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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 22:28

Lu par hebergeur imageFragments du paradis, Goliath.

Lu dans le cadre des défis Littérature belge et Nouvelles.

 

Des vies. Et des fractures. Et pour finir, à chaque fois ou presque, une sortie par le haut. Telle est l'impression qui se dégage des dix-sept nouvelles du recueil "Cruise control", premier opus d'Aliénor Debrocq. Native de Mons, lauréate de concours de nouvelles tels que celui organisé par la police de Liège en 2012 (pour "Tambouille Tandem" - j'y avais participé avec succès en 2011, pour ma part), cette écrivain belge relate des destinées humaines, le plus souvent féminines, parfaitement actuelles, dans un style empreint de modernité, tant par la forme que les sujets abordés - entre autres celui du monde de l'entreprise ou, comme dans "Groopy", celui des consommateurs à l'affut des bonnes affaires.

 

Très vite, le lecteur va être frappé par un procédé constant, utilisé dans la plupart des nouvelles du recueil: la répétition de phrases et de groupes de phrases en vue de constituer un leitmotiv, perceptible pour le lecteur. Plutôt qu'une impression de déjà-lu, il verra ici un procédé du ressassement des idées fortes du texte, à partir desquelles l'auteur énonce des idées diverses.

 

Le penchant pour la phrase courte est l'autre caractéristique visible de l'auteur de "Cruise Control". En début de nouvelle, ce choix permet d'accrocher le lecteur en collant à son souffle, encore court en début de lecture. Cette brièveté des phrases peut, dans ce recueil, confiner à un style télégraphique ou à une certaine sécheresse, comme dans "Vierge Tagada", structuré en fonction d'un horaire. La sécheresse et la brièveté des phrases se justifient cependant ici par l'idée sous-jacente d'un licenciement signifié dans un délai extrêmement court.

 

Et puis, il y a cette idée de "s'en sortir par le haut", joliment illustrée par la nouvelle "Décloisonnée", qui relate la destinée d'une employée un peu plus modèle qu'il ne le faudrait. L'auteur parvient à décloisonner son personnage principal en le faisant passer d'un bureau paysager (décloisonné par excellence) à un bureau ordinaire (cloisonné car individuel). Paradoxal, le croisement finit par constituer un joli réseau de situations.

 

Il y a aussi, dans ce recueil, un goût pour le détail qui, petit à petit, fait avancer les personnages d'un état à l'autre. "Les douze volées", première nouvelle du recueil, fonctionne parfaitement ainsi, démontrant que c'est par de petites choses, parfois inattendues, qu'on peut faire son deuil - même en haut d'un grand immeuble.

 

On peut regretter quelques personnages convenus (on trouvera un curé paillard dans le recueil) et la relation finalement déjà vue de quelques réflexions misogynes; mais c'est assez peu de chose face à une écriture d'une personnalité certaine, dont on retiendra une certaine amertume, adoucie par des fins de récit qui, toujours, suggèrent une issue praticable et honorable à des situations sans issue a priori. La vie, après tout, ce sont des choix, suggère la nouvelle "Des choix déchus"; mais celle-ci souffle aussi qu'à certaines conditions, ces choix peuvent être remis en question: l'existence offre toujours une deuxième chance ou une échappatoire.

 

Aliénor Debrocq, Cruise control, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2013.

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 07:21

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

La capitale

 

L'énorme capitale est un fruit douloureux.
Son écorce effondrée et ses pulpes trop mûres
Teignent opulemment leurs riches pourritures
D'ors verts, de violets, et de roux phosphoreux.

 

Lâchant un jus épais, douceâtre et cancéreux,
Ses spongieuses chairs fondent sous les morsures,
Et ses poisons pensifs font germer les luxures
Et les péchés malsains dans les cerveaux fiévreux.

 

Tel est son goût exquis, tel son piment bizarre,
- Gingembre macéré dans un élixir rare, -
Que j'y plongeai mes dents avec avidité.

 

J'ai mangé du vertige et bu de la folie.
Et c'est pourquoi je traîne un corps débilité
Où ma jeunesse meurt dans ma force abolie.

 

Iwan Gilkin (1858-1924). Source.

