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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 23:09

hebergeur imageLu par Antipode, Black Novel, Gin Fizz, Gridouillis, Hannibal Lecteur, Passion Polar, Sois belle et parle, Test Our Sofa, UPCDP, Un polar, Yv.

Lu pour les défis Premier roman et Thriller.

 

C'est chez Wrath que j'ai eu connaissance de l'auteur de ce roman - ses interventions et commentaires m'ont mis la puce à l'oreille, et force m'est de constater que la lecture de son premier roman, "Les talons hauts rapprochent les filles du ciel", ne m'a pas déçu. Lauréat du prix du premier roman du festival de Beaune, l'auteur offre en effet un voyage terrifiant et croustillant   dans les clubs parisiens à la mode, où sévit paraît-il un tueur en série particulièrement sanguinaire. Le tout est observé à la première personne par le personnage de Fitz, alias John-Fitzgerald.

 

C'est un personnage bien construit qui mène la barque: l'auteur prend soin de lui donner un nom improbable, et le personnage lui rend ce coup vache en faisant preuve d'autodérision à chaque tournant, le nom "Fitz" devenant un objet récurrent de traits d'esprit. Pour le reste, l'auteur annonce le programme: "trente ans, queutard professionnel, clubbeur impénitent, dealer à ses heures perdues", ainsi se présente Fitz. Il se révèle cohérent avec ce programme, soucieux de placer une fille différente dans son lit chaque nuit (mais on ne saura pas grand-chose des détails de ses exploits, on n'est pas dans un roman érotique!). De quoi le rendre attachant: il a son caractère, il s'y tient avec une franchise certaine, et le lecteur y croit.

 

Quant à son double statut de clubbeur et de dealer, il constitue les grands axes du récit - le premier en campant le décor général, le deuxième en dictant les relations de Fitz.

 

Connaît-on vraiment, en effet, le milieu des boîtes de nuit branchées parisiennes? L'auteur invente certes les noms des établissements. Pour le reste, leur peinture est réaliste et crédible, et témoigne, dans le meilleur des cas, d'un certain sens de l'observation, voire d'une expérience vécue. Il n'est qu'à penser, ici, à la description du mode de fonctionnement des physionomistes, plus sélectifs aux heures de grande affluence que lorsque la boîte de nuit est presque vide. Ou, dans un registre voisin, à l'existence de la rue parisienne du Pôle Nord, qui existe vraiment. Qui l'eût cru?

 

Les relations de Fitz sont dictées par le sexe et la cocaïne... La cocaïne vaut au narrateur des amitiés particulières et ambivalentes, ce que l'auteur souligne: Fitz ne saura jamais si ses amis fidèles le sont "parce que c'est lui, parce que c'est eux" ou parce qu'ils tiennent à leur fournisseur de "soleil". Quant aux attirances sexuelles de Fitz, elles valent au lecteur d'extraordinaires dialogues de drague, à la fois fins et insolents - la vanne à l'état pur. 

 

Et ce serial killer, alors? Euh, ben il tue toutes les jolies filles qu'il séduit - à moins que la vérité ne soit pas si simple? Le narrateur sait entretenir le suspens jusqu'au bout de son récit, et surprendre un tant soit peu au moment de la révélation, que le lecteur sent quand même venir, du moins en partie. D'ici là, le narrateur va être baladé aux quatre coins de Paris et de la banlieue, celle-ci offrant à l'auteur un bon prétexte pour balancer quelques vacheries sur le côté supposément arriéré des lieux qui se trouvent au-delà du périphérique: ont-ils l'eau courante, l'électricité? A ce propos, enfin, le lecteur sera tenté de se demander si la Julie des remerciements, soutien indéfectible, est la trop aimable Julie du roman... d'autant plus que comme le narrateur, l'auteur a d'incroyables yeux bleus. Sur cette base, libre au lecteur d'imaginer des clés.

 

Il convient de relever, et c'est à l'honneur de l'auteur, que la mise en scène d'un personnage pas du tout policier mais chargé d'enquêter de manière informelle par une vraie gendarmette qui se trouve être son ex impose des manières de procéder particulières et pas toujours très orthodoxes - c'est là l'une des originalités de ce roman, et non des moindres.

