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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Matin sur le port

 

Le soleil, par degrés, de la brume émergeant,
Dore la vieille tour et le haut des mâtures ;
Et, jetant son filet sur les vagues obscures,
Fait scintiller la mer dans ses mailles d’argent.

Voici surgir, touchés par un rayon lointain,
Des portiques de marbre et des architectures ;
Et le vent épicé fait rêver d’aventures
Dans la clarté limpide et fine du matin.

L’étendard déployé sur l’arsenal palpite ;
Et de petits enfants, qu’un jeu frivole excite,
Font sonner en courant les anneaux du vieux mur.

Pendant qu’un beau vaisseau, peint de pourpre et d’azur
Bondissant et léger sur l’écume sonore,
S’en va, tout frissonnant de voiles, dans l’aurore.

 

Albert Samain (1858-1900), Le chariot d’or. Source.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 20:13

hebergeur image"Réveillez le David Guetta qui sommeille en vous!", invite ambitieusement Lolobobo pour lancer la Radio des blogueurs de l'été 2013, quatrième du nom. Elle démarre aujourd'hui même, jour de la fête de la musique et du début de l'été.

 

Je reprends les règles du jeu sans y changer une virgule, en invitant les blogueurs qui passent par ici à participer aussi - sans oublier de s'inscrire chez Lolobobo (depuis ici, cliquer sur le logo, ici à gauche):

 

Ami(e) Blogueur(gueuse), la quatrième saison de la radio des blogueurs commence aujourd'hui, et tu vas pouvoir y participer. Le principe est toujours le même.

  • Tu choisis ton tube des étés passés, présent ou futurs.
  • Tu fais un billet sur ton blog où tu raconte au choix: pourquoi c'est ton tube de l'été, ou l'histoire de ton tube de l'été ou ton souvenir estival qui va avec le tube.
  • Tu fais un lien sur le billet de blog de la radio des blogueurs (pour que je retrouve ton blog et ton tube).
  • Tu linke un(e) (ou des) copains et copines blogueurs(euses) pour les inviter à participer.
  • Après, tu ne t'occupe plus de rien, ton blog et ta chanson rejoignent le player de la radio, et tu n'as plus qu'a découvrir et redécouvrir des musiciens pleins de talent (ou peut être pas si pleins de talent que ça).

Et oui, tu peux proposer tout type de musique, du métal au classique, du tube de tes étés d'adolescent échevelé et boutonneux, au morceau qui te fait vibrer ces dernières semaines. Bref, fais toi plaisir, et prépare toi à découvrir plein de blogs et de musique à partir de samedi prochain.

 

Et hop, je propose l'ouverture de Tannhäuser, dans une version pour orgue seul jouée par Jonathan Scott. Perso, je trouve que c'est un arrangement épatant, je l'ai déjà partagé çà et là, et je ne m'en lasse pas. C'est virtuose, c'est stupéfiant, il faut aussi observer les mains et les pieds du musicien, c'est impressionnant. Et c'est ici:

 

A vous d'écouter... et de voir!

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 21:00

hebergeur imageQui dit gewurztraminer pense immédiatement à l'Alsace et à ses splendides vins blancs. Qui aurait pensé, toutefois, qu'un vigneron suisse serait suffisamment avisé pour en planter du côté de Tartegnin (canton de Vaud) et d'en faire un vin? C'est ce que propose le Domaine de Chantemerle, où exercent Jean-Claude et Nicolas Jaccoud. Voici quelques rêveries sur son millésime 2010.

 

La bouteille est transparente, l'étiquette blanche est joliment illustrée, le bouchon n'est pas masqué par le rituel revêtement de plomb ou de plastique: avant même la dégustation, l'on se dit que c'est là un vin qui n'a rien à cacher. Sa robe jaune paille séduit, à ce moment déjà.

 

Et puis l'on verse, l'on hume, le front tendu dans un bel effort de concentration, le nez et le coeur ouverts à la surprise. Le nez est végétal, un peu herbé; le dégustateur qui ferme les yeux verra apparaître, dans son imagination, des champs de fleurs. Peut-être pensera-t-il à des odeurs de miel, mais si légères... lui viendront aussi à l'esprit des impressions de ferme, étonnantes sur un gewurztraminer. L'impression de fraîcheur et d'élégance persiste cependant. Autant dire qu'on a envie d'en savoir plus, en trempant les lèvres dans ce vin.

