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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 21:47

hebergeur imageRoman, lu aussi par Gangoueus, Hervé, Lecturissime, Liss, Stéphanie Joly.

 

La politique mondiale de haut niveau est toujours d'actualité. L'exploration de ses coulisses, et en particulier du petit monde des communicants qui entourent les grands hommes d'Etat, et en particulier les présidents élus, peut dès lors s'avérer complexe et captivante. Cela, surtout si elle est guidée par la plume de Mamadou Mahmoud N'Dongo. C'est cet univers discret que cet écrivain Français né au Sénégal se propose d'explorer dans "La Géométrie des variables".

 

L'univers de la communication occupe d'emblée le devant de la scène, et la forme l'atteste de la meilleure manière. Ce n'est pas pour rien, en effet, que le premier chapitre de ce roman constitue l'amorce d'un entretien télévisé autour d'un scandale théâtral - scandale qui permet de parler d'une pièce polémique et, mine de rien, d'introduire le thème politique par la bande. Cet entretien occupe toute la première partie et annonce aussi la tonalité du récit: beaucoup de dialogues, et quand ce ne sont pas des dialogues, ce sont encore les personnages qui s'expriment, sur le ton de la confession.

 

C'est dans la deuxième partie qu'arrive une belle paire de communicants, Daour et Bainville, le jeune et l'ancien. D'emblée, le lecteur constatera que leur duo fonctionne en partie sur le schéma du dialogue intergénérationnel. Un dialogue qui fait écho, dans le roman, aux générations d'hommes politiques qui se succèdent: celle qui a connu la guerre contre celle qui ne l'a pas vécue. Ces hommes politiques, le lecteur va être amené à les découvrir en coulisses. Et ils seront nombreux: les deux personnages travaillent pour une grosse agence internationale de faiseurs de pluie. Du coup, les regards se feront volontiers par touches, un trait suffisant à dépeindre l'arrière-plan d'un personnage. Frédéric Mitterrand côtoie ici Nicolas Sarkozy, Bill Clinton, Ronald Reagan et bien quelques autres - sans oublier le Libérien Darius Jones, inventé pour le coup. L'approfondissement n'est pas de mise, cependant, d'autant plus que l'auteur opte pour des chapitres courts, d'une longueur souvent inférieure à une page. 

 

Peu importent, cependant, les combines et anecdotes croustillantes qui ont pu faire élire des chefs d'Etat un peu partout dans le monde. Au fil de leur évocation, c'est surtout le cynisme et le caractère désabusé des communicants qui émerge - des communicants qui peuvent travailler indifféremment pour l'un ou l'autre bord de l'échiquier politique, et chercher à faire gagner un homme de droite un jour, puis un homme de gauche le lendemain. Quelques préférences sont brièvement évoquées par certains personnages, mais elles sont reléguées au second plan par l'impitoyable business. Un business qui, en miroir, s'avère tout aussi impitoyable avec ceux qui s'y adonnent, les mises au placard et autres manoeuvres faisant partie du jeu.

 

Le propos est étoffé par des réflexions sur la question des personnes de couleur (et de leur hiérarchisation serrée dans des sociétés métissées), et de nombreux clins d'oeil au cinéma, un monde que l'auteur connaît bien. Cela, sans oublier l'hypocrisie de certains prix mondiaux, révélée dans le cadre anonyme et impersonnel d'un hôtel amstellodamois au nom des plus ordinaires. En définitive, Mamadou Mahmoud N'Dongo offre un roman aux ambiances résolument urbaines, qui fera voyager son lectorat dans les coulisses cosmopolites d'une politique mondialisée qui a perdu son âme, victime des dérives de la communication et du storytelling.

 

Mamadou Mahmoud N'Dongo, La géométrie des variables, Paris, Gallimard/Continents noirs, 2010.

 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Pendant le congrès

 

Il faut bien se le dire, messieurs dames
La peau du gland, c'est pas inusable.
On peut, bien entendu, faire des tests
C'est l'ABC de toute science expérimentale.

