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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 19:00

hebergeur imageLe Défi des Mille se poursuit chez Tiphanie et Sharon, qui présentent des ouvrages très différents: Tiphanie propose "John Lennon, une vie" de Philip Norman et Sharon s'est lancée dans "Les filles du samouraï" de Maya Snow. C'est ici que ça se passe:

 

Pour John Lennon: http://readingnotes.canalblog.com/archives/2012/08/16/24900846.html

 

Pour "Les filles du samouraï":

- Tome 1 "La Trahison": http://le.blog.de.sharon.over-blog.com/article-les-filles-du-samourai-tome-1-la-trahison-107929769.html

- Tome 2 "Le Guet-Apens": http://le.blog.de.sharon.over-blog.com/article-les-filles-du-samourai-tome-2-le-guet-apens-108394739.html

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Publié par Daniel Fattore
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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 20:55

hebergeur imageChic métier que celui d'écrivain voyageur, lorsque celui-ci se propose de faire la tournée des pubs d'Irlande qui portent son nom. Surtout quand ledit nom est McCarthy, patronyme des plus courants dans la verte Erin. Tel est le projet que relate donc Pete McCarthy, écrivain anglo-irlandais (ou irlando-anglais, la question de l'identité et des tensions qu'elle suscite étant omniprésente dans le récit), dans son premier livre, "L'Irlande dans un verre".

 

Humour à tous les étages...

Et, on l'imagine sans peine, la tournée des bars à un échelon national a de quoi réserver quelques pages rocambolesques, cocasses, voire franchement euphorisantes. L'auteur a le chic pour rencontrer des personnages pittoresques: prêtre marié, hippies, touristes, logeuses zarbies, barmen et barmaids - on me murmure même dans l'oreillette que The Edge traîne dans les parages, à taper des cuillères en cadence - et pour se retrouver dans des plans inattendus. En l'espèce, le point sommital est sans doute atteint avec le pèlerinage du Purgatoire St Patrick à Lough Derg - un pèlerinage très attendu par le lecteur, puisque l'auteur l'évoque de manière détaillée en début de récit tout en laissant entendre que cette expédition de purification et de méditation absolument redoutable, à faire pieds nus (sauf pour les curés qui la conduisent et qui ne sont pas fous), ne sera relatée qu'à la fin du livre.

 

C'est que la question religieuse imbibe le récit, comme elle imprègne l'histoire de l'Irlande. L'auteur l'aborde avec le recul de celui qui a fait l'école chez les Frères mais est tout à fait capable de prendre une saine et revigorante distance avec ce passé qui, pourtant, le marque. Les personnages religieux mis en scène sont hauts en couleur et ont une conception élastique de la miséricorde divine: les coups de fouet, les brimades et les sévices corporels sont monnaie courante, et au détour d'une phrase, comme un trait d'esprit, l'auteur rappelle aussi (c'était dans l'air du temps) les affaires de pédophilie qui ont secoué l'église catholique d'Irlande à la fin du vingtième siècle. Une époque où Bill Clinton s'amusait avec une stagiaire, mais c'est une autre histoire, même si elle est aussi évoquée dans "L'Irlande dans un verre".

 

L'humour naît donc des situations dans lesquelles l'auteur est plongé, mais aussi de la manière gouailleuse dont il les relate. Chaque chapitre est construit comme une nouvelle à chute réservant le meilleur trait d'esprit pour la fin. Le lecteur sourira aussi en découvrant les quelques gimmicks utilisés: le Tank (et son inénarrable oiseau coincé dans le pot d'échappement) succède ainsi à la Chignole de Base (voiture de location dont le prix explose de manière spectaculaire au gré des taxes et assurances), et le thème des nouilles sautées hors de prix revient comme un leitmotiv, de manière apparemment incongrue puisque ce n'est pas une spécialité irlandaise. Mais, suggère, l'auteur, l'Irlande a une capacité à tout intégrer...

