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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 20:36

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Vivent nos régions, Premier roman et Thrillers.

Lu par Gwen, La Livrophile, S. Lewerentz, MHF.

Le site de l’auteur et celui de l’éditeur.

 

A l’heure où l’écrivaine lausannoise Rachel Maeder fait paraître son deuxième roman, « Qui ne sait se taire nuit à son pays », il était grand temps pour moi de me plonger dans le premier de ses ouvrages littéraires, « Le Jugement de Seth ». Paru en 2012, il fait apparaître pour la première fois le personnage de Michael Kappeler, archiviste à l’université de Genève.

 

Genève ? On s’y croit. Les locaux de l’université sont bien présents, et même décrits, dans leur situation générale. Plus intéressant, le parc des Bastions et le mur des Réformateurs apparaissent régulièrement, dans ce qu’ils peuvent avoir de sinistre. Cela, sans parler des statues : il n’en faut pas moins pour installer une ambiance de scène de crime. Dans la langue de l’auteur, quelques helvétismes viennent appuyer cet ancrage résolument local et réussi.

 

Autre élément réussi : l’idée de départ. Si vous hantez les bibliothèques ou si vous êtes archiviste, sans doute connaissez-vous ces bibliothèques roulantes, sur rails, qu’on manœuvre avec des manivelles ou électriquement, qu’on appelle des « Compactus ». Peut-être avez-vous eu peur un jour de mourir, la tête accidentellement prise en étau entre deux de ces bibliothèques sur roulettes. Eh bien, l’auteur a osé ce point de départ accrocheur et original, envoyant ad patres le chercheur Adrien Meyer par ce moyen pour le moins cruel. Evidemment, cela n’a rien d’accidentel ici…

 

Enfin, le contexte égyptien ne manque pas d’épaisseur : l’auteure, titulaire d’un mastère en égyptologie, n’hésite pas à plonger dans le monde méconnu de la dynastie des Hyksos, ni à appuyer son roman sur un mystérieux document diplomatique qui a traversé les siècles. Le regard porté sur cet aspect paraît crédible aux yeux du lecteur.

 

Le récit va dès lors placer en concurrence l’archiviste Michael Kappeler, que tout accuse – ce que l’auteur démontre de manière implacable. Il va donc chercher le coupable afin de se disculper. Il parvient même à persuader la police de collaborer avec lui. Celle-ci est représentée un ensemble de personnes peu intelligentes, indisciplinées et sous-équipées. On peine un peu à croire que la police genevoise est à ce point mauvaise ! Cela dit, l’auteur convainc en mettant en scène des personnages ayant une certaine étoffe : un agent homophobe bien lourd qui cherche à coffrer un personnage homosexuel, une agente qui cherche à se faire sa place dans ce monde de mecs pas finauds en se démarquant…

 

Michael Kappeler lui-même représente la figure de l’étudiant célibataire typique, un peu bohème mais parfaitement dégourdi même avec un solide taux d’alcoolémie, tout à fait capable de mener des recherches en tous genres, qu’elles soient policières ou documentaires. Il se distingue par une gouaille qui m’a fort amusé. Il a un petit entourage fait d’amis et de professeurs, ce qui permet à l’auteur de dévoiler certains dessous de la vie universitaire, en particulier en suggérant, sans l’approfondir, la piste d’un trafic d’objets égyptiens antiques. Autant d’éléments qui lui donnent suffisamment d’étoffe pour qu’on ait envie de le retrouver dans un deuxième roman.

 

Rachel Maeder, Le Jugement de Seth, Lausanne, Plaisir de lire, 2012.

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Soulagement

 

Quand je n'ai pas le coeur prêt à faire autre chose,
Je sors et je m'en vais, l'âme triste et morose,
Avec le pas distrait et lent que vous savez,
Le front timidement penché vers les pavés,
Promener ma douleur et mon mal solitaire
Dans un endroit quelconque, au bord d'une rivière,
Où je puisse enfin voir un beau soleil couchant.

O les rêves alors que je fais en marchant,
Dans la tranquillité de cette solitude,
Quand le calme revient avec la lassitude !
Je me sens mieux.

Je vais où me mène mon coeur.
Et quelquefois aussi, je m'assieds tout rêveur,
Longtemps, sans le savoir, et seul, dans la nuit brune,
Je me surprends parfois à voir monter la lune.