Dans une conasse en peau de raie
On se blesse au premier passage
L'aspect de la plaie est grenu
Et le sang sèche assez rapidement
Sous l'aspect de gelée de groseilles

On rencontre aussi, malheureusement elles sont rares
Des grognasses impudentes à qui
On a greffé, en travers, une lame de rasoir
Quand on y rentre, on en a une
Quand on en sort, on en a encore une
Mais elle est coupée en deux

Certaines possèdent également
Des vagins horizontaux, tout rouges
Abondamment garnis de dents
Ils se referment sur les boutoirs avec un râle
Et jamais un Anglais ne les a vus vomir
Car les Anglais ont le sens de la respectabilité.

Pline de Cheval et Chaton l'Ancien racontent
Qu'il y en a eu de si affreux à voir
Que les bras sont tombés aux gens dans la rue
Sans doute, on en peut les décrire avec précision
Car les nombreux documents relatifs à ce sujet
Ont fait les délices des termites,
Des Huns, des FFI et des autres animaux rongeurs.
Mais on sait qu'à l'intérieur comme dans certaines clés
Une longue tige d'os bien pointue
Vous pénétrait dans le méat
Ce qui s'effectuait avec un bruit grinçant
Extérieurement la peau virait au vert.

D'autres sucent comme des pieuvres
Et métamorphosent l'objet rutilant
En une aubergine monstrueuse
Invisible en lumière noire
Elle est telle qu'au grand soleil
On tombe à genoux devant
Mais on ne peut la mettre dans sa bouche.

Enfin, diverses malheureuses
Jeanne d'Arc, sainte Thérèse, la Passionaria et la duchesses de Windsor
Sont nées avec le con subdivisé
En une infinité de petits petits trous.

 

7 juin 1947

 

Boris Vian, Écrits pornographiques, Paris, 10/18, 1996.


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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 21:24

hebergeur imageRecueil de nouvelles, lu par Anne-Sophie, Cathulu, Cécile, Clara, Kezako, Lectrice de prose, Lecturissime, Lili, L'Ogresse, Madmoizelle, Marc Villemain, Skriban, Sophie.

 

La première nouvelle d'un recueil est cruciale, dit-on: donner le ton, accrocher le lecteur, c'est là que tout se joue. Et force est de constater que pour moi, l'effet a été total avec "Ploucville", qui est la première nouvelle du recueil "quand nous serons heureux" de Carole Fives - que j'ai rencontrée pour de vrai, avec bonheur, à la Fête du Livre de Saint-Étienne, après mille rencontres virtuelles sur les blogs de Wrath et Leo Scheer.

 

Du bon usage du "vous"

Déjà, attaquer le lecteur sur la question des loyers, c'est lui parler de quelque chose qui le concerne forcément - donc, le placer d'emblée sur un terrain perçu comme familier. Ca, c'est la première phrase. Deuxième phrase de la nouvelle: pour achever de ferrer le lecteur, l'auteur utilise la deuxième personne du pluriel - un procédé qui, on le sait depuis "La Modification" de Michel Butor, interpelle et implique très fortement le lecteur qui s'y frotte.

 

L'auteur renouvelle le procédé en choisissant d'accorder tout ce qui doit l'être au féminin, suggérant que ce "vous" est une femme. Le lecteur homme (moi, par exemple...) se trouve placé devant un choix peu commun: soit il se dit "ce n'est pas pour moi, cette nouvelle exclut la moitié de l'humanité" et il ne poursuit pas, soit il joue le jeu et, l'espace de quatre pages, essaie de me mettre dans la peau d'une femme. Perdre une partie du lectorat, c'est un risque; mais l'auteur sait comment s'en prémunir.

 

... en effet, le féminin n'est pas qu'une simple astuce stylistique gratuite. Vers la fin de la nouvelle, en effet, des questions plus ou moins typiquement féminines se font jour: avoir un enfant dont on a seule la charge, être une femme battue. Cela, pour parachever l'idée de l'engluement dans un lieu déshérité qui, au début, avait l'air séduisant.

