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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 12:00

hebergeur imageL'information est en train de circuler dans ma région et sur Facebook, je la relance sur mon blog: le mardi 19 mars, je donnerai une lecture de mes modestes oeuvres nouvellistiques et poétiques au Centre Le Phénix, à Fribourg (Suisse), sous le titre d'"Intrigues nouées". Les amoureux des mots sont invités à y assister à partir de 20 h 30. Les mélomanes ne seront pas en reste, puisque la partie musicale sera assurée par le pianiste Jean-Claude Charrez. Au menu donc: de la musique, des nouvelles et des poèmes classiques de votre serviteur. L'événement s'inscrit dans le cadre des lectures de la Société fribourgeoise des écrivains, que je remercie pour son accueil bienveillant. 

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Adresse exacte de cette lecture:

 

Centre Le Phénix

Rue des Alpes 7

1700 Fribourg (Suisse).

 

En serez-vous? Je vous y donne rendez-vous.  

 

PS: il vous est toujours possible de commander le recueil "Le Noeud de l'intrigue"; il suffit pour cela de cliquer sur l'illustration de droite...

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 21:50

hebergeur imageJ'avais prévu le coup, au contraire du Faucon apparemment... C'est pourquoi, ce soir, je ne me suis pas trouvé dépourvu lorsqu'il s'est agi de fêter, avec quelques heures de retard et un vin de circonstance, l'élection de François, alias Jorge Mario Bersaglio, un pape avec lequel je partage un point commun: nous sommes des secondos issus d'au moins un parent italien. François a superbement réussi... et comme dirait l'ami Nicolas, champion d'un autre François, ça s'arrose.

 

Il est vrai que Benoît XVI m'a pris de court: imprudemment, j'ai asséché la bouteille de "Pape noir" que j'avais dans ma cave, quelques semaines avant sa renonciation. Ce vin était capiteux... Mais la France, fille aînée de l'Eglise, n'est pas avare en vins aux noms suggestifs de religion. Compte tenu de cette élection dont il a beaucoup été question, je me suis donc dit que ce serait l'occasion de goûter à nouveau un Châteauneuf-du-Pape.

 

C'est peut-être un cadet dans la prestigieuse appellation des Côtes-du-Rhône, mais force est de constater que ce Châteauneuf-du-Pape "Comte de Terrefont" 2011 a de quoi régaler celui qui le déguste. C'est un vin costaud, qui appelle un repas, l'affaire est entendue. Il recèle cependant une fraîcheur insaisissable mais réelle qui contrebalance, au palais, les 14,5% d'alcool qu'affiche fièrement l'étiquette.

 

Au nez, le dégustateur va être un peu baladé, jusqu'à identifier ce juste milieu entre le poivre et la douceur qu'est, par exemple, le paprika. Cette impression se confirme au moment de déguster, et l'on constate que ce vin trouve un équilibre entre les épices (qui dominent quand même), la fraîcheur et, quand même, le goût du fruit - on songe très vite à des fruits à noyaux, et la contre-étiquette suggère les prunes.

 

Un vin puissant donc, un vin complet et complexe, qu'on conservera volontiers pour de belles occasions et qui accompagnera de bons morceaux de viande. Et comme le producteur promet que ce vin peut se garder huit à dix ans, j'ai envie d'en acheter encore une ou deux bouteilles pour de prochaines élections papales. Après tout, si ce Châteauneuf-du-Pape a de telles qualités après à peine deux ans, qu'en sera-t-il après une période prolongée de vieillissement?

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 21:00

hebergeur imageLu dans le cadre des défis "Royal" et "Thriller" - un parfait "doublé Liliba"!

 

Des chiens, des fourmis, et finalement toute une faune qui cherche à se faire son trou dans ce panier de crabes que peut être la banlieue londonienne. A moins que ce ne soit tout simplement un thriller qui cherche à mettre en avant le côté ennuyeux de certains aspects du genre? Je garde un souvenir assez partagé de ma lecture de "Le Roi des fourmis" de Charles Higson, polardeux anglais connu pour un humour grinçant que je n'ai pas retrouvé de façon bien affirmée dans le roman dont il est question ici. Cela dit, il n'y a pas que des défauts dans cet ouvrage, publié en 1992 et traduit en français par Guy Abadia en 2006.

