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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

XII

 

Je vis sourdre d'un roc une vive fontaine,

Claire comme cristal aux rayons du soleil,

Et jaunissant au fond d'un sablon tout pareil

A celui que Pactol roule parmi la plaine.

 

Là semblait que nature et l'art eussent pris peine

D'assembler en un lieu tous les plaisirs de l'oeil:

Et là s'oyait un bruit incitant au sommeil,

De cent accords plus doux que ceux d'une sirène.

 

Les sièges et relais luisaient d'ivoire blanc,

Et cent nymphes autour se tenaient flanc à flanc,

Quand des monts plus prochains de faunes une suite

 

En effroyables cris sur le lieu s'assembla,

Qui de ses vilains pieds la belle onde trouble,

Mit les sièges par terre et les nymphes en fuite.

 

 

joachim du Bellay (1522-1560), Les Antiquités de Rome, Paris, Poésie/Gallimard, 1975/1990.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 21:41

hebergeur imageTémoignage, lu par Emily.

Lecture en partenariat avec les éditions Rue Fromentin, que je remercie pour l'envoi.

 

Afghanistan, Irak, Israël, Egypte: le nom de ces pays suscite chez tout un chacun des images contradictoires, entre envoûtement oriental et réalité de guerres sans fin. Reporter de guerre d'origine américaine, Megan K. Stack, auteur de "Tous les hommes de ce village sont des menteurs" ne croit plus à un quelconque romantisme guerrier. Présenté comme une chronique de la première décennie du XXIe siècle (en gros, l'ère George W. Bush, avec le 11-Septembre en guise de repère historique) et de ses guerres au Proche-Orient et au Moyen-Orient, cet ouvrage apparaît donc aussi comme le journal d'un désenchantement. Et comme un inventaire des mensonges démasqués.

 

Le titre doit mettre le lecteur sur la piste. L'un des premiers personnages mis en scène, Zaman, signale à l'auteur que tous les hommes de tel village sont des menteurs, l'invitant ainsi à lui faire confiance. Fort bénin après tout, ce mensonge fait écho aux autres mensonges et compositions avec le réel qu'elle connaîtra au fil des missions: propagande de guerre américaine, mensonge religieux, etc. Et globalement, l'idée de mensonge renvoie à l'un des éléments clés du métier de journaliste: démêler le vrai du faux. A ce titre, entre le terrain et la propagande américaine, le choc s'avère terrible, et l'auteur ne se prive pas de le rappeler.

 

La plongée dans l'Orient accomplie par l'auteur fait toucher le réel du doigt au lecteur. Non contente d'approcher des officiels qui ne diront rien de neuf, elle n'hésite pas à se frotter aux populations locales, quitte à aller vers les plus humbles. Elle relate ainsi la renaissance fervente de pèlerinages interdits sous Saddam Hussein, dit la détresse des gens sans secours et des hôpitaux sans ressources, mais évoque aussi la vie d'un confort insolent que mènent les expatriés américains au Yémen. Cela, sans jamais oublier le statut des femmes, plus ou moins bien accepté par elles, dans ces régions. Son ouvrage dresse aussi un portrait en forme d'hommage, celui de la journaliste Atwar Bahjat, décédée au travail. Enfin, l'auteur ne recule pas devant la réflexion personnelle face à tout cela, et n'hésite pas à dévoiler les aléas de son métier: difficultés à accéder à certains lieux, méthodes pour obtenir des réponses (l'art de séduire d'un sourire, par exemple, ou l'art de décrypter les mots et les silences), quiproquos hilarants avec les interprètes, surveillances plus ou moins discrètes, etc.

 

On ressent aussi un jeu de tango (un pas en avant, deux en arrière) dans la relation qui se noue avec Zaman, un homme qui aimerait bien coucher avec l'auteur, qui s'y refuse tout en ayant des états d'âme. Il est possible d'y voir une métaphore de l'attitude de l'auteur face à son métier de journaliste de guerre: chaque page donne à comprendre que le métier n'a rien d'une partie de plaisir, mais le chapitre consacré à un retour de l'auteur à New York dit combien, à peine rentrée au pays, elle n'a envie que de repartir. Marquée par la guerre du fait de son histoire familiale (un parent, John, a survécu à un attentat à Beyrouth, puis s'est suicidé), l'auteur se retrouve écartelée entre deux mondes qui l'attirent et la rejettent à la fois.