 

Tout cela requiert un registre de langage gouailleur et familier, et force est de constater que l'auteur trouve le ton juste pour faire parler son Fitz. Les jeux de mots fusent, les traits d'esprit amusent, en un feu d'artifice qui fait penser parfois à ce qu'a pu faire un Frédéric Dard. Ainsi le lecteur s'amuse et s'offre l'impression d'écumer les boîtes parisiennes à la mode l'espace d'un roman... si possible un cocktail à la main. Savoureux, n'est-ce pas?

 

Olivier Gay, Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, Paris, Le Masque, 2012.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 22:33

hebergeur imageInitiative accrocheuse que celle de Lune du blog "Un papillon dans la lune": elle invite à lire des nouvelles durant toute une année. Je me suis inscrit illico, et comme proposé, je relaie. Ce qui m'a paru particulièrement intéressant, c'est la possibilité de chroniquer une nouvelle isolée - une bonne manière de mettre en valeur des textes qui ont particulièrement plu, ou que l'on a acheté en ligne pour sa liseuse. Je vous invite à prendre connaissance du règlement sur la page prévue à cet effet: il y a des catégories, des modalités de suivi, des logos de toutes les couleurs, etc. 

 

Ah, et j'oubliais: magie des chiffres, le défi durera du 12 décembre 2012 au 12 décembre 2013.

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 21:38

hebergeur imageLu par Actulittéraire, Mirliflore, Thé au jasmin, Val, Wrath.

Lu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire 2012".

 

"Chateaubriand 2.0": à la fois romantique et moderne, l'expression fait partie des inventions verbales de "Plagiat", le deuxième roman de Myriam Thibault, paru une fois de plus chez Leo Scheer. Une formulation qui relève du procédé? C'est surtout une trouvaille intéressante et décadente, ainsi explicitée par l'auteur: "On ne trouve plus que des Chateaubriand version 2.0 ne sachant plus quoi faire pour cracher, à qui veut l'entendre et à qui ne le veut pas, leur égocentrisme démesuré.". Si la littérature de ce début de XXIe siècle est le royaume de l'égotisme, force nous est de constater que Myriam Thibault, auteure de "Plagiat", a frappé juste. Mais il n'y a pas que ça dans ce roman, qui se veut aussi un regard sur le monde des auteurs parisiens en vue - il est permis de penser à Frédéric Beigbeder, même si le personnage principal de "Plagiat" n'impose pas cette figure sur ce coup-ci.

 

Rappelons donc qui est le personnage principal de ce récit, ce "je" qui ne dit pas son nom. Le lecteur est amené à penser à n'importe quelle star du monde littéraire - Frédéric Beigbeder peut-être, ou toute autre célébrité qui oscille entre la nécessité de publier une fois par an (qu'il y ait inspiration ou non) et la simple idée de donner corps à sa vie sentimentale. Largué par sa dernière conjointe et pressé de publier un nouveau livre, il va exploiter la manière de sa propre existence - et celle de son entourage, ce qui est gênant. 

 

Le personnage principal cultive les paradoxes, écrit l'auteur. Le lecteur peut s'interroger: un personnage peut-il être paradoxal sans prêter le flanc à une critique avide de cohérence? L'auteur opte, non sans habileté, pour un personnage qui assume globalement ses contradictions, réussissant le tour de force d'être à la fois un misanthrope cynique (le chapitre "Tous des cinglés", p. 55 ss, en est une image forte) et un gars prêt à pleurer lorsqu'on lui demande un autographe dans les salons hors capitale  - et à vivre très bien dans une localité de province, loin de sa cour.

 

Ce roman fonctionne donc comme l'histoire d'un homme qui vit la fin d'une vie de couple - et dont le roman va précipiter la chute de son ménage, à la faveur d'éloignements et de rapprochements favorables. Un juriste serait certes en droit de se demander si copier dans son roman les lettres de son ex relève du plagiat ou de la simple atteinte à la vie privée; l'auteur ne choisit pas.