 

L'incipit au sens large, soit les trois premières pages, paraît quelque peu déroutant, en effet. On y voit apparaître quelques personnages secondaires (Neville, Jason, le Grec), qu'on ne reverra jamais - sans oublier le chien César, qui n'a aucun rôle dans ce roman. Il est dommage que cette scène initiale n'ait pas joué à fond son rôle d'exposition; mais elle a le mérite de renseigner le lecteur sur l'existence d'un personnage principal, Sean Crawley, et la présence d'un tropisme récurrent: celui des animaux, et des chiens. Anecdotique? Oui, jusqu'à la fin, où l'humanité finit par devenir bestiale au moment où l'un des personnages, traumatisé, se met à fonctionner comme un pitbull aux dents acérées. Donc avec ses qualités, certes reconnaissables, et ses regrettables défauts, cette scène aux allures de début de roman social, sans rapport évident avec la suite, retarde un peu l'entrée dans le récit. Pour un thriller, c'est fatal: quelque part, j'ai eu l'impression que le contrat était rompu. 

 

Mais l'auteur va chercher à se rattraper, et cela est méritoire - il se donne de la peine, il en a, et surtout, il prend son temps. Le ton est donné au début (bon, après la scène initiale) lorsque deux personnages, Duke et Sean, discutent de rêves professionnels: Sean aimerait bien être détective plutôt que peintre en bâtiment à la petite semaine, et c'est ce dialogue qui va tout déclencher. Duke va en effet confier une mission à Sean, et dès lors, tout dérape...

 

Et le dérapage majeur tombe après le milieu du livre, sous forme d'homicide comme il se doit. Entre-temps, le lecteur a de nouveau le loisir de s'ennuyer un peu, et c'est à nouveau gênant même si, d'un point de vue strictement littéraire, à savoir d'adéquation entre le fond et la forme, c'est pertinent. L'auteur a en effet voulu montrer que le métier de détective est avant tout fait de planques ennuyeuses et prenantes, passées à suivre une personne sur la demande d'un client. Dès lors, sur de longues, longues pages, le lecteur va voir évoluer Sean Crawley: boire des bières, lire "Goldfinger" de James Bond (qu'il jette à la poubelle - mais le livre se retrouve miraculeusement à nouveau dans ses mains quelques pages plus loin, par la grâce d'une incohérence), voir ses potes, manger, regarder sa montre. L'ennui est donc dépeint avec un bonheur tel que le lecteur finit par le ressentir... alors qu'il s'attend à quelque chose qui, sans être forcément rythmé, donne au moins l'impression d'avancer. On n'enlèvera cependant pas à l'auteur un certain talent pour installer des ambiances tendues qui révèlent ce que Sean Crawley, présenté comme un raté, a sous le capot. Ou pas, si l'on considère son absence totale de scrupules.

 

Revenons d'ailleurs sur le statut de raté qu'on prête à Sean Crawley... j'ai plutôt vu en lui un bonhomme qui se contente de peu mais est prêt à défendre ce minimum, quitte à trouver en lui d'étonnantes ressources, qui n'ont en fait rien à voir avec celles d'un raté. Rythmée (enfin!), violente, habile, millimétrée jusqu'à la dernière phrase (géniale!), la deuxième partie de "Le Roi des fourmis" les fait éclater avec brio. La moralité de ce thriller serait-elle qu'il faut se méfier de l'eau qui dort? Et puisqu'on parle de moralité, peut-on aussi affirmer que "Le Roi des fourmis" est hautement moral? Au fil des pages, on voit Sean Crawley, étudiant en rupture de ban, renoncer à l'alcool et chercher à devenir meilleur en recommençant sa vie ailleurs... Ce serait une piste de lecture un brin puritaine, à ne pas perdre de vue.

