle écrit pour d'autres - car telle est la condition de nègre. Une condition maladive, qui a donc son côté romantique, mais dont l'auteur ne se plaint pas, au contraire: elle en parle en termes de nécessité, voire d'addiction.

 

L'addiction à l'écriture est corrélée à quelques habitudes a priori détestables (mais on aime les détester, allez...) que l'auteur a prises pour tenir le rythme. L'alcool et le tabac tiennent le devant de la scène, à des cadences soutenues. Cela, sans oublier la tentation non moins grave de l'anorexie. L'auteur évoque aussi la double idée de "potomanie" et de boire de l'eau, jusqu'à quatre litres par jour; étant moi-même un gros buveur d'eau, le mot m'a paru un brin exagéré. Mais dans le propos de l'auteur, tout est extrême, tout est manie! Et c'est justement ce côté excessif en permanence qui, à travers les pages d'un livre rythmé et tourbillonnant, lui donne l'épaisseur d'une vraie personnalité, qu'on a envie de mieux connaître parce qu'au contraire de certaines eaux minérales, elle n'est pas acratopège.

 

Au fil des pages, le lecteur découvre les méandres de l'oeuvre écrit de Catherine Siguret: un attrait pour ceux qui vivent dans les banlieues sensibles, les prisonniers, les acteurs des faits divers, mais aussi les personnalités du petit écran et, plus globalement, du show-business. A chaque groupe ses servitudes et ses bonheurs - tant il est vrai que pour adopter un sujet, l'auteur doit en quelque sorte l'aimer. Cela passe par une mise en condition qui implique une décoration appropriée, une ambiance spécifique, un style vestimentaire ad hoc... quitte à vivre par procuration la vie de l'autre, afin de mieux se l'approprier. L'auteur se décrit donc à la manière du "Zelig" de Woody Allen, qui prend, comme une éponge, les traits et tics de ses interlocuteurs.

 

Monomanie, schizophrénie? Aimant ses "négrisés" comme n'importe quel artiste peut s'attacher à son sujet, l'auteur assume de tels qualificatifs, quitte à vivre difficilement le passage à la fiction pure - ce qui est aussi évoqué dans les 219 pages de ce témoignage biographique. Un témoignage qui n'hésite pas à jouer avec les néologismes qui peuvent naître du simple terme de "nègre", ni à filer certaines métaphores. Et au fond, en écrivant "Enfin nue!", l'auteure n'est-elle pas le nègre d'elle-même? En tout cas, même cela, elle l'assume pleinement, quitte à jouer toute seule un numéro de duettistes littéraires.

 

"Enfin nue!" est un petit livre à recommander à toutes celles et tous ceux qui veulent savoir ce que sont "les affres de l'écriture". En revanche, les amateurs d'anecdotes croustillantes à rattacher à des stars devront passer leur chemin: loin de donner dans la balance (même si son livre est assorti d'une bibliographie quasi complète qui permet de faire des liens), Catherine Siguret sait se faire discrète sur les personnalités qui ont croisé sa vie de nègre littéraire.

 

Catherine Siguret, Enfin nue!, Paris, Intervista/Les Mues, 2008.

 

Le site de l'auteur.

 

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 20:32

hebergeur imageLu par Bonheur de lire.

Site de l'auteur: Michel Diserens.

Lu dans le cadre du défi Littérature suisse.

 

Michel Diserens fait partie de ces écrivains romands qui, en toute discrétion, tracent un sillon polymorphe qui, de livre en livre, les installe dans la durée. Connu pour ses romans policiers mettant en scène le personnage de Sophie Lanzmann, il vient de faire paraître, aux éditions Plaisir de lire, "Les Funambules de l'indifférence". Un roman qui vise à faire revivre la foule d'anonymes que constituent les gamines colombiens, enfants des rues contraints à la débrouille pour survivre, souvent en marge des lois, dans un contexte social qui, s'il paraît déprimant, n'empêche pas, bien au contraire, les grands éclats de rire.

 

C'est ce qui frappe le lecteur, en effet, à la lecture de cet ouvrage: si l'on excepte le premier chapitre, qui aurait mérité un statut particulier de prologue, on y rit beaucoup, y compris et surtout d'une adversité tenace: pris en tenaille par un jeu de gangs rivaux, lâché par un gouvernement qui veut voir la misère disparaître de ses rues quitte à l'éliminer physiquement, le monde de miséreux mis en scène doit se battre jour après jour pour subsister. Dès lors, l'auteur réussit à faire naître, sur le terreau ingrat d'un contexte social difficile, une oeuvre profondément et constamment optimiste.