 

Disons-le donc: c'est un vin friand, complet et complexe, qui n'écoeure pas et révèle un soupçon de moelleuse douceur. Gage de fraîcheur, le côté herbé se confirme en bouche. Fraîcheur également lorsqu'il fait penser à des agrumes, des mandarines peut-être. Pour le dire tout net, c'est du miel à boire, l'infinie finesse en plus.

 

Le gewurztraminer de Jean-Claude et Nicolas Jaccoud s'avère donc des plus riches et épatants, à la fois parent des vins d'Alsace et s'en distançant: le terroir et l'expérience des vignerons auront fait leur ouvrage afin de donner un breuvage atypique en terre romande. Il est suffisamment léger pour se savourer en apéritif, bien frais; mais il appelle aussi le foie gras, qu'il accompagnera certainement sans complexe.

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche vin
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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 21:27

hebergeur imageLu par Blablabla mia, Blue Moon, Bulles de livres, Caroline, Emily, Heclea, Laurent, Lucie, Marie-Claire, Ptit Blog, Steph.

Le site de l'auteur.

 

Avec "Grands Boulevards", son quatrième roman, Tonie Behar acclimate à Paris le genre américain de la comédie romantique, dont le principe est de savoir comment deux personnages donnés vont finir dans les bras l'un de l'autre. Et elle y parvient avec succès, après une intrigue pétillante et riche en rebondissements divers.

 

De manière classique, l'auteur commence par libérer le coeur de son personnage principal, Doria, de l'encombrement d'une relation amoureuse. Désormais célibataire, donc supposément libre, elle doit se dépêtrer avec d'autres chaînes: un compte en banque en découvert chronique, l'absence d'un métier qui lui permette de vivre régulièrement, un logement qui n'est pas le sien mais celui de son père, le viveur Max. Bref, Doria est une pré-trentenaire qui se cherche et finit par se trouver, sur tous les plans - une évolution et un personnage typiques du genre de la chick lit.

 

Autour d'elle, et c'est l'une des forces majeures de ce roman, l'auteur crée tout un univers vibrionnant, campé de manière réaliste. Côté décors, il y a les Grands Boulevards bien sûr, dont le lecteur parisien ou parisophile reconnaîtra quelques recoins: le 19 bis du boulevard Montmartre de la fiction a peut-être pour modèle le véritable numéro 19 du (vrai) boulevard Montmartre, avec ses deux boutiques en devanture. Quant aux bars et établissements publics, certains paraissent bien réels (le "Silencio Club"), ou portent des enseignes bien connues ("Indiana Café"), qu'on retrouve effectivement sur le boulevard. Le lecteur relèvera aussi que l'auteur aime parler des lieux et de leur histoire, et se montre généreuse en anecdotes parfois croustillantes ou liées à l'actualité (sens unique ou double sens sur les Grands Boulevards?).

 

Les personnages de ce roman, attachants, participent aussi à la vitalité de cet univers. Ce sont certes les personnages d'un milieu urbain cossu, généralement actifs comme indépendants dans des domaines tendance comme le design, la finance ou, de manière plus atypique, la tenue d'un bar ou d'une échoppe d'accessoires sexy pour dames. C'est par là, entre autres, que l'auteur introduit les éléments coquins, parfois franchement olé olé, qui jalonnent le roman: oui, un vibromasseur peut devenir une arme redoutable! Oui, un bébé peut connaître des émotions contrastées face à un anneau vibrant!...

 

Avec ces éléments d'un certain tissu urbain, l'auteur crée une ambiance toute villageoise: tout le monde se connaît, chacun a ses petits mystères et ses rognes, chacun peut guigner à travers les fenêtres des autres, mais face à l'adversité, tout le monde se serre les coudes. Et justement, l'adversité va servir de fil rouge à tout le roman, sous la forme de la vente à la découpe de l'immeuble par la banque qui en est propriétaire - un clin d'oeil avoué de l'auteur à sa propre banque, la Société générale.

 

Les intrigues se suivent sans se ressembler dans ce récit qui, certes parfois légèrement trop descriptif par moments au début, finit par trouver rapidement un rythme de croisière qui fait qu'on ne le lâche plus. Narrées sur un ton léger et résolument moderne, certaines scènes sont franchement cocasses, d'autres mériteraient d'être reprises au cinéma! Cupidon est donc lâché sur les Grands Boulevards, et selon l'expression consacrée, dans ce roman comme ailleurs en France, "tout finit par des chansons" - ne serait-ce que grâce à Sacha Bellamy, "le sex-toy chantant", auquel l'auteur donne le dernier mot: "Parce que c'est là que tout a commencé pour moi, sur les grands boulevards".