 

La narration est lente, prend le temps de la réflexion et du détail qui permet au lecteur d'y croire. Le résultat est un ouvrage sensible et détaillé qui offre un regard rare sur le difficile métier de reporter de guerre en terrain hostile, vu à travers le regard d'une femme qui va plus loin que l'observation simple des chefs d'Etat du moment.

 

Megan K. Stack, Tous les hommes de ce village sont des menteurs, Paris, Rue Fromentin, 2013, traduction de Martial Lavacourt.

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 20:05

hebergeur imageLu par Lunazione.

Lu dans le cadre du défi Nouvelles.

Les blogs de l'auteur: Je voulais enseigner, Tchoucky Eileen.

Le site de l'éditeur: La Planète des couleurs.

 

L'internet recèle plus d'une surprise. C'est donc au fil de mes errances que je suis arrivé sur les blogs de l'écrivaine Tchoucky Eileen. C'est une personnalité qui se raconte au fil des billets, et qui écrit depuis quelque temps. Dès lors, j'ai profité d'une offre de l'éditeur et de l'auteur pour télécharger "La Pilule", une nouvelle publiée uniquement en format numérique par la maison d'édition "La Planète des couleurs". Il s'agit d'une grosse nouvelles. Ses 49 pages sont écrites en un style aisé, et l'ouvrage se lit d'une traite, facilement et avec plaisir. 

 

De quoi s'agit-il? S'ouvrant et se terminant de manière cyclique par une lettre, "La Pilule" relate l'histoire d'un homme, illustrateur de son état, qui reçoit du Ministère de l'Intérieur une pilule mortelle. Suggestion: s'il se sent à bout de forces, qu'il n'hésite pas à l'utiliser pour se suicider et faire ainsi de la place à Pôle Emploi. Problème: l'illustrateur a des périodes d'activité intense et d'inactivité totale, ce qui est le cas de plus d'un freelance, et considère qu'il est victime d'une erreur. Cela va quand même pas mal l'ébranler...

 

Assez vite, l'auteur axe son propos sur son personnage principal. Ce personnage principal est le narrateur, placé au centre de l'action - mais non nommé. Paradoxe, omission involontaire? Il convient plutôt de considérer que cet anonymat suggère qu'il manque dès le départ quelque chose à ce narrateur pour assumer entièrement sa carrure d'être humain: l'anonymat peut être vu comme une faille dont la narration va faire son miel. La narration à la première personne est par ailleurs propice à l'introspection, finement dessinée dans ce récit ponctué par les réflexions d'un narrateur en détresse, contraint de se montrer compréhensif tout en ayant besoin de compréhension à son tour. A ce titre, ses "Je comprends" réguliers résonnent comme des signaux d'alarme qui rythment le récit, en particulier certains dialogues. 

 

Jusqu'à l'issue de ce texte, l'auteur ébauche avec pertinence quelques étapes du vide qui peut naître autour d'un personnage convaincu qu'il est victime d'une erreur, placé face à ce qui se présente comme une voie sans issue: les amis qui prennent leurs distances (le personnage de Lucie), la conjointe qui cherche à prendre le contrôle comme si son homme était malade ("donne-moi la pilule, ça vaudra mieux"), et l'impossibilité de convaincre un employeur susceptible d'octroyer un CDI à un narrateur qui prend tout à coeur. Le lecteur va cependant se demander, face à une telle histoire, si le narrateur n'aurait pas pu se montrer plus pugnace et trouver une autre sortie, moins abrupte ou plus tortueuse. Cela, même s'il est invité à se montrer lui aussi compréhensif face à une détresse: l'irruption de la pilule mortelle dans la vie du narrateur va le rendre inapte à exercer son métier d'illustrateur. Une perte de statut délétère aussi, déjà que l'intermittence inhérente au métier d'illustrateur place le narrateur dans une zone grise située entre activité professionnelle et chômage.

