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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 21:40

hebergeur imageRoman autopublié, lu par Morgana, Mu.

Lu dans le cadre des défis Premier roman et Rentrée littéraire.

Blog de l'auteur: Egomet. Disponible sur Lulu.com.

 

Un peuple en décadence vu par l'un des siens, lui-même en décrépitude à mesure que s'avancent les jours de sa vie. Tel est le programme que propose Stanislas Kowalski, écrivain lyonnais, dans son premier roman, "Testament d'une race". Le point de vue adopté pour ce texte est en grande partie militaire. L'auteur frôle le genre épique à sa manière; à sa manière également, c'est un ouvrage atypique de la rentrée littéraire 2012, qui ambitionne de créer un monde. Rien que ça!

 

Un peu d'onomastique

Pour créer un monde, ou du moins ses grands axes, le romancier privilégie deux voies: l'onomastique des personnages et, dans une moindre mesure, des lieux. A son actif, on notera que l'auteur ne puise pas aux sources trop sollicitées du domaine celte pour donner des noms et prénoms à ses personnages: au contraire, ses bonshommes portent des noms aux racines grecques facilement lisibles pour ceux qui ont touché un peu de grec ancien au cours de leurs études. L'auteur ne va pas jusqu'à exploiter le potentiel de l'onomastique hellénique pour donner à ses personnages des noms révélateurs - gagnant ainsi en réalisme pragmatique ce qu'il perd en sens profond, tant il est vrai que le sens profond des noms que nous portons n'est pas toujours en phase avec ce que nous sommes, vivons, ressentons.

 

Cela dit, quelques noms n'ont rien à voir avec le grec ancien, à commencer par celui du narrateur, Kuntala, et ceux de quelques personnages mis en valeur par la narration: Karm, Borfier - des proches de Kuntala, comme par hasard. Le lecteur est amené à comprendre que les personnages dont le nom n'est pas construit sur une étymologie grecque ont un rôle particulier à jouer. Bonne pioche: Borfier et Karm sont des proches de Kuntala - à leur manière, fort personnelle, de francs-tireurs.

 

Un nom, enfin, est bien trouvé dans la veine classique: le peuple ennemi de ceux de Kuntala est nommé "Locustes". Un nom qui désigne un certain type de criquets... et s'avère donc parfait pour nommer un peuple vorace. Or, c'est justement pour une question de subsistance alimentaire qu'une guerre commence entre les Locustes et le peuple de Kuntala.

 

La création d'un univers

Un univers, ça se crée, et l'onomastique, évoquée plus haut, en est un élément. Le lecteur de "Testament d'une race" aura du mal à rapprocher le monde du roman de quelque chose qu'il connaît, même si chacun des éléments, pris séparément, le guideront vers quelque chose d'immémorial.

 

Il est ainsi admis que l'action se déroule en des temps anciens, où les armes à feu n'existaient pas; perçues comme normales dans le cadre du récit, les moeurs pourraient paraître plutôt archaïques au lecteur actuel, en particulier en ce qui concerne les relations hommes/femmes (ségrégation, soumission). L'archaïsme s'exprime aussi dans la présence d'aigles comme insignes de combat - comme dans l'armée romaine. Evidemment, de tels éléments se déclinent au féminin - ce que l'auteur sait.

 

Les vicissitudes d'un registre haut

Récit épique, je l'ai dit... même si dans l'histoire du genre de l'épopée, celle-ci sert surtout à narrer les succès parfois difficiles d'un peuple, et non sa décadence, qui touche au tragique. Ici, la prose opte pour un registre globalement haut, où affleurent des passages en vers. Le lecteur amateur de phrases soignées sera servi!

 

Reste que certains éléments intriguent, en particulier la présence éparse de mots du registre populaire. L'auteur semble avoir voulu trouver un juste milieu entre le langage cru des militaires et le langage de haut niveau de l'épopée, en refusant de choisir. Le résultat surprend: le lecteur va se trouver face à de très belles phrases, finement ciselées, où apparaîtront parfois des mots de registre populaire (connerie, merde...) qui relèvent plutôt du langage du soudard.