 

Le lecteur qui suit Myriam Thibault depuis son premie recueil de nouvelles trouvera dans "Plagiat" une nouvelle avancée dans l'art romanesque de l'auteur. En particulier, les longueurs un peu vaines d'"Orgueil et désir" sont gommées au profit d'un ouvrage qui tient debout sans fioriture. En arrière-plan, c'est le milieu de l'édition littéraire parisienne qui prend forme, avec toutes ses méfiances qui s'expriment derrière la façade mondaine; quel éditeur peut jurer qu'il n'y a jamais eu d'affaire de plagiat sous son toit?

 

Et si le coeur de ce roman bat à Paris, l'histoire n'hésite pas à se balader en province. Faut-il y voir un clivage trop traditionnel? A voir, en considérant que d'une partie et d'un chapitre à l'autre, dûment nommés en fonction des lieux où ils se déroulent, on déménage. Et en sachant aussi que seule une provinciale, tourangelle en l'occurrence, a pu écrire "Paris je t'aime" en y mettant l'indispensable émerveillement requis par le sujet. C'est dans cette lignée que le roman "Plagiat", témoin d'une indéniable maturité, s'inscrit.

 

Myriam Thibault, Plagiat, Paris, 2012, 158 p.

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 22:46

hebergeur imageAlors qu'Isabelle Aeschlimann publiait "Un été de trop" chez Plaisir de Lire, cette maison d'édition suisse romande faisait paraître "L'Aquarium", premier roman (défi!) de Cornélia de Preux. Il s'agit d'un texte court et sec, dont la qualité littéraire est d'avoir décliné ce que peut être un aquarium - et, dans cet esprit, d'avoir levé un coin du voile sur la vie dans les quartiers de villas.

 

Un aquarium à l'équilibre subtil

L'auteur a en effet compris que le concept d'aquarium est porteur, et c'est là que réside la toute grande force de ce roman. Au sens premier, il s'agit d'un récipient de verre qui accueille des poissons, et il en est question dans "L'Aquarium". Ce lieu se pose comme la métaphore de la vie d'une famille qui va, entraînée par son chef Constantin (le père, donc), vivre en autarcie pendant deux semaines dans un abri antiatomique pour ne pas perdre la face auprès des voisins: au départ, l'idée était d'aller aux îles Fidji. Enfin, l'aquarium peut aussi être vu comme le vase clos dans lequel vivent les personnages mis en scène, représentants de la classe moyenne soucieux de maintenir leur rang, si dérisoire soit-il, face au regard des autres.

 

Ce côté dérisoire est souligné de manière aussi discrète qu'efficace par la nature des objets qui entourent les personnages - à commencer par le lieu d'habitation, qui est une villa mitoyenne: on a l'impression que ceux qui y vivent sont assez riches pour devenir propriétaires, mais pas suffisamment pour se payer une maison qui leur appartienne franchement, sans mur à partager avec un voisin. Impression accentuée par le mégotage entourant le logis des personnages qui occupent le devant de la scène: si leur maison a un jardin plus petit, c'est parce qu'elle a un abri antiatomique. Piètre consolation. L'impression est confirmée, en dernier ressort, par l'onomastique: tous les voisins des Birgus portent des noms de poissons: Rotengle, Fario, Achigan, von Zingel, etc. Et si je vous dis "Birgus", vous me répondrez "Crabe". Et vous aurez raison: Constantin Birgus, sous des dehors sympathiques, a ses pinces et marche de guingois.

 

Dès lors, on l'a compris, le résumé de l'intrigue tient en un mouchoir de poche: puisque la famille de Constantin Birgus ne peut pas se payer un voyage aux îles Fidji, comme annoncé un peu à la légère à la cantonade, elle passera ses vacances dans l'abri, pour faire comme si. Il est hors de question de perdre la face! La difficulté, c'est que le père de famille, Constantin, est bien seul à vouloir jouer ce jeu-là, même s'il parvient à y embarquer tout le monde, nolens volens.