 

Séduction et répulsion: une mécanique du désenchantement

C'est que Ploucville est un lieu de vie charmant... tant qu'on n'y est pas au quotidien et qu'on a encore l'esprit et le regard embrumés par un certain romantisme enchanté - un enchantement du reste évoqué en début de nouvelle par le rappel du mythe des gens du nord, supposés accueillants. Mis à part le caractère très concret de la première phrase, la première page de la nouvelle baigne du reste dans une ambiance rêvée: rues bariolées qu'on croit séduisantes, idée de brassage culturel, etc. Le basculement se fait sur la phrase "Ploucville s'est chargée de vous remettre les idées en place" - phrase qui ouvre la porte à une implacable esthétique du désenchantement.

 

Dès lors, place au concret! Le point de vue se concentre sur les automobilistes qui se garent en double file, sur les ordures qu'on jette par la fenêtre, sur l'alcoolisme chronique, etc. A force d'accumuler de tels éléments, l'auteur dépeint le brutal désenchantement d'une personne qui s'installe à Ploucville. Une ville qui, du coup, prend des allures de drosera qui, bien que misérable, séduit l'insecte avant de le dévorer tout cru dans un ultime spasme gluant, à la fois attrait (pour le "vous" imaginé de l'auteur) et repoussoir (pour le "vous" perçu par le lecteur).

 

L'importance du choix des mots: deux exemples

Placer en tête d'un recueil de nouvelles un texte intitulé "Ploucville" n'a rien d'innocent... le mot est accrocheur, par son côté familier et fortement connoté dans le registre dépréciatif: "Ploucville" est un mot que tout un chacun a utilisé un jour ou l'autre pour désigner un trou perdu. Lecteur de la nouvelle, je me suis donc retrouvé à me demander ce que moi, je voyais lorsqu'on me parlait de "Ploucville" - et à y réfléchir. Pas sûr que j'aurais eu l'image pessimiste (celle d'une ville ratée, finalement) que l'auteur renvoie: j'aurais plutôt vu une commune résolument rurale et agricole, mais l'élément n'apparaît pas. A chacun sa "Ploucville", alors? L'auteur partage ici sa vision d'un tel lieu. 

 

Et pour parachever l'image pessimiste renvoyée, l'auteur n'hésite pas à enfoncer le clou en désignant la pluie par un mot régional, "drache" - typiquement belge, peut-être utilisé dans le nord de la France. Utilisé dans un texte qui recourt par ailleurs à un français standard, ce mot a quelque chose qui jure - ou qui interpelle, signalant au lecteur que sa présence et son sens ne doivent rien au hasard. Le seul choix de ce mot de "drache", finalement rare, donne une originalité et une force particulières à l'exploitation de l'effet littéraire classique du "bulletin météo".

 

Ainsi, deux mots frappants - c'est peu, mine de rien, et c'est beaucoup - contribuent au caractère d'une nouvelle de quatre pages.

 

Pas de victimisation

Le "vous" de la nouvelle se retrouve en proie à mille misères qui l'engluent à Ploucville. Est-on pour autant dans une démarche de victimisation? L'auteur ne tombe pas dans ce piège. Dès le début de la nouvelle, en effet, le lecteur comprend qu'il a affaire à une personne victime d'illusions et de clichés que la vie va se charger de corriger (ah, le désenchantement!). Le clou est définitivement enfoncé par la phrase "Qu'espériez-vous en venant vivre parmi eux?", interrogation rhétorique qui renvoie le personnage mis en scène (donc "vous") à ses propres chimères. Donc au fond, l'auteur n'appelle aucune pitié à son égard: ce "vous" sans nom (ni matricule, donc finalement pas même digne de ce qui caractérise le statut d'une personne) a bien cherché ce qui lui arrive.