 

Eudore Evanturel (1854-1919). Source.

 

 

 

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 20:22

hebergeur imageLu par Hop, Livres pour vous, Médiathèque de Fréjus, Palavazouilleux, Stephie.

Lu hors de tout défi. Eh oui!

 

Un livre qu'on lit vite. Qui conserve cependant une certaine longueur en bouche. Voilà ce qu'est "Nos coeurs vaillants", le roman que Jean-Baptiste Harang a publié au moment de la rentrée littéraire 2010. Distingué par le Prix du Jury Jean Giono la même année, ce roman n'a aucun complexe à se présenter comme un livre de souvenirs. Mais la façon de raconter est telle, avec ses noms qui rappellent vaguement quelque chose au lecteur, ses lieux précisément décrits et son ton nostalgique et faussement bonhomme, qu'on se demande si l'auteur n'égrène pas, mine de rien, ses propres souvenirs en faisant croire qu'il les invente. Bon, d'accord: le jeu de masques entre le réel et le fictif est un vrai sport national chez les écrivains...

 

La règle du jeu de la mémoire

Avec "Nos coeurs vaillants", l'auteur revisite le leitmotiv rebattu "Je me souviens" de Georges Perec - un mode de narration que lui-même a repris de l'écrivain américain Joe Brainard. Autant dire que Jean-Baptiste Harang s'inscrit ici dans une tradition qui a déjà ses lettres de noblesse. Il y ajoute cependant quelque chose, en intégrant la formule consacrée dans une véritable narration romanesque et en déclinant ses variantes: temps des verbes, négations. Car dire "Je me souviens", c'est accepter de devoir se dire, parfois, "Je ne me souviens pas". Pourtant, ce n'est pas faute de vouloir...

 

Telle est la règle du jeu, et elle s'installe dans ce qu'on peut considérer comme la première partie de "Nos coeurs vaillants", celle qui précède la lettre anonyme qui va pousser le narrateur à réagir - oh, si peu, mais suffisamment pour que naisse un roman. Celui qui la refuse n'entrera pas dans ce roman, fait de souvenirs finalement anecdotiques pour le lecteur (euh, il est question de colonies de vacances, de scoutisme, de copains et de curés - et même pas d'Agathe, l'absente, dont la seule évocation fait saliver...). Celui qui l'accepte, en revanche, trouvera son bonheur au fil d'un récit qui va juxtaposer, au fil des phrases, l'essentiel et l'accessoire, ceux-ci étant choisis en fonction de ce que la mémoire veut bien retenir. L'expression "L'or de la Loire", prêtée à François Nourissier, est ici emblématique: parfaitement inutile au récit, elle vient cependant le parasiter régulièrement, simplement parce que la mémoire du narrateur a choisi de la retenir, plus que d'autres choses autrement importantes.

 

On peut aller jusqu'à dire que ce roman est dû à un trou de mémoire, puisque c'est un personnage frustré de n'être pas apparu dans un précédent roman à clés qui a pris l'initiative d'écrire anonymement à l'auteur, son vieil ami d'enfance...

 

Coeurs et âmes (et corps, aussi)

Et comme l'auteur connaît son métier, il a créé un incipit qui guide le lecteur: "Nos coeurs sont vaillants, c'est la mémoire qui flanche." Le deuxième élément de cet incipit vient d'être explicité; quant aux "Coeurs vaillants", c'est le nom de l'équipe de pas-tout-à-fait-scouts catholards dirigée par l'Abbé T. Ces coeurs ramènent à tout ce que ce roman peut avoir de physique, tout ce qu'il peut receler comme affaires d'attirances et de répulsions corporelles.

 

L'auteur pose ainsi un poncif, celui du curé aux penchants pédophiles. Il excelle cependant à le creuser, en dépeignant un personnage qui inspecte les douches des garçons et fait asseoir ceux-ci sur ses genoux. L'auteur renonce cependant à suggérer une justice immanente: son personnage de prêtre aux moeurs troubles s'apprête à fêter ses cent ans et à s'éteindre sereinement.