 

Quelques pistes inabouties

Toute la force de ce roman réside donc dans la peinture des aquariums qui le composent, et force est de constater que l'image est forte et impeccable. La narration a cependant ses faiblesses.

 

La plus importante est sans doute la pirouette finale du roman, qui fait bon marché du souhait légitime du lecteur de savoir ce qu'il est advenu des personnages. Un petit spoiler ici: l'action s'achève sur un tsunami que les personnages auraient dû subir - ce qui n'est pas arrivé puisqu'ils sont sains et saufs dans leur abri. On saisit le paradoxe: impossible pour la famille Birgus de sortir de son abri, frais comme une fleur, alors qu'elle est supposée avoir, dans le meilleur des cas, échappé à la mort dans une catastrophe naturelle!

 

Or, l'auteur ne relate pas la manière dont les membres de la famille Birgus s'en sortent, sachant qui plus est que le séjour familial dans l'abri n'a fait qu'exacerber les tensions inhérentes à la vie de famille. Y a-t-il eu divorce? Chacun a-t-il décidé de vivre de son côté? Toute la famille est-elle partie loin de son domicile sous une fausse identité, comme un seul homme? On n'en saura rien - moins, en tout cas, que les poissons qui évoluent dans l'aquarium familial et qui restent muets, comme il se doit pour des poissons. Le lecteur est donc privé de la réponse à la question la plus importante du dénouement: comment les otages de Constantin Birgus, à savoir sa famille, vont-ils s'en sortir?

 

Le lecteur pourra aussi se demander comment un pistolet a pu se retrouver dans cet abri antiatomique, aux mains de Constantin. Un personnage aux traits empreints de folie, qui a secoué son gosse quand il était petit... mais est aussi le père d'un enfant qui n'est pas le sien. L'arme surgit précisément dans des moments de tension intense; mais son origine reste mystérieuse: armée suisse, loisir...?

 

Des portraits réussis

Il reste que l'action est menée par les parents, comme il se doit - et que ceux-ci constituent les portraits les plus aboutis de ce roman. C'est du reste à ce prix qu'ils fonctionnent. De manière constante, est rappelée la faiblesse du caractère de Tatiana, l'épouse de Constantin, tentée en permanence de composer pour avoir la paix, y compris lorsqu'elle et sa famille s'embarquent dans l'improbable scénario monté par Constantin, son mari. Celui-ci tire son relief de cinglé de son histoire personnelle, rappelée par l'évocation des souvenirs de Tatiana; il fonctionne comme un leader malsain, portant en lui-même l'échec de son propre projet - et luttant pour retarder l'inéluctable. Qui, hélas, ne sera pas narré...

 

Quant aux enfants, ils sont caractérisés par une poignée de traits de caractère classiques eu égard à leur situation, mais qui suffisent à les rendre crédibles: un adolescent qui s'intéresse à l'ordinateur familial mais n'est pas très communicatif (il s'appelle Kevin, d'ailleurs - prénom typique du jeune geek qui s'y croit), une fille qui prétend écrire des chansons pour avoir la paix (Violette), et un fils cadet, Vladimir, si jeune qu'il est facile de le mettre dans sa poche. La dynamique fonctionne souvent dans une logique du "seul contre tous", Vladimir jouant le rôle de pont et de seul allié de Constantin dans sa folie.

 

Huis clos donc que ce premier roman, dont la force majeure est de dépeindre les fiertés dérisoires des représentants d'une certaine classe moyenne, ayant bénéficié un peu trop facilement de l'accès à la propriété et contrainte de mentir afin de tenir son rang face à un voisinage qui, par orgueil, fait pareil. Il est regrettable que l'ouvrage ne réponde pas à toutes les questions que le lecteur se pose! S'il aurait mérité d'être plus approfondi et donc un poil plus long, il a cependant l'atout d'esquisser avec adresse tout un petit monde bien actuel, ainsi que les tensions qui ne manquent pas de constituer la dynamique d'une famille, en exploitant les ressources métaphoriques de ce microcosme particulier que tout le monde connaît et qui s'appelle un aquarium.