 

Or, le propos aurait sans doute gagné à trancher en faveur d'un registre ou de l'autre, en termes de clarté du discours: soit c'est vraiment la parole d'un vieux militaire aigri, ce qui autorise un verbe fleuri mais réaliste (en l'occurrence pertinent: Kuntara est présenté comme un vieil officier qui aime le travail de terrain et n'a probablement pas la culture, ni la sagesse, d'un barde), soit c'est la parole de l'aède, auteur d'épopées - ce qui pourrait exiger la mise en scène d'un intermédiaire poète.

 

Points de vue et distorsions

Le lecteur pourra aussi se sentir un peu désorienté par les points de vue adoptés par l'auteur: dans un premier temps, il préfère se montrer général plutôt que de plonger les mains dans le cambouis du concret et, par exemple, relater des corps-à-corps sanglants. Peu à peu, cependant, on arrive à des peintures précises de certains actes de guerre, réservant à des regards originaux, par exemple celui observant les rapports entre assiégeants et assiégés. Force est de constater que l'auteur s'y connaît en stratégie militaire et que certains de ses points de vue ont une résonance neuve et originale.  

 

Il y a par ailleurs de quoi être surpris lorsque, dans ce qui est finalement un récit de souvenirs d'un militaire, survient une narration dont le ton donne l'impression d'y être - cela, dans une scène de foule (p. 138/139) qui n'est pas franchement cruciale. Pourquoi le narrateur (Kuntara, donc) s'emporte-t-il de la sorte, perdant toute sa distance par rapport au sujet? Cela n'est pas très clair.

 

Reste que le lecteur peut se faire plaisir dans d'autres pages qui relatent des épisodes qui ont lieu en marge de la guerre: ceux-ci sont souvent empreints d'une émotion certaine (mort d'un être cher, etc.).

 

... alors, quoi?

Des forces et des faiblesses, alors? J'aurais apprécié une focalisation plus précise et une plus forte résolution dans le choix du registre de langue, qui n'est, on l'a compris, pas innocent sur un tel roman. De même, il n'est pas innocent de parler de "race" dans le titre d'un roman et, vu la teneur du propos, j'aurais mieux vu le terme de "civilisation"; de cela, on peut disserter sans fin.

 

Mais je me suis aussi laissé emporter par le personnage de Kuntara, un officier qui a ses forces et ses faiblesses et voit son monde s'écrouler. A quelques éléments techniques près, le monde de Kuntara peut emporter l'adhésion d'un lectorat plus vaste... à lui, et à son créateur, Stanislas Kowalski, de remporter cette victoire, victoire littéraire, la seule qui compte et pour laquelle il vaille la peine de se battre.

 

Stanislas Kowalski, Testament d'une race, Lyon, autoédition, 2012.

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 21:59

hebergeur imageLu par Emilie.

Lu dans le cadre du défi Premier roman.

 

Au début, il y a le feu. C'est ainsi que s'ouvre "Rater mieux", le premier roman de Géraldine Barbe dite Barberine, paru en 2008 dans le cadre de la collection "M@nuscrits" lancée par Leo Scheer - c'était du reste le premier de cette collection, et la blogosphère avait salué la démarche, originale, consistant à éditer sur papier des auteurs présélectionnés en ligne sur la base d'avis de lecteurs. Depuis, le temps a passé; revenons donc au feu...  

 

... un feu, un incendie même, qui fait figure de symbole purificateur en début de roman. Ainsi l'auteur suggère le début d'une nouvelle vie, l'ancienne ayant été dévorée par les flammes, permettant le deuil. Face à cela, la naissance de l'enfant de la narratrice symbolise un renouveau; durant tout le roman, il fait figure de boussole, de seul élément stable. Ce que soulignent d'amples passages en italiques, où s'exprime un amour passionné, inconditionnel. 

 

Reste qu'à part cette boussole, la narratrice se retrouve confrontée au vide de son existence. Une existence en partie vécue par procuration sur MySpace et sur Google (des fois que la narratrice serait à l'affiche et qu'elle ne le saurait pas - intéressant jeu de miroir autorisé par l'internet), qui ressemble aussi, parfois, à une manière de perdre son temps en subissant son existence: projet théâtral qui n'avance pas, volonté labile de se reprendre en main, errements, attentisme - le titre fait du reste référence à "En attendant Godot" de Samuel Beckett: "Essayer. Rater. Essayer encore. Rater mieux."  Peu d'aide à espérer de Pôle Emploi, enfin, d'autant plus que la narratrice refuse tout expédient. Cet attentisme, la narratrice le justifie par sa vocation d'actrice de théâtre habituée à faire ce que lui ordonne un metteur en scène.