 

Tonie Behar, Grands Boulevards, Paris, JC Lattès, 2013.

 

Merci à Babelio et aux éditions Lattès pour l'envoi en partenariat!

 

tous les livres sur Babelio.com
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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, AnkyaAzilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line]Chrestomanci, ChrysEdelwe, EmmaEsmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Stances sur mon jardin de Boucherville

 

Petit jardin que j'ai planté

Que ton enceinte sait me plaire!

Je vois en ta simplicité,

L'image de mon caractère.

 

Pour rêver qu'on s'y trouve bien!

Ton agrément c'est la verdure;

A l'art tu ne dois presque rien,

Tu dois beaucoup à la nature.

 

D'un fleuve rapide en son cours,

Tes murs viennent toucher la rive,

Et j'y vois s'écouler mes jours,

Comme son onde fugitive.

 

Lorsque, pour goûter le repos,

Chaque soir je quitte l'ouvrage,

Que j'aime, jeunes arbrisseaux,

A reposer sous votre ombrage!

 

Votre feuillage, tout le jour,

Au doux rossignol sert d'asile;

C'est là qu'il chante son amour,

Et, la nuit, il y dort tranquille.

 

Toi qui brilles en mon jardin,

Tendre fleur, ton destin m'afflige!

On te voit fleurir le matin,

Et, le soir, mourir sur la tige.

 

Vous croissez arbrisseaux charmants,

Dans l'air votre tige s'élance;

Hélas ! j'eus aussi mon printemps,

Mais déjà mon hiver commence.

 

Mais à quoi sert de regretter,

Les jours de notre court passage?

La mort ne doit point attrister,

Ce n'est que la fin du voyage.

 

Joseph Quesnel (1746-1809). Source.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 20:27

hebergeur imageLu par Antigone, Lily.

Lu dans le cadre du défi "Nouvelles".

Le site de l'auteur.

 

Jean-Louis Ruffel est un artiste-peintre et écrivain français. C'est à ce dernier titre qu'il a écrit et publié, en 2007, une nouvelle intitulée "Florence". Un texte court et sobre, qu'on lira en une petite demi-heure - mais aussi un texte qui intrigue: qui est Florence, au fond? Une prostituée... ou quelqu'un d'autre? Et qui est l'homme qui la suit jusqu'à l'hôtel?

 

L'intrigue est minimale, jusqu'à un final surprenant; elle est rendue par une prose très, très sobre, voire minimaliste, misérabiliste même. Des lieux, on ne sait pas grand-chose, si ce n'est quelques éléments de décor qui soulignent le caractère sordide d'une partie du récit. Des personnages, rien de plus que ce qui est indispensable. L'auteur esquisse donc l'essentiel du personnage de l'homme, notamment en exploitant la figure du flash-back afin d'expliquer qu'il n'est pas attiré par les prostituées. On n'en saura guère plus, pas même son nom.

 

En revanche, on connaît celui de la fille, Florence - et finalement peu de chose de plus. Peut-être une métaphore de l'éternel mystère féminin, face auquel l'homme ne pourrait que rêver et conjecturer? Dans "Florence", c'est un peu ce qui se passe, avec des nuances: le début baigne dans un enchantement qui est soudain brisé par la phrase qui tue: "C'est combien?" (p. 6).

 

La lecture qui suggère que Florence est une professionnelle ne convient pas, et l'auteur l'indique discrètement, entre les lignes ou en elles. Il y a un geste qui n'est pas forcément celui d'une prostituée: "Un court instant il la vit tendre la main et agripper la manche d'un homme qui passait". Et puis, l'homme est présenté comme peu attiré par les prostituées, avec lesquelles il a eu des expériences déprimantes; dès lors, pourquoi accepterait-t-il de lâcher cent euros pour une passe, plus vingt pour une chambre d'hôtel miteuse? D'autres signes encore, en fin de roman, suggéreront avec discrétion une autre réalité, par un retournement de situation quand même assez magistral.