 

Cornélia de Preux, L'Aquarium, Lausanne, Plaisir de lire, 2012.

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

A l'amour

 

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,

Ces lettres qui font mon supplice,

Ce portrait qui fut ton complice;

Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

 

Je te rends ce trésor funeste,

Ce froid témoin de mon affreux ennui.

Ton souvenir brûlant, que je déteste,

Sera bientôt froid comme lui.

 

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,

C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.

Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur;

Ce fantôme a troublé mon courage timide.

 

Ciel! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,

Si son ombre fait tant de peur!

Comme ces feux errants dont le reflet égare,

La flamme de ses yeux a passé devant moi;

 

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare;

Mais je n’en rougis que pour toi.

Que mes froids sentiments s’expriment avec peine!

Amour… que je te hais de m’apprendre la haine!

 

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,

Ces lettres, qui font mon supplice,

Ce portrait, qui fut ton complice;

Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs!

 

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,

Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts;

En lui peignant mes douloureux transports,

Tu lui donnerais trop de joie.

 

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,

Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,

Il voulut essayer sa cruauté novice

Sur un coeur simple et malheureux.

 

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,

Quand tu voudras voir brûler et languir,

Quand tu voudras faire aimer et mourir,

N’emprunte pas d’autre éloquence.

 

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur!

Va! Tu n’as plus besoin d’étude.

Sois léger par penchant, ingrat par habitude,

Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

 

Ne change rien aux aveux pleins de charmes

Dont la magie entraîne au désespoir:

Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,

Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

 

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.

Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence!

Il faudrait par fierté sourire en sa présence:

J’aime mieux souffrir sans témoin.

 

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre;

Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.

S’il osait revenir, je le dirais encore:

Mais on approche, on parle… hélas! Ce n’est pas lui!

 

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859). Source: Mes poèmes.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:01

hebergeur imageUn cadeau de Noël sympathique et drôle? Pourquoi ne pas opter pour la "Suite de listes" de Marc Boivin? Ce petit livre fait suite à "Liste de listes", paru il y a quelques mois (j'en parlais ici). Le premier opus a connu un gros succès, incitant l'auteur et la maison d'édition à revenir à la charge. Il paraît que "Liste de listes" est à la disposition des usagers des toilettes publiques de la ville de Fribourg désireux de rigoler en se soulageant. Plus sérieusement, "Suite de listes", le deuxième opus donc, a été verni la semaine passée. Autant dire que ce blog est une fois de plus à la pointe de l'actualité...

 

Rappelons le principe: l'auteur propose, à partir d'un titre de chapitre qui constitue un principe (par exemple "Ce qui pourrait presque rendre heureux"), une liste d'éléments concrets pouvant s'y référer. Cela, avec un humour qui décape, flirte avec l'absurde et a toutes les audaces - y compris, parfois, celle d'être simple, évident, immédiat ("Prise de décision à plusieurs" dans "Choses lentes"...). Ou au contraire celle d'inviter le lecteur à changer de point de vue, à sortir de sa zone de confort intellectuel et, mine de rien, à réfléchir un peu après (ou avant) avoir souri: c'est drôle, mais il y a quelques vérités à méditer là-derrière. Un petit effort d'imagination permet parfois d'ouvrir les portes d'une réalité à laquelle on ne pense pas en général, par exemple "Danse lascive que doit entreprendre l'escargot quand il veut séduire un copain", dans "Choses lentes". Un certain Escargolio devrait se sentir concerné... 

 

On retrouve dans "Suite de listes" les jeux d'échos et de rappels d'un chapitre à l'autre - il n'est qu'à penser à "Psychologie masculine pendant l'acte reproducteur", intégré aux "Choses simples", qui fait écho à "Logique féminine", qu'on trouve dans la liste des "Choses poétiques". Il arrive aussi qu'à l'intérieur d'une liste, l'auteur avance selon le principe des associations libres - ou que l'auteur resserre son regard, par exemple dans "Bizarreries internationales", liste dont chaque élément concerne un pays, en jouant sur des stéréotypes dûment revisités. Enfin, l'auteur ose les jeux de mots fins dans certaines listes.