 

Au fond, "Le Roi des fourmis" est un roman qui met en scène un personnage infra-ordinaire aux prises avec une adversité qui le met rudement à l'épreuve - et à ce titre, Sean Crawley fait penser au David Miller de "La Ville piège" de Jason Starr (paru chez le même éditeur), sans en avoir le caractère captivant. Il faut un certain temps au lecteur pour comprendre quelle est l'idée du titre du roman, dont on conviendra qu'il a de quoi intriguer, même si la métaphore paraît évidente après coup (indice: la clé se trouve dans un zoo). Après lecture, je conserve donc de ce thriller l'impression d'une bonne idée, servie par quelques trouvailles originales (le filon animalier n'en est qu'une parmi d'autres), mais miné par des choix esthétiques qui nuisent au rythme et à la nervosité qu'on attend du genre littéraire en question. Dommage!

 

Charles Higson, Le Roi des fourmis, Monaco, Editions du Rocher, 2006.

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

les Couples

 

vois la misère des Seuls

          qui s'acoquinent

          par malentendu

vont se palpant en aveugles

sans percer leur visage

obligés à fumer l'ennui

sous les nuages en vogue

Eux s'en vont verticaux

dans les rues compassées

sans plus se sourire à

peine se serrant les mains

          un jour de répit

et se quittent en larmes

cédant aux églises à la Masse

Ils finissent aux Incurables

 

Jude Stéfan (1930- ), Disparates, Paris, Gallimard, 2012.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 16:25

hebergeur imageLu par Jérôme Cayla (auteur de "Mathilde"), Kylie Ravera (auteur de "La Tentation de la pseudo-réciproque")

Défis Littérature belge et Nouvelles.

Le blog de l'auteur.

 

Si les concours de nouvelles ont un mérite, c'est celui de faire connaître des auteurs. C'est en marge de celui organisé par la police de Liège en 2011 que j'ai fait la connaissance de l'écrivain Isabelle Baldacchino: sa contribution et la mienne ont trouvé place dans le recueil collectif de nouvelles "Strip-Tease", publié par Luce Wilquin. De cette publication commune, il m'est resté une curiosité: savoir ce que la talentueuse Isabelle Baldacchino écrivait d'autre. Alors, quand les éditions Quadrature, sises à Louvain-la-Neuve, m'ont proposé de recevoir son premier recueil, "Le manège des amertumes", en échange d'une chronique, je n'ai pas hésité une seconde. Donc merci à l'éditeur... et à Isabelle Baldacchino, pour les heures de lecture!

 

La lecture du blog de l'auteur laisse attendre quelque chose de rigolo et d'ironique. Force est de constater qu'avec "Le manège des amertumes", l'auteur va donc surprendre son lectorat. La nouvelle la plus proche du blog est certes "Journal sporadique", dans le ton si ce n'est dans le propos, mais le lecteur constate bien vite qu'il y a autre chose dans ce premier recueil.

 

C'est que chacune des 105 pages de ce recueil de nouvelles est traversée par un climat d'amertume, dépeint par des personnages qui ont connu une déception, un bonheur non atteint et regretté, ou portent une fêlure. Chaque cas est cependant fort différent, et l'auteur parvient, discrètement, à donner une voix différente à chacun de ses textes - souvent des portraits, qui savent toucher le lecteur. Ses personnages sont un jeune homme apparemment sans histoire, une enfant muette séquestrée par un vieux, une boulangère qui exerce son métier avec fierté, une vieille dame frappée de démence. Et la mort, réelle, probable ou fantasmée, fait partie des sujets qui traversent le recueil. Le coma, sujet du premier texte, n'annonce-t-il pas du reste la couleur?

 

En contrepoint à la question de la mort, il est souvent question, dans "Le manège des amertumes", de l'enfance et des naissances, vécues ou non. A ce titre, la nouvelle "A cet enfant que je n'aurai jamais" fait figure d'entrée en matière sérieuse, en reprenant l'argumentation de celles qui prétendent avoir choisi de ne pas avoir d'enfant: quelle sera la fin du personnage bravache mis en scène? Enfance également dans "Emilie", dont l'histoire paraît faire écho à celle de Natascha Kampusch, et où l'auteur crée, à force de répétitions, la ritournelle d'une personne qui, enfermée entre quatre murs, a perdu la notion commune du temps et s'en est créé une autre, personnelle.