 

... et profondeur de l'observation

Justement, quelle image ce livre renvoie-t-il de l'Irlande? Celle-ci est mêlée, donc riche et profonde. Le narrateur s'efforce de sortir des sentiers battus pour trouver quelque chose d'authentique: des bars restés dans leur jus (et dont il se gardera bien de donner l'adresse au lecteur...), des monuments et des sites que personne ne visite jamais et que l'auteur évoque avec lyrisme. Globalement, s'installe donc une dichotomie entre le rejet d'une Irlande gâtée par le tourisme et la prospérité (nous parlons là du Tigre Celtique!) et la recherche effrénée de coins où, si j'ose ainsi dire, la main de l'homme n'a presque jamais mis le pied. Cela dit, le narrateur s'efforce de concéder un caractère positif à certains apports modernes, ou au moins d'y réfléchir - on pense aux fenêtres en PVC, par exemple.

 

L'observation passe aussi par la description de rencontres avec les personnages les plus divers, tous fascinés par le pays. Au fil des bribes de conversation que l'auteur transcrit (on aurait parfois aimé en savoir plus), celui-ci dépeint une société qui intègre aisément les éléments venus d'ailleurs, simplement en engageant aimablement la conversation et en vivant de manière cool, dans une conception curieusement élastique du rapport aux lois. Ce qui tranche avec l'image des Anglais, systématiquement dépeints comme moins attirants, moins sympas, plus formalistes, distants et coincés que les Irlandais. Cela, comme si l'auteur voulait se débarrasser de sa part de sang anglais et devenir un véritable Irlandais - exercice identitaire à la fois facile et difficile qui traverse le propos.

 

Et ainsi qu'un homme un peu gris peut zigzaguer sur un trottoir, l'auteur se met, tout au long des pages de ce récit de voyage, à divaguer à travers l'Irlande en suivant William Makepeace Thackeray et quelques autres écrivains à l'occasion, à la recherche de son âme... et de ses pubs, surtout s'ils portent son nom: "Ne manque jamais d'entrer dans un bar qui porte ton nom", telle est l'une des règles de fer que l'auteur s'est fixées pour un voyage qui n'oublie jamais d'être drôle.

 

Pete McCarthy, L'Irlande dans un verre, Paris, Hoëbeke, 2003, traduction de Catherine Richard.

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Aux poètes futurs

 

Poètes à venir, qui saurez tant de choses,
Et les direz sans doute en un verbe plus beau,
Portant plus loin que nous un plus large flambeau
Sur les suprêmes fins et les premières causes ;

Quand vos vers sacreront des pensers grandioses,
Depuis longtemps déjà nous serons au tombeau ;
Rien ne vivra de nous qu'un terne et froid lambeau
De notre oeuvre enfouie avec nos lèvres closes.

Songez que nous chantions les fleurs et les amours
Dans un âge plein d'ombre, au mortel bruit des armes,
Pour des coeurs anxieux que ce bruit rendait sourds ;

Lors plaignez nos chansons, où tremblaient tant d'alarmes,
Vous qui, mieux écoutés, ferez en d'heureux jours
Sur de plus hauts objets des poèmes sans larmes.

 

René-François Sully Prudhomme (1839-1907).

Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 19:00

hebergeur imageIls ont aussi mangé ici, et apprécié: Elodie, Gilles Pudlowski, Lucile Varnet.

 

Casser la croûte. Se laisser surprendre par un plat, imaginer l'histoire qui va avec. Sourire en découvrant ce qu'il y a derrière le nom a priori mystérieux d'un des plats proposés. Tel est, en synthèse, le programme proposé par le menu "Immersion, accord mets et vins" proposé par Michaël Breuil dans son restaurant "Sens". Celui-ci a ouvert ses portes il y a plus ou moins une année au numéro 50 du boulevard Gambetta, à Grenoble. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'une soirée dans cet établissement représente, au moins autant qu'un repas, une réelle et mémorable expérience gastronomique - dont il est possible de se faire une idée en visitant le site Internet du restaurant. Allez-y: c'est tentant...