 

Il y a aussi les amitiés, franches, troubles ou tortueuses. Il y a par exemple le décès d'un ami, des suites d'un accident de mobylette - le coeur perforé par l'un des composants du véhicule. Présenté dès les premières pages du roman, cet épisode fort rappelle que même vaillants, les coeurs ont leurs limites. Et qu'il n'est pas toujours facile de les comprendre. Plus tard, dans les pages où les adolescences se dévoilent, d'autres penchants du coeur, pas forcément acceptés par certains pans de la société, seront également suggérés. Telle est l'ampleur du traitement de ce sujet dans "Les Coeurs vaillants".

 

Un lien

Reste que la mémoire et le coeur sont intimement liés dans l'esprit de l'auteur, qui fait le lien: "... peut-être en raison de l'expression "mémoire du coeur",..." (p. 46). Cette liaison se fait dans le cadre de la lettre anonyme - qui est justement le coeur de ce roman. Quelle est, dès lors, la meilleure question à se poser par rapport à la mémoire? Se souvient-on mieux de ce qu'on aime? Oublie-t-on facilement ce qu'on aime moins? De quoi donner du grain à moudre au lecteur.

 

Et après avoir lu ce roman qui met côte à côte la grande histoire, le vécu individuel, les grands axes d'un personnage et les éléments dont tout le monde se fiche, le lecteur se pose, de manière bien verbalisée, une question qu'il a pressentie plus d'une fois: dans la mémoire de chaque être humain, qui fait le tri? Et que retient-on de sa vie lorsqu'il faudra dire, enfin: "Vous jetterez mes cendres dans votre sablier"?

 

Jean-Baptiste Harang, Nos coeurs vaillants, Paris, Grasset, 2010.

 

 

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 19:24

hebergeur imageFrancis Richard l'a lu aussi.

Lu dans le cadre des défis Rentrée littéraire et Premier roman.

 

L'écrivain Sabine Dormond a un scoop: Don Quichotte revient! Il s'est réincarné! Il s'appelle Alonso Kessler, il traîne ses basques du côté de Lausanne, où il a même rencontré sa Dulcinée, une dame au physique "qu'il n'est pas donné à chacun d'apprécier", et dont le nom de famille n'est autre que Bolomey. Avec tout ça, si le court premier roman de Sabine Dormond, "Don Quichotte sur le retour", n'est pas prometteur...

 

... et force est de constater qu'il tient ses promesses, et que c'est un premier roman des plus agréables. Le lecteur est accueilli par un style très écrit, quasi soutenu, qui ne s'interdit pas de jouer avec les mots (c'est quoi, une salade?), ni de créer des néologismes qui tapent à l'oeil, et encore moins d'assumer sa part de suissitude: qui, parmi mes lectrices et lecteurs français, belges, québécois, enfin, non Suisses, sait ce qu'est un "tintébin"? Eh bien, qu'on se le dise, il y en a qui se baladent dans ce roman!

 

Le premier chapitre constitue une jolie trouvaille, qui place haut le statut de l'écrivain. L'auteur, en effet, met en scène Dieu himself ("what else?", comme qui dirait) dans son rôle de maître du monde, et utilise, pour ce faire, le champ lexical de l'écriture. Pour le lecteur, le résultat est évident: l'écrivain est un dieu pour ses personnages. Et il est important de comprendre ici que Dieu et la littérature sont associés. Dans "Don Quichotte sur le retour", en effet, cette dernière ne compte pas pour des prunes.

 

Dès lors, le coeur de l'intrigue réside dans une affaire de couple qui s'approche, se lasse, se perd, se cherche et se retrouve - de manière élastique, comme le suggère d'emblée le saut à l'élastique que Kessler-Quichotte offre à son épouse pour le premier anniversaire de son amour. Ce saut à l'élastique, préfiguration en positif d'un saut suicidaire décrit plus loin, n'est d'ailleurs rien d'autre qu'un avatar d'une constante de ce roman: l'irrésistible attraction vers le haut. Il faut monter pour sauter à l'élastique, le vélomoteur Rossinante (version moderne et évidente de l'équestre coursier imaginé par Cervantès) grimpe difficilement les pentes mais finit par en venir à bout. Même la déclaration de mariage intervient dans un restaurant des hauteurs, le Mirador Kempinski du Mont-Pèlerin (classe, non?).