 

Le lien est évidemment celui des amertumes, omniprésentes, et à ce titre, "Le manège des amertumes" fait partie de des ouvrages qui interpellent le lecteur en lui parlant de sa propre existence, à son niveau. Du point de vue de la construction de ce recueil, l'auteur parvient cependant à aller un pas plus loin en offrant une dernière nouvelle, sans doute rédigée pour la circonstance, qui convoque tous les personnages de ce recueil et lui offre ainsi un ruban soigneusement noué pour que tout tienne ensemble. Amer, ironique, dur par moments, ce recueil de nouvelles est donc, plus qu'une série de textes regroupés sous une belle couverture, le fruit d'une réflexion dûment pensée à laquelle l'auteur a offert un cadre évident pour le lecteur. Tant mieux: on se retrouve donc dans une oeuvre complète, qui constitue un petit univers à elle seule.

 

Isabelle Baldacchino, Le manège des amertumes, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2013.

 

Note: la correction du manuscrit a été effectuée conformément aux "recommandations orthographiques de l'Académie française". Cette option mérite un billet à elle seule; ce sera pour un de ces prochains jours!

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:46

hebergeur imagePolar, lu par ABC Polar, Lylalibocou, Marinette.

Lu dans le cadre des défis Premier roman et Thriller.

Merci aux éditions Marabout pour l'envoi.

 

Que penser d'un écrivain de romans policiers qui est le parfait homonyme d'un militaire français très concerné par les fusils? Evidemment, on peut se dire que son seul nom devrait constituer la clé de l'énigme. Et en l'occurrence, ce ne serait pas tout à fait faux. Mais le Nicolas Lebel qui nous préoccupe ce soir est un homme bien de notre temps, linguiste, traducteur et enseignant. Il vient de publier son premier roman policier, "L'heure des fous", aux éditions Marabout.

 

Dès le départ, l'auteur campe une certaine image de la police parisienne. Il soulève la question de la "guerre des polices", sans théoriser la question outre mesure: il préfère la mettre en scène, ce qui est un bon réflexe d'écrivain et l'amène à créer des scènes fort vivantes de négociation entre ses personnages. Ce portrait de la police passe par la peinture des accointances politiques et des petits arrangements, à travers le personnage de Matiblout. Présenter par ailleurs le capitaine Mehrlicht (nous y reviendrons) en train de faire des sudokus au bureau n'est pas très valorisant: la police est-elle un ramassis de glandeurs? Que nenni: celle-ci sort grandie de son enquête, comme il se doit dans un polar. Et en l'espèce, c'est l'esprit d'équipe qui prime, aucun des quatre personnages clés n'émergeant nettement en qualité de leader du groupe. 

 

Cet équilibre entre les meneurs principaux de l'enquête est sans doute dû à leur caractérisation, bien élaborée par leur auteur, et par l'équilibre qui en résulte. Le capitaine Mehrlicht est un personnage intéressant, en ce sens qu'il est très cultivé et souffre de toux dues à la consommation effrénée de Gitanes; le lecteur peut s'identifier à lui en suivant ce qui s'avère une jolie trouvaille stylistique: la comparaison constante de Mehrlicht avec un batracien: c'est physique, certes, mais c'est aussi l'occasion de filer quelques métaphores. Enfin, le nom de ce policier ne peut que rappeler les dernières paroles de Goethe sur son lit de mort. D'emblée, le lecteur sait qu'il a affaire à un intello. D'autant plus que le W tracé dans l'air par l'écrivain allemand à sa dernière heure rappelle un indice précis de "L'Heure des fous", vu au bois de Vincennes.

 

Le lecteur plonge donc en plein dix-neuvième siècle romantique. Victor Hugo trace sa route dans ce roman, ne serait-ce que par son buste à la Sorbonne, coeur de cible du roman. Face à lui, l'auteur place fort opportunément un certain Napoléon III (le Petit selon l'auteur des "Châtiments", mais l'auteur de "L'Heure des fous" tient à remettre quelques pendules à l'heure), instigateur d'un fusil perfectionné que je vous laisse découvrir - indice: ce n'est pas le Lebel.

