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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 21:10

hebergeur imagePrécision préalable importante: je n'ai pas encore lu "La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert" de Joël Dicker. Cet article se veut donc plutôt une réflexion sur le tourbillon littéraire qu'a suscité la présence de ce roman sur les listes de papables des grands prix littéraires parisiens d'automne.

 

Ainsi donc, Joël Dicker (son site) ne sera pas le deuxième écrivain suisse romand de l'Histoire à obtenir le prix Goncourt, après Jacques Chessex en 1973 - du moins pas cette année. Les dîneurs de chez Drouant ont penché pour Jérôme Ferrari, après deux tours de scrutin. Grand bien leur fasse - mais cela éveille quelques considérations, au vu du maelström qui a agité le monde francophone des lettres ces derniers jours et ces dernières semaines, dans la foulée de la rentrée littéraire 2012. Joël Dicker a-t-il connu, aujourd'hui peu avant 13 heures, le premier échec de sa courte carrière littéraire?

 

Il n'y a pas d'échec!

Répondons d'emblée aux esprits chagrins et plumitifs imprécis qui ont titré que Joël Dicker a été "recalé", "écarté", "s'est fait doubler" au Goncourt, qui "lui aurait échappé": il n'y a eu aucun échec aujourd'hui. Ne serait-ce que parce que le rêve du doublé "Grand prix du roman de l'Académie française" - "Prix Goncourt" reste difficile d'accès. Certains pourraient dire que la littérature romande, ou l'un de ses représentants, n'a pas les reins assez solides pour assumer un si lourd honneur. Ce serait faire preuve d'un paternalisme mal placé, empreint d'une condescendance détestable - cela, même si une ombre tutélaire aussi pesante que celle d'un Jacques Chessex ne me paraît pas souhaitable.

 

Que diable, les écrivains romands ne sont pas pires que les autres! Les jurés du Goncourt ont choisi en conscience, et les remarques d'un Patrick Rambaud, certes sévères ("roman de plage"), m'ont paru, transcrites par la presse, quand même un peu constructives aussi: Joël Dicker devrait travailler mieux ses dialogues. D'autres membres de l'Académie Goncourt n'ont pas caché leur enthousiasme, à l'instar d'un certain Bernard Pivot. Tout cela signifie que la porte reste ouverte... et que c'est à l'écrivain de confirmer, dès à présent. A lui de jouer!

 

Au contraire, c'est un succès!

L'aventure Joël Dicker est d'ores et déjà un succès, que ce soit pour l'auteur lui-même ou pour les lettres romandes. Et ce, pour tout un faisceau de raisons - la première étant la placidité souriante dont Joël Dicker a fait preuve au moment de l'annonce de l'auteur primé: "Obama a été réélu, c'est le principal", a-t-il déclaré à la presse, réservant à Facebook un message philosophe: "Grâce à vous, j'ai tout gagné!". Remarqué par une critique plutôt bienveillante, l'homme a su garder la tête froide!

 

Le succès est commercial aussi: d'ores et déjà, 150000 exemplaires de "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" ont été écoulés, un chiffre qui, à mon avis, relève du jamais vu en Suisse romande, en tout cas dans le domaine de la littérature générale. Le premier succès de cette publication aura donc été de faire vendre du livre, et aussi de faire lire, ce qui est important: les échos émanant des lecteurs de "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" sont le plus souvent positifs, parfois nuancés, jamais franchement haineux. Enfin, chaque vente supplémentaire reste du pain bénit pour les éditeurs (L'Age d'Homme et De Fallois) aussi: autant que des sous dans le tiroir-caisse, cela représente le couronnement d'un certain travail. 

 

Un tel succès, à la fois commercial et d'estime, démontre que la littérature romande est capable de réussir un grand écart étonnant: savoir séduire la critique et le grand public, sans tomber dans la littérature de genre (dépréciée, forcément dépréciée, hélas...) ni verser dans la prose inaccessible car trop exigeante. Il y a là de quoi secouer le cocotier des lettres romands, qui privilégie trop volontiers l'âpre exigence littéraire, quitte à laisser le lecteur au bord du chemin - et à tirer fierté de la confidentialité un chouïa misérabiliste à laquelle il se condamne ainsi.

 

Succès également dans la mesure où, pendant une petite quinzaine, la Suisse romande a parlé de bouquins, rien que de bouquins, ou presque. Il en a été question à la télévision, tout le monde a vu Joël Dicker chez Ruquier, la presse en a fait ses choux gras, les articles de presse publiés en ligne ont eu leur lot de commentaires, volontiers passionnés - quitte à faire de l'écrivain genevois un "people". Autant dire que pendant une certaine période, tout un peuple a vibré pour son poulain, comme le pays peut le faire pour, euh, Roger Federer à Wimbledon. Le rapprochement n'est pas de moi, d'ailleurs, mais du journaliste Nicolas Maradan, de "La Liberté", fustigé pour avoir osé émettre des réserves...