 

Le lecteur qui a fréquenté les blogs de Tchoucky Eileen peut aussi constater que l'auteur a réparti entre ses deux personnages deux facettes de son vécu: la compagne du narrateur est enseignante, et l'on retrouve, dans certaines de ses actions telles que la correction tardive de copies, des traits de l'existence passée de l'auteur. Ce qui fait écho à l'activité d'illustrateur du narrateur. L'auteur dessine aussi, en effet, et puise dans sa propre expérience de dessinatrice des éléments qui donnent une certaine épaisseur à l'activité professionnelle du narrateur: recherches d'expressivité, erreurs de perspective, souci d'émouvoir.

 

Face à tout cela, le lecteur peut se dire que 49 pages, c'est court, et qu'il est en présence de ce qui pourrait être l'embryon d'un vaste roman. Reste qu'il y a, avec "La Pilule", de quoi s'accrocher autour d'un sujet délicat: la perte de statut qui découle de la remise en question du métier d'un être humain. Et à l'heure où une personne s'immole par le feu devant une agence de Pôle Emploi, force est de relever que "La Pilule" est un texte qui interpelle.

 

Tchoucky Eileen, La Pilule, Paris, La Planète des Couleurs, 2012.

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Publié par Daniel Fattore - dans Nouvelles
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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

CCCLXIV

 

Vingt et un ans durant Amour me tint brûlant,

Heureux dans le brasier, douloureux dans l'espoir,

Puis, ma Dame et mon coeur en semble au ciel allés,

Je fus dix autres ans aux larmes condamné.

 

Je suis las désormais et désavoue ma vie

Pour tous les errements qui ont de mes vertus

Presque étouffé le germe, et la fin de mes jours

Je la rends, Dieu très haut, à ta dévotion.

 

Repentant et chagrin des années gaspillées

Que j'eusse dû vouer à un meilleur usage

En fuyant les passions et poursuivant la paix.

 

Seigneur, qui dans cette prison m'a relégué,

Tire-moi du péril des éternels tourments,

Car je connais ma faute et ne l'approuve pas.

 

François Pétrarque (1304-1374), La vertu et la grâce, Paris, Orphée/La Différence, 1990, traduction André Ughetto/Christian Guilleau.


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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 22:31

hebergeur imageEn marge de ma lecture de "Battle Royale" de Koushun Takami (billet ici), je me suis amusé à produire un petit quiz sur ce roman. Il vous est possible d'y répondre sur Babelio, en cliquant sur la saisissante reproduction de la couverture du livre, ci-contre.

 

Bon courage!

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 22:29

hebergeur imageLu par Ars Legendi, Blue, Books, Caro, Chani, Charabistouilles, Gala, Libellul, Liliba, Lily, Liyah, Question SF, Roch Archambault, Sandrine, Zaza.

Défis Premier roman et Challenge Royal.

 

L'histoire, on la connaît: c'est celle du Programme, calquée sur le schéma d'un match de catch. 42 élèves d'une classe sont séquestrés sur une île et ont pour mission de s'entretuer, sous l'experte et sadique férule d'un maître de jeu - le tout se déroulant dans un empire fascistoïde qui pourrait bien être un certain Japon. Tous les coups sont permis dans le premier roman de Koushun Takami, Battle Royale, qui connaît depuis quelques années un succès qui ne se dément pas et repose sans doute sur la fascination malsaine et hypnotique qu'il exerce.

 

L'aspect gore de la démarche saute aux yeux (et à la gorge) dès le début. La première partie, assez anarchique pour ce qui est des rapports entre les élèves, s'avère d'une cruauté certaine, comme si l'auteur tenait à mettre d'emblée son lecteur au parfum en faisant le ménage, avant de calmer le jeu avec une deuxième partie qui se concentre plus précisément sur les tentatives d'alliance.

 

Cette cruauté se double d'une déshumanisation des élèves en lice. Ils sont souvent désignés par des numéros, que ce soit leur numéro de sortie ou leur numéro d'ordre dans la classe (F/G). Chacun des chapitres s'achève sur l'annonce du nombre d'individus restants - juste un chiffre, sans qu'il soit précisé qu'il s'agit de personnes. Enfin, l'auteur relève à plus d'une reprise que des nettoyeurs, des éboueurs donc, viendront nettoyer les cadavres sur l'île qui sert de champ de bataille. Ce qui ferme la porte à toute sépulture digne et humaine... Le lecteur, quant à lui, est bien forcé d'admettre qu'il a vite oublié les personnages, une fois qu'ils sont morts, même s'il a pu les trouver sympas un moment lorsqu'ils étaient vivants. 