 

Je ne dévoilerai pas ici le fin mot de l'affaire, cependant. Cette nouvelle est donc fort dépouillée dans son écriture, quitte à paraître un peu simple (l'auteur abuse un peu du "il" en début de phrase pour parler de l'homme). Là-derrière, cependant, se cache une véritable efficacité et une volonté de dépeindre certaines misères humaines, avec une rouerie certaine qui invite à réfléchir au-delà des apparences et à trouver l'histoire (vraie) derrière l'histoire (apparente).

 

Jean-Louis Ruffel, Florence, Toulouse, Filaplomb, 2007.

 

 

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Nouvelles Jean-Louis Ruffel
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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

La cigarette

Oui, ce monde est bien plat ; quant à l’autre, sornettes.
Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
Et pour tuer le temps, en attendant la mort,
Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.

Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes.
Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord
Me plonge en une extase infinie et m’endort
Comme aux parfums mourants de mille cassolettes.

Et j’entre au paradis, fleuri de rêves clairs
Ou l’on voit se mêler en valses fantastiques
Des éléphants en rut à des choeurs de moustiques.

Et puis, quand je m’éveille en songeant à mes vers,
Je contemple, le coeur plein d’une douce joie,
Mon cher pouce rôti comme une cuisse d’oie.

 

Jules Laforgue. Source.

 

 

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Publié par Daniel Fattore
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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 14:19

hebergeur imagePeut-être profitez-vous aussi, depuis hier ou avant-hier, d'un soleil digne des plus belles journées d'été. De ceux qui donnent envie de sortir, de goûter aux terrasses... ou de boire du vin rosé! La région viticole française des Côtes-du-Rhône recèle quelques trésors en la matière, ainsi qu'un savoir-faire reconnu. Dès lors, rien de plus agréable que de déguster un (ou plusieurs) verres du Vacqueyras "Seigneur de Fontimple" élaboré par les "Vignerons de caractère". Certes jeune (mais ce vin doit se boire jeune!), le millésime 2012 offre de belles qualités...

 

Disons-le d'emblée: c'est un vin rosé qui ne saurait se boire d'un air distrait, entre deux lancers de boules de pétanque. Il réclame et mérite une certaine attention de la part de l'amateur qui va le goûter. Sa robe rappelle une pêche bien mûre, son bouquet, floral, séduit d'emblée: voici un vin qui raconte quelque chose.

 

Et qu'il est flatteur au palais! Ce vin est flatteur, rond, gras même, à telle enseigne qu'il appelle, en accompagnement, quelque chose de bon - pourquoi pas un poisson gras comme du saumon, ou alors, comme le propose le producteur, une spécialité culinaire provençale? Ce vin, c'est du velours, c'est aussi des arômes doux de framboise ou de fraise, c'est enfin une jolie douceur et une fraîcheur certaine. Et en fin de bouche, quelque chose d'épicé quand même, et surtout une épatante persistance.

 

Le rosé de Vacqueyras "Seigneur de Fontimple" a tout pour être le rosé de l'été, à déguster frais et en bonne compagnie. C'est un rosé très équilibré; il a cependant quelque chose en plus qui pourrait voler la vedette aux bons petits plats estivaux qu'il accompagnera sans façon, grâce à son caractère éminemment flatteur, qui séduit tout naturellement, sans s'imposer.

 

Merci, enfin, à "Vignerons de caractère" et à Eponine Thomas pour l'envoi de cette belle bouteille de vin rosé!

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 21:47

hebergeur imageLu par Delire Girl, Fraizochocolat, Francesca, Frédéric Fontès, Gazelle, Hannibal, La Livrophile, Marco, Thomas Clément.

Lu dans le cadre des défis Thriller et Premier roman.

Le site de l'auteur: Cody McFadyen.

 

Avouez que pour convoquer le descendant direct de Jack l'Eventreur, un écrivain doit être assez gonflé. Surtout si c'est son premier roman! C'est pourtant ce qu'a osé faire l'auteur américain Cody McFadyen. Publié aux Etats-Unis en 2006, son premier roman "Shadowman" a été traduit en français par Nathalie Gouyé-Guilbert, et publié par Robert Laffont en 2008. Une bonne pioche, assurément, pour un thriller qui a quelques côtés atypiques qui le font sortir du lot.

