Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 19:07

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Vivent nos régions!, Nouvelles et Rentrée littéraire.

Le site de l'éditeur: Mon Village.

 

C'est du sur-mesure: avec "Pour quelques stations de métro", Gilles de Montmollin offre un recueil de trente-trois nouvelles conçues, par leur brièveté, pour être lues dans les transports publics, entre deux stations. Le métro renvoie certes à une imagerie de métropole, mais il faut se souvenir qu'il y a aussi un métro à Lausanne. Et qu'à défaut, tout est conçu, ici, pour séduire le lecteur qui aime bouquiner dans les transports publics.

 

hebergeur imageIl y a l'objet lui-même, d'abord, tel qu'on le découvre: les nouvelles n'excèdent jamais cinq pages de format A6, écrites assez gros - une taille de caractères qui garantit une lecture confortable, y compris en déplacement, avec un éclairage qui peut être aléatoire. Le format et le poids du livre en font un compagnon de déplacement idéal: il est plus petit qu'une liseuse et, si ça se trouve, il est plus léger. Enfin, sa couverture sombre est discrète est idéale pour un lecteur qui ne souhaite pas trop attirer les regards des curieux.

 

hebergeur imageVenons-en au texte, à présent... le lecteur coutumier de Gilles de Montmollin doit accepter que pour une fois, l'auteur ne place plus la navigation et l'Histoire au coeur de ses récits - même si quelques nouvelles exploitent le créneau des bateaux, en particulier "Force 12", dont le vocabulaire précis permet au lecteur de se croire à bord d'une embarcation en perdition. Là où l'on retrouve bien l'auteur, en revanche, c'est dans l'omniprésence des "femmes un peu trop jolies" - pour reprendre les mots même qu'a eus l'auteur à leur propos dans "La Passagère de Stingray". Ca commence dès la première nouvelle, "Chasteté": "La fille est plutôt grande. Jolie sous ses cheveux bruns noués en chignon négligé. Genre bobo: blouson de cuir, foulard, jeans serré, bottines à talons. Nos regards se croisent." De moi, vous n'en saurez pas plus...

 

hebergeur imageLa brièveté impose à l'auteur un art consommé de l'ébauche qui fait mouche, et force est de constater que l'exercice est réussi: il n'y a rien de trop, et chaque élément mentionné concourt à donner corps - et un soupçon de chair - à l'histoire. Aimerait-on par exemple être dans la voiture citée dans "Un père responsable"? Un véhicule, un comportement, des enfants complices, et l'on comprend le caractère parfaitement antithétique du titre.

 

Quelques constantes, cependant: l'auteur aime mettre un verre d'alcool entre les mains de ses personnages, allant jusqu'à citer les marques et les appellations afin de situer un rang social. Il fait de même avec les voitures, moyen de transport utilisé comme marqueur social: en gros, ça va de la Renault 5 à la Ferrari, et ça pose tout de suite son personnage. Il est à noter que l'automobile est très présente dans ce recueil, ce qui peut paraître paradoxal pour un livre destiné à être lu dans les transports publics. Vu les situations parfois périlleuses que l'auteur dépeint, cependant, le voyageur qui lit ces nouvelles à bord d'un train ou d'un métro ne manquera pas de se dire, par contraste, qu'avec les transports publics, au moins, il est plus en sécurité que dans une automobile...

 

Nouvelles à chute heureuse ou doucement cruelle, tableaux d'ambiances mélancoliques ou optimistes, moments sensuels ou réfléchis placés sous le triple signe de l'amour, des valeurs (la nouvelle "Les vraies valeurs" a été remarquée par le jury du concours de nouvelles organisé en 2012 par l'Association vaudoise des écrivains) et de la mort: portés par une plume aisée et fluide, amatrice de phrases courtes et efficaces, qui assume pleinement sa suissitude et même sa "lausannéité", les trente-trois petits textes de "Pour quelques stations de métro" se dévorent facilement, et pourraient constituer un sujet de conversation sympathique si tout le monde, un jour, se mettait à le lire dans les transports publics des villes romandes. Pour un peu, on sauterait même dans un trolleybus juste pour goûter une nouvelle de plus.

