Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Célébration du 14 juillet dans la forêt.

 

Qu'il est joyeux aujourd'hui
Le chêne aux rameaux sans nombre,
Mystérieux point d'appui
De toute la forêt sombre !

 

Comme quand nous triomphons,
Il frémit, l'arbre civique ;
Il répand à plis profonds
Sa grande ombre magnifique.

 

D'où lui vient cette gaieté ?
D'où vient qu'il vibre et se dresse,
Et semble faire à l'été
Une plus fière caresse ?

 

C'est le quatorze juillet.
À pareil jour, sur la terre
La liberté s'éveillait
Et riait dans le tonnerre.

 

Peuple, à pareil jour râlait
Le passé, ce noir pirate ;
Paris prenait au collet
La Bastille scélérate.

 

À pareil jour, un décret
Chassait la nuit de la France,
Et l'infini s'éclairait
Du côté de l'espérance.

 

Tous les ans, à pareil jour,
Le chêne au Dieu qui nous crée
Envoie un frisson d'amour,
Et rit à l'aube sacrée.

 

Il se souvient, tout joyeux,
Comme on lui prenait ses branches !
L'âme humaine dans les cieux,
Fière, ouvrait ses ailes blanches.

 

Car le vieux chêne est gaulois :
Il hait la nuit et le cloître ;
Il ne sait pas d'autres lois
Que d'être grand et de croître.

 

Il est grec, il est romain ;
Sa cime monte, âpre et noire,
Au-dessus du genre humain
Dans une lueur de gloire.

 

Sa feuille, chère aux soldats,
Va, sans peur et sans reproche,
Du front d'Epaminondas
À l'uniforme de Hoche.

 

Il est le vieillard des bois ;
Il a, richesse de l'âge,
Dans sa racine Autrefois,
Et Demain dans son feuillage.

 

Les rayons, les vents, les eaux,
Tremblent dans toutes ses fibres ;
Comme il a besoin d'oiseaux,
Il aime les peuples libres.

 

C'est son jour. Il est content.
C'est l'immense anniversaire.
Paris était haletant.
La lumière était sincère.

 

Au loin roulait le tambour...?
Jour béni ! jour populaire,
Où l'on vit un chant d'amour
Sortir d'un cri de colère !

 

Il tressaille, aux vents bercé,
Colosse où dans l'ombre austère
L'avenir et le passé
Mêlent leur double mystère.

 

Les éclipses, s'il en est,
Ce vieux naïf les ignore.
Il sait que tout ce qui naît,
L'oeuf muet, le vent sonore,

 

Le nid rempli de bonheur,
La fleur sortant des décombres,
Est la parole d'honneur
Que Dieu donne aux vivants sombres.

 

Il sait, calme et souriant,
Sérénité formidable !
Qu'un peuple est un orient,
Et que l'astre est imperdable.

 

Il me salue en passant,
L'arbre auguste et centenaire ;
Et dans le bois innocent
Qui chante et que je vénère,

 

Étalant mille couleurs,
Autour du chêne superbe
Toutes les petites fleurs
Font leur toilette dans l'herbe.

 

L'aurore aux pavots dormants
Verse sa coupe enchantée ;
Le lys met ses diamants ;
La rose est décolletée.

 

Aux chenilles de velours
Le jasmin tend ses aiguières ;
L'arum conte ses amours,
Et la garance ses guerres.

 

Le moineau-franc, gai, taquin,
Dans le houx qui se pavoise,
D'un refrain républicain
Orne sa chanson grivoise.

 

L'ajonc rit près du chemin ;
Tous les buissons des ravines
Ont leur bouquet à la main ;
L'air est plein de voix divines.

 

Et ce doux monde charmant,
Heureux sous le ciel prospère,
Épanoui, dit gaiement :
C'est la fête du grand-père.

 

Victor Hugo (1802-1885). Source.

Repost 0
13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 18:06

hebergeur imageLu dans le cadre du défi "Thrillers".

 

Un roman écrit à quinze mains, avouez que ça sort de l'ordinaire. En plus c'est un roman policier irlandais. "Meurtres exquis" est le fruit d'une idée de Joseph O'Connor, concrétisée par une imposante brochette d'auteurs irlandais à la manière d'un cadavre exquis. L'exercice est délirant, mais il laisse aussi voir certaines de ses limites...