 

Certains ont pu déclarer qu'une telle médiatisation a nui à l'auteur. Je n'en suis pas sûr: il y a six ans, "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell ont aussi su enthousiasmer la presse et faire chauffer le buzz, ce qui n'a pas empêché l'écrivain américain de réussir le doublé. Au contraire: selon l'écrivain et chroniqueur Antoine Bueno, le prix Goncourt serait même une confirmation d'un succès et de ventes passées, plutôt que le point de départ d'un essor commercial, comme si le livre servait le prix et non l'inverse.

 

Le chemin continue!

Fin de parcours pour Joël Dicker? La remise du Goncourt à des jours meilleurs pourrait le laisser entendre - du moins à des esprits défaitistes. Il me paraît plus positif de dire que le chemin continue pour un romancier de 27 ans qui, avec "La vérité sur l'affaire Harry Quebert", a signé son deuxième (je n'ai pas écrit second...) roman. Dans l'immédiat, l'auteur est toujours sur les listes du prix Interallié, décroché en 2010 par un autre Genevois issu de la même écurie éditoriale, nommé Jean-Michel Olivier (je parlais de ses romans et ).

 

Et pour Joël Dicker, le jackpot le plus important aura sans doute résidé dans le plaisir d'écrire et dans l'occasion d'avoir pu partager ce plaisir avec tant de monde. "Le destin de Joël est lancé", précise la critique littéraire Isabelle Falconnier, par ailleurs directrice du Salon du livre de Genève. Enfin, globalement, la littérature romande tout entière sort grandie de cette aventure qui lui confère une visibilité dont elle a un cruel besoin: elle prouve ainsi que ses écrits sont capables de séduire l'incontournable forteresse parisienne et, au vu des nombreuses traductions prévues pour "La vérité sur l'affaire Harry Quebert", qu'elle est en mesure, au seuil du vingt et unième siècle, de parler au monde entier sans complexes. Pour toutes ces raisons, il est d'ores et déjà possible de dire que Joël Dicker a donné beaucoup au petit monde des lettres romand. Et qu'à l'avenir, il faudra compter avec lui.

 

Source de la photo.

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 21:25

hebergeur imageBarack Obama ou Mitt Romney? A l'heure où j'écris ce billet, le monde entier s'interroge sur l'issue des élections qui donneront aux Etats-Unis un président légitime pour les quatre années à venir. Et comme il arrive encore à ce blog de coller fièrement à l'actualité, j'ai pris le temps de lire, ces derniers jours, "American Spleen" d'Olivier Guez.

 

Ouvrage signé d'un journaliste français, il s'agit d'une plongée au coeur d'une Amérique qui, sans se l'avouer, a le spleen, au sens fort, baudelairien du terme. Paru au début 2012, bouclé le 22 novembre 2012, cet ouvrage n'a pas pu tenir compte des tout derniers développements de l'actualité. Mais il offre un sombre voyage dans le monde désenchanté des déçus de l'Amérique et de l'Obamamania.

 

Les rencontres avant tout...

Et des déçus, le lecteur - et l'auteur avant lui - va en rencontrer plus d'un. Dès les premières pages, l'auteur privilégie la relation des rencontres avec les gens, quitte à sacrifier l'analyse approfondie, ce qui peut décevoir certains lecteurs de la première partie du livre. Pourtant, celle-ci a ses qualités: au fil des témoignages, on comprend assez vite que la juxtaposition d'opinions de penseurs d'audience régionale ou nationale permet de peindre le mode de pensée qui irrigue plus d'un Américain. "Leave us alone" est en effet un leitmotiv des interlocuteurs rencontrés, qui sont de farouches individualistes et des défenseurs à tout crin des libertés individuelles, garanties par une constitution immémoriale mais vénérée. Une défense des libertés qui, l'auteur le relève, a su se fédérer autour des "Tea Parties", mouvements activistes dont on a beaucoup parlé ces derniers mois.

 

L'auteur a du reste rencontré certains de leurs meneurs - et singulièrement de leurs meneuses, qui tiennent à se distancer d'un certain féminisme misandre pour, simplement, retrousser les manches pour défendre leurs idées. Autre tendance qui se dégage: Barack Obama (souvent dépeint comme un président faible et peu au fait des soucis des vraies gens) et les démocrates au pouvoir n'ont de cesse de réduire les libertés individuelles - ce que les libertariens les plus acharnés contestent. A ce titre, bien sûr, la réforme "Obamacare" du système de santé est une cible de choix. L'auteur sort effaré, écoeuré de cette balade auprès de convaincus aux idées fortes... et il ne s'en cache pas. Il donne aussi à voir le fossé qui sépare les Européens, habitués à recevoir de temps à autre un coup de pouce de l'Etat, et des Américains qui préfèrent tout plaquer plutôt que recevoir un centime de l'Etat pour conserver leur maison.

