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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 21:58

hebergeur image... et fait même mieux que moi! Elle propose un fort intéressant billet sur "Caligula suivi du Malentendu" d'Albert Camus, dont on a fêté le centième anniversaire il y a quelques jours. Bien joué, Zarline - c'est ici:

 

http://unmomentpourlire.blogspot.ch/2013/11/le-malentendu-dalbert-camus.html

 

Merci pour cette participation!

 

Le défi Albert Camus court jusqu'à la fin de l'année. A vous de jouer, et de lire! Il vous reste encore un peu de temps...

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Jeune boxeur

 

Le combat s'achevait; chancelant, je le pris,

Je le portai chez moi; il avait eu le prix.

Je nettoyai le sang qui lui souillait la joue.

Ô parfums, ô rubans où la brise se joue,

Vous ne m'êtes plus rien! Je préfère, et je veux,

L'odeur de la sueur mêlée à ses cheveux.

 

Straton de Sardes (IIe siècle après Jésus-Christ), Anth. Pal., XII, 123, et XII, 192, dans Marguerite Yourcenar, La Couronne et la Lyre, Paris, Gallimard, 1979.

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 21:47

hebergeur imageLu dans le cadre du défi Nouvelles.

 

"Le Joker" est le premier recueil de nouvelles d'Hélène Jousse, qui est également connue comme sculpteur (son site est là), disciple d'Alain Vuarchex et Brigitte Terzieff, remarquée par Pierre Assouline. Paru chez Quadrature, éditeur belge spécialisé dans les recueils de nouvelles, ce livre donne à voir les petites fissures qui se font jour dans des vies ordinaires. Cela, avec une certaine attention portée sur les couples, avec ou sans enfants.

 

Le plus souvent, le réel finit par rattraper l'imaginaire de vie des personnages mis en scène. Dès lors, les nouvelles présentées dans "Le Joker" sont des nouvelles à chute. Certaines sont mieux amenées que d'autres - on a par exemple un peu de peine à imaginer que, dans "Les colis de Félix", les destinataires de ces colis n'aient rien vu de particulier... en revanche, la finale du "Seau de cerises" a quelque chose d'un peu gaulois et vaudevillesque qui ne peut qu'emporter une adhésion souriante. Parfois, par exemple dans "Les rêveurs", elle met en évidence ces mensonges qui cimentent les couples, plus sûrement que l'idéal de vérité qui devrait, dit-on, régner. Enfin, la chute de la nouvelle "Le dernier bain" est particulièrement vacharde... et habile: on ne la sent pas forcément venir.

 

hebergeur imageLe lecteur peut regretter ici les démarrages parfois laborieux des nouvelles. Cela part cependant d'une bonne idée: camper le décor, présenter les personnages en les décrivant. Cela dit, eu égard à la brièveté et à la fulgurance du genre de la nouvelle, on aurait pu attendre une plus grande arrivée au fait: il faut par exemple pas mal de temps pour faire le tour du personnage féminin des "Rêveurs" avant qu'enfin, le vif du sujet n'advienne. Récurrente, cette structure contribue à créer un peu d'ennui chez le lecteur qui lit ce recueil.

 

On goûtera cependant une certaine diversité dans la mise en scène. Certains textes s'ancrent dans une époque mal définie qui pourrait être la nôtre; d'autres, en revanche, s'inscrivent dans la grande histoire. "La Collection de timbres" relève ainsi d'un excès de confiance sur fond de Seconde guerre mondiale; "Les colis de Félix" rappelle le retour forcé ("la valise ou le cercueil") des colons français en Algérie. Quant à la nouvelle "Le Rétroviseur", la simple présence d'une Citroën DS permet de la dater.

 

Le recueil "Le Joker" se caractérise ainsi par la grande unité formelle des nouvelles qui le composent. Une unité excessive, peut-être? Assortie à un côté formellement abouti mais un peu froid et "bon élève", celle-ci empêchera le lecteur d'être enthousiaste sans réserve. Le lecteur attentif aura cependant quelques agréables surprises, comme l'exploitation fouillée et malicieuse du champ lexical des jeux de cartes et de hasard dans la nouvelle "Le Joker", fort réussie, qui ouvre le recueil et lui donne son titre.