 

Cela, d'autant plus qu'on est dans une dynamique de quête du bonheur, forcément volontaire mais non exempte d'errements. C'est ainsi que s'ouvre, sur les accords précis d'une nouvelle dont chaque coup porte, un recueil de nouvelles qui va relater, sous les angles les plus divers, des quêtes du bonheur ratées, mal ajustées, etc. Et rappeler au lecteur, au fil de textes qui prennent volontiers la forme de monologues au ton parfois cynique voire "plombant" (l'auteur assume ce qualificatif - confer, à l'autre extrémité du recueil, l'ironique nouvelle "Tes nouvelles"), que c'est à lui de viser juste dans sa propre vie. Quitte à le faire en compagnie l'auteur elle-même, qui associe son lecteur à son propos dès le titre du recueil: "quand nous serons heureux"...

 

Carole Fives, "Ploucville", in quand nous serons heureux, Paris, Le Passage, 2010.   

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Nouvelles
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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 20:56

hebergeur imageLecture, dictée, corrections, dédicaces (notamment à Didi - son chouette billet vous dira tout, photos à l'appui), visites et rencontres d'auteurs: la 27e Fête du Livre de Saint-Étienne aura été pour moi celle de la réalisation de quelques rêves et bonheurs, donc un succès dépassant mes espérances. Mais aussi, du coup, un millésime particulièrement intensif...

 

C'est au printemps qu'est née l'idée d'une soirée de lectures de textes de mon cru au bar-pub "L'Élixir" de Saint-Étienne, un établissement sympa qui propose régulièrement des animations de toute sorte. J'en avais parlé sur ce blog. Pour le coup, la soirée de lectures de jeudi (photo) a été quelque peu ternie par un orage mémorable pour les Stéphanois: les rues étaient devenues des rivières, il y a eu peu de passage devant le bar, peu de gens de sortie, donc peu d'auditeurs... Cela m'a toutefois permis de tester l'exercice, qui était une première: en particulier, passer une chanson au milieu de la lecture peut constituer une pause pratique pour se requinquer les cordes vocales avec une gorgée de thé.

 

En arrivant à la Fête du Livre le lendemain, je reçois les documents remis aux auteurs - je suis considéré comme tel puisque j'ai écrit la dictée du samedi... mais je n'ai pas d'endroit pour signer mon recueil de nouvelles, dont j'ai pris la peine d'embarquer un certain nombre d'exemplaires. Qu'à cela ne tienne: avec la complicité de Marius Daniel Popescu, écrivain suisse plein de tempérament et d'entregent, et du responsable de la librairie Quartier Latin (merci à eux!), j'ai pu trouver une petite place, d'où j'ai pu observer les pérégrinations des visiteurs et, parfois, dédicacer un exemplaire du "Noeud de l'intrigue". Rebelote le dimanche...

 

... alors que le samedi a été consacré à la dictée. Écrite par mes soins, elle portait sur les légendes urbaines - ma réinterprétation du thème de la fête: "la mémoire d'une ville" - et se caractérisait par une ambiance nocture, voire un peu glauque. Elle était bien calibrée pour l'épreuve, avec un meilleur score à une faute et demie; l'impression générale était donc à la satisfaction de ce côté aussi. Bravo à Jacques et Colette Plaine et à l'équipe de Lire à Saint-Étienne pour avoir organisé cet événement orthographique - et merci à eux pour l'accueil sympathique et amical!

 