 

... le reportage vient ensuite

Après une deuxième partie qui fait figure d'intermède, la troisième partie du voyage est plus proche de ce que l'on peut attendre d'un reportage, plus nourrie, et aussi plus équilibrée: en plongeant dans l'Amérique profonde, l'auteur fait parler ses interlocuteurs, prend le temps d'observer et d'analyser, et n'hésite pas à faire plus largement part de son ressenti. A ce titre, elle est donc plus intéressante, plus croustillante allais-je dire. Le lecteur est invité à traverser quelques Etats méconnus mais fort instructifs; en particulier, il sera édifié par la peinture "côté pile et côté face" de l'Utah, Etat des Mormons: d'un côté des gendres idéaux, candidats aux plus hauts postes, dressés pour le succès professionnel, religieux, foncièrement loyaux et moraux; de l'autre, une société présentée comme incapable de développer une tradition artistique d'envergure ambitieuse, qui gère ses frustrations comme elle le peut, à coups de pornographie sur Internet et d'une certaine hypocrisie mielleuse, que l'auteur a ressentie et dont il fait part.

 

Effectué en Ford Mustang, le voyage mentionne aussi la malbouffe qui écoeure (une grande partie de l'alimentation américaine est à base de maïs), les crédits estudiantins qu'on n'arrive plus à payer, etc. Le désenchantement de l'auteur atteint un sommet après ses discussions avec des touristes américains venus visiter le mont Rushmore, lorsqu'il observe, au restaurant du site, ses commensaux repus de nourriture absorbée sans joie, comme si elle l'avait été pour combler un vide - celui d'un pays qui a trahi leur confiance, peut-être. Il convient enfin de noter la présence d'anticommunistes primaires, présentés comme des amateurs convaincus de théories du complot.

 

Ronald Reagan comme maître à penser

Quitte à perdre un peu de force analytique, cet ouvrage se concentre donc sur les gens, anonymes (tel shérif aux prises avec l'immigration de masse en provenance du Mexique, qui tient un discours proche des droites populistes européennes) ou célèbres (on croise ici l'écrivain Jim Harrison, l'animateur de radio Jon Justice, l'intellectuel Francis Fukuyama et l'ombre de Sarah Palin) que l'auteur ne craint pas d'aborder, ni d'interroger, quitte à parler de sujets qui peuvent fâcher. Le voyage en voiture à travers le pays, effectué parfois au pas de charge, constitue la métaphore de l'exploration d'une mentalité: celle d'un peuple épris de sa liberté, instinctivement méfiant face à un gouvernement central perçu comme lointain et contraignant (voire socialiste, horreur suprême! Une abomination qui ne date du reste pas d'hier, il suffit de relire "Les années Reagan" de Nicole Bernheim pour s'en convaincre), et dont les idoles sont l'écrivain Ayn Rand et le politicien Ronald Reagan, entre autres.

 

Le repli sur les figures du passé et sur le souvenir des pères fondateurs de la nation se veut-il une manière de se rassurer, par exemple pour des classes moyennes fragilisées par la crise mais désireuses de s'en sortir sans aucune aide étatique? L'auteur ne juge pas et, écrivant à quelques mois de distance des élections de ce soir, se garde bien de tout pronostic précis. Mais au fil des pages, le lecteur va quand même avoir l'impression qu'aux yeux de tout un pan de la société américaine soudain frappée par le spleen, les carottes sont cuites pour Barack Obama. Vrai? On le saura dans quelques heures. 

 

Olivier Guez, American Spleen, Paris, Flammarion, 2012.

 

Autre ouvrage cité:

 

Nicole Bernheim, Les années Reagan, Paris, Stock, 1984.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Reste. N'allume pas la lampe...

 

Reste. N'allume pas la lampe. Que nos yeux

S'emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse

Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse

De leurs ondes sur nos baisers silencieux.

 

Nous sommes las autant l'un que l'autre. Les cieux

Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.

Voluptueusement berçons notre faiblesse

Dans l'océan du soir morne et délicieux.

 

Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,

Le flux funèbre roule et déroule et prolonge

Tes cheveux où mon front se pâme enseveli...

 

Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,

Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli

Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.

 

Catulle Mendès (1841-1909). Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 23:09

hebergeur imageOn en parle aussi chez Altervino, Cavesa, Ochato, Pierre Radmacher, Western culturel.