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 16:48

Dans le sillage du centenaire de la naissance de Corinna Bille, les éditions InFolio ont eu la bonne idée de publier l'an passé, dans leur collection "Le Cippe" (dirigée par le poète suisse Patrick Amstutz), deux petits ouvrages de littérature secondaire portant sur Corinna Bille et son oeuvre. Le premier est une étude consacrée à "Théoda", premier roman de l'auteur, et le deuxième est un hommage collectif.

 

hebergeur imageSignée Pierre-François Mettan, l'étude "Théoda de S. Corinna Bille" aborde l'oeuvre sous ses divers aspects. Une mise en contexte en constitue le début, avec entre autres les liens qui rattachent l'auteure valaisanne à Charles-Ferdinand Ramuz - ainsi que ce qui éloigne les deux écrivains, à savoir, pour Corinna Bille, le rejet de la "langue-geste" et du roman parlant typiques de Ramuz. Il y est également question de la manière dont Corinna Bille a exploité sa vie personnelle pour en tirer "Théoda" - sans parler, bien sûr, du fait divers qui en constitue le socle. En conclusion enfin, et c'est une partie fort instructive, l'auteur évoque d'autres oeuvres de l'auteur, entre autres "La Fraise noire", et met en évidence leurs liens avec "Théoda". Cet ouvrage pourra paraître un peu théorique au lecteur qui n'a pas lu "Théoda"; mais il saura aussi l'inciter à s'y plonger. Et il sera fort utile à toute personne désireuse d'approfondir sa lecture du premier roman de Corinna Bille.

 

hebergeur imageGénéraliste, le petit livre "Cippe à Corinna Bille, un recueil d'hommages" se caractérise par la diversité de voix et des regards portés sur l'écrivain: trente-cinq auteurs et quinze artistes y ont contribué, sous les formes les plus diverses. Leurs profils sont en effet variables: chercheurs, artistes, personnes ayant côtoyé l'écrivain, poètes, témoins, personnalités politiques même (avec la députée Géraldine Savary). Le lecteur relèvera ici, par exemple, le témoignage de l'écrivain Blaise Hofmann qui, en sa qualité d'enseignant, a abordé "Théoda" en cours avec des lycéens. Ou le portrait de femme que Florence Heiniger, journaliste littéraire, brosse du personnage de Théoda. Certains textes pointent des aspects de la vie de l'auteur, par exemple la contribution de Gilberte Favre, biographe, qui rappelle que Corinna Bille reste fort populaire au Liban. Enfin, les contributions artistiques constituent un intéressant contrepoint visuel au propos. Au terme de sa lecture, le lecteur aura ainsi eu l'impression de parcourir une mosaïque recréant un portrait vivant et détaillé de l'écrivaine valaisanne.

 

Pierre-François Mettan, Théoda de S. Corinna Bille, Gollion, InFolio/Le Cippe, 2012.

Collectif, Cippe à Corinna Bille, un recueil d'hommages, Gollion, InFolio/Le Cippe, 2012.

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 06:53

hebergeur imageLu dans le cadre du défi "Nouvelles".

 

L'écrivaine suisse Corinna Bille aurait eu cent ans l'an dernier. Il était donc grand temps que je m'y remette, et l'occasion m'en a été donnée ce printemps, lorsqu'on m'a prié d'animer dans le cadre du Salon du Livre de Genève, une table ronde sur celle qui, en 1975, obtint la bourse Goncourt de la nouvelle. En plus de deux excellents ouvrages de littérature secondaire, un supplément de chance a mis entre mes mains "La Fraise noire", recueil de nouvelles publié pour la première fois par la Guilde du Livre, un éditeur suisse, en 1968, et réédité en 1976 et en 1999 par Gallimard.

 

"Pourvu qu'une histoire ne me vienne pas en ce moment!", craignait l'auteur lorsqu'elle s'affairait aux tâches du ménage, tant il est vrai que sans cesse, elle ressentait l'irrésistible besoin d'écrire. Cette aisance transparaît dans les textes recueillis dans "La Fraise noire". Classique, leur style est empreint d'une grande simplicité et d'une spontanéité indéniable, loin des "alambics" que l'auteur disait détester. Ce qui n'empêche pas le soin apporté à la musicalité du texte et au travail de la parole des personnages. Ni l'amour du détail, d'ailleurs: si l'issue de "Ma forêt, mon fleuve" est un peu attendue, cette nouvelle doit sa richesse à l'observation fine de la maturation sentimentale de la narratrice - adroitement structurée sous la forme d'un journal. Et sans insister lourdement sur la peinture de la région où ses récits se déroulent, l'auteur n'hésite pas à utiliser, à l'occasion, un mot rare et précieux pour désigner un élément naturel avec exactitude.