 

Gilles de Montmollin, Pour quelques stations de métro, Sainte-Croix, Mon Village, 2013.

 

Repost 0
1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 10:42

hebergeur imageLu par Jean-Yves Olivier, Pambazuka, Pierre Malet de Tchadoscopie.

 

L'économiste zambienne Dambisa Moyo compte parmi les cent personnes les plus influentes du monde, selon le périodique TIME. Paru en 2009 et traduit en français la même année, son ouvrage "L'Aide fatale" remet en question les politiques d'aide. Cet ouvrage paraît plus de vingt ans après "L'aide qui tue" de Brigitte Erler, dont il a été question céans il y a quelques années; le lecteur constatera cependant que même si l'approche est différente, les deux ouvrages ont de quoi interpeller, sur une thématique similaire. Avec une conclusion semblable: il faut mettre fin à l'aide.

 

Alors que Brigitte Erler, ancienne coopérante devenue politicienne d'obédience socialiste, parlait de façon très concrète de choses observées au Bangladesh, Dambisa Moyo propose une approche plus théorique et analytique, plus éloignée du terrain aussi. L'approche de "L'Aide fatale", livre au titre en forme d'oxymore, se fonde sur une définition précise de ce qu'elle appelle "l'aide" tout au long de son ouvrage: "En gros il existe trois types d'aide: l'aide humanitaire ou d'urgence, qui se mobilise et se prodigue pour répondre à des catastrophes et des calamités [...], l'aide "charitable" fournie par des organisations de bienfaisance à des institutions ou des individus sur le terrain, et l'aide systématique - c'est-à-dire les paiements effectués directement auprès des gouvernements sous la forme de transferts de gouvernements à gouvernement (elle est appelée aide bilatérale) ou de transferts par l'intermédiaire d'institutions comme la Banque mondiale (elle est appelée alors aide multilatérale." C'est avant tout le troisième type d'aide que l'auteur s'attache à critiquer ici, se fondant sur une idée qui, selon elle, en est la source: la bonne conscience que les Etats riches souhaitent se donner en donnant.

 

Dès lors, l'auteur argumente, d'un point de vue macro et micro-économique. Elle signale ce qui ne va pas dans le cadre d'un réquisitoire bien construit: mal contrôlée, non assortie d'objectifs, l'aide ne va pas à celles et ceux qui en ont besoin; elle alimente la corruption, peut détruire ce qui fonctionne, génère un afflux pas forcément souhaitable de devises étrangères dans un pays (à la façon du "syndrome néerlandais", qui rappelle que le florin a été déstabilisé par l'afflux de devises étrangères aux Pays-Bas, résultant de la découverte de pétrole dans les eaux dont ce pays est responsable). L'auteur suggère que certains pays sont devenus dépendants de cette aide, reconduite facilement, en sont devenus dépendants comme un drogué l'est de son produit - et finit par dissuader le pays bénéficiaire de chercher d'autres sources de revenus plus propres à susciter un développement solide à long terme. Le lecteur apprend même que l'aide (plusieurs milliers de milliards de dollars par an quand même, puisés dans la poche des contribuables des pays riches que nous sommes) fait "reculer" les pays qui la reçoivent.