Enfin, la Fête du Livre de Saint-Étienne ne serait pas ce qu'elle est sans les auteurs - certes moins nombreux cette année, entre autres en raison d'un changement de localisation, mais de qualité comme il se doit. Ainsi ai-je pu rappeler quelques souvenirs de dictée new-yorkais à Bernard Pivot, discuter longuement d'écriture avec Carole Fives (dont il sera question ici prochainement: j'ai lu avec bonheur son recueil de nouvelles "Quand nous serons heureux") et Cendrine Bertani (il y a des photos de la fête sur son blog), échanger des points de vue variés avec l'auteur jeunesse Lucie Félix, avec Claire Dixsaut, Marius Daniel Popescu, Alain Szelong, Mamadou Mahmoud N'Dongo, Sophie Avon, Michel Berrodier le poète à la faconde bien rodée, Gordon Zola - sans oublier de féliciter presque en direct Mohammed Aïssaoui pour son article sur Vassilis Alexakis, paru la veille dans "Le Figaro". Je pense aussi à Carole Dailly, croisée par hasard en librairie, à Sébastien Bouchery (je parlais de son roman "Raklur" il y a un peu moins d'un an), à Laurence Magaud (dont j'ai acheté le recueil de nouvelles en librairie, pensant qu'elle ne pourrait pas venir dédicacer - alors que finalement, si...), à Gulzar Joby et à bien d'autres encore. 

 

Un seul mot: à l'année prochaine! D'autant plus que je récidiverai dans la rédaction des dictées...

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 17:30

hebergeur imageC'est chez Monsieur de C que se poursuit le Défi des Mille, avec un billet très instructif sur une lecture passionnante et mal connue: l'"Histoire de ma vie" de Jacques Casanova de Seingalt. C'est ici:

 

http://mesdefislitteraires.blogspot.fr/2012/10/histoire-de-mille-vies.html

 

Oui, il y est question du fameux aventurier, celui qui courut toute l'Europe en quête d'aventure, connut quelque 130 femmes, les aima toutes passionnément mais jamais ne se fixa. Ce sont là de bons souvenirs pour moi: j'ai précisément étudié l'histoire des éditions de cette oeuvre pour mon mémoire de licence en littérature française. C'était il y a une dizaine d'années... J'ai pour ma part lu cette oeuvre dans l'édition Rozez, datée des année 1876, au texte peu fiable.

 

Merci à Monsieur de C pour cette participation!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

La pomme et le monde

 

Il était une fois, une pomme.

une femme, un homme.

deux êtres-Angers.

 

Etait-est-ce l'amour

Ou bien la curiosité?

 

Quoiqu'il en soit, depuis ce jour,

des milliards de bébés

ont vu le jour

tout ça pour une pomme

qui a été mangée!

Etait-ce un pêché?

 

En tous les cas,

l'humanité

continue à la croquer!

 

Oui, cette belle pomme qui a condamné

notre célèbre Galilée

d'avoir trouvé grâce à elle

le centre de gravité.

 

Rempli de vitamines C,

L'innocente pomme

a pourtant assassiné

la pauvre Blanche Neige

d'un naïf zeste de cruauté...

 

Quel est le plus coupable?

La pomme,

Ou les deux étrangers?

 

La terre est ronde,

Et puis? Le monde tourne pas rond...

Alors, sornettes Galilée!

Blanche neige?

Elle a été sauvée.

Quant à Adam et Eve...

sont devenus très renommées.

 

La pomme?

Continuons à la dévorer!

 

Peggy Chabanole, A la lumière des mots, Feurs, Editions Claude Bussy, 2007.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 21:17

hebergeur imageLu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire 2012".

 

Le lecteur qui se plonge dans "Les Murènes", premier recueil de nouvelles au titre énigmatique du jeune écrivain vaudois Cédric Pignat (éditions de l'Aire, 2012), sera d'emblée frappé par la qualité d'une langue française très écrite, d'une grande beauté formelle, encore enrichie par un vocabulaire étendu et précis, où affleurent entre autres l'usage pertinent du subjonctif imparfait et l'emploi de mots qu'on a un peu oubliés: oblitérer, lénifiant, lippe, etc. Il sera également sidéré par la capacité de l'auteur à jouer sur les sonorités des mots, sur les allitérations, assonances et fausses rimes afin de créer une certaine musique.