 

Pour ce qui est de l'intrigue, elle fait allusion à certains contours de la geste de Don Quichotte de Cervantès: le lecteur découvrira Sancho Pahud et sa Harley, reconnaîtra dans les éoliennes les moulins à vent que Don Quichotte combattait. Il regrettera peut-être de ne pas savoir ce qu'il advient de l'arrivée, réelle ou imaginée, d'extraterrestres dans le canton de Vaud, et de se trouver face à quelque chose de flou concernant les amours de Sancho Pahud et de Pauline la bavarde.

 

De même, le lecteur se sentira désarçonné par l'accélération du temps du récit en fin de roman. Cette accélération est cependant délibérée: l'auteur l'utilise même pour surprendre son lecteur, en dévoilant brutalement, par des actes et des faits qui ont tout du coup de théâtre, l'âge réel de la fameuse Pauline. Le basculement vers le troisième âge et l'accélération du temps du récit ont de quoi sidérer... mais trouve son sens dans une impression, sans doute partagée par plus d'un lecteur, que plus la vie va, plus le temps paraît filer rapidement. Elle met en mots, et c'est génialement venu, ce que chacun ressent: un jour, brutalement, on se trouve vieux.

 

Enfin, "Don Quichotte sur le retour" peut se lire en fonction de cet adage qui veut que la lecture est un vice impuni: dans la mesure où Dulcinée cherche à dissuader son amant de lire afin qu'il remette un peu les pieds sur terre, on peut se dire que la lecture est un vice qui se soigne et se sanctionne. Mais l'auteur va plus loin, en mettant en scène un médecin - Dulcinée - qui, dans son plus grand secret d'écrivain, nourrit le vice...

 

Astucieusement troussé, riche en jolies trouvailles, "Don Quichotte sur le retour" devrait séduire pas mal de monde: les lecteurs qui se demandent s'ils sont drogués aux livres, entre autres; mais aussi les amoureux de Don Quichotte et de son univers, qui trouveront sans aucun doute quelques échos à leur passion littéraire dans ce premier roman.

 

Sabine Dormond, Don Quichotte sur le retour, Sainte-Croix, Mon Village, 2013.

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 20:29

hebergeur imageC'est un de ces vins dont on se souvient, beaux et épatants jusqu'au bout. On le goûte en levant le front, on l'interroge tout au long d'un repas, il se révèle petit à petit, d'abord timide, puis totalement dévoilé. Cela en vaut la peine! Elevé par les "Vignerons de caractère", que je remercie pour l'envoi, le Vacqueyras "Eternité" 2011 est un vin blanc d'une complexité certaine, susceptible d'intriguer jusqu'à la dernière gorgée le plus curieux des gourmets.

 

En préambule, on découvre les cépages, nombreux, dûment mentionnés sur une contre-étiquette bien informative: viognier, grenache blanc, bourboulenc, clairette, roussanne, marsanne. Comment les harmoniser, se demande-t-on? Il y a, déjà là, de quoi intriguer, de quoi affûter la curiosité.

 

Et puis il y a le premier plaisir, celui du regard. Dans le verre, "Eternité" offre une jolie couleur d'or pâle, claire, soutenue, précieuse. C'est suffisant pour qu'on ait envie de humer ce vin. Là, ce sont d'abord des notes florales qui s'expriment, presque timides: il faut aller les chercher. Progressivement, le bouquet s'enrichit, offrant un soupçon de fruit - d'abricot, par exemple, puisque c'est ce que suggère la contre-étiquette...

 

... cet arôme d'abricot, on le retrouve en dégustant, parmi d'autres saveurs. On songe aussi à certaines pommes, ou aux ananas, ou encore à certains fruits à peine mûrs, frais et encore un peu acides, agréables et rafraîchissants par les chaleurs de l'été. Voire, si l'on cherche bien, des impressions d'herbes amères. S'ajoute à cela un final riche en résonances au palais, et l'impression globale d'un certain tranchant, qui donne corps à un vin qui, certes riche, ne fatigue pas les papilles.

 

Son côté à la fois éthéré et complexe suggère l'accompagnement d'un hors-d'oeuvre froid et raffiné à base de poissons. Avec des dégustateurs attentifs, il peut aussi se déguster avec bonheur à l'apéritif - et cela, sans même devoir le laisser vieillir longuement. "Eternité" saura laisser son empreinte dans les mémoires des convives. Une empreinte aussi personnelle que l'empreinte digitale qui orne son étiquette.