 

"A vrai dire, l'enquête est plutôt chaotique", promet le prière d'insérer de ce livre, publié au profit d'Amnesty International. Et il est vrai que le début de ce roman est pour le moins foutraque, chacun des premiers chapitres faisant figure de prolongement de l'exposition. L'avantage, certes, c'est qu'on se retrouve face à une galerie de personnages hauts en couleur, tous plus pourris et corrompus les uns que les autres (y compris les flics). L'inconvénient, c'est que le lecteur a l'impression peu agréable que ça part dans tous les sens - d'autant plus que tous les personnages mis en scène meurent les uns après les autres. Et au fond, de quoi s'agit-il? Est-il question d'un manuscrit inédit et inestimable de James Joyce? D'une recette de vieillissement artificiel du papier? D'une crème contre le vieillissement? Articulées autour d'une mystérieuse formule (Y8S =+! - comprenne qui peut!), ces pistes sont inégalement exploitées tout au long du roman, qui pourra apparaître comme un brin décousu.

 

Le lecteur qui surmonte cette impression bizarre aura l'occasion de découvrir de belles trouvailles bourrées d'humour complètement barjot et quelques pages olé olé pour faire bon poids. On ne saura par exemple jamais si l'agent de police Greer a effectivement été défloré par l'imposante ministre de la justice: Greer était bourré et au petit matin, la ministre est morte d'un pet de travers... Ce qu'on sait en revanche, c'est que la même nuit, rouquin minable qui rêvait d'être noir a fini par lui faire subir les ultimes outrages.

 

Le style est certes celui de la traductrice, Arlette O'Hara, et l'on aurait aimé parfois que les auteurs soient différenciés de façon plus claire; cela dit, son travail ne masque pas complètement les différences d'approche de chaque auteur, ce qui marque agréablement le rythme de lecture: tel chapitre, donc tel auteur, se concentre sur un personnage, tel autre les fait progresser successivement, chacun poussant son bout d'histoire, jusqu'à l'ultime, signé Frank McCourt, qui parvient finalement à relier tous les fils d'une intrigue complexe.

 

Par-delà l'action, les allusions à la littérature irlandaise sont innombrables, qu'elles passent par l'action ou par les noms des personnages (Bloom, Blixen); celles-ci seront pleinement accessibles aux inconditionnels, dont je ne suis malheureusement pas...

 

"Meurtres exquis" est, en définitive, un roman policier foutraque et bordélique, joyeusement, quitte à dépasser les limites et à désarçonner le lecteur, mais qui réserve quelques instants de pure hilarité et de délire débridé.

 

Collectif, Meurtres exquis, Paris, NiL, 2002, traduction d'Arlette O'Hara.

 

A noter la couverture "à la Magritte" de Bruno Bruni.

Repost 0
9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 20:50

hebergeur imageLu par Achille 49, Antigone, Audrey, Canel, Emeralda, Evasions livresques, Gambadou, Gr3nouille, Heclea, Jostein, Koryfée, La Livrophile, Le Bison, Livr-Esse, Ma Biblio 1988, Mango, Miss Reading, Pampoune, Pierre Parrillo, Testing Girl, Unwalkers, 1001 lectures.

 

Le site du roman.

 

Merci à Pauline Sicard et Jean-Sébastien Hongre pour l'envoi.

 

Des parents dépassés par leurs ados. Une mère devenue aboulique, prisonnière des agissements de son fils et de sa fille. Un père qui vit séparé de tout ce monde mais aimerait bien que cela se passe autrement. Et un accident (mais en est-ce vraiment un?) qui va précipiter les événements, faire monter la colère chez un père qui se contrôle un peu trop, entre autres au travail. Tels sont les ingrédients du deuxième roman de Jean-Sébastien Hongre: "Un père en colère". L'histoire prend - et le talent de l'auteur fait aussi qu'elle prend aux tripes, sur un sujet pour le moins sérieux.

 

La première grande force de l'auteur de ce roman est de savoir faire jouer les relations et alliances qui peuvent se former entre les quatre personnages de la famille, d'une part, et entre ceux-ci et leur entourage immédiat. Tout le roman est construit sur un jeu mouvant de rapports de force, avec des personnages tantôt alliés, tantôt isolés. Ces rapports de force trouvent parfois une équivalence métaphorique concrète: construire une cloison dans la maison pour que la mère puisse vivre chez elle, n'est-ce pas l'isoler encore davantage? Cela, afin que ses deux rejetons, Léa et Fred, initiateurs de ce projet de mur, puissent poursuivre tranquillement leurs trafics de drogue...