 

Mais la beauté formelle ne serait rien si elle ne se plaçait pas au service d'un projet littéraire cohérent et pertinent. Ici, le lecteur sera comblé, au fur et à mesure qu'il avancera dans sa lecture du recueil. Chacune des nouvelles a sa démarche, différente, obligeant à une lecture attentive - qui sait captiver jusqu'à la chute du texte, par exemple dans "L'Autre", première des nouvelles des "Murènes", qui tourne autour du fin mot de l'affaire: celui-ci se profile, au fil des phrases, comme la tache aveugle qu'on a envie de connaître. Baignée de classicisme, la nouvelle "L'Amphore" rappellera quant à elle plus d'un souvenir aux passionnés d'Antiquité grecque, sur un mode résolument optimiste.

 

De nouvelle en nouvelle, mine de rien, l'auteur installe le motif de la sensualité, parfaitement mis en valeur par cette langue extrêmement travaillée jusqu'à arriver, dans certains textes, à une précieuse esthétique de l'érotisme. Esthétique qui a pour caractéristiques le souci du détail et le goût du plan rapproché et donne à chacun des textes évoquant l'empire des sens une précision vertigineuse, à l'instar de "Des baisers", qui fait figure de tropisme du baiser - au sens que pourrait lui donner Nathalie Sarraute - , ou de l'observation précise des empreintes sur un verre ou de l'impression laissée par un praliné dans la bouche, dans la nouvelle "Ophélie".

 

Orfèvre de la langue française, l'auteur se place sous le patronage des écrivains les plus magistraux d'hier et d'aujourd'hui. Les exergues de chacun des textes, citant de grands auteurs, en sont la manifestation la plus évidente pour le lecteur. L'auteur sait par ailleurs jouer avec ses références. Ainsi la nouvelle "Taedium Vitae" met-elle en scène un personnage qui n'est pas sans rappeler le des Esseintes du roman "`À rebours" de Joris-Karl Huysmans - un Huysmans qui refait surface dans une autre nouvelle du recueil, comme en écho. Charles Baudelaire, quant à lui, est omniprésent dans "Les Veines vides"; au lecteur de détecter les myriades d'allusions à ce poète, glissées dans le texte. Quant à la nouvelle "Elle ne peut plus", enfin, elle renvoie à Larry Brown (dont je parlais en son temps...) puisque c'est de lui qu'il est question; mais l'idée de la narration d'histoires au téléphone rappelle plutôt Gianni Rodari, écrivain italien qui, dans ses "Fables au téléphone", compile les histoires qu'il raconait chaque soir au téléphone à sa fille, qui dormait loin de lui. 

 

Ainsi l'auteur développe-t-il, de nouvelle en nouvelle, une esthétique personnelle complète de la littérature, rapprochant la forme et le propos pour développer la très recherchée adéquation du fond et de la forme. Si la langue travaillée flatte l'esprit du lecteur, le caractère charnel ou vertigineusement précis du propos flatte quant à lui ses sens. Le lecteur goûtera ces textes à petites doses, en prenant le temps de les méditer et d'en sucer, comme qui dirait, la substantifique moelle.

 

Cédric Pignat, Les Murènes, Vevey, L'Aire, 2012.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Si tu parlais

À mon poème?

 

Si tu en caressais

Chaque ligne

Aux pinceaux du silence

Comme pour l'effacer,

Lui permettre

L'arabesque du rire?

 

Et si tu dessinais

À l'encre blanche

Son envol sans retour?

 

Si toi l'ami

Tu revenais?

 

Jacqueline Sudan-Trehern, L'Amour nu, Paris, Elzévir, 2007.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 22:29

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Le présent message est un avis de concours littéraire... avis aux poètes et aux écrivains! 

 

L’artiste fribourgeois Jean-Pierre Humbert lance un concours qui s’adresse à tous les écrivains, en herbe ou confirmés. S’adressant aux fines plumes francophones du monde entier, il est organisé en marge d’une exposition de ses œuvres à Rueil-Malmaison, ville jumelée à Fribourg, du 8 au 29 novembre 2012.

 

Le thème ? Les écrivains sont invités à écrire un texte s’inspirant de l’une ou l’autre (ou des deux) gravures proposées par l’artiste : « Au jour le jour » et « Passé décomposé ». Celles-ci illustrent le présent billet de blog.