 

Première surprise, l'auteur ramasse son lecteur avec la relation des rêves de la narratrice, l'agent du FBI Smoky Barrett. C'est une phase d'introspection nécessaire, qui offre une manière originale de faire connaissance avec la narratrice, mais qu'il faut surmonter si l'on apprécie les romans où l'on entre directement dans l'action! Cela dit, les rêves vont jouer un rôle de leitmotiv tout au long d'un roman dont tous les personnages "gentils" sont confrontés à l'horreur. Quitte à ce qu'il soient prémonitoires, ou constituent un vecteur d'information. Le fantastique n'est pas loin...

 

Autour d'un mystérieux Jack Junior

Très vite, le lecteur est confronté à des moments abominables, et les amateurs de frissons en auront pour leur argent. Qui est Shadowman, au fond, alias Jack Junior, ce "Jack des Ombres" qui n'a rien à voir avec l'écrivain Jacques Guyonnet? Se présentant comme le descendant de Jack l'Eventreur, il a à coeur de tuer des prostituées. Mais puisqu'il faut être au goût du jour, le criminel tue, dans des conditions atroces (il est coutumier des mutilations et dissections, en particulier de l'ablation d'utérus post-mortem...), des femmes qui animent des sites Internet de pornographie amateur où elles publient des photos d'elles, dévêtues. Cela, en s'appuyant sur toute une philosophie présentée comme délirante, prônant la supériorité de la race des chasseurs.

 

Autre lien, et c'est original: alors qu'un roman policier ou un thriller classique met en scène un policier qui traque un criminel qui le fuit, la logique fonctionne différemment ici: Jack Junior recherche lui aussi son Abberline, c'est-à-dire le policier qui va le coffrer, comme l'inspecteur londonien Frederick Abberline coffra Jack l'Eventreur en son temps. L'auteur met ainsi en évidence, de manière patente et délibérée, l'aspect "rencontre" qui sous-tend toute intrigue policière, en suggérant que le criminel va au policier comme le policier va au criminel. Résultat: le criminel provoque le policier, qui se sent frontalement attaqué. Les ambiances sont donc celles d'un duel psychologique, quand il n'est pas potentiellement mortel.

 

Mais naturellement, on reste dans une intrigue policière qui se respecte: l'identité réelle de Jack Junior ne sera dévoilée qu'en fin de roman!

 

Style et didactique

Le style? On reste certes ici dans ce style coutumier des thrillers qui se lisent facilement et accrochent immanquablement leurs lecteurs en réussissant une alchimie qui convoque la solidité des dialogues, une certaine profondeur de personnages qui explorent à fond leurs caractéristiques et leur personnalité (forces et faiblesses, ces dernières étant utilisées comme cibles privilégiées pour Jack Junior) sans paraître caricaturaux. L'auteur sait cependant rehausser cette base sobre, pour ne pas dire standard, en jouant régulièrement sur les répétitions afin de donner du relief à certaines expressions. Une astuce fort littéraire, qu'on voit trop peu dans le genre du thriller. Cela, sans compter quelques images telles que le dragon qui sommeille en Smoky Barrett, métaphore poétique aisée de sa fureur.

 

Et puis, il y a les pages didactiques de ce roman. En particulier, on retiendra les descriptions des méthodes d'interrogatoire, ainsi que l'évocation de la programmation neurolinguistique. Est-ce de trop? L'auteur aurait pu être moins didactique et mettre davantage en scène certaines théories: c'est rebutant pour les amateurs d'action pure, qui pourront regretter ces coups de frein dans le rythme du roman. En revanche, les curieux, désireux d'en savoir plus sur les méthodes policières, seront servis, l'auteur faisant montre d'une capacité descriptive certaine.

 

"Shadowman" est donc un premier roman audacieux, et une première incursion globalement réussie dans le genre du thriller. Réussie parce qu'audacieuse, en ce sens que l'auteur a osé donner un rôle à l'introspection et au rêve dans un roman par ailleurs bien construit. Qui sait? Il pourrait même vous donner des cauchemars...

 

Cody McFadyen, Shadowman, Paris, Robert Laffont/Best-Sellers, 2008.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 21:13

hebergeur imageLu par Céline Thibaut, Charlotte Boyer, Nanet.

Lu dans le cadre du défi Premier Roman.

Le blog de l’auteur. Pour commander, c’est ici.


Un blog d’écrivain, quelques échanges amicaux, et me voilà ferré: durant le week-end dernier, j’ai pris le temps de lire «Ça reste entre nous», premier roman de l’auteure Emma Scott. Cette lecture est venue après celle d’un ouvrage tragique; autant dire que le contraste fut des plus marqués!