 

Les deux enfants sont du reste absolument détestables, et l'auteur ne manque pas de le montrer: le trafic de drogue passe avant tout pour eux. Cela dit, il est nécessaire de nuancer et de différencier clairement les deux caractères; ainsi le lecteur sent-il, par exemple, que le père trouvera peut-être, avec sa fille, une auxiliaire pour reconstruire sa famille. Autour d'eux, se trouvent des personnages ambivalents, tels Kamel ou Rachid, ce qui permet, là encore, de créer des liens inattendus.

 

En lisant ce roman, le lecteur appréciera également la finesse du travail du style: les dialogues sont ciselés et les voix sont bien caractérisées, et l'auteur trouve le moyen d'intercaler les billets de blog du père en colère afin d'introduire une nouvelle parole. Cela, tout en analysant avec pertinence les limites de l'exercice de blogage, exercice à la fois intime et partagé. A ce propos, tout au plus pourrait-on dire que passer à la télévision juste parce qu'on tient un blog de père démuni qui a sa petite audience, c'est peut-être un peu too much... Cela, même si la description de l'émission de télévision à laquelle participe le père blogueur rappelle immanquablement, dans un réalisme criant, les dérives des talk shows actuels.

 

Enfin, le contexte est bien dépeint, et pose plusieurs questions. Décor du roman, la ville de Saugny rappelle toutes ces banlieues déshéritées dont on parle aux actualités; autour de la famille, l'auteur montre des jeunes qui veulent s'en sortir d'une manière ou d'une autre: l'instruction (Kamel) ou le commerce de drogue. Présenté comme un gage d'argent facile, ce dernier porte une autre question: si les jeunes s'y adonnent, n'est-ce pas aussi la faute à une société consumériste du "tout, tout de suite"? Dans quelle mesure? Ces questions souvent débattues traversent tout ce roman, qui apporte des éléments de réponse comme autant de pièces d'un puzzle sociologique.

 

"Un père en colère" est donc un succès d'écriture. Fait remarquable, c'est à travers le regard d'un père que le lecteur est invité à suivre ce qui se passe - un père qui se livre, qui sait jouer des coudes et n'hésite pas à montrer ses faiblesses. Cela, dans un monde où il faut savoir tout faire et endurer beaucoup.

 

Jean-Sébastien Hongre, Un père en colère, Paris, Max Milo, 2013.

Repost 0
8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 20:17

hebergeur imageAmbiance lumineuse le week-end dernier à Gruyères, à plus d'un titre. Il y avait du soleil, de l'amitié et un nouvel éclairage de ville à inaugurer, en présence des descendants de Charles Chaplin, tel Michael Chaplin, devenu acteur et écrivain. De cette quinzième édition de la Fête du Livre et du Papier de Gruyères, l'histoire retiendra enfin la présence remarquée des éditions Bernard Campiche et de leurs auteurs - mais aussi le stand de la Société fribourgeoise des écrivains, animé en permanence, et ceux des éditions La Plume Noire et La Maison Rose. Jean-Pascal Ansermoz, écrivain bilingue, était de la partie, fidèle au poste...

 

C'est en qualité d'écrivain et de président de la Société fribourgeoise des écrivains que j'ai participé à cette fête. Neuf exemplaires du "Noeud de l'intrigue" ont trouvé de nouveaux propriétaires; surtout, la fête aura été l'occasion de voir du monde, de discuter de littérature, de rigoler et de créer des liens.

 

Nous craignions, quelques jours encore avant la fête, d'avoir un stand peu animé; mais tout s'est arrangé, moyennant quelques relances, à telle enseigne que le samedi après-midi, nous étions sept à dédicacer, serrés autour d'une table qui nous a paru soudain petite. En pointe de l'actualité, Claude Maier signait son tout nouveau recueil de poésies "De Cressier à Posat" et la nouvelle édition de son roman "Policarpa". Etaient également présents Marie-Christine Buffat (auteure de "Le nombre de fois où je suis morte"), Eveline Maradan, Marie Brulhart, Jo Berset (qui voyage en deux-chevaux à travers le monde et vient de publier un récit de ses périples!) et Raphaël Meneghelli. Le philosophe François Gachoud lui-même a fait un petit passage sur notre stand.