 

Les textes devront être écrits en français, dans une longueur qui n’excédera pas 2000 signes. Le genre littéraire est libre : essai, poème, petite nouvelle, etc. Chaque auteur peut présenter un ou plusieurs textes.

 

Calendrier : les textes devront parvenir aux organisateurs dès à présent et avant le 20 novembre 2012, à l’adresse suivante : info@jphumbert.ch. Seul le canal électronique a été retenu pour l’envoi des textes, pour des raisons de commodité.

 

Des prix sont prévus:

 

1er prix Un séjour de deux nuits pour 2 personnes dans un hôtel de Fribourg, une visite guidée de la ville offerte par l’ Office du Tourisme, un repas surprise et une participation de CHF 200.- au frais de voyage.  

 

2e prix une gravure originale de l'artiste serbe Zeljko Dhurovic (édition contraste)

 

3e prix une gravure originale de l'artiste ukrainien Oleg Denisenko (édition contraste)

Les participants seront tenus au courant de l’issue du concours par courrier électronique ; les prix seront envoyés par voie postale.

 

Un jury composé de 4 personnalités désignera les lauréats. Ses décisions sont sans appel.

 

Pour en savoir plus, n'hésitez pas à passer faire un tour sur le site Internet de l'artiste, ici.

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 23:01

hebergeur imageLu pour les défis Rentrée littéraire et Thriller; LC avec Sandrine, Canel, Lystig et Vive les bêtises.

Antigone, Blueverbena, Flo, Isabello, Jacques, Le Boudoir littéraire, Marine, Mes petites idées et Samlor l'ont aussi lu.

 

Depuis son roman "Les Visages", Jesse Kellerman fait partie de ces écrivains que la blogosphère suit avec un intérêt appuyé. Pour ma part, c'est avec son deuxième roman traduit en français, "Jusqu'à la folie", que j'ai découvert ce jeune écrivain américain - non sans bonheur, ce qui m'a donné envie de répondre favorablement à la proposition de Carla Briner (que je remercie) de me faire parvenir "Beau parleur", son dernier roman traduit en français (par les soins de Julie Sibony, une fois de plus). Bonne pioche: l'auteur s'avère fidèle à lui-même, pour ce qui est des qualités comme des petites faiblesses. Et dès les premiers paragraphes, "Beau parleur" s'inscrit dans le genre du thriller psychologique où les âmes s'affrontent d'abord, jusqu'à ce que quelqu'un cède.

 

Un début plutôt lent

C'est que force est de constater que finalement, "Beau parleur" ne décolle pas vraiment dans son premier tiers. Le lecteur se retrouve face à Joseph Geist le bien nommé, doctorant en philosophie ("Geist" signifie "esprit" en allemand) en rupture de ban. Certes, les flash-back renvoient à un passé particulièrement peu enviable, mais force est de constater que finalement, Geist mène une vie ordinaire jusqu'au moment où il répond à une annonce passée par Alma, une octogénaire philosophe qui recherche un partenaire de conversation. Tout au plus peut-on dire que les liens qui se créent entre les deux personnages vont légèrement au-delà d'une simple relation professionnelle, ce qui génère un certain trouble.

 

A cette impression de décollage tardif, vient se greffer celle que finalement, l'auteur exploite dans "Beau parleur" un personnage principal qui a pas mal de traits communs avec celui de "Jusqu'à la folie": à savoir un jeune homme normal mais momentanément sursollicité, donc vulnérable et poussé à la faute.

 

L'arrivée des grains de sable est assez tardive, notamment avec l'irruption d'Eric, un parasite qui suscitera l'animosité de Joseph - de même que Daciana, la femme de ménage d'Alma, dont le fonctionnement use le ressort comique du dialogue de sourds permanent et de l'irruption systématique aux pires moments. La présence de ces deux personnages, dont l'un (Daciana) pourrait paraître anecdotique a priori mais est parfaitement exploité par l'auteur, permet au roman de gagner en tension. Enfin, on le comprend: tout le monde n'est pas copain avec tout le monde.