 

Cela n'empêche pas l'écrivain de se rappeler qu'il est bien de son temps. Sur ce substrat romantique, le récit est donc gorgé de références policières actuelles. En particulier, la toison rousse, les origines bretonnes et le caractère bien trempé de Latour font penser à une certaine Imogène, dans la version francisée qu'en a donnée Dominique Lavanant pour la télévision. Et si le salut à Charles Exbrayat ne fait aucun doute, d'autres voix du policier français se font jour dans ce roman, à travers une astuce (d'autres parleraient de gimmick) bien trouvée par l'auteur: les sonneries fantaisistes du portable de Mehrlicht. Elles font retentir les répliques cultes du cinéma noir français et de Michel Audiard. Il arrive que ces répliques de naguère fassent avancer le schmilblick de façon décisive! Enfin, l'exploration des sous-sols parisiens n'est pas sans rappeler "Le Seigneur des Catacombes" de Patrick Jérôme Lambert, prix du Quai des Orfèvres 2008. 

 

Le lecteur pourra être déconcerté par le positionnement saisonnier du récit: alors qu'il se passe à la fin de l'été, il y est déjà question de saluer l'hiver par le biais d'une flash-mob devant le Centre Pompidou! Les citations de loi incessantes du personnage de Dossantos ont certes quelque chose de répétitif, pour ne pas dire rébarbatif, mais elles sont un moyen intéressant de camper un personnage ayant un sens aigu, quasi extrémiste, de la légalité - une manière forte de dire qu'il a ça dans le sang.

 

Le lecteur de "L'Heure des fous" aura donc le plaisir de découvrir ici un roman policier qui s'inscrit parfaitement dans une certaine tradition à laquelle il rend hommage. Ses racines sont profondes et, en même temps, il se trouve pleinement en phase avec notre époque. Et puis, il y est question d'une ville à l'intérieur de la ville de Paris, et d'un rassemblement des gueux au sein d'une Cour des Miracles moderne dirigée par un nouveau Clopin Trouillefou - ce qui devrait suffire à intriguer les inconditionnels de Victor Hugo et du dix-neuvième siècle. Enfin, quelques répliques et détours de phrases font sourire... il n'en faut pas plus pour faire de "L'Heure des fous" un roman policier de bonne facture, reposant sur des bases historiques solides, bien connues de tous et habilement exploitées, capable de tenir son lecteur en haleine.

 

Nicolas Lebel, L'Heure des fous, Paris, Marabout, 2013.

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

J'aime lorsque mon âme est apaisée. Se laissant doucement bercer par la brise du vent s'échappant de la fenêtre, elle retrouve le bonheur de l'intimité de son Être. 

 

Peurs, doutes et angoisses s'envolent, pour s'élever dans les cieux que le bleu infini étiole. Elle s'enivre alors des douces rêveries de mon esprit comateux, et jusque dans les moindres revers, l'âme se lit comme un grand livre ouvert.

 

Il y a quelque temps, elle s'angoissait encore de ne rien faire. Mais désormais, elle aime s'enivrer de ces instants maintenant en suspens, qui donnent au temps un goût d'éternité.


Caroline Berthet (1974- ), Comme un miroir en mille morceaux, Paris, Les Editions du Panthéon, 2002.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 23:27

hebergeur imageMerci à Frankie pour cette participation au Défi des Mille! Son billet évoque "Le trône de fer" (lecture commune avec Bambi Slaughter, Bouch', Livrons-nous et Trolle) de George R. R. Martin, plus précisément le tome trois de l'intégrale, et il se trouve ici:

 

http://lesescapadesculturellesdefrankie.blogspot.com/2013/02/le-trone-de-fer-integrale-3-de-george.html

 

A qui le tour? Je rappelle que le Défi des Mille est désormais pérenne...

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 21:00

hebergeur imageJe vais vous faire une confession, amis visiteurs de ce blog: depuis hier soir, je suis à fond dans l'oeuvre écrit de Sébastien Ménestrier. Cela devrait s'arrêter bientôt: cet auteur a l'art d'écrire court, et ses deux romans, "Heddad" (La Chambre d'échos, 2008) et "Pendant les combats" (Gallimard, 2013) totalisent à peine 200 pages bien aérées. Mais ce n'est pas la quantité qui compte, et la qualité est là aussi; c'est pourquoi je partage avec vous le plaisir que j'ai eu à découvrir, entre hier et aujourd'hui, "Heddad".