 

Et le dimanche, le stand a vu passer Françoise Kern, qui a publié il y a peu un recueil de nouvelles en bolze (vous savez, ce dialecte croustillant qu'on entend dans la basse-ville de Fribourg...) intitulé "D Sùnenenerschyy vam «Solei Blang»", et Hervé Mosquit, auteur d'un recueil d'écrits intitulé "Au coin de l'ordinaire". Autant d'ouvrages et d'auteurs que je vous recommande; sans doute trouverez-vous dans leurs pages des reflets de l'amitié partagée à Gruyères. Cela, sans parler de Marc-Antoine Schibler et Laurent Coos qui, membres de la Société fribourgeoise des écrivains, ont signé leurs ouvrages sous d'autres bannières. L'essentiel est que les écrits s'envolent et que les paroles restent... dans les coeurs! Il va sans dire que ces auteurs ont tous trouvé de nouveaux lecteurs, dans une ambiance conviviale et ensoleillée.

 

La Fête du Livre et du Papier a été marquée, par ailleurs, par l'inauguration du nouvel éclairage de la ville de Gruyères. J'avoue que je suis rentré avant la nuit; ceux qui l'ont vu l'ont cependant trouvé admirable. A noter que les festivités inaugurales ont été marquées par un apéritif dont l'élément le plus singulier était sans doute un vin blanc gazéifié produit à partir des raisins "Solaris" de la vigne de Gruyères. Prémonitoire comme on l'est parfois lorsqu'on écrit, j'avais parlé de cette vigne dans ma nouvelle "Cheveux d'or", que vous pouvez découvrir ici.

 

Photo: Alice Meunier/ici.

 

Quelques références:

Jean-Pascal Ansermoz, Les Finalités du monde, Norderstedt, BoD/Le Chat qui lit, 2011.

Jo Berset, Voyages en 2CV, Fribourg, éditions de la Sarine, 2013.

Marie Brulhart, A Saint-Marin, Fribourg, Adamas, 2007.

Marie-Christine Buffat, Le nombre de fois où je suis morte, Vevey, Xenia, 2012.

Michael Chaplin, A Fallen God, Gérone, Mettavisions, 2012.

Laurent Coos, La Poupée, Broc, La Plume Noire, 2012.

Daniel Fattore, Le Noeud de l'intrigue, Broc, La Plume Noire, 2010.

François Gachoud, La Philosophie comme exercice du vertige, Paris, Cerf, 2011.

Françoise Kern, D Sùnenenerschyy vam «Solei Blang», Fribourg, Paulus Verlag, 2012.

Claude Maier, De Cressier à Posat, Sierre, A la Carte, 2013.

Eveline Maradan, Les Suisses et la Légion étrangère de 1831 à 1861, Fribourg, 1986.

Raphaël Meneghelli, Pèlerinage de vie, Fribourg, 2012.

Hervé Mosquit, Au Coin de l'ordinaire, Paris, Mon Petit Editeur, 2012.

Marc-Antoine Schibler, Au bal des Raisons, Paris, Edilivre, 2011.

 

 

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
commenter cet article
7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Sonnet ivre

 

Pourtant, quand on est las de se crever les yeux,
De se creuser le front, de se fouiller le ventre,
Sans trouver de raison à rien, lorsque l’on rentre
Fourbu d’avoir plané dans le vide des deux,

Il faut bien oublier les désirs anxieux,
Les espoirs avortés, et dormir dans son antre
Comme une bête, ou boire à plus soif comme un chantre,
Sans penser. Soûlons-nous, buveurs silencieux !

Oh ! les doux opiums, l’abrutissante extase !
Bitter, grenat brûlé, vermouth, claire topaze.
Absinthe, lait troublé d’émeraude. Versez !

Versez, ne cherchons plus les effets ni les causes !
Les gueules du couchant dans nos cœurs terrassés
Vomissent de l’absinthe entre leurs lèvres roses.

 

Jean Richepin, La chanson des gueux, 1881. Source.