 

Cette fraîcheur est mise au service d'une certaine vision du Valais du vingtième siècle. Une vision sans fausse nostalgie, sans recherche d'esthétisme controuvé, qui consacrerait une époque aussi belle que révolue et imaginaire. Au contraire, l'auteur ne recule pas devant la confrontation entre un Valais ancestral et l'irruption de la modernité. Si la nouvelle "La Fraise noire" prend des allures de vendetta corse, "Toute la vie devant moi" met en scène la diaspora des ouvriers italiens installés en Suisse, avec leur propre mentalité. Le surnom du personnage principal masculin de cette nouvelle est "Tête-de-mort", suggérant le caractère mortel de toute vie, en contrepoint à ce que suggère le titre.

 

Il y a aussi, chez Corinna Bille, le goût des personnages qui se détachent de leur entourage, qui jurent, que ce soit par les couleurs, par leur attitude, par leur histoire en un mot. La femme qui évolue dans "La Fraise noire" a donc deux hommes dans sa vie, en plus de son mari, une situation atypique. On se souviendra d'ailleurs que cette nouvelle constitue le développement d'un épisode originellement prévu pour "Théoda", premier roman de l'écrivain, abandonné en cours de route - puis repris sous une forme nouvelle. Et Dieu sait que Théoda, femme venue d'ailleurs et installée en Valais au côté de son mari, jamais totalement acceptée par son entourage, dépeinte comme trop belle, trop colorée, représente l'archétype de la figure qui se détache du décor.

 

Simplicité, modernité, soin du détail: pour ces raisons, il faut lire ou relire Corinna Bille, qui a su saisir une époque et sait observer avec finesse les âmes humaines de ses personnages, avec une prédilection pour celles des fous, des ivrognes et de celles et ceux qui sortent de l'ordinaire par un trait de leur existence.

 

Corinna Bille, La Fraise noire, Paris, Gallimard, 1999, préface de Dominique Aury.

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 20:34

hebergeur imageL'exquise blogueuse Liliba me décerne le Liebster Award - Gloire! Et merci à elle!

 

A tout honneur répond une contrainte... ici, il me faut répondre à 11 questions concoctées par Liliba et en inventer onze autres à l'adresse des personnes que je vais récompenser à mon tour. Donc, go!

 

Avant tout, je tague Madimado, L'Amiral, Lystig, Alex, Natiora, Gangoueus, Missycornish, Cécile, Skandal, Falconhill, Mélusine. Et naturellement, je vous décerne, à toutes et à tous, le fameux Liebster Award!

 

Votre mandat: répondre aux onze questions recensées sous B. Puis taguer onze de vos amis à vous, en leur posant à votre tour onze questions de votre cru. Sans oublier un petit lien vers celui qui vous tague, à votre bon coeur!...

 

A. Les questions de Liliba.

 