 

Hélène Jousse, Le Joker, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2013.

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 21:45

Laurent Coos, patron des éditions La Plume Noire, vient de faire un petit film promotionnel pour sa maison d'édition. Les couvertures des auteurs maison y apparaissent - je relève, parmi les plus proches, Phedrashine, Fabien Feissli, Didier Leuenberger, Bruno Chiron, Noann Lyne. Cela, sans oublier la revue littéraire de l'éditeur... Voici le film:

 

J'en profite pour mentionner que mon recueil de nouvelles, "Le Noeud de l'intrigue", est toujours disponible. Pour vous faire envie, je signale quelques critiques: celles de Didi (la dernière), Mélusine, Tulisquoi, Noann Lyne, Liliba, Alex, Mido...

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 20:01

hebergeur imageFrancis Richard en parle aussi.

 

Il vous est peut-être déjà arrivé de vouloir prendre, un matin, une route différente de celle que vous empruntez d'habitude pour vous rendre au travail. Ce geste, Antoine Messager l'a fait. C'est lui qui est le personnage principal de "La Fugue", dernier roman du romancier genevois Georges Ottino - un ouvrage au titre identique, soit dit en passant, à celui du dernier roman de Bastien Fournier, dont il était question ici même hier.

 

L'auteur présente ici la fugue d'Antoine Messager comme une parenthèse inexpliquée dans une vie bien réglée, semblable à celle de tout un chacun mis à part que notre bonhomme est un cadre dirigeant très important, marié qui plus est. L'auteur montre bien le glissement d'Antoine du mode routine au mode fugue, avec les états d'âme successifs: oser, ne pas oser? Se sentir coupable? Lâcher prise... La fugue va le promener jusqu'en Italie, et mettre sur sa route une énigmatique autostoppeuse toute de noir vêtue - un noir annonciateur d'un mystère insondable. De manière prévisible, ce qui doit se passer entre eux se passe...

 

Ce voyage est la métaphore d'un exil intérieur aux multiples visages, que l'auteur relate en flash-back qui occupent, régulièrement, le milieu des chapitres de la première partie. L'auteur y dépeint avec un soin abouti du détail concret et une étonnante sensibilité les derniers moments de vie du père du personnage principal, donnant littéralement au lecteur la sensation émouvante d'un personnage qui s'éteint, par la réduction progressive de ses gestes et de ses possibles. L'auteur marque ces retours en arrière en changeant de personne: si la réalité actuelle est écrite à la troisième personne du singulier, le passé est raconté à la deuxième personne du singulier.

 

Après une courte deuxième partie "pivot", la troisième décrit la réalité présente. Pas question de s'en évader: c'est là qu'il est question de l'autostoppeuse! C'est dans cette troisième partie aussi que les dialogues se font plus fréquents; mais conçus comme une partie de cache-cache entre inconnus complices, ils préservent l'essentiel du mystère de l'autostoppeuse: ce qu'on apprend d'elle paraît bien anecdotique par rapport à ce qu'elle cache.

 

Georges Ottino offre avec "La Fugue" un roman à l'adroite construction, écrit de manière fluide et sensible. Il donne à voir la grisaille des routes et des autoroutes, fait vivre les états d'âme d'un automobiliste qui rêve, seul au volant de sa grosse voiture. Et offre aussi, pour ne rien gâter, quelques aperçus de l'Italie et de Ferrare. La couleur locale est discrètement soulignée par l'utilisation des noms italiens de lieux. Ainsi prend forme cette fugue, parenthèse enchantée entre deux tranches de réel. S'est-on inquiété de l'absence d'Antoine Messager? Le lecteur n'en sait rien. Et finalement, peu importe...

 

Georges Ottino, La Fugue, Lausanne, L'Age d'Homme, 2011.

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 22:28

hebergeur imageLu par Julien Sansonnens.

Lu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire 2013".

Le site de l'auteur: Bastien Fournier.