 

Roman, récit, conte même: peu importe la désignation, même si l'auteur a retenu celle de récit. Les ambiances sont celles d'un conte ou d'une fable moderne, avec des décors flous et des accessoires de toujours qui, sachant rester sobres, laissent toute la place aux personnages et à leurs interactions - vues, en l'occurrence, à travers le regard de descendantes du père Heddad, un homme qui aime marcher et devient aveugle peu après la naissance de sa première fille. Et c'est à la petite-fille d'Abraham Heddad que revient le rôle de renouer les fils par l'écrit, en l'occurrence par la tenue d'un cahier.  

 

Le lecteur des deux petits livres de Sébastien Ménestrier découvre un orfèvre de la forme brève. Dans "Heddad", l'auteur recrée une certaine oralité, à l'aide de quelques traits classiques sobrement glissés dans le texte: utilisation de la forme "y'a", omission du "ne" dans les négations, emploi du pronom "on" comme synonyme de "nous" (même dans les cas où "nous" aurait été plus fort, dans l'absolu), et surtout une orientation systématique vers le concret, qui donne chair à "Heddad". Ce sens du concret débouche sur une sensualité du récit, où apparaissent par exemple les cheveux chéris d'une fille. Cela, sans oublier un sens consommé de l'ellipse, qui suggère l'acte sexuel sans jamais le décrire ni le nommer.

 

Cette forme très aboutie se place au service d'une histoire toute simple, comme il se doit, celle d'une famille qui vit en un lieu mal défini, Paris peut-être, ou alors le monde arabe. Au fil des pages, des morts, des fugues et des départs dans la vie, "Heddad" est l'histoire d'éclatements familiaux qui sont autant d'aléas de la vie, et contre lesquels on paraît lutter: "On ne peut pas vivre que du séparé, faut être sérieux deux minutes", serine un personnage. Côté famille, il est du reste piquant de relever que si le père Abraham Heddad aimait marcher et a été un très bon footballeur, son petit-fils devient un coureur de marathon. Atavisme, avez-vous dit?

 

En contrepoint avec la gravité de l'illusoire espoir du maintien de l'unité familiale, se glissent quelques traits d'esprit bien intégrés au récit: Monsieur Sar et Madame Dean paraissent faire écho aux sardines de tente que l'un des personnages ne peut planter devant le palais de justice, et les sardines, ces petits poissons bien connus (!), pourraient trouver place dans l'aquarium qui traverse une partie du récit.

 

"Heddad" est une lecture simple et rapide, qui plonge en permanence dans le concret et recherche sans cesse l'image la plus parlante et la plus forte. La narration est aérée, donnant l'impression de flashes; mais elle n'en est pas moins dense et prenante, et chaque phrase témoigne de la volonté de l'auteur, poétique s'il en est, de faire entendre des voix originales: celles de ses personnages.

 

Sébastien Ménestrier, Heddad, Paris, La Chambre d'échos, 2008.

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 23:18

hebergeur image"Le Kirghizstan, du berger au biznesman": tel est le sous-titre de l'étude "On a mangé nos moutons" de Boris Petric. Le raccourci est certes audacieux, mais il résume avec vigueur ce qu'a été la trajectoire du Kirghizstan, pays montagneux méconnu et ancienne république de l'URSS, de son indépendance (1991) jusqu'à nos jours. L'auteur a la connaissance du terrain; son ouvrage revêt donc l'allure d'un reportage, en particulier grâce aux impressions de réel retranscrites, optimisé par une observation fine qui a tout d'une démarche scientifique - sauf la prise de tête. 

 

Le titre lui-même est étonnant. Il renvoie à quelque chose de très concret, ce qui n'est pas forcément le fait d'un livre scientifique pur et dur. C'est qu'au Kirghizstan, le mouton fait partie des animaux qu'on révère, et qu'on mange en particulier lors de grandes occasions familiales. L'auteur dépeint, dans un premier chapitre emblématique, le mécanisme qui a fait disparaître le mouton de l'horizon productif du Kirghizstan: la disparition du communisme a signé la fin des kolkhozes et, partant, la disparition de l'industrie du mouton, qui était un fleuron régional. Il en est résulté un chômage endémique et, pour le pays, la perte d'un secteur phare: la production de laine.