Repost 0
4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 20:55

hebergeur imageLe mystère plane toujours sur la mort de Jean-Edern Hallier, écrivain français dont les scandales et les éclats sont restés dans les mémoires. S'agit-il d'un décès subit, survenu tout naturellement lors d'une sortie à vélo, ou d'un assassinat politique, commandité par des hommes de pouvoir sur lesquels l'homme en savait trop? Dans leur ouvrage "La mise à mort de Jean-Edern Hallier", Dominique Lacout, un proche de Jean-Edern Hallier, et Christian Lançon remontent le fil. Et ce qu'ils mettent au jour a de quoi inquiéter.

 

Tout commence par un premier chapitre d'une bonne longueur: les auteurs ont jugé utile, et c'est à leur honneur, de brosser le portrait de Jean-Edern Hallier. Le lecteur redécouvre ainsi certaines de ses provocations et prises de position, par exemple à l'encontre du monde éditorial parisien et en faveur de l'autoédition. On apprend aussi que c'est un homme bavard, qui fréquente la Closerie des Lilas et s'adonne à la peinture.

 

Puis les auteurs se rapprochent d'un autre personnage clé: François Mitterrand. Ils rappellent certains faits dont on a tous entendu parler, mais qui étaient maintenus secrets durant les deux septennats de présidence: sa fille, ses liens troubles avec René Bousquet, son passé vichyssois, son cancer. Jean-Edern Hallier est au courant... et quelques déceptions face au pouvoir socialiste qui s'installe (et en particulier des promesses non tenues, Jean-Edern Hallier ayant, au départ, soutenu François Mitterrand contre Valéry Giscard d'Estaing, président sortant) vont le pousser à rechercher le meilleur moyen de dévoiler le pot aux roses.

 

Les auteurs se sont solidement documentés: entretiens, documents, lettres d'époque, coupures de presse, transcriptions d'écoutes téléphoniques, etc.; certains de ces documents sont reproduits en annexe, d'autres sont énumérés en bibliographie - ne manque plus, à cet ouvrage, qu'un index des personnes citées! Tout cela pour reconstruire la surveillance et les attaques dont Jean-Edern Hallier a fait l'objet: torpillage du journal "L'Idiot international", procès en pagaille, écoutes téléphoniques tous azimuts, pressions sur les éditeurs pour qu'ils ne publient pas "L'honneur perdu de François Mitterrand"... Le lecteur ne pourra qu'être étonné par les moyens mis en oeuvre par le pouvoir d'une démocratie moderne pour museler un écrivain remuant qui a des révélations à faire.

 

Les auteurs optent clairement pour la thèse de l'assassinat politique de l'écrivain. Certes, ils rappellent qu'on a pu soupçonner Jean-Edern Hallier, figure un brin mégalomane, de paranoïa; d'un autre côté, les éléments à charge qu'ils énumèrent accusent le pouvoir. Ceux-ci sont détaillés chapitre après chapitre, dans un souci d'investigation qui paraît approfondi et sérieux. Le ton employé n'a, lui, rien d'assommant; les auteurs savent donner à leur propos un soupçon de décontraction qui fait que toute cette effarante enquête d'histoire politico-littéraire récente se lit pour ainsi dire... comme un roman.

 

Dominique Lacout, Christian Lançon, La mise à mort de Jean-Edern Hallier, Paris, Presses de la Renaissance, 2006.

Il a déjà été question de Jean-Edern Hallier sur ce blog, ici.

Babelio propose un quiz sur Jean-Edern Hallier.

 

 

Repost 0
1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 19:57

hebergeur imageL'été commence, et le premier week-end de juillet est celui de la Fête du Livre et du Papier de Gruyères. La Société fribourgeoise des écrivains sera présente en bonne et due forme, avec ses têtes d'affiche: Eveline Maradan, Claude Maier, Raphaël Meneghelli, Marie-Christine Buffat, Marie Brulhart, Jo Berset, Hervé Eigenmann, Christiane Baudin, et d'autres encore! Cela, sans oublier votre serviteur.

 

La fête rassemblera plus d'un éditeur! Si les éditions Campiche jouent le rôle d'invitées d'honneur, d'autres maisons seront présentes: La Plume Noire, La Maison Rose, pour ne nommer qu'elles. Cela, sans oublier d'autres écrivains francs-tireurs et les bouquinistes, présents depuis toujours à cette fête.