 

Après "Le Cri de Riehmers Hofgarten", l'écrivain valaisan Bastien Fournier trace son sillon d'écrivain romand à l'indéniable personnalité. Paru dernièrement aux éditions de l'Aire, son dernier opus, "La Fugue", s'inscrit dans le prolongement de "Pholoé" - qui évoquait déjà une fugue. Il se distingue par ailleurs par une sensualité exacerbée, déjà présente dans "Pholoé", et qui s'exprime dès les premières lignes de l'ouvrage.

 

De premières lignes certes statiques, puisqu'elles dessinent le portrait d'un personnage. Pourtant, que de fascination dans ces phrases construites comme un gros plan photographique! Celles-ci dépeignent l'éveil d'une jeune femme - qui fait écho à l'éveil du jour. Le simple fait que cette scène d'éveil se place en début de roman, et que la fille dépeinte soit nue, dans un chalet en rase campagne, donne tout de suite le ton: il sera question d'éléments essentiels. Cela est encore souligné par la sensualité de l'écriture, qui s'attarde volontiers sur les parties du corps de la fille ("L'air circulait sur ses chevilles, montait le long des jambes, s'insinuait à l'arrière des genoux et entre ses cuisses. Ses épaules libres baignaient dans la douceur de la température.") et relègue à l'arrière-plan, sans regret, les artifices du décor des monts italiens.

 

Mais l'émerveillement né de la vision d'une jeune femme nue qui s'éveille en communion avec la nature ne saurait constituer, à lui seul, l'étoffe d'un roman. Du coup, l'auteur casse l'enchantement au deuxième chapitre. C'est à ce prix que l'action décolle, si ténue qu'elle soit, enrichie de quelques personnages qui la font passer d'un état statique à une mouvance dynamique. Le lecteur cesse de fantasmer sur cette fille seule, à lui offerte le temps d'à peine deux pages: il y a là un paysan qui la reluque, et aussi Peter, l'Allemand âgé, qui l'héberge. Plus tard, viendra aussi son compagnon... puisqu'il s'agit quand même d'une fugue.

 

La fugue, démarche de mouvement, s'inscrit en en effet en faux avec l'image initiale du roman. Pour ce qui est de la fille fugueuse, l'auteur en montre le résultat, étonnamment immobile; en parallèle, il montre les efforts dynamiques de son compagnon, parfois arrosés de bière, transportés en voiture, pour la retrouver. L'alternance s'installe dès lors. Et le gars, de bières en amourettes, va refaire à sa façon la fugue de la compagne qu'il pourchasse. Mais l'amour est-il présent?...

 

Et côté fille, l'enchantement cède brutalement la place à la violence d'étreintes non désirées: "Elle voulut s'esquiver. Il saisit ses avant-bras, les écarta, exerça sur elle une forte poussée qui la précipita sur le lit. Elle se débattit. Il se jeta sur elle. Elle lui griffa le torse. Il cria et la frappa au visage. Le sang monta dans sa tête avec la chaleur et la douleur de la gifle. [...]" Un viol aux ambiances haletantes qui, du fait de l'alternance serrée des points de vue mise en place par l'auteur, devient à la fois un dialogue et un combat dont les acteurs frappent alternativement - à la manière d'une corrida, peut-être, ou d'un match de boxe. Un combat, aussi, qui trouve son vainqueur et sa vaincue, soumise: "Elle remua la tête des deux côtés, une dernière fois; oppressée par le poids et la force de l'homme elle abandonna toute résistance et laissa son érection fouiller dans ses cuisses."

 

De Berlin à l'Italie, il fallait, force nous est de le constater, que Bastien Fournier écrive un roman dont le titre soit, de façon très directe, "La Fugue". De l'enchantement des sens à la brutalité du réel, son dernier bref ouvrage s'avère poignant. Il captive son lectorat grâce à des chapitres si courts qu'ils ont l'allure de brèves séquences. Le lecteur admirera par ailleurs l'écriture poétique de l'écrivain valaisan, forte dans ses effets et dans une mise en scène qui déconstruit progressivement l'enchantement créé par la vision excessivement idyllique d'une jeune fille qui s'éveille, fraîche et nue, dans la beauté intacte de la campagne italienne.

 

Bastien Fournier, La Fugue, Vevey, L'Aire, 2013.