 

... et après l'apéritif servi en terrasse (cocktail Charles Chaplin contenant entre autres de la liqueur de melon (ben oui, vu le chapeau!), accompagné d'un yaourt au foie gras avec fruits rouges et piment d'Espelette pour réveiller les papilles - un mélange sidérant, dans le meilleur sens du terme!), l'expérience tient ses promesses. Celle-ci commence par la découverte d'un cadre léché, baigné de musique moderne, où les couleurs sombres d'un décor urbain sont contrebalancées par les formes organiques de branches d'arbres qui concourent à la décoration - tout comme, d'ailleurs, la recette de la soupe aux truffes concoctée par Paul Bocuse pour Valéry Giscard d'Estaing, écrite en grand sur l'un des murs. Ceux qui ne votent pas Giscard peuvent naturellement regarder ailleurs... par exemple dans l'assiette, où tout se passe. 

 

Et le repas proprement dit, alors? Une série de moments épatants, un univers en soi. Si l'on vous dit "L'oeuf, la poule et le grain", qu'allez-vous imaginer? J'ai eu droit à un oeuf cuit à basse température (64 degrés!), avec un bouillon de poule et quelques graines - le tout constituant un ensemble harmonieux pour un départ en douceur, qui déjà raconte une histoire sur fond de chaîne alimentaire. J'ai également été épaté par le plat "Un tout petit pois", qui joue sur l'antithèse: alors qu'on aurait pu s'attendre à voir arriver un seul petit pois sur une grande assiette, voilà qu'arrive un peu le contraire: un gros pois (en sucre soufflé - une technique que le chef explore volontiers) dans lequel se trouve la surprise d'une mousse de pois et d'autres petits pois, véritables ceux-là - et, pour couronner le tout, des pousses de la plante. Bref, le petit pois dans tous ses états, et au plus près du goût véridique. Enfin (pour citer encore un point fort), dans quel restaurant vous invitera-t-on à briser la glace pour manger votre plat de crabe? C'est ce que propose le Sens, afin de reproduire, à l'échelle de l'assiette, le travail des pêcheurs de l'Arctique. Et le goût? Extra! Quant au dessert, à base de vulnéraire et qui rappelle la panna cotta pour ce qui est de la consistance, servi dans un pavé creusé qui offre même une fente pour y déposer une chips, c'est aussi une expérience étonnante - de quoi rappeler visuellement qu'à Grenoble, la montagne n'est pas loin.

 

Le choix des vins offerts en accord avec les plats est aussi d'une grande pertinence. Il opte pour des produits locaux et m'a permis une série de découvertes épatantes, là aussi: qui aurait cru que l'Isère et la Savoie, entre saveurs recherchées et cépages rares (on identifiera l'altesse, entre autres, immortalisée par Hervé Fassy dans le recueil de nouvelles "La Légende des cépages"), offrent une telle diversité vinicole? Les vins issus d'une production bio au sens large ont ici la part belle. Les flacons sont rares, me confie le serveur, qui se montre compétent en ce qui concerne les plats et les vins servis. Un vin vient à manquer? Il sera remplacé avec pertinence.

 

Et en conclusion, Michaël Breuil lui-même est venu me saluer - ce qui m'honore! - et échanger quelques impressions. Curieux des ressentis de ses clients, c'est aussi un cuisinier qui adapte ses menus et ses plats très régulièrement et en conçoit à chaque saison, en fonction d'une créativité qui paraît sans limites. Ainsi promet-il quelque chose à base de crocodile pour l'une des prochaines périodes... On le compare à Marc Veyrat, voire à Ferran Adrian même si, soucieux des goûts vrais, il récuse l'étiquette de "cuisine moléculaire": Michaël Breuil est un jeune homme (un peu plus de trente ans) inventif, héraut d'une cuisine re-créative et d'inspiration environnementale, que les amateurs de bonnes tables seraient bien inspirés de suivre de près!

 

Restaurant Sens, 50, boulevard Gambetta, 38000 Grenoble, tél. 04 76 95 03 58. Il est recommandé de réserver; laisser un message sur le répondeur automatique. Ouvert le soir et le vendredi à midi. Le menu "Immersion, accord mets et vins", c'est-à-dire la totale, est à 110 euros. Source de la photo ici.