  1. Bloguer, c’est bien. Mais quelle place votre blog tient-il dans votre vie? Une place essentiellement vespérale pour ce qui est de l'activité proprement dite. Sinon, des réflexions souvent existentielles durant la journée. Par exemple des idées de questions et de réponses à ce tag.
  2. Citez une ou plusieurs choses qui vous rendent folle (fou) de rage. Euh, à part les produits Star destinés aux traducteurs, et qui n'ont probablement pas été développés par des personnes qui connaissent les besoins desdits traducteurs, peu de chose.
  3. Et quelque chose qui vous fait fondre instantanément de plaisir ou bien de bonheur. Euh... essayez!
  4. Quel personnage auriez-vous aimé être, et pourquoi? (d’autrefois ou de maintenant, de l’histoire, du show-bizz ou du monde politique…). Il y en a tant... et pourquoi ne deviendrais-je pas, à mon tour, un personnage historique? Par exemple en écrivant un beau roman qui marquera les âmes et les coeurs?
  5. Qu’est-ce que la folie pour vous? Peu de chose, et beaucoup à la fois: trois mois à Paris, un billet gagnant au Tribolo, un rêve réalisé, une soirée entre amis...
  6. Un gros regret dans votre vie? Ne pas avoir étudié le latin à l'université. Ne pas être devenu diplomate. J'ai fait mon deuil de devenir chef d'orchestre; j'espère être au moins un écrivain pas trop raté et un blogueur correct. Au boulot, comme qui dirait!
  7. Demain on rase gratis… qu’est-ce que vous remettez toujours au lendemain ? Etes-vous adepte de la procrastination? Procrastination? Terrible! Notamment pour le courrier...
  8. Vous a-t-on déjà fait une surprise, une vraie? bonne ou mauvaise? Est-ce que vous aimez ça? Oui et non... c'est plus agréable quand la surprise est bonne, bien sûr. Sinon, c'est juste une catastrophe du quotidien à gérer en plus.
  9. Demain, vous n’avez plus besoin de gagner votre vie. Comment occupez-vous votre temps? A écrire des nouvelles, des romans, des poèmes, tout le bazar. Et à passer du temps en famille.
  10. Un rêve fou? Voir question 9. Avec un ajout: bloquer un peu de temps pour recevoir le Prix Nobel de littérature. Tant qu'à faire un rêve fou...
  11. Dites-vous facilement aux gens qui vous tiennent à cœur que vous les aimez? Non. Même si je le ressens très fort.

 

B. Celles que je pose aux personnes taguées.

 

1. Si vous étiez un arbre, lequel seriez-vous?

2. Quelle chanson avez-vous spontanément eue à l'esprit sous la douche ce matin?

3. Quel est votre arrondissement parisien préféré?

4. Qui aimeriez-vous tuer, ici et maintenant?

5. Et qui aimeriez-vous embrasser éperdument, ici et maintenant?

6. Quel est votre animal fétiche?

7. S'il ne vous restait qu'un seul appel téléphonique, à qui le passeriez-vous?

8. Quel est le dernier livre que vous avez lu?

9. Indiquez votre couleur préférée, et dites pourquoi vous l'appréciez.

10. Que ressentez-vous face à une feuille blanche?

11. Votre verre de bière (de vin, de cocktail...) est vide. Comment réagissez-vous?

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Tags
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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 21:52

hebergeur imageIls en ont bu aussi: Buddha, Vinnegos (source de l'illustration), Winsor Choice.

 

Décidément, la SCA les Vignerons d'Estézargues garde quelques surprises fort agréables dans ses celliers. C'est ainsi qu'aujourd'hui, j'ai eu le plaisir de déguster un Costières de Nîmes AOC, millésime 2010, qui vient de chez eux. Le contenu? 70% de syrah, 30% de grenache. Le produit est bio, et non filtré; il titre à 14% d'alcool. C'est du plaisir pour les papilles et pour le nez.

 

Nommé "Domaine de Périllière", ce vin rouge fait partie de ceux qui pourraient faire des amateurs de vins des dégustateurs d'étiquettes: originale, celle de ce nectar a été créée par les écoliers d'Estézargues, et représente un caviste, et un tracteur avec une remorque. De quoi trancher avec les sujets qui apparaissent généralement sur les étiquettes! Il serait cependant intéressant de savoir pourquoi les enfants des écoles ont été intégrés à la production de l'étiquette d'un breuvage destiné à des adultes.

 

Et dans le verre, qu'en est-il? Concernant le regard, le breuvage, un vin rouge, est des plus sombres: pour ainsi dire, il porte une robe noire des plus élégantes. Le nez s'avère entêtant, presque piquant. Côté goût, enfin, c'est un peu complexe, mais on sent remonter, si l'on est attentif, des arômes de mûres ou de fruits noirs, et on se laissera séduire par une fraîcheur persistante qui suggère une certaine minéralité: suffisamment pour rappeler qu'un bon vin doit rappeler qu'il est issu de la terre .

 

Ce vin est des plus équilibrés et agréables, tout en rondeur, et s'il est fruité, il recèle aussi une toute petite pointe d'acidité et des notes poivrées qui n'enlèvent rien à son caractère principal: c'est un vin conçu avant tout sur la base du goût du fruit, et qui saura séduire une équipe d'amis.