 

Certains éléments de listes sont énoncés de manière un peu longue et donc un poil lourde; pour ma part, je préfère la fulgurance des éléments énoncés en peu de mots, le titre de la liste éclairant chaque item de son jour particulier.

 

Comme dans la première collection de listes, "Suite de listes" prévoit de la place pour que le lecteur puisse compléter les listes proposées par l'auteur, selon sa propre sensibilité. Les éléments paratextuels sont présentés dans une annexe intitulée "Plus de listes", comme c'était le cas dans "Listes de listes": non-remerciements, espace pour la dédicace, autres ouvrages de l'éditeur. 

 

D'après mes souvenirs, ce deuxième opus n'est pas moins bon que le premier, bien au contraire: alors que le premier m'avait déjà bien fait rire et sourire, j'ai trouvé dans "Suite de listes" un supplément d'audace, l'impression que l'auteur, grand Dicodeur devant l'Eternel, a su se ménager des marges de progression pour aller plus loin, sur la base d'une formule qui reste inchangée.

 

Marc Boivin, Suite de listes, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2012.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 22:39

hebergeur imageLu par Fabien, Froggy Delight, Tricotine

Lu dans le cadre des défis Premier roman et Thriller.

 

On ne compte plus les ouvrages ayant Dominique Strauss-Kahn comme personnage principal, qu'il soit explicitement nommé ou subtilement dessiné, dans un esprit de connivence qui fait que tous ceux qui savent reconnaîtront le bonhomme. Avant même l'affaire du Sofitel, Jean-Jacques Reboux s'était adonné, dans "Poste Mortem", à un défrisant portrait de l'homme, séquestré par une postière mythomane. Plusieurs auteurs proposent actuellement des ouvrages intitulés "Suite 2806", et il suffit de lancer une recherche sur Amazon pour se trouver de nouvelles lectures mettant en scène les événements de mai 2011 (Anita Berchenko, entre autres). Cela, sans oublier la pièce de théâtre "Suite 2806" de Guillaume Landrot, jouée dès demain au théâtre Daunou à Paris, qui s'immisce dans la fameuse suite et se concentre sur la relation entre Nafissatou Diallo et Dominique Strauss-Kahn - ce dernier étant joué par un acteur qui, paraît-il, ressemble à son modèle d'une manière pour le moins frappante. C'est donc peu de chose que de dire qu'avec leur roman "Suite 2806", Gilles Bressand et Guillaume Weill-Raynal débarquent en terrain connu...

 

Leur démarche opte pour la thèse du complot, plus porteuse que celle de l'agression sexuelle si l'on se place du point de vue romanesque. L'éditeur fait du reste une promesse ambitieuse sur le bandeau: "Le 14 mai 2011, la moitié des Français ont cru à l'hypothèse d'un complot. Après avoir lu Suite 2806, ils seront 100% à en être convaincus." Disons-le d'emblée, c'est exagéré: le lecteur va suivre essentiellement un groupe hétéroclite de personnages bien parisiens, animés par des motivations diverses: un journaliste de faits divers qui aime "récurer" ses sujets, une mère maquerelle pourvoyeuse de femmes adeptes des "prestations scénarisées", un étudiant qui a tout à prouver, un professeur d'université et quelques politiciens - le tout, sur fond de crise mondiale (on est en plein dedans depuis 2008), et culminant avec l'hypothèse très complotiste d'une société secrète où Benoît XVI salue amicalement Vladimir Poutine, comme Pie XII l'aurait fait autrefois avec Adolf Hitler. Est-ce encore crédible?

 

Je parlais du professeur d'université, ce fameux Warschawski... Le rôle doctoral qui lui est assigné lui permet d'assener au lecteur, de manière naturelle, quelques théories sur l'évolution du contexte monétaire au cours des dernières années et décennies. Les auteurs recréent l'actualité, avec les affaires de la crise de la dette souveraine de la Grèce et d'autres péripéties que nous connaissons. Ses développements sur "la fin du dollar" (le mot est mentionné) et la guerre économique en cours ne sont du reste pas sans rappeler ceux proposés par l'économiste suisse Myret Zaki dans son ouvrage, précisément intitulé "La fin du dollar". Coïncidence?