 

Avec 42 élèves encadrés par une poignée d'adultes, l'auteur a de quoi s'amuser dès lors qu'il s'agit de construire des psychologies et caractères. Toutes les personnalités ne sont pas dessinées de manière égale, certains personnages sont juste esquissés d'un trait. On pourrait pressentir que ceux-ci vont mourir les premiers, après une brève figuration, mais l'auteur est un peu plus finaud: il conserve jusqu'au bout quelques-uns de ces seconds couteaux, tout en sacrifiant parfois assez vite des élèves a priori plus précisément construits et donc plus prometteurs, tels que Yoshitoki Kuninobu. Ce qui permet, dans une certaine mesure, de brouiller les pistes - tout en sachant que la focalisation du roman sur le personnage de Shûya Nanahara, dès les premières phrases, peut laisser entendre qu'il va s'en sortir. Quand à Kinpatsu, l'animateur ironique, l'auteur parvient à le rendre délicieusement abject...

 

Et du choc des psychologies, des qualités et des défauts physiques et psychiques de chacun, naît un beau jeu d'interactions, de trahisons, d'alliances fragiles, de plans astucieux, de stratégies d'évitement ou d'affrontement, manières de vivre le changement lorsqu'il est contraint, etc. L'auteur développe tout l'éventail des relations humaines dans son huis clos insulaire, un peu à la manière d'une métaphore de la société humaine telle que nous la connaissons - simplement d'une manière qui exacerbe les travers jusqu'à la caricature. Tout cela s'imbrique avec finesse, dans un grand souci du détail.

 

Face à ce propos, le lecteur est amené à réagir d'une manière perverse: il va se demander qui va crever ensuite et comment, ou se surprendre à vouloir crier à tel personnage de tuer tel autre - quitte à prendre le parti d'une ordure. Des réactions qu'on pourrait avoir aussi face à un combat à mort entre gladiateurs, et qui interrogent: le lecteur sera-t-il aussi odieux que ceux qui parient sur le nom du champion du Programme?

 

Enfin, la plume de l'auteur est conforme à ce que l'on peut attendre d'un tel récit: il y a un sens du rythme certain, avec des accélérations fulgurantes lorsque tel personnage vide son chargeur dans le buffet d'un autre et des ralentis fondés sur la description des dernières sensations ou des dernières pensées, lorsque quelqu'un meurt. L'auteur aime par ailleurs jouer avec les images et comparaisons. Celles-ci sont parfois outrées, jusqu'à en devenir drôles, conférant à certaines pages de "Battle Royale" le parfum délicieux d'une bonne vieille série B. Reste que tout cela se dévore, qu'on a envie de savoir... et que le lecteur se retrouve témoin, pour ne pas dire voyeur, de quelque chose d'horrible qui ne peut que le fasciner. Sûr de son coup, l'auteur va jusqu'à parier que nous serons des millions à avoir surmonté le jeu - en ayant achevé la lecture de ce roman. Pari gagné.

 

Koushun Takami, Battle Royale, Paris, Le Livre de Poche, 2009, traduction de Patrick Honoré, Tetsuya Yano et Simon Nozay.

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 21:31

hebergeur imageLa nouvelle en a surpris plus d'un: Benoît XVI, pape catholique (photo), a choisi de se retirer de ses fonctions d'évêque de Rome. Un événement suffisamment rare pour qu'il mérite qu'on agite quelque poussière. Et côté lecteurs, que faire si l'on veut suivre la tendance? La papauté a inspiré les écrivains, d'inspiration catholique ou non, pour la bénir ou la vilipender. Dès lors, les suggestions ne manquent pas. En toute modestie, voici deux ou trois suggestions:

 

- Les aficionados de la liturgie n'hésiteront pas à mettre le nez dans la prose de Joseph Ratzinger lui-même... avant qu'il ne devienne Benoît XVI, il a en effet donné L'Esprit de la liturgie, un ouvrage dont le début est un peu difficile, mais dont l'essentiel reste accessible au fidèle normal et ne saurait révolter celles et ceux qui ont déjà creusé le sujet. Rétrograde? Certainement pas. Conservateur? Sans doute, d'autant plus que l'auteur rappelle que le grégorien reste la musique de l'église catholique. Mais, pour ce qui est de mes souvenirs de lecteur, ce conservatisme doit être vu dans le bon sens du terme: l'Eglise se veut un point de repère solide dans un monde en perpétuelle mutation, et c'est dans cet esprit qu'il faut voir cet ouvrage.