 

Une approche théorique? Pas seulement. Dans un souci de s'adresser au grand public, l'auteur intéresse son lectorat en personnalisant et en illustrant son propos. Il y a avant tout la figure récurrente de l'entrepreneur qui produit des moustiquaires et qui voit son affaire crever parce qu'une star (genre Bob Geldof ou Bono) a décidé d'offrir gratuitement cent mille moustiquaires aux gens qui en ont besoin, mettant sur la paille les collaborateurs de la petite entreprise dudit producteur, affamant les personnes qui dépendent du revenu tiré de la production de moustiquaires et ruinant, in fine, ce segment commercial. Bel exemple d'aide délétère, que l'auteur fait ressortir à intervalles réguliers pour illustrer certaines situations. Et puis, il y a le cas du pays à la fois fictif de Dongo, qu'elle présente comme typique et, à ce titre, susceptible de rechercher des alternatives à une aide qui pourrait, d'ailleurs, se tarir bientôt: les pays donateurs ont, aujourd'hui, d'autres soucis que le salut de l'Afrique, ce que l'auteur signale. Enfin, il y a l'expérience personnelle de l'auteur, qui ouvre ce livre et se présente comme la source de toute réflexion.

 

C'est que cet essai, construit en deux parties, émet plusieurs pistes alternatives de développement après avoir posé un diagnostic sévère. Celles-ci sont souvent inspirées d'un certain libéralisme, et aussi de l'expérience, présentée comme réussie, des pays d'Asie, de la Russie, etc. (il y aurait des nuances à apporter, le tableau est parfois un brin idyllique à force d'être schématique): émission d'obligations, jeu des investissements directs à l'étranger, etc. L'auteur va jusqu'à développer le cas des Chinois qui investissent en Afrique, présentant ceux-ci comme des amis. Il est permis d'en débattre: la notion de "Chinafrique" n'est pas loin, avec tout ce qu'elle peut avoir de peu attrayant; cela dit, l'auteur prend la peine de répondre point par point aux principaux arguments de ses détracteurs. Elle rappelle aussi que pour que l'Afrique aux mille situations diverses s'en sorte, il faut que toutes les parties concernées jouent le jeu. Enfin, elle ne cache pas que des efforts seront nécessaires - et, filant la métaphore de la substance addictive, n'hésite pas parler de "sevrage de l'aide" pour les pays qui en dépendent.

 

Le livre reste donc accessible. Parfois un brin schématique, il se veut un réquisitoire solide contre un système d'aide qui, selon son auteur, va à l'encontre de ses objectifs avoués; il offre par ailleurs des pistes, présentées comme idéales, pour que ça aille mieux. L'historien britannique Niall Ferguson, préfacier, conclut: "Il s'agit ici d'un point de vue africain sur les problèmes économiques de l'Afrique. Le livre qui en résulte réussit à être à la fois réaliste et généreux. Pour ma part je ne souhaite qu'une chose en le refermant: que l'on nous donne plus de Moyo et moins de Bono." La force de "L'Aide fatale" est de ne pas se contenter de dénoncer, mais aussi de proposer. Et, en dernier ressort, d'ouvrir le débat sur un système qui a atteint ses limites.

 

Dambisa Moyo, L'aide fatale, Paris, JC Lattès, 2009, préface de Niall Ferguson, traduction française d'André Zavriev.

 

 

 

 

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais Dambisa Moyo
commenter cet article
30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 20:02

hebergeur imageUn vin qui s'appelle "Agathon" affiche des ambitions que tout helléniste comprendra - ce beau mot signifie en effet "bon" dans la langue d'Homère. Quand en plus, on apprend que ce vin biologique vient du mont Athos, on est forcément intrigué. A-t-il été produit par les fameux moines orthodoxes qui y résident? Bonne question - il est permis de rêver. Mais c'est bien de là que ce vin rouge grec provient: l'appellation d'origine contrôlée en fait foi. Enfin, la Grèce occupant l'actualité économique depuis des mois, pour ne pas dire des années, forcément, on a envie d'en savoir plus. C'est ainsi que je suis tombé sur cette fort belle bouteille - un millésime 2009.

 

Côté composition, l'Agathon allie l'international et le local puisqu'il s'agit d'un assemblage réunissant le cabernet-sauvignon, cépage présent partout dans le monde, et le limnio, cépage indigène. Le tout titre à 13,5%, ce qui promet un vin soutenu qui ne devrait pas (trop) vous scier les jambes.

 

Et qu'en est-il de la dégustation?