 

Cette fête aura un parfum particulier, puisqu'elle coïncidera avec l'inauguration du nouvel éclairage public de la ville de Gruyères. Ce sera l'occasion d'une fête comprenant la projection du film "Les Lumières de la ville", en présence des descendants de Charles Chaplin en personne.

 

Il ne reste qu'à espérer qu'il fera beau - et pour ma part, je ne peux que vous inviter à venir faire un tour dans ce joli coin de pays. Date et heure? Les 6 et 7 juillet, de 9 heures à 18 heures. A bientôt donc!

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
commenter cet article
30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Ravines et ravins

 

Les ombres et les cours, les marbres et les fours,
Les ruines et leurs tours, se gonflent de lumières,
Lorsque au détour d’un mot, comme une dentelière,
Vous effilez le temps sur mes mains de velours.

Au vitrage des jours, que brisent les amours,
Vous tissez des vitraux et de riches bannières,
Embaumant ma douleur de ces roses trémières,
Dont rêvent les enfants, que ravissent vos tours.

Vous cultivez aussi la magie des images,
Les perles de satin et leurs colliers de sable
Que vous cueillez toujours des plus beaux coquillages.

Et si parfois je fuis mon trop triste destin,
Vous enflammez mes doigts d’une peur ineffable,
Celle de vous aimer comme un piètre pantin.

 

Francis Etienne Sicard (1952- ), Odalisques, 1995. Source.

Repost 0
26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 21:27

hebergeur imageLu par Alain Bagnoud.

 

Tout plaquer. Un rêve que plus d'un caresse. Le banquier mis en scène par l'écrivain neuchâtelois Gilbert Pingeon l'a fait: une lettre de démission à la banque qui l'emploie comme directeur adjoint, une lettre d'adieu à sa famille, et hop! Sortant du bistrot avec deux ou trois verres dans le nez, il va laisser ses pas le guider à la poursuite d'une femme à problèmes au physique envoûtant qui pourrait être sa fille...

 

Difficile de localiser l'histoire; on peut penser qu'elle se trouve dans quelque pays anglo-saxon, mais sans certitude. L'auteur développe cependant une géographie qui fait contraster le centre-ville, lieu d'opulence bancaire (City Bank, publicités, etc.), et une banlieue particulièrement déshéritée, desservie par un bus vétuste. En poursuivant la femme, le banquier offre l'occasion d'une visite guidée, que l'auteur rythme de slogans intercalés en lettres majuscules. Un rythme qui ne fait que souligner un suspens notable: après tout, on ne sait rien de la femme, longtemps. On ignore où ce début de cavale va mener, et aussi ce qui pourrait se passer entre le banquier et elle. Même si l'on peut le subodorer...

 

Ce n'est que progressivement que le lecteur apprend quelque chose de plus sur la mystérieuse femme, et ce, par un artifice: l'auteur fait alterner les points de vue de l'une et de l'autre. Cela, avant, de fusionner les deux points de vue, dès lors que les deux personnages sont mis en présence. C'est là aussi qu'on trouve des dialogues pour le moins piquants: la femme n'a pas la langue dans sa poche (chic!), et l'homme semble désarçonné, du moins au début. L'alcool bon marché (des litrons de vin rouge) joue un rôle de liant. Et si l'on peut regretter le rapprochement un peu convenu du sexe et de la religion à des fins prétendument subversives (p. 63/64), force est de constater que l'auteur réserve à ses deux personnages des répliques paroxystiques, qui peuvent amener un lecteur à s'interroger sur lui-même.

 

La deuxième partie du roman amorce un contrepoint au duo en râles majeurs du banquier et de la femme. Ce contrepoint prend les traits de Kevin Kovacs, jeune délinquant classique des banlieues - de quoi relancer l'intérêt! La force de l'auteur est ici de lui conférer une vraie voix de gamin malin, de façon assez sage, sans forcer le trait. Face à lui, une psy, dont le lecteur découvre les carnets de notes - une autre voix encore. Une alternance s'installe, empêchant le lecteur de s'ennuyer. Quel rapport entre Kovacs et le banquier en goguette? On n'en saura rien avant la fin du roman.