 

Dès lors, le lecteur a envie de lui mettre quelques claques, à cette narratrice qui aimerait bien exister mais ne sait pas trop comment faire... La rédemption pourrait venir de l'écriture; du coup, il est possible de concevoir ce roman comme le fruit de cette démarche personnelle de la narratrice. Cela, d'autant plus que le texte donne la priorité à l'introspection. Une introspection qui s'exprime en pages aussi peu chargées que l'existence de la narratrice, où se recrée un univers parisien où des Espagnols servent au restaurant dans lequel elle prend des notes. De là à aller dire que l'auteur est la narratrice, il y a un pas que je ne fais pas, malgré les ressemblances entre les deux personnes: je préfère considérer que je est un autre, comme qui dirait, et que l'auteur crée une fiction, un roman avec un personnage distinct d'elle, à partir de sa propre matière. Qu'elle se crée son propre personnage de théâtre.

 

En définitive, on se perd un peu dans cette tranche d'existence qui avance petit à petit et foisonne de mille petits riens qui, dans le néant, revêtent une importance notable et suscitent une impression de dispersion ou de brouillon. Une impression tout à fait en phase avec le personnage de la narratrice, mais peu évidente à réceptionner pour un lecteur qui aime parfois qu'on le prenne par la main. Pas tout à fait convaincu par ce premier opus donc; mais j'ai bien envie de revenir à cet auteur à une prochaine occasion. 

 

Géraldine Barbe/Barberine, Rater mieux, Paris, Leo Scheer, 2008.

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 21:50

hebergeur imageMonsieur de C apprécie les pavés. Il revient donc avec un billet portant sur "Le Vaisseau des 74 canons", une tétralogie de Jean Boudriot. C'est ici:

 

http://mesdefislitteraires.blogspot.fr/2012/11/le-roi-des-mers.html

 

Soit 1050 pages consacrées au modélisme d'arsenal, illustrations comprises - de quoi attirer les amateurs de vieux gréements miniatures. Merci pour cette participation originale!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

On croirait une serre. Le sable jaune là-bas chante

Avec ses chiens ses lamas. Les petites quittent

La plage griffée parce qu'il faut qu'elles se couchent

Dans la crème fraîche où le sucre fait des taches

Rousses. O dormir de bonne heure et sous la courte-

Pointe se couler jusqu'au fond du drap pour touch-

Er les dés et les ciseaux de la nuit cout-

Urière. Dors! Donne tes habits d'or; C'est très chic

De la part du petit jour les parachutes

Blancs, les jardins carrés comme des jeux d'échecs

Et les grands peignes clairs en haut des pins. Raconte

Encore un peu le lit - chac-choc! - la mer crach-

Euse de lamas le sable qui met sa toque

Ses fourchettes ses fouets sulfurisés. Chac, choc!

 

Pierre Lartigue (1936-2008), dans Oulipo, Atlas de littérature potentielle, Paris, Folio/Essais, 1988/1993.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 16:57

PhotobucketRoman, lu par Aldus, Alex, Alexandre Anizy, Antigone, Arrajou, Bibliophare, Bouquins garnis, Bruit des pages, Cachou, Cathulu, Cats, Cécile, Clara, Cyrielle, Dasola, Do, Emeralda, Enfin livre, Flo, Hélène, Keisha, Kezako, Lali, L'Ecume des lettres, Le Glob, Le goût des livres, Les routes..., Lire 41, Luocine, Mélopée, Mes mots passants, Nadine Groenecke, Noukette, Pasión de la lectura, Passion des livres, Pensement dix vers, Pierre Assouline, Prosperyne, Reading in the rain, Saxaoul, Tempus Legendi, Tuurngait, Un autre endroit, Yspaddaden.

 

Que dire de plus, après tant de lecteurs? J'avoue avoir l'impression que tout le monde a lu avant moi l'excellent ouvrage "La Liseuse" de Paul Fournel. Perso, je me le suis gardé au chaud pour la Fête du Livre de Saint-Etienne 2012, afin de me mettre dans l'ambiance puisque l'auteur, Stéphanois s'il en est, faisait partie des auteurs qui dédicaçaient cette année. J'ai eu la chance de discuter avec lui - et il m'a rassuré: l'Oulipo, héritage de Raymond Queneau et Georges Perec entre autres, est plus vivant que jamais. Et d'un point de vue littéraire, "La Liseuse" a pour moi des airs de manifeste, pleinement actuel à l'heure où les nouvelles technologies ouvrent de nouvelles potentialités (vous avez dit "littérature potentielle"? On est en plein dedans!) à la littérature en général, et à la poésie en particulier.