 

Des pistes volontairement sous-exploitées

L'auteur sait choisir les pistes qu'il veut exploiter; dès lors, à sa guise, certaines sont sous-exploitées, voire lâchées très vite. Les amateurs de sexe bien juteux en seront par exemple pour leurs frais, puisque les trois colocataires nymphomanes de Joseph disparaîtront vite du roman dès qu'il déménagera pour un habitat plus tranquille et que l'auteur ne fera pas rebondir les deux rousses irlandaises pulpeuses au nombril percé (du moins pour l'une d'elles), au-delà d'une nuit de stupre honteuse passée à quatre avec Eric. Délires vite passés, comme autant de passades...

 

Le ressort nazi n'est pas lourdement exploité non plus, et j'ai envie de dire que c'est tant mieux. En cours de roman, l'auteur suggère en effet de manière fugace que la richesse d'Alma vient de la spoliation de Juifs au temps de l'Anschluss, et ne revient sur la question qu'en fin de roman. Deux touches discrètes parviennent ainsi à expliquer l'origine de la fortune de la vieille dame, et en particulier de sa collection de tableaux précieux. De la part de l'auteur, l'astuce dénote une grande finesse littéraire: le lecteur comprend beaucoup alors que l'auteur dit très peu.

 

Priorité au libre-arbitre

Et si l'affrontement des âmes n'était qu'un leurre? En mettant en scène un étudiant en philosophie singulièrement empoté pour un "beau parleur" (quelle antithèse!), l'auteur veut-il faire comprendre que son roman est celui des gens qui font ce qu'ils veulent - ou pas? Force est de constater que si tout le monde est humain donc libre dans ce roman, personne n'agit vraiment comme il le souhaite. Du point de vue le plus léger, Alma est sous la coupe d'Eric, son parasite de neveu. Plus gênant quoique ponctuel, Yasmina, l'ex-copine de Joseph, devient folle en préparant un mariage dont elle ne sait pas si elle en veut vraiment et croule sous les pressions familiales; quant à Joseph, embarqué dans une affaire qui le dépasse, il est condamné à réfléchir et à décider à (très) court terme - et c'est son histoire qui conduit le lecteur. Quant à ses parents, enfin, eux aussi se sont mariés sans vraiment le vouloir...

 

L'astuce littéraire du "vous"

Et puis, l'auteur connaît ses classiques et se souvient de la technique d'utilisation du récit à la deuxième personne du pluriel, rendue célèbre par "La Modification" de Michel Butor. Il y recourt lorsque Joseph Geist est placé dans une situation extrême, notamment au chapitre 21, et offre au lecteur un changement de perspective saisissant: soudain, il se trouve vigoureusement pris à partie. En usant et abusant des impératifs et en renonçant ici à l'introspection (alors qu'en général, le narrateur n'hésite pas à réfléchir sur lui-même et sur ce qu'il fait), l'auteur parvient à donner à son propos un caractère survolté qui sursollicite le lecteur; à ce titre, ces pages sont sans doute les plus prenantes du roman.

 

Alors? Certes, c'est un "page-turner" des plus efficaces, qui se dévore plus qu'il ne se lit, même si le début paraît plan-plan. Mais un lecteur attentif comprendra que tout cela est extrêmement bien construit, et que l'auteur sait où il va lorsqu'il exploite les techniques qu'il maîtrise - on pourrait gloser encore sur le thème récurrent du siège, d'autant plus que la page de couverture est illustrée d'un fauteuil. Certes, on a un peu l'impression que l'auteur réitère des recettes qui lui ont déjà réussi par le passé; mais il n'empêche qu'on se laisse volontiers balader dans cette histoire, qui est aussi une réflexion filée sur la liberté de l'être humain - de quoi se sentir concerné.

 

Jesse Kellerman, Beau parleur, Paris, Les Deux Terres, 2012, traduction de Julie Sibony.

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