 

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du vin français? Dans un ouvrage qui a des allures de reportage de type "Capital" sur M6, Denis Saverot et Benoist Simmat offrent une balade saisissante dans les coulisses d'un produit français phare. Le titre de l'ouvrage? C'est "In Vino Satanas!", et l'une des lignes directrices du propos est que si le vin français est envié dans le monde entier et contribue au rayonnement du pays des bordeaux, il est de plus en plus diabolisé en France. L'attention se porte ici sur les gros producteurs et les vins de renom, qui font parfois figure de marques plus que d'appellations.

 

C'est en effet un paradoxe français que les auteurs identifient: le vin est le deuxième secteur d'exportation de la France, le monde entier s'y réfère (les cépages internationaux sont en fait d'origine française, les oenologues stars appelés à mettre sur pied des vignes dans les nouveaux pays du vin sont souvent français, à l'instar de Denis Dubourdieu), mais il fait figure de non-sujet honteux au pays. Il est à noter que cet ouvrage a paru peu après l'accès au pouvoir présidentiel de Nicolas Sarkozy, notoirement abstinent, pour qui le vin n'est pas un sujet politique: les auteurs rappellent que la question du vin, bien qu'importante, s'est invitée de manière très improvisée dans la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

 

Pour les auteurs, les côtés honteux du vin sont encore accentués par certains éléments tels que le logo déconseillant la consommation de vin aux femmes enceintes, qui est une idée française (elle a essaimé depuis), les vicissitudes de la loi Evin ou la manipulation de chiffres auxquels on fait dire un peu n'importe quoi et que les auteurs analysent avec rigueur, rappelant en particulier que si la consommation annuelle moyenne de vin par personne en France est étrangement élevée en comparaison internationale (ce qui donnerait aux Français une réputation imméritée d'alcooliques), c'est que cette moyenne tient compte de la consommation des touristes, sur place ou à des fins de dégustation dans leur pays... et que si l'on tient compte de cet élément, la consommation effective se trouve tout à fait dans la moyenne européenne. Les auteurs exercent aussi leur esprit critique sur les classements traditionnels des vins du Bordelais et le système des AOC, pour le moins perfectible à leurs yeux.

 

Les auteurs évoquent aussi l'évolution des habitudes de consommation, en particulier dans les sphères supérieures du pouvoir; le lecteur va donc pouvoir s'inviter à la table des grands hommes - pour s'apercevoir qu'on y boit toujours du vin, mais pas forcément des noms aussi prestigieux qu'autrefois: la crise est passée par là. Ils tirent une corrélation hardie entre la baisse de consommation du vin et l'augmentation de la prise de tranquillisants, ce qui profite plus aux grands groupes pharmaceutiques mondiaux qu'à la santé des personnes. Autre thèse audacieuse, qui reste à prouver et pourrait faire sourire Nicolas: les gens vont moins au bar, donc ils boivent moins de vin et discutent moins de politique entre eux; ils ruminent leurs rancoeurs tout seuls chez eux et finissent par voter FN...

 

On le comprend vite, les auteurs aiment le vin et ne cachent pas leur aversion pour les dérives d'un hygiénisme présenté comme excessif et hypocrite. Ils considèrent que le vin est un fait de civilisation, qu'il n'est pas une boisson comme une autre - cela, en plus d'être une ressource économique lucrative. Tous ces aspects sont détaillés dans cet ouvrage, qui évoque certes très peu les petits vins et les petits terroirs pour se concentrer sur ce qui rayonne le plus au-delà des frontières françaises - loin de l'esprit de "La Bataille du vin et de l'amour" d'Alice Feiring. Remontant à 2008, ce livre date un peu. Cela dit, le vin, produit envié et même copié (il y a d'ailleurs un chapitre intéressant sur les faussaires du vin dans "In Vino Satanas!") est-il devenu une filière plus et mieux considérée depuis l'arrivée de François Hollande à la présidence de la République française?

 

Denis Saverot et Benoist Simmat, In Vino Satanas!, Paris, Albin Michel, 2008.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 22:54

hebergeur imageMonsieur de C. remet ça! Cette fois-ci, il propose un billet sur "Les Liaisons dangereuses", publiées en Pléiade dans une édition moderne qui fait 1040 pages. C'est ici:

 

http://mesdefislitteraires.blogspot.fr/2012/10/polyphonie-de-guerre.html 

 

A noter que Monsieur de C. est allé loin, puisqu'il a lu tout ce qui entoure le texte du roman: introduction, notes, etc. Ce qui justifie une participation acceptée au Défi des Mille, en dépit de la relative brièveté du roman seul.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 21:00

hebergeur imageLu par Livriothèque.

Merci à Babelio et aux éditions L'Ecailler pour l'envoi.

Défis Thriller et Rentrée littéraire.