 

Cet optimisme trouve sa meilleure incarnation formelle dans le genre très américain de la comédie romantique, dont le principe consiste à rapprocher amoureusement deux êtres que tout, a priori, sépare, avec un happy end de rigueur - ce qui fait que pour le lecteur, l'essentiel est de savoir comment "ces deux-là" vont finir ensemble. Influencé par la littérature anglo-saxonne - une influence assumée - l'auteur exploite cette structure narrative. En l'espèce, les "deux" en question sont ici un jeune homme, Nolberto Valenzuela, ancien enfant des rues devenu responsable d'une institution sociale, et Giovanna Hubascher, inspectrice comptable pour le compte d'une ONG occidentale susceptible d'allouer des fonds à l'institution de Nolberto. Le prétexte comptable est certes mis en évidence sur la quatrième de couverture; mais l'auteur le passe d'emblée au second plan pour raconter ce qui l'intéresse: une histoire d'amour. Et si l'aboutissement de cette histoire est connu de tous (malgré un doute, instillé d'emblée au premier chapitre pour ne pas donner à croire que tout est joué d'avance), son déroulement permet à l'auteur de faire passer son message social.

 

Un message social optimiste, ai-je dit, et dont la relation suinte la joie de vivre, swinguant au besoin sur des rythmes latino-américains, malgré l'adversité. Ce message ne manque cependant pas de lucidité, ni de passages difficiles à encaisser, à commencer par le premier chapitre, qui dépeint un moment de chaos à l'aéroport. L'auteur parvient à rendre ce désordre palpable en mêlant, dans un seul paragraphe, des faits et des points de vue divers et contradictoires: une phrase montre les agresseurs, une autre les victimes, une autre les autorités qui, plus ou moins complices, laissent faire et se contentent d'enquiquiner les gens normaux. La suite de l'ouvrage décline tous les problèmes sociaux inhérents à un pays difficile: misère matérielle, mafia endémique, drogues de toute sorte, alcool, prostitution - autant de cercles vicieux dont il est difficile de s'extraire. Mais il évoque également les fiertés du lieu, entre autres le café et les orchidées - et une aptitude supérieure à trouver le meilleur de ce que chaque instant de vie peut offrir. Ce qui permet la création d'un certain humanisme, dont Nolberto, jeune patron d'une institution sociale présentée en détail, est le porte-drapeau, l'espace d'un roman.

 

Et la géographie offre aussi à l'auteur l'occasion de montrer, sur la base de quelques éléments bien choisis, l'écart qu'il y a entre les pays qu'on dit riches et les mentalités colombiennes. Sous la plume de l'auteur, les Colombiens accusent parfois une certaine naïveté; mais il dépeint tout aussi bien la maturité exceptionnelle (par rapport à leur âge) des personnages colombiens mis en scène, rapidement éprouvés par la vie. Plus d'un dialogue, entre autres entre Giovanna et Nolberto, sont autant d'occasions de confronter deux mondes que le lecteur découvre très opposés, en dépit de quelques similitudes apparentes. Page après page, la question du bonheur est posée au lecteur: est-on plus heureux parce que l'on vit matériellement mieux? Ou l'essentiel ne réside-t-il pas dans les sorties du personnage de Ruben, âgé de six ans? Enfant, il recycle à sa manière le rôle classique du fou du roi, seul autorisé à dire au lecteur des choses que les personnages principaux n'osent pas échanger entre eux - parce qu'ils les trouvent embarrassantes mais tellement vraies.

 

Sortir de l'indifférence ces funambules de la vie que sont les gamines: tel est, m'a-t-il semblé, l'objectif du dernier roman de Michel Diserens. L'auteur est parvenu à leur donner une existence profonde et à offrir un regard neuf sur un aspect méconnu d'un pays dont on parle un peu. Cela, au travers d'un récit porté par un style naturel et fluide, empreint d'un optimisme à toute épreuve - et qui fait figure d'hommage à toute une enfance meurtrie, trop souvent irrémédiablement.

 

Michel Diserens, Les funambules de l'indifférence, Lausanne, Plaisir de lire, 2012.

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Sonnet moderne

 

Elle mit son plus beau chapeau, son chapeau bleu,

Et la robe que nul encor n'a dégrafée.