 

- Les amateurs d'histoire s'offusqueront ou s'ébaudiront des deux volumes des "Borgia" de Claude Mossé: Les Fauves et La Chair et le Sang. Ce sont des romans solidement construits, efficaces à défaut d'être géniaux, qui devraient séduire les amateurs d'intrigues sur fond historique. Sur le même sujet, je garde un souvenir plus lointain de "La Rome des Borgia" de Guillaume Apollinaire - tout au plus me semble-t-il qu'on s'empoisonne beaucoup dans ce roman. Il est à noter, enfin, que d'autres écrivains ont tâté de la sulfureuse épopée des Borgia; je vous laisse découvrir ce monde romanesque.

 

- Dans un domaine plus récent, je garde aussi un très, très bon souvenir du roman Le dernier Pape de Gabriel Véraldi et Jacques Paternot, qui a hélas été trop peu lu (éd. L'Age d'Homme). Se fondant sur une légende qu'on raconte aux touristes qui visitent le Vatican, l'auteur imagine la crise mondiale que pourrait générer la déclaration d'un pape au sujet de la fin de sa fonction. Cela lui sert de prétexte pour retracer trois quarts de siècle d'histoire, entre coulisses du Vatican, chute du communisme et arcanes de la politique. C'est du costaud, mais les amateurs de politique-fiction y trouveront leur compte, dans un texte solidement documenté (les références sont données en fin d'ouvrage) qui ne les prend pas pour des abrutis. Amateurs d'intrigues, foncez, c'est du lourd.

 

- A noter qu'aujourd'hui même, Edouard Brasey doit avoir le sourire: l'un des ses romans s'intitule justement Le dernier pape. Il faudra encore que je le lise, mais j'ai justement tiqué, en voyant ce titre, parce que c'est le même que celui du roman de Gabriel Véraldi et Jacques Paternot. 

 

- Les plus curieux et les nostalgiques de Jean-Paul II se jetteront avec profit sur "La Boutique de l'orfèvre", pièce de théâtre de Karol Vojtyla. Je ne peux pas en dire beaucoup plus parce que je ne l'ai pas vue, hélas...

 

- Et j'allais oublier Le Martyre du pape Kevin de Michaël Perruchoud, fulgurant roman d'anticipation qui imagine qu'un jeune homme cool (32 ans, surfeur) est nommé pape... victime de communicants intéressés, saura-t-il remplir sa mission de réévangélisation? L'auteur interroge ses lecteurs sur le mode humoristique, quitte à oser l'outrance et le deuxième degré dans un roman qui se souvient des épisodes burlesques de l'actualité de son époque. 

 

C'est peu de chose, et plus d'un d'entre vous pourra facilement allonger la liste des lectures papales, j'en suis persuadé. Le tout pourra être lu tout en dégustant un Châteauneuf-du-Pape ou un petit vin plus rare - par exemple l'une des déclinaisons du Pape Noir. Certains verront une vision d'avenir dans tout cela, d'autres feront d'illusoires pronostics en éclusant moult canons et en tournant moult pages; pour moi, avec ou sans souverain pontife, c'est surtout une occasion de trinquer à la santé des êtres chers!

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Une journée

 

     Dans la rue, je te vois en chaque passante. 

À tout va, mon coeur jaillit, mais ce n'est pas toi...

Alors il se déchire en lourds lambeaux de soie.

Rouvrant une plaie devenue béante...

 

     Le soir, je regarde au loin et une lumière,

Si faible soit-elle, fait briller tes cheveux.

Cette simple vue me fait voir tes grands yeux

Bleus qui me noient, et me foudroient en un éclair.

 

     La nuit, tout me devient noir; et, presque évanoui,

Mon regard se fixe et se trouble de larmes

Qui s'écrasent lentement, ainsi que la pluie,

Illusions dévorantes, bien triste charme...