 

Presque un roman noir, en tout cas un roman politique, certainement un roman psychologique: le lecteur a de quoi s'interroger au terme de sa lecture de "Le fasciste et le président" de Gérard Bon. Et si cette confusion des genres n'était rien d'autre que le reflet formel du personnage principal? Question d'autant plus pertinente que la construction des deux personnages évoqués par le titre est justement le point fort de ce roman, paru dans le sillage de l'épatante rentrée littéraire 2012.

 

Qui parle, en effet? L'auteur adopte le point de vue d'un journaliste sexagénaire marqué à droite nommé Brouwer, dont il dresse le portrait en plein et en creux. L'auteur joue avec la répulsion que peut avoir le lecteur à se mettre dans la peau d'un vieux fasciste (la notion de "fasciste" resterait à définir dès lors qu'on quitte le contexte de l'Italie mussolinienne, soit dit en passant; ici l'auteur ne fait qu'exploiter les stéréotypes usuels en comptant sur l'effet de connivence), présenté comme tel sans retenue particulière. Mais que le lecteur se rassure: l'auteur joue aussi avec les métaphores pour suggérer que le journaliste en question est un looser, et que par conséquent ses idées le sont aussi, par un amalgame qu'on fera facilement et que le personnage de Brouwer assume en reconnaissant que ses idées droitardes l'ont le plus souvent bloqué. Et pour qui ne serait pas convaincu, l'auteur affuble Brouwer d'un problème de santé fréquent chez les mecs de son âge, mais particulièrement gênant parce qu'il touche à la virilité. Ce qui rappelle de très loin le roman "Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable" d'un certain Romain Gary... 

 

Face à lui, se trouve un autre personnage à la construction intéressante: celle du président, Jean-Dominique Glock. Le nom est tout un programme: il évoque de manière franche un certain Dominique Strauss-Kahn, et l'ancien patron du FMI a effectivement contribué au modelage de son double romanesque, présenté comme un homme d'un certain âge qui aime les femmes. Et côté physique, ledit président tient de Nicolas Sarkozy puisqu'il est présenté comme petit et comme artisan de l'accueil de Kadhafi à l'Elysée. De là à penser que ce roman a été conçu juste avant l'affaire du Sofitel, lorsque tous les observateurs s'attendaient à un duel DSK-Sarkozy au deuxième tour de l'élection présidentielle française de 2012, il n'y a qu'un pas... Enfin, le patronyme de Glock suggère un personnage plutôt offensif, puisqu'un Glock est un type d'arme à feu. L'auteur, malheureusement, n'exploite guère cette piste, si ce n'est de façon indirecte.

 

L'histoire, disons-le à présent, se déroule en Afrique dans le cadre d'un voyage de presse officiel. Le lecteur va découvrir ce petit monde de l'intérieur, avec ses impondérables, ses complaisances, ses lâchetés et l'ambiance qui peut régner entre des journalistes qui ne sont pas forcément réunis pour s'entraider. Cela, sur un continent que Brouwer, le personnage principal, ne peut s'empêcher d'aimer, à sa manière. De même qu'il paraît aimer sincèrement Zizi, l'une des journalistes du voyage - ce qui suggère que, oui, un facho peut avoir un coeur...

 

Et de même que Brouwer est un personnage qui ne s'est pas totalement accompli (et se confesse au fil des pages), "Le fasciste et le président" pourrait être un roman noir dont l'intention n'est pas aboutie. Il est en effet question de flinguer le président à un moment donné, assez tard dans le récit... et de faire ainsi un gros coup. Je laisse aux lecteurs le soin de découvrir ce qu'il adviendra de cette intention, mais qu'on sache que l'issue choisie par l'auteur exclut ce livre du genre du roman noir au sens strict. Dès lors, on peut se demander si ce livre est aussi velléitaire que son narrateur, certes desservi par les circonstances... 

 

Le lecteur se retrouve donc face à un récit étonnant et non dépourvu de qualités - en particulier, la peinture psychologique des personnages est fine et détaillée. Il ne pourra cependant s'empêcher de se demander dans quoi il a mis les pieds, et de se demander si, entre roman noir et récit psychologique sur fond d'exotisme, ne s'est pas fait un peu balader. Perso, sans avoir boudé mon plaisir, j'en sors perplexe...

 

Gérard Bon, Le fasciste et le président, Marseille, L'Ecailler, 2012.

 

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 21:15

hebergeur imageLu par Claire, Le Rideau, Litout, Nath, Valérie Bergmann, Wrath.

Lu dans le cadre du défi Rentrée littéraire.