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 19:52

hebergeur imageDe Paris à l'Aisne, c'est toute une expédition. C'est celle-ci que le philosophe français Hubert Damisch effectue, six jours durant, pour aller rencontrer l'artiste François Rouan dans le lieu où il oeuvre. De ces six journées, Hubert Damisch a tiré le livre "Voyage à Laversine", qu'il n'est pas évident de classer: est-ce un roman, un témoignage de vie, un essai de philosophie de l'art assorti de considérations méthodologiques? Il y a un peu de tout cela dans ce livre, ce qui ne manquera pas de dérouter les lecteurs qui aiment se sentir rassurés par des codes littéraires bien établis.

 

Quel genre littéraire?

Le prologue a de quoi surprendre le lecteur, voire de quoi faire le tri entre les simples curieux et les lecteurs sincèrement intéressés: l'auteur s'y présente et expose sa méthode, non sans faire allégeance, à la manière d'un universitaire, aux auteurs qui l'inspirent. La source la plus directe dont l'auteur se réclame est l'André Gide du "Voyage au Congo"; d'autres noms apparaissent, tels Marcel Mauss, Claude Lévi-Strauss, Sigmund Freud, etc.; ils seront les compagnons de l'auteur tout au long de l'ouvrage. Dans cet exposé, l'auteur prend le risque, nous l'avons dit, de perdre des lecteurs en route; ce risque est d'autant plus avéré que, force est de le constater, certaines phrases donnent l'impression que l'auteur s'écoute un peu écrire. A l'heure où le lectorat profane est avide de vulgarisation, est-ce bien nécessaire de "faire des phrases"?

 

Heureusement, le discours est animé par une démarche narrative qui tient à la fois du témoignage et du roman. Témoignage en ce sens que tout ce qui est raconté ici est présenté comme réel. Il y a les anecdotes bien sûr (par exemple le vol de valises dont le narrateur, le peintre et deux amis sont victimes alors que, assis dans leur voiture, ils sont bloqués dans un embouteillage), mais aussi la description des relations qui s'installent entre François Rouan et l'auteur - description qui s'installe progressivement et prend plus de place dans la deuxième partie du livre. Cela, sans compter les impressions en demi-teinte que l'auteur, conscient des limites de l'exercice, retient de telle ou telle journée. Roman aussi, en ce sens que l'auteur (et, en toute honnêteté, il le dit d'emblée) ne s'est pas gêné d'agencer son récit en prenant avec le vécu les libertés qui lui permettront de mieux illustrer son propos - recréant ainsi, à l'attention du lecteur, une réalité romanesque authentique à partir d'une réalité vécue qui ne l'est pas moins.

 

Au sujet d'un artiste

Certes, l'ouvrage se veut la transcription d'un dialogue entre un peintre, François Rouan, et un philosophe, Hubert Damisch. C'est cependant ce dernier qu'on entend le plus, dans la mesure où il joue à plein son rôle de transmetteur d'information. Dès la première journée dépeinte, tout commence avec l'exposition de la notion de "tresses", dont on comprend rapidement qu'elle est indissociable de la figure du peintre, qui crée en tressant des toiles peintes au préalalbe après les avoir lacérées.

 

Puis, progressivement, se dévoile une oeuvre. Il y a la notion d'empreinte, des interrogations à la fois artistiques et philosophiques sur les rôles du miroir, du cadre ou du modèle en art; c'est pour le lecteur l'occasion de découvrir la position du peintre par rapport à ces éléments. La photographie tient aussi sa place dans le livre. Le lecteur va certainement se demander pourquoi il n'y a pas de reproduction des oeuvres évoquées, si possible en couleurs, dans "Voyage à Laversine"; cela tient sans doute au rapport particulier que le peintre a avec la photographie, dont il se demande parfois si elle est "ressemblante": celle-ci constitue déjà, selon lui, un certain regard posé sur ses oeuvres, donc une manière de guider leur vision. Le lecteur, il faut le dire, y perd: il n'est pas forcément facile de visualiser ce dont on parle et, même si le propos est enrichi de quelques dessins reproduits en noir et blanc, force est de constater qu'en l'absence de support visuel complet, le propos paraît bien abstrait. 