 

La robe n'a rien de ces vins noirs qui tachent et laissent des traces durables sur les nappes: un brin claire, fort belle, elle augure d'une certaine noblesse. Au nez, le dégustateur aura la surprise de découvrir une odeur d'écurie, franche, décomplexée, qui surprend! Mais au palais, le breuvage n'a rien d'un crottin: au fil de la dégustation, on lui trouve successivement un brin d'acidité, des tonalités de fines herbes et même de poivre, et même une certaine rondeur malgré tout. Bref, l'impression qui reste est celle d'un vin qui assume sa complexité et son caractère atypique, mine de rien. Du coup, gorgée après gorgée, on interroge ce vin, on lui demande ce qu'il a à dire. En plus, il évolue au contact de l'air. Dialogue, dites-vous? Quoi de neuf sur cette gorgée?

 

Il est relativement court en bouche. Ce n'est pas un défaut ici: l'élégance de ce vin va jusqu'à séduire sans s'imposer. Ceux qui le voudront diront qu'une telle bouteille a été bénie de Dieu, par l'entremise des célèbres monastères du Mont Athos (qui sont le sujet principal du roman "Ap. J.-C." de Vassilis Alexakis, Grand Prix de l'Académie française 2007, que je recommande chaudement, soit dit en passant). Les dégustateurs plus rationnels penseront, quant à eux, qu'il s'agit d'un fort beau vin, équilibré et bien fait, agréable, complexe mine de rien, et élégant. En grec antique, il y avait une expression pour dire cela: καλὸς κἀγαθός. Avant de déguster puis de confirmer (ou pas), je vous laisse déchiffrer...

 

Le site du producteur: Tsantali.

 

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche Vin
commenter cet article
29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 19:33

hebergeur imageLe Défi des Mille n'est pas mort. Je l'ai annoncé, et XL le prouve par sa participation, merci à elle! Elle aborde, dans un beau billet, la trilogie "Le Puits des Mémoires" de Gabriel Katz. Son billet de défi se trouve ici:

 

http://ocommecolomb.blogspot.ch/2013/01/le-puits-des-memoires.html

 

Le Défi des Mille est à présent éternel; dès lors, à qui le tour? N'hésitez pas m'en faire part, toute participation spontanée est bienvenue. Pour les règles, cliquez sur le logo...

 

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
commenter cet article
25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 14:06

Il a beaucoup plu sur Saint-Pierre-de-Clages et sur Chamoson samedi dernier. Cela a fait plier bagages à plusieurs des bouquinistes qui ont pris place au centre du village de Saint-Pierre-de-Clages à l'occasion de la vingt et unième Fête du livre.

 

hebergeur image

Mais cela n'a pas fait reculer la cinquantaine de candidats du Championnat suisse d'orthographe, qualifiés à l'issue de la demi-finale du Salon du Livre de Genève. Si la plupart d'entre eux sont venus de Suisse, d'autres se sont déplacés de France, en particulier des membres du club d'orthographe de Grenoble. Les organisateurs ont su les gâter; bravo à eux! Pour l'occasion, en effet, Francis Klotz (photo; source ici) a concocté pour l'occasion une de ces dictées astucieuses et fantastiques dont il a le secret...

 

Il y était question, cette fois-ci, d'une chercheuse spécialisée dans les muscidés et l'ornithologie, qui se rend à une exposition de tableaux animaliers et y vit une expérience mémorable et traumatisante. Comme on pouvait s'y attendre, cela a donné lieu, pour l'auteur, à un festival de noms d'oiseaux et d'insectes pas piqué des vers - la moindre de ces bestioles n'étant sans doute pas le syrphe, dont le mâle se reconnaît, paraît-il, à ses yeux accolés. On notera enfin que le peintre ouzbek évoqué dans le texte de la finale fait écho, de manière troublante, aux contrées turkmènes de la dictée de la demi-finale.