 

Dès lors, que faire? Au-delà de l'exemple clé du mouton, l'auteur ne s'appesantit pas sur la disparition du secteur productif du Kirghizstan, mais pose simplement que cet Etat ne produit plus rien, ou presque. Sur cette base, "On a mangé nos moutons" va illustrer quelques-uns des procédés utilisés par le Kirghizstan pour faire tourner son économie.

 

De ce point de vue, le lecteur retiendra deux ou trois éléments importants, et qui lui suggèreront que l'économie kirghize dépend beaucoup de l'extérieur: l'émergence d'une économie de bazar, qui fait la fortune des grossistes, et que l'auteur illustre en suivant Askar Salimbekov, propriétaire du bazar historique Dordoï. Un personnage non dépourvu de culture, opulent, qui s'exprime en toute liberté en dépit d'un précédent fâcheux avec la voyageuse française Amandine Roche, qui a obligé l'auteur de "On a mangé nos moutons" à regagner une confiance perdue. Autre mécanisme de rentrée de recettes, l'auteur se penche sur la diaspora kirghize, fière de s'expatrier parce qu'elle conçoit le départ vers des métropoles comme Moscou comme un passage initiatique et une chance de fortune - même si cela doit passer par l'exercice de fonctions ingrates: serveur, éboueur, etc. Nourri par des témoignages d'expatriés parfois victimes de racisme et de discriminations, le chapitre qui est consacré à ce phénomène ("La faillite de la maison commune", 4) expose de façon claire les risques et les chances des expatriés, dessinant un exemple de "mondialisation par le bas".

 

Enfin, les ONG sont devenues, pour le Kirghizstan, une manière de capter des fonds internationaux, à la satisfaction de tous. L'auteur en fait un cas particulier, qu'il observe de près: il y a des Kirghizes qui sont incités à créer leur propre ONG pour subvenir à leurs besoins, à ceux de leur entourage ou d'une certaine clientèle, et les ONG internationales, à l'instar d'Helvetas, qui développe là-bas un certain tourisme durable (voir le prologue, qui a de quoi faire sourire). Et qui dit ONG pense évidemment surveillance des élections; l'auteur a pu assister au travail des observateurs internationaux de l'OSCE, et relate cette expérience avec précision, sans concession, offrant sa propre analyse du processus électoral du pays et d'un monde politique certes pluriel, mais où on bourre encore les urnes et où le clientélisme reste présent, un homme puissant s'assurant les votes de son entourage afin de devenir parlementaire pour obtenir une immunité qui le prémunit des aléas du droit. 

 

Enfin, l'auteur dégage de son observation les lignes d'une nouvelle forme de gouvernance où des ONG, par essence internationales, viennent se mêler d'affaires intérieures (les élections). Il est admis qu'aujourd'hui, des experts issus d'Etats démocratiques d'expérience, le plus souvent occidentaux, vont surveiller des élections dans des pays en transition; mais qui sait si, à terme et dans une même dynamique transnationale, ce ne seront pas des observateurs de ces mêmes pays en transition qui viendront surveiller des élections dans nos vieilles démocraties? C'est sur cette question hardie, entre autres, que l'auteur laisse son lecteur, après avoir brossé le portrait d'un Kirghizstan laboratoire des évolutions de la démocratie, où les moutons paraissent soudain bien loin... 

 

Boris Petric, On a mangé nos moutons, Paris, Belin, 2013.

 

A noter enfin que le Kirghizstan est surnommé "la Suisse de l'Asie centrale" par deux sources concordantes, mais pas pour les mêmes raisons: si Boris Petric trouve la source de ce surnom dans l'omniprésence des ONG, le couple suisse Colette Dahan/Emmanuel Mingasson, qui l'a visité dans le cadre d'un voyage aventureux sur les traces des produits laitiers d'Asie centrale, considère que ce surnom est dû au caractère montagneux de ces deux pays. Je vous recommande leur site, qui est fascinant: Un an sur la route du lait  

 

Lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio. Merci aux éditions Belin pour l'envoi!

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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