 

     - Dans le miroir, je vois un autre avec effroi.

Cerné de noir pauvre regard triste il a froid

Les yeux secs, il me fixe, mais ne pleure plus.

Tout est fini. Mais, où suis-je? Mais, où es-tu...

 

Benjamin Jichlinski (1990- ), En mal de fleurs, Paris, Société des écrivains, 2012.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 20:42

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Lu dans le cadre du défi "Premier roman".

 

"Les Cadavres en fleurs", c'est une parution récente. C'est aussi le premier roman d'Elodie Soury-Lavergne, lauréate 2011 du Prix du Jeune Ecrivain Francophone. Et puis, c'est un livre qui révèle une voix. Double, cette voix, en ce sens que l'auteur a su conférer une véritable personnalité à un narrateur qui, en dépit de tous ses défauts, va finir par paraître attachant au lecteur, tout en laissant entendre à l'auteur qu'il y a un véritable auteur derrière, avec une solide personnalité. Dieu sait qu'il n'est pas évident de s'attacher à un rentier asocial affublé du nom improbable de Fulbert Roty; pourtant, l'auteur parvient à faire en sorte que le courant passe.

 

Enfin, le lecteur va finir, au fil des pages, par se poser des questions sur les frontières entre les espèces du règne animal. Ce qui n'est pas le moindre mérite de ce roman qui, sous des apparences décalées, est construit de manière solide et rigoureuse.

 

Une confession paradoxale

L'usage du "je" et l'imposition du seul point de vue du narrateur donne à ce roman un aspect qui tient de la confession et de la transcription des pensées courantes du personnage - un petit paradoxe au vu de la conclusion du roman, que je ne dévoilerai pas. Dans la démarche littéraire de l'auteur, cependant, le paradoxe pèse peu face au fait qu'en donnant directement la parole à son personnage, l'auteur confère de la force à son roman en contraignant le lecteur à écouter ce que Fulbert Roty a à dire. Tout passe par cette oralité calculée, de façon immédiate: cynisme, formules grinçantes, regard vachard sur le monde.

 

Cela, sans oublier les antécédents familiaux, qui créent tout de suite un climat de confidence et de connivence avec le lecteur: pas facile de parler de la mort de sa mère à des inconnus, a priori lorsqu'on est un asocial patenté, qui préfère la compagnie des fleurs et des animaux à celle des humains.

 

Onomastique, quand tu nous tiens...

L'onomastique fait partie des jeux littéraire que l'auteur affectionne. Jouer sur le nom de Fulbert Roty n'a rien de sorcier, et une brève séquence est naturellement consacrée aux blagues, gênantes à relater sans doute, que le narrateur a dû subir dans son enfance. Face à lui, se trouve sa copine, une certaine Cindy Anonyme, présentée comme parfaitement insignifiante en tant que personne - ce qui colle parfaitement avec son patronyme.

 

Enfin, le lecteur fera connaissance du chien Rabbin, de religion juive, donc circoncis. Ce qu'on apprend au détour d'une réplique aux accents à la fois classiques (on l'a déjà entendue mille fois) et détonnants dans le contexte imaginé par l'auteur: "Dites plutôt que c'est parce qu'il est juif", répond sa maîtresse à Roty lorsque celui-ci lui explique que les chiens sont interdits dans son épicerie. Placée dès le premier chapitre, une telle réplique donne toute la mesure du caractère décalé d'un roman pétri d'inattendu.

 

L'effacement des frontières entre les espèces animales...

Et dès lors qu'un animal peut avoir une religion, c'est-à-dire quelque chose qui est plutôt propre à l'humain, les personnages humains de ce roman ne pourraient-ils pas avoir à leur tour quelque chose d'animal? Cette réciproque est vraie dans "Les Cadavres en fleurs", et l'auteur exploite le filon à fond. L'exemple emblématique est ici le personnage de Cindy Anonyme, surnommée "le Piaf" par le cynique Fulbert Roty, qui finit par devenir son mari. Le piaf est un moineau commun, un oiseau tout gris... l'auteur trouve mille moyens de rapprocher l'image de l'oiseau et celle de Cindy: manger peu mais souvent, chanter, être toujours de bonne humeur... et avoir une cervelle d'oiseau. On peut se demander si, en tuant un oiseau blessé recueilli par Cindy, le narrateur ne tue pas sa femme (le Piaf, donc) par transfert; en tout cas, ce geste cadrerait avec le caractère légèrement veule sur les bords du personnage. De même, le lecteur peut être amené à s'interroger: en épousant un Piaf, le narrateur ne se cherche-t-il pas une mère de substitution? Après tout, la sienne s'appelait Mésange...