 

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 19:23

hebergeur imageRachel Maeder l'a lu aussi.

Lu dans le cadre du défi "Premier roman".

Le blog de l'auteur, le site de l'éditeur.

 

La rencontre entre les générations et la santé: tels sont les deux thèmes qui traversent le premier roman d'Abigail Seran, "Marine et Lila". Cela, sans oublier, plus largement, la notion de famille, qui conditionne ici la création d'un groupe soudé, autour duquel gravite un certain nombre de personnages secondaires.

 

Côté relationnel, tout commence par la rencontre de Marine, une dame âgée, et de Lila Belezam, qui est plongée dans une vie très active de médecin néphrologue. Puis vient l'enfant, qui intégrera sans façons Marine à sa propre famille en la rebaptisant "Grand-Marine". Enfin, il conviendra de convaincre le mari de Lila de faire connaissance de la vieille dame. On relèvera avec un sourire que le jules de Lila se prénomme précisément Jules... Ce noyau familial atypique revêt une once de mystère, si l'on sait que les contacts entre Marine et le petit Antoine vont s'épaissir au gré d'explorations d'un grenier plein de vieux objets. Et aussi qu'un chat est en permanence aux aguets.

 

Néphrologue, le personnage de Lila permet un basculement vers le deuxième thème porteur de ce roman: la santé et, plus particulièrement, les greffes de reins. Basculement provoqué par une découverte fortuite... C'est là que le roman prend un dynamisme nouveau et met en scène la situation particulière d'une greffe triangulaire. Surviennent dès lors les efforts du personnel médical pour permettre à Marine de bénéficier d'une greffe, quitte à composer avec certaines lois, mais aussi les atermoiements de la bénéficiaire et, en filigrane, quelques vérités dérangeantes sur la vie de famille de Lila. Evidemment, seuls des liens forts autorisent un tel dévouement de la part de Lila et de son entourage; l'auteur a pris soin de les construire, préparant dès les premières pages le final de son roman, dans un souci d'empathie.

 

Le sujet choisi rappelle certes "A la santé d'Henry Miller" d'Oliver Bernabé. Abigail Seran traite cependant son sujet avec beaucoup plus de simplicité. Ce premier roman est porté par un style sans fioritures, tout empreint de sobriété. On accroche en particulier aux dialogues, bien travaillés dans un souci réaliste d'individualisation des personnages qui rend ceux-ci attachants. Ainsi reconnaît-on avec plaisir, notamment, la voix enfantine d'Antoine et celle, patinée à l'ancienne, de Marine.

 

Signée du docteur Karine Hadaya, enfin, une brève postface confirme l'engagement en faveur de la pratique de greffes de reins.

 

Abigail Seran, Marine et Lila, Lausanne, Plaisir de lire, 2013.

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 21:32

hebergeur imageLu par Yv.

Défis Rentrée littéraire et Premier roman.

Le site de l'auteur et de l'illustrateur.

 

Tout ce qu'un inventaire peut avoir de sensuel... tout ce qu'il peut receler comme découvertes, visuelles et autres... c'est tout cela que le primo-romancier Jean-Claude Taki a mis dans "Sotchi inventaire". Un roman qu'il sera judicieux de lire en gardant sous le coude un autre ouvrage, "Sotchi pour mémoire", livre d'images illustré par Guillaume Reynard. En effet, Guillaume Reynard semble être le personnage moteur de "Sotchi inventaire": évoqués dans ce roman, ses dessins se retrouvent dans "Sotchi pour mémoire" jusqu'à en devenir indissociables - un peu comme les toiles de Pierre Lamalattie complètent nécessairement son roman "121 curriculum vitae pour un tombeau", l'un se présentant comme le "making of" de l'autre. 

 

Astuce proustienne cependant, de la part de Jean-Claude Taki: pour brouiller les pistes (oh, c'est vraiment pour la forme!): Jean-Claude Taki, l'écrivain, ne donne jamais le nom de famille de Guillaume, le dessinateur. Mais c'est si mince qu'on veut bien croire que Jean-Claude Taki et Guillaume Reynard sont bien les acteurs de "Sotchi pour mémoire" et de "Sotchi inventaire".