 

Mais les lecteurs le plus curieux devraient bien récupérer tout cela sur Google! Les autres trouveront le moyen de recréer une filiation artistique à partir des nombreux maîtres que l'auteur cite à l'envi: Balthus, Gustave Courbet et son "Origine du monde", Jackson Pollock, Daniel Buren et Simon Hantai pour l'ancrage contemporain; et, pour le socle théorique, des gens comme Ludwig Wittgenstein ou Jean-Paul Sartre. Autant de personnalités dont on aime s'éloigner pour mieux s'en rapprocher. Certes, la démarche de l'auteur se partage, pour le lecteur, entre ses forces et ses faiblesses; gageons qu'elle aura gagné son pari si le lecteur est amené à découvrir la production artistique de François Rouan. 

 

Hubert Damisch, Voyage à Laversine, Paris, Seuil, 2004.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Prodiges de l'esprit humain

 

Tirer du ver l'éclat et l'ornement des Rois,
Rendre par les couleurs une toile parlante,
Emprisonner le temps dans sa course volante,
Graver sur le papier l'image de la voix ;

Donner aux corps de bronze une âme foudroyante,
Sur les cordes d'un luth faire parler les doigts
Savoir apprivoiser jusqu'aux monstres des bois,
Brûler avec un verre une ville flottante ;

Fabriquer l'univers d'atomes assemblés,
Lire du firmament les chiffres étoilés,
Faire un nouveau soleil dans le monde chimique ;

Dompter l'orgueil des flots, et pénétrer partout,
Assujettir l'enfer dans un cercle magique,
C'est ce qu'entreprend l'homme, et dont il vient à bout.

 

Etienne Pavillon (1632-1705).

Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 20:32

hebergeur imageAvec "Le souffle coupé", c'est un bref roman d'anticipation que Stéphane Camille, écrivain domicilié en Nouvelle-Calédonie, offre à son lectorat. Illustrée de traces blanches sur un fond bleu marine, quasi abstraites, la couverture du livre paru chez Actes Sud a de quoi intriguer le lecteur potentiel: sont-ce des graines germées, des insectes, des anges? L'ouvrage est tout aussi suggestif et, fort d'une toute petite centaine de pages, fait figure d'ébauche de roman d'anticipation, stylistiquement originale et atypique.

 

Telle est sans doute, en effet, la principale force de "Le souffle coupé": un style protéiforme, construit sur une base volontairement neutre qui permet de moduler à volonté. Des descriptions très directes côtoient donc des pages d'un lyrisme fulgurant (et de la fulgurance, il en faut, parce que c'est court!) et des passages très "science-fiction", crépusculaires et efficaces. Cela, sans oublier quelques jeux de mots judicieusement disposés - sans doute pour rappeler que le propos, s'il est grave, n'exclut pas la prise de recul.

 

Crépusculaire, ai-je dit? Ce bref roman peut se résumer rapidement: dans un monde autre que le nôtre, peut-être futuriste, un groupe de quatre amis décide d'"entrer en sexualité" comme on entre dans les ordres religieux (ou dans une communauté, ce qui est de rigueur dans la société communautariste de ce roman), pour faire le deuil d'un enfant mort à cent vingt jours. La narration adopte le regard d'une des deux femmes du quatuor - les autres membres étant ébauchés au moyen d'un nombre minimal de caractéristiques. On se souviendra entre autres de Ghislain et de son impuissance persistante, par exemple - et y voir un symbole récurrent, quoique superficiellement abordé, de la faiblesse du sexe qu'on dit fort.

 

Ce groupe de jeunes gens s'inscrit dans un monde présenté comme entièrement bétonné qui représente un désastre écologique: autoroutes sur lesquelles on se suicide, omniprésence de machins chimiques, pollution nucléaire, etc. Pas flamboyant pour deux sous, le style de l'auteur donne à imaginer un univers gris - et plutôt gris foncé - qui sert de cadre à ses personnages.