 

Ce texte m'a fait trébucher une seule fois... et même pas dans un de ses méandres les plus difficiles puisque j'ai seulement écrit en deux mots l'adjectif "malintentionné". Un classique des dictées, pourtant! Il y eut quelques erreurs dans ma copie des tests de départage. Malgré tout, j'ai à nouveau décroché le titre de champion suisse - cette fois en me hissant à la première place du classement, derrière Guy Deschamps, de Saint-Martin-des-Besaces (Calvados) et Guillaume Terrien, de Grenoble (Isère), qui ont fait chacun deux fautes. A nouveau, il y eut une pluie de prix - cette fois, je suis rentré avec un bon de voyage, excellent pour les prochaines vacances! - avant le sympathique apéritif conclusif, dégusté sous tente, dans la bonne humeur.

 

Il est à noter que le Championnat suisse d'orthographe connaîtra un changement organisationnel: une catégorie "anciens champions" sera créée l'an prochain. Cela devrait donner des classements plus ouverts. Les organisateurs vous donnent d'ores et déjà rendez-vous en 2014.

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Langue française dictée
commenter cet article
19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 19:34

hebergeur imageLu par Alfie, Alias Noukette, Antigone, Anyuka, APDL, A Posteriori, Carré Jaune, Cathe, Cathy, Clara, Clarabel, Constance, Corélie, Flora, Florinette, J. Bessière, Jérôme, Keisha, Koryfée, Lapinoursinette, Lectovore, Littérature et français, Lucie, Marianne, Meely, Mireille, Mylou, Nuages et vent, Sev, Souris jaune, Sylire, Sylvie, Yv.

Lu dans le cadre du défi Premier roman.

 

Il y a un indéniable parfum de Marcel Proust dans "La petite cloche au son grêle", premier roman de Paul Vacca, bien connu de la blogosphère, qui lui a réservé un accueil des plus chaleureux. Qu'on ne s'y méprenne pas, cependant: ce roman plutôt court se lit facilement et rapidement, au contraire de l'illustre modèle littéraire. Ce qui n'enlève rien aux qualités respectives de Paul Vacca et de Marcel Proust, au contraire!

 

hebergeur image

Parents spirituels et réels

Pour un écrivain, donner à Marcel Proust une place prépondérante dans un premier roman n'a rien d'innocent: de la part du lectorat, les attentes seront élevées! L'auteur est habile, cependant. Il ne fait pas dans le pastiche stérile, mais recrée une vie villageoise qui pourrait être la sienne... et qui, comme par hasard, coïncide avec les épisodes et thèmes majeurs de l'oeuvre majeure de Marcel Proust, "A la recherche du temps perdu", opportunément rappelés: madeleine de Proust, scènes de sommeil au début de l'oeuvre, faire cattleya, homosexualité, masturbation, et même un dîner de têtes en fin de roman. Cela, sans oublier le célèbre incipit, cité comme il se doit: "Longtemps, je me suis couché de bonne heure".

 

Et face à la figure tutélaire, paternelle de Marcel Proust (au sens symbolique, le narrateur ayant un vrai père, bien réel et qui garde les pieds sur terre), se trouve l'image maternelle: pour faire naître une vocation, suggère l'auteur, il faut être deux au moins, de manière symbolique, de même qu'il faut un papa et une maman bien réels pour donner la vie à un petit d'homme. L'auteur trouve le moyen de la mettre en évidence en parlant d'elle à la deuxième personne du singulier. Ainsi le lecteur a-t-il l'impression de plonger dans une longue lettre reconnaissante du narrateur à sa mère.

 

Incipit, avez-vous dit?

Incipit, ai-je dit tout à l'heure. Celui de "La petite cloche au son grêle" est des plus élaborés, et contient en germe tout ce qui va suivre dans le roman. En rapprochant retour de collège et lois physiques et cosmiques, la première phrase représente en effet un trait d'union saisissant entre l'absolu et les contingences d'ici.