 

Cela est à rapprocher du personnage de Marinette, présenté comme "une sirène amatrice de parties de pêche à la canne à strophes" - donc, en définitive, un poisson. En voyant Cindy faire ami-ami avec Marinette, on ne peut s'empêcher d'entendre résonner une chanson de Juliette Greco: "un petit poisson un petit oiseau...". Enfin, le "porc populiste" incarné par le père de Cindy a un côté plus conventionnel: le lecteur sera sans doute tenté d'imaginer ici la tête de quelque tribun politique d'extrême-quelque chose au visage gras et rose.

 

... et la tentation végétale

Je l'ai dit en début de billet, le narrateur aime bien les fleurs et se découvre un certain plaisir à transformer certains de ces personnages en fleurs - une manière de les tuer et de les magnifier que le lecteur trouvera intrigante. Sans doute est-ce là le mystère de cet ouvrage? L'asocial misanthrope Fulbert Roty, celui dont le nom ne brille pas, est-il condamné à transformer en fleurs celles et ceux qu'il voudrait aimer, afin d'y parvenir réellement? C'est un audacieux paradoxe, de la part de l'auteur, que d'avoir donné à un personnage improbable de sergent poète (un militaire, donc, bien prosaïque) le rôle de souffler à Fulbert Roty l'idée de transformer certaines personnes de son entourage en fleurs. Fulbert Roty en fera son jardin secret...

 

Pour qu'un roman décalé soit autre chose, et surtout davantage qu'un roman décalé, il faut de la rigueur et quelques idées directrices qui confèrent une colonne vertébrale à l'oeuvre. L'auteur des "Cadavres en fleurs" a su conjuguer ces impératifs. Ce roman est donc un succès littéraire, porté par un personnage principal qui, sous des dehors pour le moins peu engageants, saura trouver le chemin du coeur de son lectorat.

 

Elodie Soury-Lavergne, Les cadavres en fleurs, Paris, Dub Editions/Lucie Editions, 2013.

 

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 21:05

hebergeur imageTout est dans le titre: la Société fribourgeoise des écrivains, dont je suis membre, lance un concours d'écriture aux couleurs automnales. En voici les grandes lignes, conformément au courrier adressé à toute organisation intéressée par la société. 

 

Dans le cadre d’une soirée-lecture organisée conjointement par notre société et la BCU, le comité de la Société Fribourgeoise des Ecrivains vous propose de créer un texte que vous aurez le plaisir de lire, s’il est sélectionné, le mardi 8 octobre 2013 à 19h30 dans les locaux de la Bibliothèque Cantonale Universitaire de Fribourg.

 

Les conditions de participation sont les suivantes :

 

  • Le thème est : « Braconniers de mots » (texte automnal)
  • forme d’écriture libre
  • Le texte, muni d’un titre, ne doit pas excéder 3500 signes, espaces compris, et 5 min. de lecture.
  • Il doit nous parvenir en 5 exemplaires signés d’un pseudonyme choisi pour l’occasion.
  • Dans un autre pli fermé, l’auteur veillera à indiquer le titre de l’œuvre, le pseudonyme choisi, ainsi que ses coordonnées (nom, prénom, adresse, numéro de téléphone, adresse électronique et année de naissance).
  • Les textes sont à envoyer par poste à :

 

Madame Françoise Kern

Rue Jacques-Vogt 1

1700 Fribourg

 

et doivent nous parvenir impérativement jusqu’au 13 juin 2013.

 

  • 5 membres du comité sélectionneront une dizaine de textes qui seront lus par leurs auteurs lors de la soirée du 8 octobre 2013 à la BCU. Les choix du jury seront définitifs et ne pourront faire l’objet d’aucune contestation.

 

Alors... à vos plumes, à vos claviers, amis écrivains! Et braconnez tant que vous voudrez!

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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