Puis elle releva la boucle ébouriffée

Que sa voilette avait fait redescendre un peu.

 

Elle se dit: - C'est mal, très-mal! Et comme il pleut!

Je serai faite, vrai, comme une vieille fée! -

Puis, avant de sortir, pour prendre une bouffée

D'air chaud, elle allongea ses mains devant le feu.

 

Et sous son en-tout-cas la voilà qui trottine

Dans la pluie. On ne voit d'elle que sa bottine,

Et sa croupe qui fait un pouf au waterproof.

 

Elle arrive. - Mon Dieu! que c'est haut le cinquième!

La clef est sur la porte, elle entre, elle fait: Ouf!

Et lui mouille le nez en lui disant: - Je t'aime.

 

Jean Richepin (1849-1926).

 

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Publié par Daniel Fattore
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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 19:08

hebergeur imagePolar, lu dans le cadre des défis Thriller, Premier roman et Littérature suisse (trois défis d'un coup, rien que ça!).

 

Force m'est de constater que dans mon exploration des littératures suisses, j'ai oublié un peu la littérature alémanique, si ce n'est pour rédiger un billet sur Martin Suter et un autre sur Friedrich Dürrenmatt. Je répare à présent cette lacune, avec le premier roman de Pierre Paillasse, intitulé "Revanche". C'est un ouvrage typique d'une tendance à la mode outre-Sarine: le roman policier à ancrage local affirmé. Ici, c'est la ville de Fribourg qui sert d'arrière-plan à l'action.

 

Et là, le lecteur va être happé par un style sec et direct qui va à l'essentiel, bien rendu par la traduction française propre et efficace de Bruno Galliker. L'ouvrage peut se targuer d'un fort réalisme, et ce n'est pas le moindre de ses atouts. Le match de hockey sur glace décisif disputé entre le HC Fribourg Gottéron et les ZSC Lions de Zurich a bel et bien eu lieu en mars 2009 (l'auteur y a peut-être même assisté), et même les articles de journal cités dans le livre, tirés des Freiburger Nachrichten, sont vrais. Là où le réel cède la place à la fiction, c'est lorsqu'on trouve un mort dans les toilettes de la patinoire BCF Arena de Fribourg... Dès lors, August Arnaud et Ronny mènent l'enquête.

 

Une enquête dont l'économie de moyens est aussi une qualité: à l'heure où les polars sont bourrés de gadgets technologiques, au temps des profileurs et de la criminologie sous toutes ses formes, l'auteur met en scène un polar à l'ancienne où l'essentiel de l'enquête se déroule sous forme d'interrogatoires, donc de dialogues - à telle enseigne qu'on aurait parfois apprécié une autre astuce pour faire avancer le schmilblick: outre les paroles des suspects, qui amènent l'essentiel des informations, seuls un portable, un livre de Dostoïevski et un énigmatique petit billet livrent quelques clés. 

 

La vision de Fribourg et de ses lieux typiques (Grand-Fontaine, les ponts, la cathédrale, la ruelle des Épouses...) saura évoquer des images aux lecteurs qui connaissent la ville; ceux qui lui sont étrangers auront, en revanche, envie d'en voir plus - et risquent de rester parfois sur leur faim. Une scène démontre cependant que l'auteur sait dépeindre des lieux: celle de l'entrée de l'aspirant de police Ronny à l'université. Il entend de la musique d'orgue, ce qui est possible puisqu'il existe bel et bien une chapelle intégrée à la faculté et disposant d'un tel instrument. Plus loin, certains dialogues entre étudiants plus ou moins éternels, saisis à la bibliothèque, sonnent vrai jusque dans le côté surréaliste qu'ils peuvent revêtir pour un policier peu habitué des lieux d'étude.

 

De même, un peu de chair aurait été la bienvenue dans certains contacts entre les personnes, par exemple par une exploitation plus appuyée du langage non verbal. Lorsque Ronny trouve Eva, une suspecte, dans une situation certes explicable, mais embarrassante a priori, une telle approche aurait du reste permis de renforcer le suspens. Dommage: l'auteur sait faire cela très bien, et le prouve lors de la confrontation finale, réussie, entre le policier August Arnaud et l'ultime suspect. De même, l'idylle naissant entre Eva et Ronny aurait pu être travaillée plus avant; l'idée de la suggérer par des échanges de SMS est en revanche originale et, par la rapidité qu'impose ce type de message, concourt à l'impression d'efficacité de ce roman.