 

Au degré zéro, le lecteur découvrira dans "La Liseuse" la peinture de l'état des lieux du monde de l'édition, et en particulier de la chaîne qui va du manuscrit de l'auteur aux lecteurs. Le personnage principal est un éditeur blanchi sous le harnois, sûr de son métier, qui va être obligé de se remettre en question lorsqu'une stagiaire va lui remettre une liseuse. La stagiaire est tout à fait différente de cet éditeur. Sa couleur de peau, noire alors que l'éditeur est blanc, n'est que l'aspect le plus visible de cette différence: elle est en début de carrière alors que lui cherche à faire une fin, il est arrivé alors qu'elle a tout à conquérir... Le sexe lui-même est on ne peut plus différent. Dès lors, on associe la jeunesse à la modernité numérique et le grand âge à la tradition du papier. Et la liseuse, remise par une jeune femme à un vieil homme, fait figure d'intrusion de la modernité dans un système bien réglé depuis des lustres. Le pire, c'est que ça marche... sans quoi il n'y aurait pas de roman.

 

Confronter le vieil éditeur à une liseuse permet à l'auteur de rapprocher deux éléments que tout éloigne a priori, et de mettre en scène des séquences très concrètes d'apprivoisement réciproque. Ainsi sait-on qu'une liseuse pèse 730 grammes, indépendamment du nombre de livres qu'elle contient, et qu'elle tombe parfois en panne de jus; l'auteur dépeint du reste avec finesse les changements d'habitudes que l'éditeur est obligé d'encaisser avec cette machine moderne, qui lui est finalement imposée par sa propre hiérarchie - le fait que cette hiérarchie soit entichée de gadgets modernes donne du reste un sens bien précis de contrainte à la liseuse, métaphore d'une modernité subie, mais dont on peut tirer quelque chose pour peu qu'on s'y mette.

 

Le résultat va être un mariage générationnel entre une jeunesse parfaitement en phase avec les nouvelles technologies et un vieil éditeur qui connaît le domaine littéraire. Va-t-on dès lors se retrouver face à une flambée de modernité révolutionnaire? Pas vraiment: l'auteur préfère remettre au goût du jour des astuces littéraires bien oulipiennes, que le lecteur aguerri aura découvertes dans des ouvrages collectifs plus anciens de l'Oulipo, telles que la contrainte "S+7" consistant à remplacer chaque substantif d'un texte par le septième substantif trouvé après lui dans un dictionnaire donné. Incarnée par une bande de jeunes geeks, la nouveauté réside dans l'usage des technologies modernes pour toucher un nouveau public au moyen des trouvailles anciennes de l'Oulipo: il est question de générer de tels textes par abonnement, disponibles sur téléphone portable, sous forme de petits messages littéraires à lire dans le métro. Ainsi, l'auteur offre à la poésie, genre potentiellement bref et élitaire, un canal insoupçonné, susceptible d'atteindre le grand public. 

 

Poésie, ai-je dit... ce roman est aussi un vaste poème, construit comme tel, l'aspect ludique en plus: conformément aux explications données en fin d'ouvrage (et pourquoi pas au début?), chaque chapitre doit être compris comme un long vers d'une vaste sixtine - vers de moins en moins long du reste, comme le veut l'idée que la vie humaine s'écourte, seconde après seconde. Dès lors, on peut comprendre les "cliffhangers" placés par l'auteur entre deux chapitres comme de poétiques enjambements: de même q'un vers à enjambement n'est compréhensible qu'avec le vers qui suit, un chapitre conclu sur un "cliffhanger" n'est pleinement satisfaisant que si le lecteur lit la suite. Là, l'auteur s'amuse... Autre astuce de versification: l'auteur n'hésite pas à jouer sur les sonorités, que ce soit de manière novatrice et évidente à la fois("mon non sous mon nom") ou de façon gouleyante et classique ("un morgon qui morgonne"). Cela, sans oublier, enfin, la récurrence de pitchs de manuscrits immuables: si l'éditeur trouve ennuyeux de recevoir jour après jour des manuscrits identiques, le lecteur de "La Liseuse" comprendra que cette répétition joue ici un rôle de marquage rythmique ou de leitmotiv narquois.