 

Le lecteur est en effet embarqué dans une narration dont le caractère dynamique lui saute aux yeux dès les premiers paragraphes. L’auteure a sa recette: l’utilisation de la deuxième personne du pluriel («vous») qui implique fortement le lecteur (ceux qui ont lu «La Modification» de Michel Butor en savent quelque chose), l’usage immodéré des incises entre tirets qui donnent l’impression que l’auteur veut tout dire en même temps et permettent de donner, en les segmentant, l’impression que les phrases sont courtes. Cette impression de brièveté quasi haletante se retrouve confirmée au niveau des chapitres, souvent courts, voire extrêmement brefs (quelques lignes).

 

Cette rapidité est en phase avec le genre littéraire de la chick lit, dans lequel peut s’inscrire, sans difficulté, «Ça reste entre nous». Son personnage principal est typique du genre: une jeune femme au début de sa trentaine, qui se cherche tout en rêvant de l’âme sœur. Tout cela, dans un cadre qui se partage entre Paris (17e arrondissement), l’Auvergne et Lyon. L’auteur a l’habileté d’ouvrir son roman en annonçant que le personnage à travers lequel la narration est vue vient de redevenir célibataire: dépourvue de fil à la patte, la voilà libre de vivre sa vie. Et d’assumer son rôle de bonne copine, auquel elle accorde une grande importance: «Une fois encore, vous avez failli dans ce rôle, pourtant essentiel en votre cœur, d’amie», lit-on en page 11.

 

Autour d’elle, quelques personnages masculins sont construits de manière classique: le mec parfait au physique d’adonis, mais malheureusement homosexuel (Ben), l’ex qui aimerait revenir mais peine à s’engager, le gars discret mais sincèrement amoureux (Paul). Naturellement, il y a le cadre aussi, un brin glamour puisque la jeune femme mise en scène est active dans le domaine du marketing et des cosmétiques. Un double domaine que l’auteur explore avec doigté, ce qui devrait permettre au lecteur et à la lectrice de s’identifier.

 

Le «vous» fonctionne d’une manière spécifique, désignant tantôt le personnage principal (confondu avec le lecteur par un effet de convention), Caroline, tantôt plusieurs personnages autour d’elle, tantôt, de manière implicite et un peu plus étonnante, le lecteur seul, hors de toute référence au personnage principal – par exemple lors d’une interpellation aux lecteurs hommes. Cela donne l’impression curieuse que l’auteur intervient dans le récit, en toute liberté. Impression confortée par un unique «je» en page 21 («je ne crois pas»), étonnant, et aussi par le titre, «Ça reste entre nous», où l’on se demande qui est ce «nous»: l’auteur associé au lecteur, lui-même assimilé au personnage de Caroline? L’auteur aurait pu soit s’effacer complètement, soit affirmer clairement sa présence dans le récit, quitte à changer de point de vue – à la manière par exemple d’un San-Antonio, qui se raconte à la première personne, tantôt pour dire ses exploits, tantôt pour interpeller le lecteur sur une considération ou un élément précis. Là, le lecteur pourra se sentir perdu au milieu du gué.

 

Il relèvera aussi une ou deux contradictions... il y a par exemple Paul qui a une réplique hésitante, pétrie de circonlocutions à fonction phatique et de points de suspension, mais dite d’une voix assurée (pages 39/40) – on peine un peu à imaginer la scène. Et l’on s’étonnera de voir Caroline, soucieuse de son poids, être également coutumière des soirées pizza. Un paradoxe qu’on imputera à une certaine indécision, somme toute bien commune, face à l’idée de régime...

 

Malgré tout, on s’attache donc à ce petit univers sympathique (il n’y a pas de méchant dans l’histoire) d’amis, de connaissances et de collègues, aux frontières floues, que l’auteur fait vivre. Et le lecteur retiendra la finesse et la crédibilité de l’observation du monde des cosmétiques et des produits de beauté, un monde qui sied parfaitement à ce genre de récit. Il appréciera aussi la description des relations entre les personnages – et en particulier l’évolution des sentiments qui se développent entre Paul et Caroline. Cela, sans oublier une description touristique assez pittoresque des hauts lieux lyonnais.

 

Emma Scott, Ça reste entre nous, Emma Scott/Lulu.com, 2012.

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