 

Mais au-delà de ces ingrédients prometteurs, le lecteur doit admettre qu'il reste un peu sur sa faim. C'est qu'entre l'anticipation, la mort subite du nourrisson et les aléas de la sexualtié de groupe, il y avait largement de quoi construire un roman trois ou quatre fois plus volumineux et nourri. A la fin du roman, on se dit donc que l'auteur n'a fait qu'effleurer un propos qui aurait mérité d'être plus développé: un univers plus amplement dépeint, un relationnel plus fouillé entre des personnages creusés davantage - à l'exception de la narratrice bien sûr, d'une franchise et d'une crudité affichées, bel exercice de composition pour un auteur de sexe masculin. Reste le souvenir d'un style travaillé et de quelques jeux de mots astucieux; mais est-ce suffisant pour faire un grand roman, ou même un bon livre? D'autres lecteurs ont parlé ici de "festin sexuel"; quant à moi, je me suis senti un peu laissé à l'écart de la table des réjouissances.

 

Stéphane Camille, Le souffle coupé, Arles, Actes Sud, 2004.

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 19:30

hebergeur image

... avec votre serviteur! Après Erik Orsenna en 2010 et Bernard Pivot en 2011, c'est en effet moi qui serai l'auteur de la dictée de la librairie "La Rumeur" de Romont. J'ai concocté celle-ci avec soin, sur un sujet que vous découvrirez le soir même, pour peu que vous soyez candidats - et pour ce faire, il suffit d'une inscription, selon l'illustration ci-contre.

 

Je vous invite à participer à la Dictée de La Rumeur à Romont (canton de Fribourg, Suisse). Elle aura lieu à la salle Saint-Charles à 20 heures, vendredi 10 août 2012. Amis de la chose écrite, de Suisse, de France, de Navarre ou d'ailleurs, à vous de relever le défi!

 

J'en profite pour remercier Estelle Perritaz pour la confiance accordée, Guillaume Terrien pour sa révision "oeil de lynx" et l'équipe de La Rumeur pour l'organisation de ce concours d'orthographe. Il ne me reste qu'un seul mot à vous dire: amis lecteurs de ce blog, à vous de jouer!

 

Et (oh, ho!) on me souffle dans l'oreillette qu'à la sortie, il y a un verre de l'amitié à partager...

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Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 21:51

hebergeur imageRoman policier, aussi lu par AnAmor, BiBlio, Biblioblog, Bibliophare, Bill, Delphine, Francesca, Lulu, Stemilou, Valunivers.

Lu dans le cadre du défi Thriller de Liliba.

 

Des Immortels qui meurent les uns après les autres. Paradoxal, non? La traduction de François Rosso est peut-être complaisante, mais force est de constater que dans "Meurtres à l'Académie" de Jô Soares, les membres de l'Académie brésilienne des lettres défunctent à un rythme inhabituel qui met la puce à l'oreille de Machado Machado, un policier qui fume la cigarette, porte le canotier et parvient malgré tout à se profiler comme le tombeur de ces dames. N'est-ce pas, Galatea, toi dont le prénom doit tout à Cervantès?

 

Avec cela, j'ai dit l'essentiel - et finalement pas grand-chose. C'est pourquoi il est important de détailler... Avant tout, le lecteur francophone relèvera avec délices que ce roman policier historique (l'histoire se passe au printemps 1924) semble avoir été taillé pour lui. L'Académie brésilienne des lettres a en effet été créée sur le modèle de la vénérable Académie française, ce que l'auteur de "Meurtres à l'Académie" signale expressément: structure à quarante membres assis sur autant de fauteuils, mission littéraire, bicornes et épées. Cela, sans oublier les manoeuvres en coulisse, dont on parle peu à Paris mais que l'auteur de "Meurtres à l'Académie" exploite pour créer ses personnages, qui, en tout cas en ce qui concerne les victimes, sont présentés avec ironie comme plus talentueux dans l'art de l'intrigue que celui d'écrivain.

 

Le lecteur ne se retrouve cependant pas dans la dynamique du "Fauteuil hanté" de Gaston Leroux, même si le premier décès, celui du candidat Belizário Bezerra, y fait implicitement référence (décès au moment de la réception): après lui, d'autres Immortels s'éteignent, dans des circonstances diverses qui ne sont pas sans évoquer un roman à la mode. C'est ainsi que l'auteur trouve sa propre voie, sur laquelle il lance le personnage de l'enquêteur Machado Machado, policier aux connaissances littéraires étonnantes.