 

Un supplément de générosité irait donc bien à l'auteur de "Revanche". Cela dit, partant du monde du hockey sur glace qui baigne tout le livre tout comme il rythme la vie en ville de Fribourg (Fribourg sans HC Fribourg Gottéron, ce serait un peu comme l'Académie française sans l'habit vert de ses membres...), l'auteur démontre, avec ce premier roman, qu'il sait mener une intrigue policière de manière efficace et précise, avec des moyens qui, pour l'essentiel, se limitent aux petites cellules grises des deux enquêteurs.

 

Pierre Paillasse, Revanche, éd. Pierre Paillasse/Book on Demand, 2011, traduit de l'allemand par Bruno Galliker.

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 20:55

hebergeur imageRoman, lu par Bouquineuse, Céline, Enigma, Irrégulière, Madimado, Mango, Mélusine, Nath. Conseillé par la Confrérie des 10001 pages.

Lu dans le cadre du défi Premier Roman.

Merci aux éditions Persée et à Mme Thévenin-Lemoine pour l'envoi!

 

Long, long, long! Et pourtant, que de belles pages, parfois noyées dans un propos qui s'écoute parler! Voilà, pour l'essentiel, les impressions que me laisse "A la santé d'Henry Miller", premier roman d'Olivier Bernabé. Mitigé? Je l'assume, même si je reconnais que ce roman est bourré de qualités, extrêmement riche par les sujets qu'il aborde.

 

Des personnages fouillés en profondeur

Il faut reconnaître à l'auteur une qualité majeure: il sait construire ses personnages, principaux et secondaires. Cela commence par Balthazar Saint-Cène, narrateur du roman, extrêmement fouillé, dont on devine d'emblée que c'est un parfait misanthrope - qui fonctionne comme un repoussoir avec lequel le lecteur sera bien obligé de s'entendre. Pour le peindre, il suffit à l'auteur de le laisser parler, ce qu'il fera sur 319 pages - une faconde certaine! En donnant la parole à Saint-Cène, l'auteur s'ouvre un vaste espace qui oscille entre le lyrisme (surprenant chez un personnage qui n'a pas l'air d'aimer le monde, et qui va parfois jusqu'à l'outrance métaphorique: "Le soleil condescendait enfin à déchoir de son piédestal, se poser sur l'horizon, comme une boule de chewing-gum orange fluo, ..." (p. 224)), la confession (très détaillée, quitte à créer, dans les premiers chapitres, un climat sensuel qui va s'effacer au fil des pages) et le nihilisme le plus désabusé.

 

Autour de lui, gravite toute une série de personnages - une épouse un rien effacée, un petit frère dénommé Thomas qu'on va découvrir fragile alors qu'il fanfaronne - tout comme le personnage type du meilleur ami, tombeur notoire qui cache une blessure profonde. Ou les gens de la chambre de bonne - l'enfant Victor, étonnamment rebaptisé Arthur quelques dizaines de pages plus loin... Ou le père, figure écrasante... cela, sans oublier les femmes qui entourent le narrateur, un peu trop souvent considérées comme des cibles sexuelles - cela tourne un peu au procédé, entre Agathe qui est toujours partante pour un petit coup, Chiquita la patronne de bar consolatrice, Jade, dans les bras de qui il partage une nuit de consolation réciproque, etc.

 

Deux figures féminines se détachent cependant: Marie, épouse du narrateur, qui incarne la routine et la sécurité. Et Alma, qui surgit dans l'existence du narrateur en se présentant comme son ange gardien...

 

Une idée étrange

Etrange idée que celle de l'ange gardien. Pendant d'une bonne conscience nommée Henry Miller (qui fait un peu prétexte, et s'efface du reste en fin de récit), elle a un immense atout pour l'auteur: elle permet de porter la narration sur le ton fantastique pendant les deux tiers du roman, le lecteur se demandant en permanence si cette figure à la beauté maladive (de manière classique, elle a le teint super-livide et des cheveux noirs...) est un être humain ou une goule. Mais dès lors que le mystère est levé, le lecteur va se demander au nom de quoi elle s'est présentée comme un ange gardien et a joué aussi longtemps un rôle de femme à mystères: pourquoi, si ce n'est juste pour épater un lecteur qui n'en demande pas tant, ne lâche-t-elle pas le morceau tout de suite (signifiant ainsi la fin de l'histoire, avant même son début)?