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Le matin

 

Et la première est d'un matin
Dit tout en bleu, dit tout en blanc,
Et la première est d'un matin
Ici pour le commencement,

De paix d'abord, cloches sonnant,
Et Flandre étant - Vive la Rose -
Douce à chacun à sa façon,
Suivant son bien, suivant ses choses.

Or Mai mettant les fleurs en cause,
Et la première est d'un matin,
Or Mai mettant les fleurs en cause,
Et la première est d'un jardin,

Voici qu'il sent le romarin,
Et qu'on dirait - Vive la Vie -
Voici qu'il sent le romarin,
Et qu'on dirait qu'on se marie,

Et la première est d'un matin
Ainsi de paix et d'ornement,
Avec du pain, avec du vin,
Ici pour le commencement.

 

Max Elskamp (1862-1931).

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 00:35

 

hebergeur imageDeux journées au Salon du livre de Genève 2013, plein de dictées mais pas seulement: cette année fut un peu différente des précédentes pour moi, en ce qui concerne la grand-messe livresque annuelle du bout du lac.

 

Alors certes, il y eut les incontournables dictées. J'ai fini troisième, aujourd'hui, à la rituelle dictée concoctée par Darius Rochebin pour le magazine L'Hebdo, ce qui m'a valu un bon d'achat dans une librairie. Avec une seule faute pour ma pomme, je vous laisse imaginer que ça s'est joué dans un mouchoir de poche: premier, Benoît Delafontaine a signé un zéro faute; son dauphin, Guy Deschamps, n'a eu qu'une petite demi-faute. La quatrième place est revenue à Eveline Jaques, amoureuse des dictées de longue date. Le texte? Il dressait un portrait un brin acide des écrivains qui hantent les salons du livre. Aujourd'hui aussi, il y a eu la demi-finale du championnat suisse d'orthographe. Francis Klotz a embarqué son monde en Russie et au Turkménistan, dans un texte à l'exotisme parfait. J me suis compté deux fautes.

 

Il y a du nouveau du côté de la dictée de la Tribune de Genève, que j'ai faite mercredi et non samedi: désormais, la dictée est enregistrée sur un CD que les candidats peuvent écouter, bien assis face à une table confortable. Exercice à la fois étonnant et confortable: certes, il n'y a pas la communion dans l'épreuve, telle qu'elle peut exister lorsqu'une personne dicte un texte à plusieurs dizaines de candidats; mais d'un autre côté, l'écoute au casque permet de s'isoler un peu du brouhaha indissociable des grands salons. Et puis, si ça va trop vite, il est toujours plus facile d'arrêter un disque compact qu'un dicteur!

 

Mercredi, justement, je me suis retrouvé à animer un débat sur l'écrivain suisse Corinna Bille, dont j'aurai l'occasion de reparler ici. Une première pour moi, face à un joli parterre de connaisseurs: Pierre-François Mettan, Florence Heiniger, Blaise Hofmann et Gilberte Favre - qui ont tous signé une contribution dans un petit recueil d'hommages récemment paru. La table ronde fut brève, mais je crois que nous avons fait le tour du sujet, à l'attention d'une bonne vingtaine d'auditeurs attentifs.

hebergeur image

 

Côté visite, le Salon du Livre 2013 s'est caractérisé par un grand chamboulement de l'agencement - pas forcément pour le pire, puisque les allées sont désormais plus larges. Pour me piloter, j'ai tenté de répondre au quiz organisé par l'Association vaudoise des écrivains. La bonne réponse à la question 22 était "Daniel Fattore", ce qui m'a paru relativement facile; pour le reste, j'ai dû creuser un peu, rechercher des stands, farfouiller, poser des questions. J'ai répondu au hasard aux cinq ou six dernières questions; mais l'exercice m'a vraiment servi de guide de visite. Merci à l'Association vaudoise des écrivains, donc.