 

"La Cavale du banquier" est donc le récit d'un saut dans le vide - un vide qui sera vite rempli. On relève avec intérêt qu'un auteur suisse approche la personnalité d'un banquier; ce genre de personnage, issu du monde de la finance, paraît cependant revenu à la mode avec les crises qui se succèdent depuis plusieurs années. Le monde de la banque n'est cependant abordé que par la bande dans "La Cavale du banquier", dont l'essentiel de l'intrigue se déroule dans un immeuble de banlieue miteux: il fait plutôt figure de repoussoir.

 

Gilbert Pingeon offre ici un fort joli roman, tout en contrastes bien tranchés. Et pour faire bon poids, même si ce n'est pas un thriller, il y a quand même, dans le placard, un ou deux cadavres morts de manière pas très naturelle...

 

Gilbert Pingeon, La Cavale du banquier, Lausanne, L'Aire, 2011.

Repost 0
24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 20:37

hebergeur imageLu pour le défi "Thriller" de Liliba.

 

Surprenant ouvrage que le dernier opus de Michaël Perruchoud, romancier et éditeur suisse au long cours! Paru à l'époque du Salon du Livre de Genève, cuvée 2013, "Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain" se présente comme un roman noir, pour ne pas parler d'un roman policier, avec ses morts, ses crimes et ses policiers. Mais l'amateur de romans classiques du genre risque d'être désarçonné: pour une fois, les flics échouent et jettent l'éponge, laissant derrière eux un crime (presque) parfait, dans toute son amertume. C'est qu'en amateur de bières, Michaël Perruchoud en connaît un rayon sur l'amertume, fût-elle littéraire.

 

Sans déflorer l'intrigue, disons brièvement que "Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain" relate l'existence d'un homme qui a été abusé sexuellement dans son enfance, qui s'est toujours muré dans le silence le plus total à ce sujet et va chercher à se venger, dans la plus grande discrétion, une fois l'occasion venue. Cela, non sans quelques dommages collatéraux.

 

Et s'il y en a bien un qui est amer, c'est justement ce personnage principal - tellement principal qu'il occupe toute la place ou presque. L'auteur en brosse un portrait soigné et détaillé, travaillant sa psychologie en profondeu. La description de l'évolution de ce personnage, à partir de la terrible scène originelle de l'abus sexuel (l'enfant est violé sur un établi, la tête coincée dans un étau, quand même!), est magistrale: il y a cette obsession de l'enfermement dans la salle de bains, les bains sans fin, puis les études dans lesquelles le narrateur s'abîme, l'impossibilité de développer une vie sexuelle active sans la béquille de l'alcool - qui joue dans ce récit un rôle ambivalent, presque bénéfique pour le narrateur, mais plutôt supporté par sa conjointe. Une femme qui n'aime pas le sexe, d'ailleurs... alors que celles qui y goûtent finissent par bloquer le narrateur.

 

En matière de pédophilie, on notera que l'auteur évite le cliché du prêtre abuseur d'enfants, préférant mettre en scène Barrioli, apparemment mécanicien désoeuvré de son état, et le Type, dont on ne sait pas grand-chose - ce qui va mener à des quiproquos. La présence d'un crucifix, toutefois, suffit à introduire un élément religieux. Était-il indispensable à l'action? Ces signes religieux sont-ils arborés par tradition (on a affaire à des Italiens, qui peuvent éventuellement tenir à de tels symboles près d'eux même s'ils n'y croient guère) ou par foi sincère? L'auteur reste dans le vague.

 

Il y a aussi le style. On reconnaît la patte de l'auteur; surtout, celui-ci arrive, phrase après phrase, à montrer qu'on est en Suisse, sans jamais mentionner expressément le pays. Le lecteur attentif repère quelques helvétismes (encoubler, rappondre). L'un des personnages s'appelle Françoise Territet - un patronyme qui évoque une localité proche de Montreux. Autre détail exploité par l'auteur: les crimes pédophiles ne sont plus prescrits en Suisse, depuis quelques années, le principe en ayant été accepté par référendum à la fin 2008. Enfin, les décors, entre villas proprettes et recoins montagneux, suggèrent le Valais, proche de l'Italie.

 

On aurait donc tort de considérer que "Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain" est un simple roman policier, ou un petit roman noir de 156 petites pages. C'est aussi et surtout un admirable portrait d'un personnage déterminé, qui va réaliser le crime parfait. Ou presque. Alors, est-il victime, coupable, les deux en même temps... ou autre chose encore? Au lecteur de le découvrir!

 

Michaël Perruchoud, Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2013.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.