 

Crédibles, ces connaissances? L'auteur s'arrange pour qu'elles le soient, même si à la réflexion, le cas est peu probable (mais n'est-ce pas le propre du roman que de relater des destinées peu probables?). Nombreuses sont dès lors les allusions littéraires glissées par l'auteur dans son récit, à commencer par le nom de son enquêteur, qui doit tout à Machado de Assis, écrivain brésilien auteur du fameux roman "Don Casmurro et les yeux de ressac". Entre autres, le lecteur sera amené à suivre une énigme qui trouvera sa clé dans "Max et Moritz" (alias Juca e Chico), féroce récit jeunesse en vers de Wilhelm Busch - de quoi rappeler au monde le côté universel et intemporel de la littérature!

 

Le lecteur trouvera peut-être longuets les développements érudits, certes nécessaires, relatifs aux poisons; cela est cependant rattrapé par un humour fin et frais, omniprésent. Il apparaît souvent dans les titres de la fatrasie de chapitres et sous-chapitres du roman, parfois intitulés en latin plus ou moins macaronique, mais aussi dans certaines répliques et réflexions des personnages. Autre aspect finement drôle, les illustrations qui émaillent ce roman ne manqueront pas d'intriguer: un symbole ésotérique, la signature d'un message anonyme surmontée d'un énigmatique oiseau, une Bugatti Royale.

 

Concernant la Bugatti Royale, l'auteur a un peu outrepassé l'histoire puisque contrairement à ce qu'il suggère, aucun des six exemplaires de la Bugatti Royale ne paraît avoir échoué au Brésil, et ce, d'autant moins que ce modèle n'a pas été construit avant 1926. Autre liberté prise avec l'histoire, le roman évoque l'érection du Christ Rédempteur du Corcovado, alors que sa construction ne commence que deux ans plus tard - comme si dans un premier temps, l'auteur avant conçu toute la chronologie de "Meurtres à l'Académie" avec deux ans de décalage. En revanche, les personnages de "Meurtres à l'Académie" ont bien pu avoir accès à la traduction de "Max et Moritz" par le poète brésilien Olavo Bilac, celui-ci étant décédé en 1918.

 

Certes, le lectorat familier du thriller pourra regretter que l'auteur ait oublié en route le meurtre du garde du corps dans un cimetière pour ne retenir que les décès des Immortels, plus sulfureux et plus médiatiques. Cela dit, il y a là beaucoup d'esprit et d'intelligence mêlés à une conception élastique de l'Histoire en fonction des objectifs visés par le récit. Il n'en faut pas moins pour réussir un thriller littéraire maîtrisé, captivant et souriant, surréaliste à l'occasion, qui fait voyager son lecteur dans un Brésil empreint de fraîcheur et, s'il le faut, de luxe. Cela, tout en flattant généreusement le lecteur qui aime qu'on lui parle de sa passion du livre!

 

Jô Soares, Meurtres à l'Académie, Paris, Editions des 2 Terres, 2008, traduction de François Rosso.

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Les Cloches de la basilique

 

J'écoutais dans la paix du soir,
Sous la pâleur du ciel mystique,
Les sons pieux que laissent choir
Les cloches de la basilique.

Et j'évoquais au loin leur voix,
A la fois grave et triomphale,
Quand elles sonnaient autrefois
Les angélus de cathédrale,

Au temps heureux, trois fois béni,
Où, dès l'aube, souvent ma mère
Me retrouvait au pied du lit,
Agenouillé sous leur prière.

Combien leur appel familier
Charmait alors mon âme éprise,
Lorsque j'allais, jeune écolier,
M'asseoir à l'ombre de l'église,

Et que, captif de leur doux son,
J'attendais que leur voix se taise,
Pour suivre au loin, à l'horizon,
L'écho de leur chanson française !

C'est qu'en ce temps déjà lointain,
Cloches témoins de tant de choses,
Vous me parliez, soir et matin,
D'un long passé d'apothéoses,

Et du regret que vous aviez
D'un temps de gloire et de conquêtes,
Quand, de par le Roy, vous sonniez
Vos carillons des jours de fêtes,

Et que gaiement, sur le rocher,
Au printemps des jours d'espérance,
Vous annonciez, du vieux clocher,
Le retour des vaisseaux de France.

 

Eudore Evanturel (1854-1919).

Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.