 

C'est mon histoire de lecteur qui m'a attiré vers le foisonnant roman "Les Patriarches", qui vient de paraître: il y a bien longtemps, j'ai lu l'un des ouvrages de Lucien Engelmajer, relatif au traitement des personnes toxicodépendantes. C'est donc à la recherche de résonances que je me suis plongé dans ce roman, le dernier d'Anne Berest, qui a déjà signé "La fille de son père" aux éditions du Seuil en 2010.

 

Quelques mots en guise de préambule: certains se souviennent du "Patriarche", nom donné à une série de centres de désintoxication disséminés dans toute la France et actifs dans les années 1970/1980, sous la direction de Lucien Engelmajer, leur chef charismatique. Et si "Le Patriarche" (au singulier) constitue un livre de présentation de l'institution écrit par son créateur, "Les Patriarches" (au pluriel), roman d'Anne Berest, représente un regard tiers sur l'institution, qui n'exclut pas la critique, au contraire. 

 

Vous l'aurez compris: il sera ici question du roman d'Anne Berest. L'auteur sait faire attendre le lecteur désireux d'arriver au coeur du sujet, en en faisant en fait la tache aveugle de son roman et l'objet de la quête de son personnage principal, Denise. Celle-ci désire en effet savoir ce qu'a fait son père en 1985: il était absent du domicile familial à ce moment-là, et peu de monde sait de quoi il retourne. Ce qui est d'autant plus étrange que pour le reste de sa vie, tout le monde a une anecdote à raconter puisqu'il s'agit d'un homme célèbre. Au surplus, tout le monde semble le connaître mieux qu'elle... sauf pour ce qui concerne 1985.

 

La célébrité du père de Denise est mise en scène de manière concrète, entre autres par un tic d'écriture qui a fait ses preuves: le namedropping. La citation de noms célèbres permet à l'auteur de dégager le monde de la hype parisienne, et en particulier du monde des arts et de leur commerce. Ce faisant, l'auteur renvoie par ailleurs une image typique liée à un certain type de drogue: ce qui se sniffe est peut-être plus clean, plus "riche" que ce qui s'injecte ou se fume. Mais cette thématique-là, elle-même, arrive assez tard dans l'ouvrage.

 

Plus tôt, c'est un milieu que l'auteur dépeint, et aussi un contexte humain qui n'a rien d'évident: le lecteur aura de quoi être un peu perdu parmi tous les personnages mis en scène par l'auteur, tantôt réels, tantôt inventés, parfois porteurs de prénoms bizarres (qui s'appellerait Klein?) et de névroses qu'ils surmontent à leur manière - des manières parfois étonnantes, comme Denise, prête à claquer une fortune pour réserver une chambre d'hôtel afin de recevoir le galeriste Gérard Rambert, un homme à la mémoire particulièrement fiable, qui, peut-être, lui parlera de son père. Quitte à se mettre dans une position financièrement délicate. C'est donc par cercles concentriques que l'auteur approche peu à peu son sujet, dont le coeur fait l'objet d'une dernière partie aux accents de reportage.

 

Cette dernière partie se veut nuancée. Elle tend à dépeindre ce qu'il y a de bien au Patriarche, mais aussi ce qui ne fonctionne pas: conflits entre pensionnaires, discipline stricte aux accents doctrinaires, soumission inconditionnelle au groupe, goût d'Engelmajer pour l'affairisme et les filles, pouvant aller jusqu'à l'abus de faiblesse. L'auteur n'occulte pas les succès du procédé; elle ne juge personne non plus. En évoquant une expérience ancienne de soins aux toxicomanes, elle laisse le lecteur avec ses interrogations, des interrogations d'une actualité brûlante à l'heure où le gouvernement français parle d'ouvrir des salles de shoot.

 

Enfin, pourquoi un pluriel au titre? Certes, il y a Lucien Engelmajer, figure tutélaire dont le surnom est "le Patriarche". Mais autour de Denise, plus d'un homme mériterait un tel surnom, à l'instar de son célèbre père Patrice Maisse, absent mais prégnant, ou de Gérard Rambert, mentor de Patrice au Patriarche,  détenteur des réponses aux interrogations de Denise.

 

L'auteur emprunte donc au réel pour recréer une trame bien à elle, non dépourvue d'esprit (la fin de la première partie, où Denise part avec un photographe pour prendre des vues de ronds-points, ne manque pas de sel) mais marquée par la gravité de son sujet: la toxicomanie dans les milieux de l'art, les manières de s'en sortir et, au-delà, la tentative d'élucider un secret de famille bien gardé. Cela, dans le contexte précis des années 1980, marquées par la présidence de François Mitterrand. Un homme qui avait aussi son patriarche, ce que l'auteur des "Patriarches" n'oublie pas de noter...

 

Anne Berest, Les Patriarches, Paris, Grasset, 2012.