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 13:45

hebergeur imageLu par Amaury, Bouquinbourg, Clara, Grelinettes, Irrégulière, Majanissa, Pascale, Pause livre, Pierre Assouline, Toujours à la page, 1001 classiques.

Lu dans le cadre du défi Nouvelles.

 

L'idée de rapprocher littérature et nourritures terrestres est bonne. Bonne aussi, l'envie de faire ressortir les plaisirs minuscules qui s'en dégagent. Bonne également, l'idée de rappeler qu'un livre se dévore, comme un plat. Et puis, tout est dans le titre: "Dickens, barbe à papa", c'est la littérature et la nourriture rapprochées. Enfin, l'auteur, Philippe Delerm a eu l'élégance de faire court.

 

Pourtant, que ce fut inutilement bavard...

 

L'auteur de "Dickens, barbe à papa" joue son coup à la façon d'un quitte ou double: soit le lecteur est immédiatement ferré, soit il ne l'est pas du tout. Pour mettre toutes les chances de son côté, toutefois, il ratisse large en évoquant, au gré de textes courts, de petits plaisirs littéraires et culinaires très divers. On a l'impression qu'il a dû se dire que sur le nombre, ce serait quand même le diable s'il ne touchait pas au moins une fois le coeur de son lectorat: il y en a même pour les Suisses! Une telle approche tous azimuts est un signe de lucidité, certes: à chacun son vécu. Mais aveu d'une limite, aussi, à son projet littéraire: tout le monde n'a pas goûté aux Mistral gagnants, tout le monde n'a pas lu les mêmes bandes dessinées dans les magazines, tout le monde n'a pas connu le "faï petit", qui trahit un souvenir d'un âge certain, qui sent donc le vieux...

 

 

hebergeur image

Odeur de vieux, en effet... accentuée par une écriture au passé. Le lecteur comprend vite qu'on cherche à le flatter, comme dans certains restaurants, en essayant de retrouver les goûts de l'enfance. Le procédé est donc classique et usuel. Mais hélas, avec "Dickens, barbe à papa", la sauce, trop simple voire simpliste, ne prend pas, comme si l'auteur n'avait pas suffisamment essayé d'intéresser son lecteur. Cela, en dépit de quelques tournures bien trouvées: "On sent qu'Haddock ne peut rester prostré ainsi: comment admettre qu'un capitaine de bateau soit une épave?", dit-il par exemple au sujet d'un passage de l'album de Tintin "Le Crabe aux pinces d'or".

 

On peut aussi regretter une certaine mise à l'écart des littératures populaires, chick lit ou livres Harlequin (alors que personne, dans la blogosphère, n'a boudé le plaisir des Harlequinades... il y aurait eu quelque chose à faire!). Cela aurait créé un contrepoint intéressant à des textes tels que "Hopper sucré", sur le fast-food - vu, du reste d'une façon romantique qui crée une poésie alternative à celle du marketing, dont l'auteur est conscient. L'évocation des livres relève du reste plus d'une fois de la paraphrase ou de l'évocation d'éléments marquants (cf. "Lecteur entre deux peurs"), impuissantes à dire l'essence des chefs-d'oeuvre évoqués et l'émerveillement qu'ils suscitent - l'original est, ici, indiscutablement meilleur que la copie.

 

La lecteur de "Dickens, barbe à papa" laisse l'impression d'une littérature populiste au moins bon sens du terme (celle qui ne mériterait pas le Prix Populiste, justement), qui cherche à flatter par tous les moyens. Le lecteur pourra penser parfois à un Francis Ponge pour le grand public. Pour ma part, j'en garderai le souvenir d'un livre qui cherche à rassurer... ce qui aurait plutôt tendance à m'inquiéter.

 

Philippe Delerm, Dickens, barbe à papa, Paris, Folio, 2008.

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 07:42

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Premier roman et Rentrée littéraire.

 

Il n'a l'air de rien, ce petit livre: "Les heures pâles" est le premier roman de Gabriel Robinson et, mine de rien, il aborde un certain nombre de thématiques au gré d'une intrigue simple à résumer, mais dépeinte avec force détails et une sensibilité émouvante: un policier modèle avoue à sa famille sans histoire qu'il mène une double vie et a une fille cachée, devenue majeure.