 

L'art de l'ellipse et du non-dit est aussi une force de ce roman. Tout le monde comprend qu'il est question ici de Dominique Strauss-Kahn; or, cette personnalité publique n'est jamais nommément citée. Le lecteur comprend cependant le lien grâce à des éléments d'actualité (la fameuse suite 2806, mais aussi le statut de président du FMI que ce personnage endosse, et son rendez-vous avec Angela Merkel) et à des traits de caractère, que les auteurs choisissent d'exposer sous forme d'analyse graphologique (chapitre XI) révélatrice d'une pulsion d'échec qui fait écho à la tentation de l'échec qui paraît frapper l'Occident (chapitre XIII). 

 

L'ellipse est aussi une forme de modestie des auteurs, qui admettent humblement que personne de sérieux ne sait ce qui s'est vraiment passé dans la suite 2806 un certain jour de mai 2806. Dès lors, les auteurs n'en disent rien... tout en suggérant que deux femmes ont été invitées à entrer dans cette suite, à des horaires très rapprochés: une escort girl un peu plus pimentée que d'habitude et la femme chargée du nettoyage des chambres. Autant dire que pour les auteurs, le clash mondial survenu en mai dernier est la conséquence d'un quiproquo... et qu'en filigrane, on peut lire avec eux que le locataire de la suite 2806 était de bonne foi. Il est à noter que l'homme est ici comparé à un ours mal léché, image lourde de sens - tout comme l'était, selon un point de vue très différent, la figure de l'homme-babouin évoquée par Tristane Banon dans "Le Bal des hypocrites" - qui ne cite pas non plus nommément Dominique Strauss-Kahn, d'ailleurs. La discrétion est aussi de mise lorsqu'il est question du Président de la République, qui n'est jamais nommé. De même que n'est pas nommé son successeur - celui qui a remporté les présidentielles en 2012.

 

Tout cela permet aux auteurs d'installer une ambiance de thriller assez lâche, avec des personnages qui se surveillent les uns les autres, des atmosphères nocturnes où résonnent les sonneries de téléphone et des pressions exercées çà et là - sans oublier l'ultime coup qui frappe le personnage de Lousteau, certain de tenir le scoop de sa vie. Mais les services secrets veillent... et si on ne les voit pas vraiment agir dans ce roman rapide et trop court en bouche, le lecteur connaît les effets de leurs actions. Autant sinon plus qu'un roman de politique-fiction ou un thriller, c'est à un roman sur la fortune et ses aléas que le lecteur aura affaire ici.Force est de constater que les tenants de la théorie de l'agression sexuelle ne seront pas convaincus par ce roman; les autres seront peut-être séduits par les grandes lignes de la structure complotiste de "Suite 2806" - et s'amuseront, peut-être, à en déceler les failles au fil de pages qui contribuent, à leur échelle et au moyen d'un portrait en creux, à faire de Dominique Strauss-Kahn un type de personnage de roman. 

 

Gilles Bressand et Guillaume Weill-Raynal, Suite 2806, Paris, La Tengo Editions, 2012.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 21:33

hebergeur imageInformation à l'attention des écrivains qui fréquentent ce blog: le concours littéraire lancé par l'artiste fribourgeois Jean-Pierre Humbert (j'en parlais déjà ici, et j'y participe en qualité de membre du jury) recherche toujours des textes, et l'échéance de restitution de vos oeuvres a été reportée au 5 décembre 2012. Il vous reste donc encore une dizaine de jours pour trouver l'inspiration, à partir des deux tableaux proposés à cet effet (ceux qui illustrent le présent billet).

 

hebergeur image

A vous de jouer, alors, et que le meilleur ou la meilleure gagne! Pour plus d'informations (modalités, prix, etc.), veuillez vous reporter au site Internet de l'artiste: Jean-Pierre Humbert.