 

Ce roman fait figure de manifeste de l'Oulipo au XXIe siècle, ai-je suggéré. Par l'exemple, l'auteur démontre que la jeunesse est intéressée aux jeux poétiques et qu'elle est tout à fait en mesure de les marier aux technologies modernes afin de toucher un nouveau public - et que dès lors, la poésie de demain dispose ici d'une piste à creuser. Sont-ce là les "écritures d'Internet" dont un certain Leo Scheer parlait il y a quelques années? En tout cas, l'auteur de "La Liseuse" sait, sur un fondement poétique classique, transmettre un message d'une épatante modernité. Et, accessoirement, rappeler que l'Oulipo de Raymond Queneau, auquel Paul Fournel rend généreusement hommage, est bien vivante et a encore quelque chose à dire en ce début du XXIe siècle, à l'heure des nouvelles technologies.

 

Paul Fournel, La Liseuse, Paris, P. O. L., 2012.

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 22:07

hebergeur imageBabelio est un site plein de ressources. Je me suis donc amusé à créer des questionnaires en rapport avec les défis passés et présents lancés par ce blog: San-Antonio, Défi des Mille, Littérature suisse.

 

Je me suis fait plaisr en les créant; j'espère que vous aurez du plaisir à y répondre... voici les liens directs:

 

Littérature suisse.

 

San-Antonio.

 

Défi des Mille.

 

A vous de jouer! Et que le meilleur... ou la meilleure gagne!

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 20:59

hebergeur imageCeux qui étaient sur Facebook dimanche soir le savent: en matière de management de pile à lire, j'ai décidé de passer à l'acte. Je l'ai signalé au moyen d'un statut suffisamment général pour ne pas trop me mouiller, et suffisamment précis pour que tout le monde sache que j'ai passé ma soirée à agiter des livres. Je me permets donc, avec ce billet (qui fait suite à toute une série), de vous faire part des essais, erreurs et trouvailles qui ont accompagné cette modeste démarche dominicale. Enfin, modeste... cinq cents bouquins à caser, quand même! Un véritable défi logistique...

 

Au départ, j'étais parti sur une idée assez précise, dont la ligne directrice aurait été l'ancienneté des ouvrages. Deux soucis, vite résolus: la date d'édition des livres de poche ne correspond pas toujours à la date de la première édition du livre. Et souvent, les livres publiés au moyen de Lulu.com sont sans date. Dans le premier cas, j'ai tranché en faveur de la date d'impression du livre. Et dans le deuxième, j'ai dû me résoudre à interroger Lulu.com, qui m'a semblé donner des dates peu plausibles: certains ouvrages me semblent traîner dans ma pile à lire depuis plus longtemps que ce qu'indique le site d'impression à la demande. Sans doute Lulu indique-t-il la date de la dernière modification par le responsable de la publication.

 

Cela m'a permis de dégager quelques tendances en faisant des tas de livres, plus ou moins grands. La première est que j'ai un retard certain sur mes lectures du vingtième siècle - date de parution ou d'impression bien sûr. En revanche, jusqu'à 2005 environ, les tas restent modestes: j'aurais pu, sans trop traîner, me faire une série de lectures "2001" avec Richard Millet en guest star, par exemple - par exemple à l'occasion d'un Read-A-Thon. Forte progression en 2006, trou en 2007, puis surreprésentation étonnante de l'année 2008... il est possible que l'année 2007 ait profité du début de ce blog et, peut-être, de ma participation à la Confrérie des 10001 pages; mais la surreprésentation de 2008 reste un mystère, d'autant plus que j'ai lu pas mal d'ouvrages de cette année-là ces derniers temps - par exemple "Emile et les menteurs" d'Alain Besançon, ou "Rater mieux" de Géraldine Barbe, dont je vous reparlerai tout bientôt. Quant aux dernières années (2010, 2011), elles étaient d'une importance certaine - mais comparable voire inférieure à 2008...

 

Irrégularités, donc. Dès lors, je me suis demandé s'il valait bien la peine de classer par année. Je me serais senti obligé, du coup, de lire les plus vieux livres, et donc à jouer un rôle de voiture-balai pas forcément génial dans la blogosphère (à propos, qui a pensé à créer un challenge "lisez les plus vieux livres de votre PAL, et faites plein de liens avec les copines et copains archéologues qui font pareil"?). Le tri était fait, mais la question logistique perdurait: j'avais plein de piles, des grandes, des petites, avec des livres de tailles diverses, et nulle part où mettre tout cela de manière convenablement ordrée. 