 

La manière d'attaquer le roman n'a rien de neuf. En guise de prologue (chapitre 0), l'auteur relate la scène capitale de son roman: un voyage de deux parents au Mali, afin de vivre un rituel supposé les rendre fertiles. Un propos qui appelle un ton incantatoire - et de fait, l'auteur sait y faire, notamment en faisant disparaître les virgules dans ses énumérations. Et puis, il y a un zeste de légende là-dessous: le mystérieux renard pâle auquel il est fait allusion est tout droit sorti des légendes du pays dogon.

 

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Cet exotisme mystérieux tranche avec la suite, où l'auteur s'efforce, avec succès, de présenter l'existence bien réglée d'un ménage au-dessus de tout soupçon, tout à fait conventionnel, avec pour père un agent de police aux excellents états de service, placardisé pour insuffisance cardiaque. C'est là qu'apparaissent deux thèmes qui vont sous-tendre ce roman: la quête de soi et les relations père-fils.

 

 

La quête de soi est, métaphoriquement, suggérée dès le début, par des éléments concrets: le choix d'un blouson de cuir pour "faire comme papa", par exemple. Il y a aussi le choix d'un métier: le métier de policier du père fait écho à celui du fils, qui admet mener un métier "périphérique" à celui de son père. Leur point commun, lieu de résonance? Tous deux mènent l'enquête. Quant à la relation père-fils, elle se décline à travers les activités en commun: rallyes auxquels le fils ne prend pas tout à fait part, rencontre sur le lieu de travail. Autre métaphore, enfin: l'insuffisance cardiaque du père n'est-elle pas l'image d'un amour familial distordu par une double vie adroitement masquée, et fêlé définitivement par sa révélation?

 

hebergeur imageQuant à la langue utilisée, si elle paraît sobre par moments, elle sait aussi s'émerveiller d'elle-même, par exemple en soulignant les connotations et impressions que suscite telle ou telle expression: "ça fait flic" se rapproche de "ça fait chier", et l'auteur dégage joliment l'idée que dans l'adverbe "vraiment", il y a "vrai" et "ment". Bien vu, dans un roman situé entre vérité et mensonge. Enfin, la peinture de la fureur, de la folie même, de l'épouse trompée, passage clé de ce qui se présente comme une "implosion parentale", occupe l'un des plus longs chapitres du livre, soulignant l'importance de ce ressenti - que le lecteur partage: écrites en paragraphes longs et compacts d'où le dialogue est presque absent, elles suscitent immanquablement un sentiment d'oppression.

 

Un premier roman réussi, donc, signé d'un journaliste et chroniqueur littéraire. Une fort belle entrée en littérature, tantôt conventionnelle, tantôt envoûtante, tantôt simplement emportée sur le rythme d'une chanson d'Eddy Mitchell.

 

Gabriel Robinson, Les Heures pâles, Paris, Intervalles, 2013.

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 21:12

hebergeur imageLu dans le cadre du défi "Thrillers".

 

J'ai rencontré l'écrivain Philippe Colin Olivier lors de la Fête du livre de Saint-Etienne, millésime 2012. Je me souviens d'un auteur qui aime la conversation et a une solide repartie. Autant dire qu'en lisant son dernier roman, "Le Bal des débutants", j'ai retrouvé quelque chose de ce personnage haut en couleur.

 

L'histoire est simple: lors du bal des débutantes, événement mondain parisien s'il en est, Christophe Foulques, présenté comme "le roi de l'atome", patron du groupe industriel "Knosoz" spécialisé dans l'énergie nucléaire, se fait kidnapper. L'astuce du titre, c'est que ce sont des débutants, jeunes gens en mal de liquidités, qui mandatent l'enlèvement. L'auteur exploite cette caractéristique pour développer un processus criminel un brin atypique qui fait patauger la police. Rançon, police, femme éplorée, coucheries dévoilées, détectives privés en goguette, tout ce qu'on peut attendre d'un solide polar s'enchaîne sur un rythme alerte qui réserve une part généreuse à des dialogues qui claquent bien.