 

Il faudrait encore parler du concours de dactylographie du "Courrier", des rencontres avec des écrivains de talent tels (liste non exhaustive) Isabelle Aeschlimann (son premier roman, "Un été de trop", cartonne), Michaël Perruchoud (dont "Passagère" laisse de bons souvenirs à plus d'un lecteur), Guillaume Favre (dont j'ai lu et commenté le premier roman, "Les Choses qui sauvent"), Claude Darbellay, Bettina Stepczynski, Rachel Maeder, Bénédicte Gandois et Bernard Crausaz des éditions de la Maison Rose, Fred Bocquet (vous vous souvenez de "La Ricarde"?)... Sans oublier José Roosevelt, aujourd'hui dessinateur de bandes dessinées. Autant dire que mon Salon du Livre 2013 aura été celui des rencontres heureuses, autant sinon plus que celui des achats de livres.

 

Photos: logo du salon; Isabelle Falconnier, présidente, au Salon du Livre en 2012 (source: Le Temps).

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Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:06

hebergeur imageLu par Alfred Eibel.

Le site de l'auteur: Marc Villard.

 

Les écrivains sont des personnes comme les autres, un peu crabes, un peu sympas, un peu dragueurs, un peu bêtes et un peu géniaux. L'exercice de démystification est dès lors tentant pour n'importe quel auteur, et Marc Villard s'y est collé l'espace des 95 pages de son petit roman "Avoir les boules à Istanbul". Un titre qui n'annonce pas grand-chose, puisque le narrateur est un auteur de romans policiers qui travaille dans une résidence creusoise, à Blainville plus précisément, où transitent plusieurs écrivains.

 

Paradoxes et pertinence du journal

L'auteur choisit la forme d'un journal, plus par convention que pour faire vrai, même si l'ouvrage est sous-titré "Journal d'un écrivain en résidence": si le découpage du roman respecte les jours et en donne à chaque fois un flash marquant, la transcription des dialogues et des épisodes a tout du roman. L'accent mis sur l'action plutôt que sur l'introspection peut paraître paradoxale dans un journal; elle est cependant acceptable pour le lecteur, s'il considère que celui qui tient son journal est un auteur de romans policiers, dont l'oeuvre est forcément portée sur l'action.

 

La mise en scène du récit dans un faux journal peut aussi être vue comme un écho aux mises en scènes téléphoniques auxquelles s'adonne le narrateur, qui se fait appeler régulièrement par son éditeur pour avoir avec lui des conversations factices qui lui donnent de l'importance.

 

Enfin, la forme du journal est apte à restituer de manière crédible une histoire où il ne se passe pas grand-chose. C'est un choix de l'auteur; il est regrettable, cependant, qu'il n'ait pas exploité de manière plus approfondie ou plus suivie certains éléments de départ, tel le personnage de Cynthia, l'épouse délaissée de l'écrivain, qui réclame sa part des lingots d'or qu'il cache chez lui. C'est un regret: quelques pages de plus auraient été fort appréciées!

 

La brièveté d'une esquisse

L'ouvrage est bref, je l'ai dit; il a tout de l'esquisse, également. Le narrateur est doté de quelques défauts sommaires: c'est un dragueur impénitent, résolu à défaut d'être toujours fin, et cynique. Ces traits traversent l'ouvrage comme une constante. Ils font contrepoint à la transcription des dialogues entre les autres écrivains, souvent plus préoccupés par d'hypothétiques subventions que par l'accomplissement de leur oeuvre. Les petites manies de chacun sont aussi évoquées: écriture à l'extérieur, pipelettage, etc. Cela, sans oublier les tirages minables et la vente de livres dans les kermesses - dont on se console en se disant que le vrai public est là. Autant de petits travers qui, mis bout à bout, donnent à voir des écrivains finalement fort humains.

 

Enfin, avec un personnage aussi cynique que le narrateur, le lecteur va s'amuser à plus d'une reprise face à l'ironie féroce qui éclate à plus d'un coin de page. Quant au style, il adopte la décontraction et la rapidité d'un roman policier, ce qui va de soi; il est aussi très agréable, dynamique et sans fioritures excessives. Enfin, tout paraît inventé, à part le département de la Creuse (cadre du livre - mais s'il y a un Blainville au Québec, il n'y en a pas dans le département de Georges Nigremont) et quelques noms d'écrivains (tel Patrice Delbourg). Mais qui sait si, pour créer les divers personnages d'écrivains (poètes, romanciers, etc.) qui se côtoient ici, l'auteur n'a pas pensé à des personnes existantes? L'auteur ne donne pas de clé, mais il n'est sans doute pas interdit de conjecturer...