 

Sotchi... à quelques mois des Jeux Olympiques, l'auteur a la sagesse de montrer cette ville en s'affranchissant de l'agitation médiatique liée aux compétitions sportives. Sa vision de la ville donne à voir les reliquats de l'ère soviétique, quitte à accepter de jouer la partition un brin éculée de la nostalgie de l'Est communiste. Ainsi sera-t-il question, et le lecteur s'y attend un peu, d'hôtels au charme suranné, de vodka, de restaurants pas chers du tout - du moins pour les Occidentaux.

 

hebergeur image

On pourrait dire que tout cela constitue un bon roman de voyage, quoiqu'un peu statique, puisque bien souvent, l'auteur se contente d'observer un dessinateur qui observe sa chambre d'hôtel afin d'en dessiner les objets en une façon d'inventaire. Reste que là-derrière, un fil conducteur est présent à la fois dans "Sotchi inventaire" et dans "Sotchi pour mémoire": la mer, qui dévore le personnage d'Olga, morte, qui hante les deux livres. Il y a dans "Sotchi pour mémoire" quelques pages où l'on voit les vagues, dessinées par Guillaume Reynaud: elles finissent par envahir les pages, comme si le lecteur était appelé à se noyer à la suite d'Olga. Quant à l'écrivain, il se lance dans un exil intérieur dont le transport est la métaphore; il se trouve réduit à jouer sur les mots: en disant "d'Olga" en français, il donne à entendre "longtemps" (долго) en russe.

 

Les rencontres du voyage constituent un pôle du récit, son pôle sensuel, avec ses éclats lyriques et ses limites. Des limites que nous avons peut-être tous connues au fil de notre vie sentimentale: une raison difficile à comprendre pour des tiers nous empêche de poursuivre telle histoire d'amour. Les descriptions des moments de passion donnent à l'auteur l'occasion de développer de longs paragraphes, invitant à se plonger longuement dans la vie des sens.

 

Tout cela amène le lecteur à se dire, au fond, que la narration est très visuelle. Pas faux: l'auteur se met en phase avec la mission picturale de son personnage principal, évoqué familièrement à la deuxième personne du singulier - ce qui impose au lecteur de se glisser dans la peau de l'artiste. Mais l'auteur sait aussi jouer la carte de l'olfactif, que ce soit comme attrait ou comme repoussoir (l'odeur de petit lait de telle femme, par exemple).

 

Il est enfin possible de considérer la cuite à la vodka qui marque ce roman comme un tournant nécessaire afin de partir sur des bases plus saines après avoir fait le tri. Dès lors, le voyage se poursuit, entre Sotchi et le Kazakhstan... Attentif à la vie des sens, considérant que la mort d'une femme aimée est plus importante que des jeux olympiques même pas abordés, ce roman goûte aux choses concrètes et fait mouche, à la manière d'un bon roman de voyage qui conjugue les rencontres humaines et l'évocation, même discrète, de lieux vus. Elle fait écho, de manière poétique, aux dessins de Guillaume Reynaud, qui conjuguent une certaine naïveté, un côté brut, à une précision épatante.

 

Jean-Claude Taki, Sotchi inventaire, Paris, Intervalles, 2013.

Jean-Claude Taki et Guillaume Reynard, Sotchi pour mémoire, Paris, Intervalles, 2013.

 

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

A Londres je connus Bella

 

A Londres je connus Bella,
Princesse moins lointaine
Que son mari le capitaine
Qui n’était jamais là.

Et peut-être aimait-il la mangue ;
Mais Bella, les Français
Tels qu’on le parle : c’est assez
Pour qui ne prend que langue ;

Et la tienne vaut un talbin.
Mais quoi ? Rester rebelle,
Bella, quand te montre si belle
Le désordre du bain ?

 

Paul-Jean Toulet (1867-1920), Les Contrerimes (1921). 