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L'auteur joue d'une particularité qui distingue ce roman: brouillant les cartes, il présente des personnages qui sont le plus souvent pourris, aptes à devenir les larrons de la fable dès que l'occasion se présente. Et aussi des criminels au (relativement) grand coeur. La victime du rapt, en particulier, ne donne guère envie qu'on se mobilise pour elle; il y a des policiers ripoux dans l'histoire, et même les détectives privés Costes et Bernstein (le gros et le mince, Laurel et Hardy revisités) ne sont pas au-dessus de tout soupçon dès lors qu'il s'agit de regarnir leurs comptes en banque: "Costes et Bernstein, enquêteurs privés à l'honnêteté douteuse, entrent dans la danse. Et, entre l'argent sale et l'argent propre, ils ne voient pas bien la différence", résume le prière d'insérer.

 

L'onomastique peut intriguer, d'ailleurs, même si certains noms de personnages sont lisibles. Foulques est si exécrable qu'on a envie de lui donner des noms d'oiseaux (du reste, depuis Fukushima et Tchernobyl, comment un ponte du nucléaire pourrait-il être aimable, dans l'imaginaire collectif?). Bernstein, amateur de cigares, porte apparemment le nom d'une marque d'accessoires pour fumeurs. Quant à Costes, gros mangeur et amateur de dives bouteilles, il est naturel qu'il porte le nom d'une chaîne de restaurants parisiens à la mode. Il est en revanche plus étonnant de rencontrer des personnages nommés Schoumer, Duminku ou Dilula...

 

Le lecteur goûtera ici une narration rapide et nerveuse, relancée régulièrement par quelques phrases qui trahissent un sens prononcé de la formule bien caustique. Les errements de chacune et chacun dans ce récit laisseront l'impression que tous ces personnages se marchent un peu sur les pieds dans ce "Bal des débutants". Mais qu'on ne s'y méprenne pas: tout est bien orchestré, jusqu'au final - qui plaira aux détracteurs de l'énergie nucléaire.

 

Enfin, juste un clin d'oeil: ce roman contient une allusion louangeuse au saucisson du Forez; serait-ce une réminiscence de la Fête du Livre de Saint-Etienne?

 

Philippe Colin Olivier, Le bal des débutants, Paris, Le Passage, 2013.

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Et je revoyais Fabienne encore;

Et j'avais rencontré dans un train

(Un journaliste jamais n'abolira le hasard)

Soudainement apparue,

Nimbée d'un or léger contre la vitre du couloir,

Telle à mes yeux que la captive un temps rêvée

Ravie par sortilège au gens de Gengis-Khan,

Françoise O,

Là vêtue avec un goût raffiné,

Mais qui m'allait bientôt dans son alcôve,

Adorablement dévêtue,

Ordonner chevalier cavalier de sa grâce...

 

Mais encore et surtout,

C'est durant cette époque que je revis Rina

- Séverine de Belley à ses heures -

Camarade oubliée de l'école d'Aubervilliers,

Toute fraîche arrivée de son Vervian natal,

Pour aider à l'affranchissement du Val d'Aoste.

Nous nous accordâmes sans tarder sous la complice égide

De ce "Comité d'action" qu'animèrent aussi

(Outre l'Abbé Petigat,

Avant qu'il ne s'en désolidarisât)

Baptiste Perrin, Fidèle Charrère et rené Bésenval,

- En liaison avec Albert Milloz, Marie Nouchy et Vincent Trèves,

Qui brûlaient leurs vaisseaux

Tandis que d'autres composaient

Ou se cantonnaient dans une prudente expectative opportuniste.

 

Pierre Lexert (1923- ), Si tel Orphée..., histoire d'un émigré, Aoste, Région autonome de la vallée d'Aoste, 1983.

 

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 20:58

hebergeur imageLu dans le cadre du défi Thriller.

 

Tout commence par un accident de voiture. Et tout s'achève par son élucidation... Avec "Le Passager silencieux", l'écrivaine Viviane Moore entraîne ses lecteurs à travers l'Europe occidentale, à une vitesse qui dépasse largement les limites autorisées. Et si je le dis ainsi, ce n'est pas pour rien: l'auteure a choisi, et c'est là un gage d'originalité, de dépeindre un de ces rallyes qui, à l'instar du fameux Gumball 3000 ou du Cannonball (qui a défrayé la chronique dernièrement), jettent quelques milliardaires passionnés de belles et puissantes voitures sur les routes du Vieux Continent. Une quinzaine d'équipages de deux personnes se jettent dans une course qui n'a aucune existence officielle et qui, partie des environs de Londres, va jusqu'au circuit du Nürburgring en passant par Monte-Carlo, Imola et le Liechtenstein. Evidemment, ce sont des affaires de riches: la simple inscription à une telle course coûte, à vue de nez, quatre ans de SMIC. Le champagne est compris dans le prix, mais pas la bagnole.