 

Marc Villard, Avoir les boules à Istanbul, Nantes, L'Atalante, 2012.

 

 

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 20:45

hebergeur imageNé en 1949, Jean Tabi-Manga est un linguiste et universitaire camerounais, ancien recteur de l'université de Yaoundé I. C'est à ce titre qu'il a signé en 2000 l'important ouvrage "Les politiques linguistiques du Cameroun, essai d'aménagement linguistique", qui explore dans le détail, sous ses aspects les plus divers, le complexe contexte linguistique camerounais.

 

Ce contexte a été marqué par la présence successive des Allemands, des Français et des Anglais, qui ont tous laissé en héritage un peu de leur langue et de leur culture au moment de l'indépendance, après avoir tenté, successivement, de comprendre et d'agencer la situation linguistique au Cameroun, caractérisée par une "diversité incomparable des langues". Dans les trois premiers chapitres, l'auteur adopte une méthode historique qui décrit les évolutions successives: rôles de la Baptist Missionary Society, de la mission de Bâle et des Pallotins, émergence du pidgin-english, conflits linguistiques dus à la prééminence accordée à la langue duala. Documents à l'appui, l'auteur rappelle également les divers modèles d'aménagement linguistique tentés par les Français et les Anglais, soucieux de donner sa place à chaque langue, que ce soit dans les contacts avec l'administration, la scolarisation, etc. Cela, tout en soulignant la demande, de la part des indigènes au temps des Anglais et des Français, d'apprendre la langue de ceux-ci, perçue comme un instrument d'émancipation.

 

Dans les chapitres 4 et suivants, l'auteur se concentre sur la situation qui prévaut depuis l'indépendance. Le lecteur sera intéressé par la cartographie linguistique détaillée proposée par le chapitre 4, qui décrit de manière détaillée et structurée, région par région, les langues nationales camerounaises, sur la base des travaux de l'Atlas linguistique du Cameroun (ALCAM). Quant aux situations d'utilisation de ces langues, elles sont décrites plus loin. Le chapitre 5 identifie une forme originale de bilinguisme institutionnel camerounais où le français et l'anglais coexistent comme langues officielles. L'avantage revient ici au français, qui n'est pas concurrencé par le pidgin-english dans son usage véhiculaire. Quelques exemples frappants sont évoqués, telle l'université bilingue de Yaoundé ou les efforts menés en vue d'un bilinguisme scolaire (projet officiel "Opération Bilinguisme").

 

En particulier, il est savoureux de parcourir la description que l'auteur fait du "camfranglais", ce mélange typique d'anglais, de français et de langues nationales qui vit depuis les années 1990 chez certaines populations camerounaises. Un langage présenté comme vivace, sans cesse mouvants, avant tout oral même s'il s'écrit parfois, dans une certaine presse ou pour le théâtre. L'auteur relève également le lexique et les procédés de formations de mots français typiques du Cameroun. Loin de toute ambition de pittoresque, cette démarche débouche sur la notion de "langue seconde" qu'il confère au français: pour le locuteur camerounais, elle coexiste avec la langue nationale (qui est la langue maternelle) et se caractérise par une convivialité certaine et par une réappropriation - contrairement à ce que serait le français langue étrangère, privilégiée ou non.

 

Ainsi, de l'école à la radio et à la télévision, des différentes strates de la société aux relations entretenues avec l'Etat, l'auteur brosse de manière détaillée, tantôt descriptive, tantôt analytique voire critique, un tableau captivant de la situation linguistique au Cameroun. A la fois bilan, manuel et travail de recherche, "Les politiques linguistiques du Cameroun" émet enfin quelques propositions en vue d'endiguer un libéralisme linguistique qui ne lui paraît pas satisfaisant. Il développe des modèles de compétences linguistiques quadrilingues qui font appel aux principales langues nationales et véhiculaires usitées au Cameroun, en plus des langues officielles.

 

Jean Tabi-Manga, Les politiques linguistiques du Cameroun, essai d'aménagement linguistique, Paris, Karthala, 2000.


Pour en savoir plus, voir également la recension de Sénamin Amédégnato, ici.

 

 

 

 

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"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.