 

 

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 19:44

hebergeur image"Rue Sismondi sous mes semelles. Rue belle." Phrase obsédante, comme si l'auteur faisait rimer "Rue Sismondi" et "Rue belle": six mots, et une musique, déjà. Je me souviens d'avoir lu la nouvelle "Sismondi m'était conté" de l'écrivain genevoise Paule Mangeat (photo) dans son recueil "Côté rue" il y a quelques années, et d'avoir conservé cette association d'images dans ma mémoire. Et puis, j'ai eu envie de m'y replonger - rien de bien compliqué, puisque la nouvelle se trouve sur le site de l'éditeur Cousu mouche. Bien m'en a pris; j'ai donc envie de partager quelques impressions de lecture avec vous, amis lecteurs de ce blog.

 

hebergeur image

Concernant l'histoire, c'est simple: l'auteur met en scène un garçon qui attend d'être majeur pour aller aux filles dans la fameuse rue Sismondi, qui se trouve dans le quartier genevois des Pâquis. Il grandit, acquiert de l'expérience, se marie, s'installe. Son fils connaîtra-t-il la même trajectoire?

 

L'auteure montre une maîtrise consommée de l'art de la phrase sans verbe, quitte à en abuser. Le lecteur a dès lors l'impression d'entrer immédiatement dans des choses concrètes, dépeintes par des adjectifs et des substantifs. Le verbe "être" est régulièrement gommé; qu'importe, puisqu'au fond, il ne veut rien dire... Il en résulte une impression originale, à la fois pointilliste et minimaliste - dans le meilleur sens du terme, celui qui veut qu'il faut aller à l'essentiel, si minime qu'il soit.

 

Cela constitue le fondement d'une motorique maîtrisée, qui fonctionne au rythme des semelles qui battent un trottoir où l'on tapine. Là-dessus, vient se greffer un jeu serré de rimes, de récurrences et de sonorités qui s'interpellent. Il y a, de manière évidente, l'association d'un adjectif régulièrement différent au mot rue, adjectif considéré comme adapté à l'âge du narrateur et à son état d'esprit du moment: "rue théâtre", "rue botte de sept lieues",... Associé à une année, cette récurrence fait figure d'anaphore revisitée.

 

Plus largement, le regard porté sur la rue évolue à mesure que le narrateur prend de l'âge. L'interdit demeure une constante, certes, souligné par l'âge minimal qu'il faut avoir pour aller trouver une prostituée. Dès lors, le lecteur est baladé entre bravade, attente, épectase enfin. Et aussi, en fin de texte, la nostalgie, une nostalgie qui saisit un narrateur soudain âgé de 28 ans...

 

... c'est que le final s'avère particulièrement émouvant, avec la disparition de l'hôtel de passe où le narrateur a connu ses premiers émois amoureux, financés par un effort d'économies. Devenu majeur et quasi accompli, le narrateur s'installe à la rue Sismondi avec sa nouvelle compagne. L'auteur suggère un éternel recommencement, une vision cyclique des générations, en rappelant, en fin de nouvelle, des thèmes apparemment anodins évoqués au début - en particulier l'idée qu'on souffle sur une blessure due à une chute à vélo. L'auteure va même plus loin, en créant un effet miroir: si au début, c'est une femme qui souffle, à la fin, c'est un homme accompli qui agit de même sur le genou d'une femme qui deviendra la sienne. Pour boucler la boucle, les derniers mots de "Sismondi m'était contée" rappellent assez exactement les premiers - et l'on pourrait ajouter qu'au fond, la rue Sismondi dépeinte par l'auteure réunit les deux images couramment véhiculées de la femme, mère ou putain - cela, en évolution constante au gré des années.

 

Le lecteur ne peut que s'étonner, positivement, de la construction serrée et pertinente de cette nouvelle aux accents poétiques précis. Il se dira sans doute que la marche tout au long de la rue Sismondi, leitmotiv de "Sismondi m'était contée", n'est rien d'autre que la métaphore du temps qui passe et de la vie qui s'écoule, inexorablement. Et songera, au terme de sa lecture, que cette rue genevoise a désormais son hymne.

 

Paule Mangeat, Sismondi m'était contée.

Nouvelle parue dans Paule Mangeat, Côté Rue, Genève, Cousu mouche, 2007.

 

Lu dans le cadre du défi Nouvelles.

 

 

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