 

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Et force est de constater que l'auteur sait choisir les véhicules de ses personnages: on se retrouve avec des BMW, des Ferrari Maranello, des Lamborghini Countach, des Mercedes et quelques chars susceptibles d'atteindre les 300 km/h sans trop de peine. Les personnages, quant à eux, sont fortunés - parfois même, ce sont des célébrités un brin dévoyées. L'auteur adopte le point de vue des personnages les moins adaptés à ce milieu, à savoir, en premier lieu, un écrivain susceptible de relater le tout, et, en second lieu, la fille adoptive d'un milliardaire grec qui se ressent de son statut d'orpheline. C'est de bonne guerre, attendu même: il est plus facile, pour le grand nombre des lecteurs que nous sommes, de s'identifier à de tels personnages: s'ils ne sont pas comme les milliardaires inhumains qui concourent, c'est - logique, Eric - qu'ils sont comme nous.

 

Reste que côté personnages, l'auteur aurait pu creuser davantage. Une quinzaine d'équipages, c'est trente bonshommes et bonnes femmes, sans compter les officiels, avec chacun leurs motivations et leur face d'ombre. Or, cela reste finalement assez superficiel dans ce roman, qui se résume à l'idée du "Que le meilleur gagne": la narration eût gagné en force si chacun des équipages, voire des personnages avait une bonne raison de gagner - la survie, par exemple, comme dans "Marche ou crève" de Stephen King ou "Battle Royale" de Koushoun Takami. Cela dit, si l'on veut coller à la réalité d'une telle course, il faut bien dire que la victoire n'est pas forcément l'objectif majeur. Mais la question n'est que reportée: après tout, qu'est-ce qui pousse ces gens sur les routes? Les liens hors course qui existent sont suggérés, mais pas du tout exploités.

 

"Et alors, il y a des morts?" me demanderez-vous, l'oeil curieux, la lippe pendante. Oui. Et il y a même des trucs illégaux - forcément, puisque l'histoire relate une course de voitures sur les routes que vous et moi utilisez tous les jours dès que vous prenez le volant. Cela va de l'excès de vitesse à l'accident mortel, et les radars anti-radar ne chôment pas. Cela dit, l'équipe des coureurs est elle-même hantée par un assassin... ses motivations sont un peu légères, à mon avis; tout au plus peut-on lui trouver les excuses, difficiles à accepter pour les braves ressortissants de la classe moyenne que nous sommes, liées à une certaine psychopathologie des grandes fortunes. C'est finalement pour Elizabeth et John Cavendish que le lecteur ressentira le plus d'empathie: ce sont des gens normaux, réalisant un rêve des plus accessibles, impliqués dans un accident de voiture mortel causé par la course dépeinte par ce roman. Du coup, tout le monde va se demander ce qu'il advient de John, le survivant... et ça va durer tout le roman, jusqu'à la dernière ligne. De la part de l'auteur, c'est une bonne combine pour mener son lecteur à la fin du "Passager silencieux".

 

Un tour d'Europe sans véritable tourisme, de belles carrosseries vues de manière superficielle, une course finalement assez sage (sur le ton de "roule si tu le veux, tue si tu le dois, et ne fais pas d'autre fantaisie"), et un monde huppé finalement superficiel: il faut bien admettre que cet ouvrage, certes rédigé dans un style fluide et accrocheur à l'américaine, déçoit. Cela, d'autant plus que les personnages mis en scène, cosmopolites s'il en est - et en particulier issus du monde anglo-saxon - paraissent bien au courant de la France, premier pays traversé par le rallye, et des autres lieux: personne ne se perd, merci au GPS! Qu'en retenir, alors? Le récit trop rapide et trop court d'une expédition à travers l'Europe (excès de vitesse, avez-vous dit? Celui des personnages ou celui de l'auteur, qui aurait pu prendre le temps de la narration)... et, à titre personnel, le fait qu'à l'intérieur de la couverture, une illustration reproduit une carte où apparaissent la ville où je vis à présent et celle où j'ai fait mes écoles.

 

Viviane Moore, Le Passager silencieux, Bordeaux, Elytis, 2011.

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