 

 

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Sonnet

 

"Où es-tu?", disait-elle, errant sur le rivage

Où des saules trempaient leurs feuillages tremblants;

Et des larmes d'argent coulaient dans ses doigts blancs

Quand elle s'arrêtait, les mains sur son visage.

 

Et lui, errant aussi sur un sable sauvage

Où des joncs exhalaient de longs soupirs dolents,

Sous la mort du soleil, au bord des flots sanglants,

S'écriait: "Où es-tu?", tordant ses mains de rage.

 

Les échos qui portaient leurs appels douloureux

Se rencontraient en l'air, et les mêlaient entre eux

En une plainte unique à la fois grave et tendre;

 

Mais eux, que séparait un seul pli de terrain,

Plus désespérément se cherchèrent en vain,

Sans jamais s'entrevoir et sans jamais s'entendre.

 

Auguste Angellier (1848-1911). Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 22:47

hebergeur imageLu par Chevaliers des grands arrêts, La Salamandre.

Lu dans le cadre du défi Rentrée littéraire.

 

Retournons à l'école l'espace d'un billet. Pas n'importe quelle école, puisqu'il s'agit de l'Ecole nationale d'administration, mieux connue sous le nom d'ENA. Olivier Saby, brillant diplômé de la promotion Robert Badinter (2009-2011), a décidé d'écrire un livre sur ce qu'il a vécu tout au long des 27 mois qu'ont duré ses études au sein de l'institution strasbourgeoise. Son titre? "Promotion Père Ubu". Grâce à son auteur, l'école la plus secrète de France (dixit le bandeau) révèle quelques-uns de ses secrets...

 

Au terme de sa lecture, le lecteur aura l'impression que l'ENA est plus une machine à fabriquer du réseau et à sélectionner qu'une école d'excellence où l'on apprend vraiment quelque chose. L'auteur met en effet en avant plusieurs mécanismes de sélection (instaurés par l'école ou mis spontanément en place par les étudiants entre eux) et dessine leur impact sur les étudiants - qui visent tous, évidemment, ce qu'on appelle "la botte", à savoir les premières places du sacro-saint classement final, un classement final qui prend des allures de leitmotiv au fil des pages. L'auteur identifie les comportements qu'ont les étudiants pour être bien classés et, au-delà, pour que rien de ce qu'ils ont fait pendant leurs études (pas même un verre de trop partagé entre amis...) ne puisse leur être reproché durant leur carrière. Il n'oublie pas de relever, par ailleurs, les rancoeurs que peuvent susciter une mauvaise note, une position favorable, un choix de carrière qui ne correspond pas aux attentes - eu égard, bien sûr, au poids de l'enjeu, régulièrement rappelé. Tout cela, selon l'auteur, crée une ambiance constante de paranoïa entre étudiants, enseignants, responsables académiques, etc.

 

L'auteur ne pense pas grand-chose de ce qui est proposé par l'ENA à Strasbourg en matière d'enseignement. Il signale que les intervenants externes sont souvent des suppléants qui, certes énarques, ne connaissent pas à la perfection le sujet dont ils sont censés parler (surtout s'ils le découvrent à la dernière minute). Il relève aussi la distance excessive entre les étudiants et le personnel censé les encadrer. L'ironie est du reste sous-jacente dans le propos de l'auteur, qui rappelle volontiers que le diplômé de l'ENA est supposé tout maîtriser... il signale enfin que les étudiants paraissent peu assidus aux cours, pourtant obligatoires, et s'avèrent parfois plus enclins à profiter du système qu'à apprendre réellement quelque chose d'utile. 

 

Le lecteur savourera davantage les relations des stages imposés par l'institution: un premier stage à l'étranger, un deuxième dans une administration sur le territoire français et un troisième dans le privé. Les plongées dans le concret et les péripéties abondent ici, à l'instar des visites officielles de Rachida Dati et Alain Joyandet à Beyrouth, présentées l'une et l'autre comme navrantes. Côté administration sur territoire français, l'auteur s'est trouvé plongé dans une situation très concrète: faire en sorte que les étudiants ne viennent plus s'enivrer le jeudi sur la Place de la Liberté, à Brest. Échec ou succès? Mes lecteurs finistériens trancheront. Côté privé, enfin, le stage se déroule chez Darty: après leur passage chez les particuliers, les appareils réparés fonctionnent... mais l'auteur constate que ce n'est pas vraiment grâce à ses efforts. Ces contacts avec le terrain lui permettent d'ailleurs d'appréhender le regard pas toujours flatteur des gens sur l'énarque moyen.