 

Alors j'ai changé mon fusil d'épaule, et j'ai recréé des piles en fonction de la taille des ouvrages: trois colonnes pour les poches, quatre pour les ouvrages de taille moyenne, trois pour les tout gros.

 

"C'était bien la peine, c'est toujours le bordel!", me direz-vous, non sans raison pensez-vous. Reste que l'opération présente au moins trois avantages à mon avis. Les voici - au-delà de l'indispensable dépoussiérage: 

 

  • Cela m'a permis d'éjecter quelques livres. Sont sortis de ma pile à lire les ouvrages datant d'avant l'an 2001, à quelques exceptions près (en particulier les achats récents, par exemple "Les hauts-fonds" de Sophie Avon), et les ouvrages de nature universitaire. Un livre en allemand a sauté aussi; un autre subsiste: "Sieben Inseln, sieben Krimis" de l'auteure bâloise Barbara Saladin.
  • Deux piles spécifiques se sont dégagées: la pile de la rentrée littéraire d'automne 2012 (pour le défi de Sophie  Hérisson) et la pile des écrivains de Saint-Etienne et environs, et des écrivains amis. J'essaierai de donner à ces derniers une priorité particulière.
  • Ma pile à lire repose sur trois tables gigognes depuis le début 2003. Je les ai disposées de façon espacée, afin d'assurer une visibilité maximale - et en particulier de faire en sorte que tous les titres soient lisibles. Cela, notamment en espaçant les tables et en ménageant un espace entre elles et la bibliothèque qui se trouve derrière.
  • L'exercice m'a permis de créer des piles harmonieuses et de hauteur raisonnable, susceptibles d'éviter des effondrements intempestifs. Evidemment, le côté pittoresque et foutraque disparaît...
  • Enfin, j'ai pu faire remonter des ouvrages anciens et les rendre plus accessibles; et donc, pour ainsi dire, j'ai redécouvert quelques trésors de ma pile à lire.

 

Après, j'ai eu le dos en compote, vous vous en doutez. Mais je me réjouis d'attaquer ce monstre dûment rafraîchi... et de vous faire partager mes impressions face à cette montagne de trésors livresques. Affaire à suivre, comme qui dirait!

 

Et vous, vous arrive-t-il de revoir votre pile à lire de fond en comble?

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 19:58

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Premier roman et Littérature suisse.

Le site de l'auteur.

Le site de l'éditeur.

 

"Fisch sucht Fahrrad", tel était le slogan d'une agence de rencontres active à Berlin au temps où j'y traînais mes basques. Et des rencontres à Berlin, de toutes sortes, il y en a aussi à la pelle dans "Un été de trop", premier roman d'Isabelle Aeschlimann, qui sort ces jours-ci. La capitale allemande y est propice à développer un jeu de tango où les personnages avancent, reculent, hésitent, tombent dans les bras les uns des autres ou se repoussent avec violence, au gré des encouragements et obstacles. Et l'une des forces de ce premier roman est que, plutôt que d'être l'étalage tous azimuts du savoir-faire de l'auteur, il se concentre sur une poignée d'aspects et s'y tient. Un signe de maturité de son auteur!

 

L'observation des êtres avant tout

La clé de "Un été de trop" réside dans l'acuité de l'observation des êtres. L'auteur y excelle et, papillonnant d'un personnage à l'autre, abonde dans la description du langage corporel. Il en dit souvent plus long que les dialogues: un regard, un décolleté de femme qui bâille, un jeune homme qui reste délibérément torse nu face à une dame dans une chambre d'hôtel, un maquillage que l'on refait rapidement pour complaire à un chef ou séduire un collègue, la manière de donner un baiser. Cela installe une ambiance de sensualité quasi permanente et captivante - sur fond d'interdictions, essentiellement sociales car liées à l'âge ou aux liens du mariage: le moteur du récit réside dans le personnage d'Emilie Roche, jeune femme neuchâteloise qui se retrouve à travailler à Berlin, dans la même entreprise que celle où est occupé l'homme dans la famille duquel elle a été fille au pair huit ans auparavant. Ce qui ravive des feux amoureux mal éteints.