 

Quant à la fin du premier paragraphe, il plante le décor (le bar familial) et indique d'emblée un élément qui, évoqué dans le titre, va faire office de leitmotiv dans tout le roman: la clochette qui tinte dès qu'un client entre dans le bar. Cela va suivre le lecteur tout au long de son voyage littéraire.

 

Le tableau d'une adolescence... autobiographique?

Un voyage qui va l'amener à suivre un gamin de treize ans. L'entrée dans l'adolescence est bien dépeinte; l'auteur, en particulier, parvient à jouer avec le personnage d'Eglantine afin de montrer les errements inhérents, parfois, aux amours adolescentes. Et puis, l'auteur paraît suggérer un truc que d'autres écrivains pourront peut-être me confirmer: à l'instar du narrateur, toute personne ayant répondu positivement à une vocation d'écrivain a dans son histoire scolaire un professeur qui lui a mis de mauvaises notes de rédaction. C'est précisément qu'il est question, tout au long de "La petite cloche au son grêle", de la naissance d'une vocation...

 

"La petite cloche au son grêle" est-il, enfin, un roman autobiographique? Tout comme il y a de quoi s'interroger tout au long de "A la recherche du temps perdu", on peut se poser la question en lisant "La petite cloche au son grêle", à cela près que dans ce dernier ouvrage, le prénom du narrateur n'est jamais divulgué. Vrai ou faux? Le lecteur accepte-t-il d'être dupe, dans un sens ou dans l'autre? Il doit en tout cas se contenter de l'étiquette de "roman" inscrite sur la couverture de "La petite cloche au son grêle", qui fait pencher ce livre du côté de la fiction, et accepter de faire lui-même la part du vécu et de l'inventé.

 

Ca n'a l'air de rien, donc, moins de 200 pages; mais le lecteur aura de quoi gamberger à la fin de "La petite cloche au son grêle", et se demander dans quel voyage il est parti: il y a là de l'enthousiasme, de la tristesse, de l'amitié, une vie de famille heureuse malgré les aspects tragiques (la maladie de la mère), et toute une vie en province, dans des temps mal définis mais forcément anciens. Le tout, servi par une écriture sobre, au style suffisamment discret pour laisser la place à des questions existentielles autrement importantes...

 

Paul Vacca, La petite cloche au son grêle, Paris, Philippe Rey, 2008.

 

 

Repost 0
18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 20:35

hebergeur imageLu dans le cadre du défi Nouvelles.

Le site de l'auteur.

 

De la forme longue à la forme courte: après une saga fantastique pour adolescents, "Mécaille", publiée chez Edilivre, l'écrivain Jey Are se lance dans le genre court de la nouvelle. Du haut de ses vingt-trois ans, il offre à son lectorat un ouvrage intitulé "Parapluie & calculatrice", qui se présente comme une nouvelle. L'exercice n'a rien d'évident, et force est de constater qu'ici, le lecteur a l'impression que l'auteur a chaussé des souliers trop petits pour avancer, même s'ils ont l'air pas mal...

 

Au terme de sa lecture, en effet, le lecteur se demande si l'auteur n'aurait pas dû prendre le temps et l'espace de mieux planter son décor. Malheureusement, par exemple, on ne saura pas grand-chose de cet "Empire Novafricain" qu'il évoque, si ce n'est qu'il s'agit d'une dictature xénophobe dirigé par un dictateur qui passe essentiellement à la télévision. Dans le même esprit, il n'est pas évident de comprendre quel est le lien qui lie ce pays et les deux Camille qui constituent les moteurs de cette nouvelle.

 

hebergeur imageDeux Camille? Là, l'auteur se montre astucieux. L'un est un quadragénaire, professeur de physique, et l'autre, qui a plus ou moins l'âge de l'auteur, est une étudiante en droit. Si elle est dûment montrée et trouve une certaine expression dans l'action, l'arrogance de cette dernière eût mérité d'être mieux exploitée; de l'autre côté, on se satisfait volontiers du Camille homme, qui aime surfer sur les sites Internet de rencontres. Son goût du football trouve quelques échos au cours du récit, par exemple sous forme de posters. Et la conjonction des deux homonymes, au prénom androgyne, permet de créer une scène d'intimité pour le moins intéressante, du point de vue de la technique d'écriture.