 

Usant de manière mesurée d'une ironie qui ajoute du sel à son propos, l'auteur évite l'arrogance dont s'enveloppent d'autres écrivains parachutés dans les hautes sphères de la fonction publique française. Il y parvient en prenant systématiquement du recul par rapport à ce qu'il vit, et en considérant simplement les gens qui l'entourent pour ce qu'ils sont, sans chercher à les enfoncer plus que nécessaire. Il y arrive aussi parce qu'il sait montrer ce qui progresse, cahin-caha, même s'il ne cache pas que ces avancées sont en deçà des ambitions affichées par l'ENA. Le regard proposé est donc certes ironique et sans concession, mais ne cherche pas non plus à démolir inutilement. Pour le lecteur, c'est tout bénéfice: le discours sonne vrai, comme un témoignage vécu et fidèlement relaté, sans complaisance mais sans haine non plus. A ce titre, cet ouvrage est à recommander à toute personne s'intéressant à une formation à l'ENA... et, plus largement, à tout contribuable, citoyen et électeur français.

 

Olivier Saby, Promotion Ubu Roi, Paris, Flammarion Document, 2012.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 20:16

hebergeur imageEtrange titre que celui du dernier opus de Bastien Fournier, "Pholoé"! L'auteur donne le nom de cette montagne grecque mythique à la jeune femme dont il brosse la destinée, de manière brève et fulgurante puisque ce roman à la couverture sévère pèse 92 pages et se découpe en 29 chapitres au style ciselé.

 

Cela s'ouvre sur un premier chapitre qui, d'emblée, donne le ton de la sensualité, qui va accompagner le lecteur tout au long de ce petit livre. Adroitement, l'auteur démarre sur un flou artistique avant de montrer peu à peu son personnage, dans une mise au point quasi cinématographique qui va jusqu'à la précision hallucinante: alors qu'au départ, rien ne permet de savoir à qui nous avons affaire, en fin de chapitre, nous savons tout de la jeune femme dont il sera question: Pholoé, son corps, son être, dépeints avec la caresse d'un regard attentif. Et d'un point de vue formel, l'auteur met ici en place un principe stylistique constant: la phrase courte.

 

La phrase courte accroche le lecteur. Elle s'accompagne ici d'une démarche d'itérations et d'anaphores fréquentes, qui peut passer pour un procédé facile mais sert surtout à installer une musique envoûtante, synonyme de poésie et de rythme, dans les passages les plus sensuels, les plus érotiques du texte. Elle se veut aussi servante d'une minutie de tous les instants. Envoûtement suggéré par l'omniprésence du vin, boisson enivrante, susceptible de faire accéder qui en boit à un état de conscience différent - un peu flou parfois, mais aussi, à l'occasion, d'une précision extrême en ce qui concerne certains détails. 

 

C'est aussi par les détails que l'auteur dépeint, et c'est un épisode bien monté de ce roman (chapitre 2), l'ambiance d'une salle de classe. La juxtaposition pure et simple de phrases pouvant être entendues en contexte scolaire, explications hachées menu tirées des leçons les plus diverses, suffit à recréer la salade d'informations qu'une lycéenne comme Pholoé ingurgite jour après jour. Même méli-mélo de sentiments et de choses vues, lorsqu'il s'agit de dépeindre une fugue à deux pour Berlin (une ville déjà évoquée par l'auteur dans "Le Cri de Riehmers Hofgarten"): les sentiments et l'intimité côtoient les choses vues et entendues, l'éducation sentimentale frôle Mozart et Bernstein entendus à la Philharmonie. C'est un autre contexte... vraiment? Le voyage à Berlin et l'école ne sont-ils pas, au fond, les deux avatars de ce qu'on appelle l'apprentissage de la vie?

 

Lycéenne, ai-je dit. L'attention au corps de Pholoé n'a rien d'un hasard; elle se veut plutôt la volonté de suivre de près l'évolution physique d'une adolescente et la manière dont elle se l'approprie: "Elle aime son propre corps et l'admire. Ses seins se sont épanouis. Ses hanches se sont élargies. Ses cuisses se sont affinées. Même ses talons qu'elle n'aimait pas lui plaisent." (p. 59). Cela, accentué encore par le jeu du maquillage. Cette évolution physique est le reflet d'un développement mental suggéré par le voyage (Berlin, Islande, Plovdiv), conformément à l'idée bien connue que les voyages forment la jeunesse.

 

"Pholoé est un hymne à la vie, un appel à la joie, un cri de désir qui peut être entendu", dit la femme de théâtre valaisanne Marine Billon dans le prière d'insérer. J'y vois également le récit exemplaire et réussi d'une jeunesse qui se passe, entend se frotter à l'autre et à l'étranger, et entend aller plus loin - afin de voler de ses propres ailes, comme les canards du dernier chapitre, annonciateurs d'un printemps de la vie.

 

Bastien Fournier, Pholoé, Vevey, L'Aire, 2012.

 

Lu dans le cadre des défis Littérature suisse et Rentrée littéraire.

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