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Leffe

 

Je suis assis devant ma bière

Je suis content des tournesols

J'ai tant marché dans le désert

Que les Syriens sèment d'étoiles

 

Je suis assis dedans ma bière

Un jour d'été où les paroles

Rendent un son de Val d'Enfer

Les souvenirs entre eux s'affolent

 

Je suis couché frais dans la bière

Devant moi passent les cagoles

De mon tonneau je vois la terre

Qui dit merci en paraboles

 

François Sureau (1957- ), Sans bruit sans trace, Paris, Gallimard, 2011.



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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 20:37

hebergeur imageRoman, lu par Biblio, Petit Sachem, Wodka.

Lu dans le cadre du défi Premier roman.

 

Le premier roman de l'écrivaine sud-africaine Ceridwen Dovey, "Les liens du sang", a tout des allures d'une fable ou d'un conte. "Une fable sur l'arrogance du pouvoir", comme le promet l'éditeur en page de couverture? Oui, mais pas que: il y a là, aussi, le portrait d'êtres humains jamais nommés, avec leurs lâchetés et, pour les hommes, un professionnalisme qui fait figure de refuge. Cela, sur fond de coup d'Etat dans un pays imaginaire, jamais nommé mais sans doute dictatorial: on vient de faire tomber le Président, le Commandant prend sa place.

 

Les trois premiers chapitres remplissent pleinement leur rôle d'exposition en donnant successivement la parole au portraitiste, au chef de cuisine et au coiffeur du Président, dans une ambiance statique, image d'immuabilité d'un pouvoir appelé à durer. Et après la narration du coup d'Etat, rien ne change, apparemment, pour ces personnages, repris dans leurs fonctions par le nouveau régime. Dès lors, le lecteur peut être tenté de penser qu'il a affaire à un récit qui met en évidence l'immuabilité de l'administration, restant en place et obéissant de façon neutre quel que soit le pouvoir.

 

Le travail est un refuge, je l'ai dit; cela s'exprime, pour les trois personnages principaux masculins mis en scène, par un fort accent mis sur les détails professionnels: le lecteur saura tout de l'art du portrait, de la manière d'apprêter les ormeaux et les langoustes, et des finesses du métier de barbier. On relèvera aussi que le coiffeur, qui tient un rasoir, et le cuisinier, qui peut empoisonner, détiennent tous deux un pouvoir de vie et de mort sur le président, dont ils sont les collaborateurs personnels. Quant au portraitiste, il pourrait agresser moralement en travestissant les portraits, ou en les arrangeant; le Président refuse cette option, préférant être peint comme il est.

 

La deuxième partie donne la parole aux femmes qui s'activent en coulisse, et c'est là que s'expriment les liens humains, entre autres ceux du sang - comme si elles en étaient les dépositaires, ce qui est une autre forme de pouvoir. L'affaire se corse pour créer une véritable intrigue amoureuse complexe, ce que suggèrent les titres des chapitres, qui indiquent le statut des femmes par rapport aux hommes: épouse, amante, fiancée. Pas facile de s'y retrouver, dès lors! On retrouve ici le sens du détail qui a fait merveille au premier chapitre, cette fois pour dépeindre le vécu et le ressenti des femmes: les signes méconnus du vieillissement, les sensations que connaît une femme enceinte - femme enceinte (l'épouse du portraitiste) qui sera le moteur de l'un des coups de théâtre les plus forts, résultat de l'enchevêtrement des relations entre les personnages d'un récit faussement calme.

 

La traduction sans nervosité de Jean Guiloineau rend justice à ce roman lent, paradoxalement presque statique alors qu'un coup d'Etat devrait être lieu d'une agitation supérieure: après tout, tout se passe dans le huis clos d'une résidence surveillée, loin du grouillement citadin. L'auteur invite donc son lecteur à partir, sans presser, à la découverte des humaines lâchetés de personnages en forme de silhouettes.

 

Ceridwen Dovey, Les Liens du sang, Paris, Editions Héloïse d'Ormesson, 2008, traduction de Jean Guiloineau.

 

 

 

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