 

Football, ai-je dit? Le lecteur sera accroché par les noms des footballeurs dépeints, de loin: l'auteur utilise systématiquement, pour eux, des noms qui font référence aux cheveux: Libreroux, Bobrun, etc. Jolie trouvaille pour un élément d'arrière-plan! De même, le parapluie et la calculatrice cités en titre d'ouvrage sont les accessoires fétiches des deux Camille; le lecteur aurait aimé savoir pourquoi ils sont si importants, voire les voir jouer un rôle actif dans cette nouvelle. Hélas, il n'en sera rien.

 

Enfin, la vision du futur qu'offre Jey Are manque d'épaisseur et d'audace. Tout se passe dans les années 2050, soit. Peut-on, veut-on croire qu'à cette époque, on surfe encore sur des sites de rencontre à l'ancienne? La cigarette électronique, qui fait actuellement un malheur en France, sera-t-elle encore d'actualité à la moitié du vingt et unième siècle? Enfin, n'a-t-on donc pas encore inventé, à cette époque, la téléportation, qui remplacerait avantageusement le métro, moyen de transport peu sûr après une certaine heure? Que font les ingénieurs, bordel? Dans un registre mieux inspiré, le lecteur, enfin, est invité à imaginer ce que peuvent être ces "objets dématérialisés" (écrans, tableaux,...) qui, sous une forme ou sous une autre, parsèment cette nouvelle.

 

"Parapluie & calculatrice" est une nouvelle pleine de bonnes intentions, écrite de manière fluide, c'est indéniable. Mais en refermant ce livre de soixante-six pages, le lecteur va sans doute se demander, un brin frustré, si l'auteur est vraiment allé au fond de son sujet, au-delà de quelques scènes sensuelles (oui Messieurs, vous verrez la Camille femme à poil, et si c'est un poil convenu, c'est quand même assez agréable...). Et poser la question, c'est y répondre avant d'en poser une autre: n'y a-t-il pas là matière pour faire un bel et bon roman... au moins?

 

Jey Are, Parapluie & Calculatrice, Aubagne, Mauvaises Nouvelles, 2013.

Repost 0
18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 05:00

1dée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

"Point de nouvelle, bonne nouvelle"

 

N'attendre des nouvelles de sa belle...

Passer temps à lui conter ritournelle.

Mais, elle se retrouve loin des yeux,

Séjournant très seule sous d'autres cieux.

Mon courrier m'apporte lettre d'elle...

Et mon coeur s'envole à tire d'aile...

Dans la lancée, un pli du percepteur...

Je désirais l'ignorer, le faiseur.

Et ce second rappel de mon garage...

M'arrachant aux amours, fou de rage...

Je paye pour me vider l'esprit.

A son retour, serai bien trop pris.

Moralité, de tout temps pigeon succombe.

De ses sens, à république, fait sa tombe.

 

Pascal Agey, Sérénité de l'ombre, Pailly, Editions du Madrier, 2008.

Repost 0
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 19:30

hebergeur imageLu par Cynthia.

Lu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire 2013" (2/6).

Merci à Mikaël Hirsch et aux éditions Intervalles pour l'envoi.

 

Une histoire dans un récit, un récit qui sert de prétexte à raconter une histoire enchâssée: la technique est assez classique. Mikaël Hirsch la revisite avec bonheur dans son roman "Avec les hommes", à paraître le 22 août 2013 dans le cadre de la rentrée littéraire qui démarre ces jours-ci. Citant et paraphrasant Emmanuel Bove, la dédicace que l'auteur m'a faite (merci!) donne une piste de lecture: "On ne raconte pas son bonheur à un homme malheureux; mais peut-on raconter son malheur à un homme heureux?".