 

Le cadre berlinois est parfait pour faire évoluer de telles relations dans un esprit globalement décontracté face au flirt, y compris, étonnamment, dans le milieu professionnel - ce qui permet à l'auteur de dépeindre avec finesse des dynamiques de groupes, avec ses leaders et ses dominés, dans des situations diverses: bars, tournoi de beach-volley, fête entre collègues/amis où les codes professionnels se brouillent, etc. Les jeux interpersonnels, complexes, sont maîtrisés avec virtuosité tout au long du roman.

 

Berlin, de plus en plus précise

En dehors de la peinture de ses habitants et de leurs mentalités, la ville de Berlin paraît peu palpable au début, même si elle constitue le décor du récit. En particulier, ses bars et établissements publics paraissent assez interchangeables, alors que les restaurants munichois visités lors d'un séminaire professionnel (le Tantris, par exemple) sont nommés - ce qui leur donne davantage de corps, paradoxalement.

 

Mais peu à peu, l'auteur trouve des lieux et leur donne un sens, à l'exemple du restaurant de la Fernsehturm, nommé pour une fois, où Emilie et Egon partagent un moment d'émotion avec vue sur la ville. Cela, sans oublier l'évocation des lieux que tout le monde connaît peu ou prou: la Gedächtniskirche, la porte de Brandebourg et Unter den Linden, la colonne de la Victoire, l'ambassade de Suisse à Berlin même - un bâtiment dont, soit dit en passant, l'architecture avait fait débat après sa réfection à la toute fin du siècle dernier.

 

Une temporalité exacte

Le réalisme va jusqu'à des éléments suffisamment précis pour dater le roman. Ainsi sait-on que le chef d'orchestre Eliahu Inbal, qu'Emilie va écouter avec Egon, a 65 ans au moment du roman, et qu'il est alors chef titulaire du Berliner Sinfonieorchester. Ce qui nous ramène à 2001. Une époque où, sans doute aussi, il était encore possible et socialement admis de fumer dans les chambres d'hôtel... 

 

L'auteur exploite quelque peu les possibilités rythmiques qu'offre la prose. Cela permet de tenir le lecteur en haleine durant des moments clés de la narration, par exemple lorsqu'Emilie et Markus se croisent sans se voir à l'aéroport de Tegel - le jeu de ralenti est habile ici. 

 

"Un été de trop" est un premier roman urbain accrocheur qui fonctionne, donc, et donne envie au lecteur d'aller au bout, jusqu'à un final qui, sans vouloir en dévoiler trop, est ouvert comme la nouvelle vie qui commence pour certains personnages, à distance de certaines conventions sociales. Il est à noter que l'incipit du roman dit "Cette fois c'est la fin", ce qui peut donner une indication sur certains déchirements et aboutissements dans un récit qui tient de la peinture bien observée des moeurs actuelles. Espérons toutefois qu'elle n'annonce pas la fin de la carrière littéraire de l'auteur! C'est une plume à suivre, avec plaisir.

 

Isabelle Aeschlimann, Un été de trop, Lausanne, Plaisir de lire, 2012.

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Cité violette interdite

 

Elle est bâtie à l'image de Pei-king, capitale du Nord, sous un climat chaud à l'extrême ou plus froid que l'extrême froid.

 

A l'entour, les maisons de marchands, l'hôtellerie ouverte à tout le monde avec ses lits de passage, ses mangeoires et ses fumiers.

 

En retrait, l'enceinte hautaine, la Conquérante aux âpres remparts, aux redans, aux châteaux d'angles pour mes bons défenseurs.

 

Au milieu, cette muraille rouge, réservant au petit nombre son carré d'amitié parfaite.

 

Mais, centrale, souterraine et supérieure, pleine de palais, de lotus, d'eaux mortes, d'eunuques et de porcelaines, - est ma Cité Violette interdite.

 

Victor Segalen (1878-1919), Stèles, Paris, Gallimard, 1929/Poésie/Gallimard, 1973.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:51

hebergeur imageLu dans le cadre du défi Premier roman.

 

Ca va vite, très vite. "Emile et les voleurs", le premier roman de l'écrivain Alain Besançon (membre de l'Institut), ne laisse pas de répit à son lecteur, condamné à partir à travers le monde à la poursuite d'Emile Fouzillon, un jeune cadre carriériste mais un poil naïf, donc vulnérable dès qu'il est en présence des boniments des menteurs.