 

Dès lors que l'ambivalence fantastique est brisée, l'auteur va changer de cheval pour finir son récit - et développer le thème de la crise de la quarantaine, qui frappe le narrateur de plein fouet. Il avait préparé le terrain en éjectant Balthazar du foyer conjugal; le dernier tiers du roman est consacré à la transformation radicale du narrateur. Une transformation qui se ressent dans le style d'écriture, qui devient peu à peu plus onctueux, porteur d'un message où le nihilisme violent des débuts cède la place à un certain optimisme - ce qui est habile de la part de l'auteur. Cet optimisme est indispensable pour donner corps au virage que prend le récit (et qui donne un sens insoupçonné à la très belle photo de couverture), toujours sur le thème de la maladie.

 

Réconciliations et esquive

C'est en effet la maladie qui va rapprocher radicalement Alma et Balthazar, d'une manière originale que l'auteur amène habilement quand même, en cachant à propos ce qui doit l'être. Les cent dernières pages du roman sont donc celles des soins du corps, avec les inévitables descriptions d'hôpital et d'accortes infirmières (les personnages masculins de ce roman étant ce qu'ils sont...). Mais l'auteur en profite aussi - ce sont les soins de l'âme, parallèles à ceux du corps - pour dépeindre toute une série de réconciliations qui sont autant de masques qui tombent. Il est regrettable, toutefois, que l'auteur ne soit pas allé jusqu'au bout de son propos: certes, il suggère que le narrateur va rejoindre son épouse... mais esquive la narration de cette suprême confrontation, enjeu du roman, le plus attendu de la part du lecteur. Le narrateur va-t-il retrouver sa femme et sa routine, ou s'inventer une nouvelle voie? Va-t-il se faire jeter? On ne le saura pas avec certitude, la porte reste ouverte. Tout au plus y a-t-il quelques indices qui peuvent lui souffler dans l'oreillette que oui, oui, Marie est au courant - grâce à la famille et à l'entourage de Balthazar, qui fait décidément bien les choses.

 

Du fantastique, du sentimental et des amours impossibles, la description du monde du commerce de l'art, la peinture d'une crise bien comprise puisqu'elle débouche vers de nouvelles possibilités après un passage difficile: l'auteur sait faire plein de choses, et aime le prouver au lecteur, quitte à se montrer disert à travers son personnage principal, et quitte à se disperser. L'ensemble souffre de quelques faiblesses, il a plus d'un élément qui aurait mérité d'être plus abouti; mais enfin, les personnages mis en scène, solidement détaillés et bien campés, donnent à cette lecture un côté attachant malgré tout, jusque dans ses excès et son côté bavard.

 

Olivier Bernabé, A la santé d'Henry Miller, Paris, Ed. Persée, 2011.

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 19:54

hebergeur imageRentrée littéraire? Ici, nous n'hésitons pas à être aux avant-postes si nécessaire. C'est pourquoi j'ai le plaisir de vous annoncer la parution toute récente de mon dernier opus, "Minorités linguistiques, où êtes-vous?". Il ne s'agit pas d'un roman, mais de la version "sérieuse" du mémoire de mastère que j'ai soutenu, le 9 novembre 2010, à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) de Lausanne. Cet opus craquant neuf, paru dans la collection "Cahiers de l'IDHEAP", j'ai pu le palper hier matin, enfin; j'ai pris une demi-journée pour passer à l'école et récupérer mes dix exemplaires. 

 

Avec ses 148 pages, il intéressera mes lectrices et lecteurs les plus fanatiques, mais aussi et surtout les bibliothèques et toute institution désireuse d'optimiser la représentation d'une minorité linguistique en son sein. Et, plus généralement, toute personne intéressée par les questions liées au plurilinguisme et à la bureaucratie représentative.

 

L'ouvrage est disponible sur le site de l'IDHEAP (cliquer ici pour commander, puis suivre "Commande"), au prix de 25 francs suisses.

 

Et j'en profite pour rappeler que "Le Noeud de l'intrigue", mon petit recueil de nouvelles (que vous connaissez bien...), recherche toujours de nouvelles lectrices et de nouveaux lecteurs. Il vous est possible de vous le procurer sur Lulu.com et, depuis peu, sur Amazon également.

 

Et selon la formule consacrée: bonne lecture!

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Publié par Daniel Fattore - dans Textes originaux
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