 

C'est que toute l'histoire est observée du point de vue d'un écrivain à succès qui boit un verre avec un ami d'enfance, quelque part à Brest - cela pourrait être presque partout ailleurs, même si l'exceptionnelle rue de Siam est dûment mentionnée. Le personnage de l'écrivain à succès recèle un paradoxe intrinsèque qu'il convient de creuser: alors que la posture d'un écrivain est quand même de se mettre un tant soit peu en avant (son nom est partout, ses ouvrages aussi, il se montre pour dédicacer), le narrateur de "Avec les hommes" fait preuve d'une grande discrétion: il a l'humilité de s'effacer afin d'offrir toute la place à son vis-à-vis. En positionnant ainsi son narrateur, l'auteur interpelle l'écrivain qui sommeille dans le lecteur: s'il décide de prendre la plume, sa première qualité devra être de savoir s'effacer afin de donner toute la place à ses personnages.

 

hebergeur imageVenons-en à l'existence de Paul Rubinstein, ce bonhomme à l'existence atypique qui vient se confier à son ami d'enfance devenu écrivain. L'auteur parvient à lui créer une destinée certes tortueuse, mais captivante. Et si elle paraît captivante, c'est que l'auteur accorde une grande place à l'anecdote, aux histoires étranges et distordues qui interpellent par leur humour discret: une tentative d'installation dans un kibboutz israélien qui s'avérera semblable à un séjour au bagne, une période de vie en trouple, etc. Se succédant à un rythme soutenu, elles maintiennent l'intérêt du lecteur et assurent la qualité de la "surface" du roman. Une surface dont les éléments pointent tous dans la même direction: celle du désenchantement d'un homme brillant à l'école, mais qui a pris un temps fou avant de trouver sa place "avec les hommes", dans la société humaine.

 

Autre profondeur de ce roman: le lecteur, au terme de sa lecture, peut se dire qu'il est face à deux hommes qui, ensemble, pourraient en faire un seul, parfaitement heureux et équilibré. Dès lors, chacun fait un pas vers l'autre: Paul Rubinstein, présenté (en plus!) comme un écrivain ayant renié sa vocation, va vers l'écrivain confirmé et, implicitement, l'invite à descendre vers lui, à endosser le rôle ingrat de nègre pour écrire son histoire. Cette convergence peut s'exprimer par les mots de l'auteur: "J'étais devenu celui qu'il n'était pas". Le jeu est-il pour autant égal? Non. Le narrateur, l'écrivain donc, si humble qu'il ne se nomme même pas dans le roman, reste maître du jeu: c'est lui, ou sa mémoire, qui décide de ce qui sera raconté. Belle métaphore de la force de l'homme de plume - qu'il soit écrivain, ou journaliste responsable de la révélation (ou non) et de la hiérarchisation des informations dont il dispose.

 

Et par ce jeu du tri des informations, l'écrivain, homme créatif par excellence, si humble qu'il soit, est en mesure de construire un personnage à partir de la confession d'un être humain bien réel, tel que vous et moi. Ce faisant, il fait oeuvre de recréation du réel, de poésie. Il rappelle aussi les paradoxes que recèle le métier d'écrire. Et enfin, il indique qu'après tout, la recette d'une oeuvre artistique réussie réside dans la rencontre féconde entre un sujet et un poète. Tel est sans doute le message que Mikaël Hirsch a voulu faire passer à travers ce court roman.

 

Mikaël Hirsch, Avec les hommes, Paris, Intervalles, 2013.

 

 

Repost 0
11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 21:20

Mazel revient au Défi des Mille avec "Belle du Seigneur" d'Albert Cohen. C'est ici:

 

http://mazel-pandore.blogspot.ch/2013/08/belle-du-seigneur-dalbert-cohen.html

 

hebergeur imageElle offre une information détaillée sur ce roman et sur son auteur. Bien joué! Merci pour cette participation! Et... à vous de jouer! Pour les règles, il vous suffit de cliquer sur le logo à droite.

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.