 

La rapidité narrative d'un précurseur

Paru en 2008, ce roman peut être vu comme un précurseur des livres qui, aujourd'hui, dépeignent les côtés sombres du monde de l'entreprise au niveau supérieur de la finance, à l'instar de "La Fumée qui gronde" de Philippe Zaouati. Reste qu'alors que le roman de Zaouati, postérieur à "la crise", montre un trader cynique mais qui a du coeur, "Emile et les menteurs" met en scène un personnage qui, naïf qu'il est au départ, se laisse embobiner par son entreprise. Cela, à une époque où Jacques Chirac était président de la république.

 

L'impression de rapidité du propos tient, pour le lecteur, au fait que l'auteur ne s'embarrasse guère de détails. A l'instar du Yen carry trade ou des rapprochements entre entreprises, les modèles financiers et les situations dépeintes sont exposés rapidement et sans finesse - quitte à tolérer quelques approximations telles que la mention de "qui dort où" dans des lits superposés d'un bateau: qui est en haut, qui est en bas?

 

Cette rapidité émane aussi du grand nombre de péripéties que traverse Emile, qui joue le rôle de narrateur - et en particulier l'amplitude des déplacements exécutés et la nécessité presque permanente de prendre des décisions rapidement.

 

Rapidité aussi, enfin, en ce sens que l'auteur laisse parler son personnage principal, cadre dirigeant d'une coquille vide. Ce héros, également narrateur, affecte un langage efficace et empreint d'oralité - qui, par son caractère direct, concourt aussi à la rapidité de ce roman. Pour faire vrai, il en arrive même à assumer un certain côté réac. L'aventure qu'il est appelé à traverser va lui rappeler ses propres limites et intérêts.

 

Une belle brochette de menteurs

Le titre du roman l'indique d'emblée: le narrateur va se trouver entouré de personnes auxquelles il ne peut guère faire confiance: hiérarchie, inconnus rencontrés au cours de ses pérégrinations, amis prétendus mais ayant un passé louche. Le lecteur découvrira ainsi la figure d'Estimé, qui se positionne comme ami d'Emile un peu malgré lui: c'est un bonhomme au passé trouble, oeuvrant indifféremment pour tel politicien et son adversaire - pourvu qu'ils paient bien. Moins net encore, Muriel, collaboratrice d'Emile et amante occasionnelle, paraît manigancer des choses en coulisses, ce que l'auteur suggère en laissant traîner des documents. Le personnage de Sorensen est une figure trouble au sens le plus classique du terme, une arsouille trouble comme tout un chacun a pu en rencontrer dans son entourage professionnel. L'aimante Juana elle-même, enfin, n'est pas exempte de tout soupçon dès lors qu'il s'agit, pour Emile, de savoir après quel faisceau de circonstances il s'est retrouvé à courir le monde comme un repris de justice. Faut-il trouver dans cette femme au physique repoussant a priori le type de l'ami le plus fidèle?

 

Tout cela devrait générer une ambiance de suspicion généralisée, voire de paranoïa. Or, l'auteur ne va jamais jusque-là. Le lecteur risque, du coup, de trouver Emile bien confiant: même après plusieurs aventures gênantes où il a le dessous, il se montre prêt à faire confiance à l'autre. Une telle naïveté est-elle crédible? Pas sûr. A moins d'admettre que tout le roman ne soit qu'une manière de dire que le métier de cadre financier n'est pas fait pour Emile. 

 

Le lecteur pourra encore voir dans "Emile et les menteurs" un roman de formation picaresque qui n'est pas étranger à des épopées telles que l'Odyssée ou, disons-le, la Genèse. Chassé d'un emploi qui fait figure de paradis terrestre sans véritable socle, en effet, le personnage d'Emile se retrouve à errer de par le monde, éventuellement en bateau (comme Ulysse, tiens tiens!), à rencontrer des femmes qui lui apprendront à vivre, avant de revenir dans un lieu qui lui est cher et d'y exercer un métier qui se rapproche de sa passion - une passion qui, à la manière d'un leitmotiv rythmique, revient çà et là dans ce roman que je conseille sans réserve à tous ceux qui aiment les aventures vagabondes.

 

Alain Besançon, Emile et les menteurs, Paris, Editions de Fallois, 2008.

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