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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 21:28

hebergeur imageJe ne suis pas forcément du genre à relayer systématiquement les sondages, mais une fois n'est pas coutume: l'institut Perfagora et sa collaboratrice Laetita Lefèvre me proposent de relayer leur sondage sur le bien-être au travail en Suisse romande. Cela s'adresse donc aux personnes qui travaillent pour une entreprise localisée en Suisse romande. Entre Romands, entraidons-nous donc!

 

A vous de jouer? Pour participer, cliquez sur le logo ou ICI.

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 20:58

hebergeur imageDécembre, c'est la saison des cadeaux de Noël - et, partant, des dédicaces. Je viens de boucler un joli week-end à Aigle (canton de Vaud), qui a permis à une demi-douzaine d'exemplaires du "Noeud de l'intrigue" de trouver de nouveaux lecteurs, malgré le froid mordant. Sur le stand des éditions La Plume noire, j'ai pas mal papoté avec Laurent Coos, éditeur, et ai fait la connaissance du poète et musicien vaudois Christophe Grau.

 

Je remettrai ça tout le week-end prochain (7 et 8 décembre) à Moudon (canton de Vaud toujours), à la Grande salle de la Douane, où se tiendra un nouveau marché de Noël. C'est tout public, donc bienvenue! J'y dédicacerai mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue" sur le stand des éditions La Plume noire. Seront également présents Christophe Grau, Fabien Feissli (il en était question ici), Laurent Coos et Phedrashine. N'hésitez pas à venir nous faire coucou... et à goûter à nos ouvrages.

 

Pour avoir votre exemplaire du "Noeud de l'intrigue", il vous suffit de cliquer sur l'illustration de ce billet. Les liens sur les noms des auteurs vous propulsent directement vers leurs oeuvres - si le coeur vous en dit...

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 21:16

hebergeur imageLu par Analck, Gangoueus.

Défi Nouvelles.

 

Treize nouvelles - un chiffre qui annonce la couleur, puisqu'il fait sourciller les superstitieux. L'auteur de "Très bonnes nouvelles du Bénin", Jacques Dalodé, l'a fait exprès et l'avoue crânement. De la superstition, en effet, il y en a plein dans ce premier recueil de nouvelles, distingué par le Prix Paul Bourdarie de l'Académie des sciences d'Outre-mer. Cela, jusqu'au préambule de la dernière nouvelle de ce livre.

 

La superstition est en effet l'un des moteurs d'action des personnages que l'auteur met en scène. Le résultat est que leur action est souvent inattendue pour un lecteur qui a un esprit rationnel et cartésien. Celui-ci goûtera dès lors, non sans se laisser surprendre, les péripéties cocasses que l'auteur lui donne à lire.

 

Les treize nouvelles de ce recueil trouvent place dans un univers clairement défini. Il y a d'abord les lieux: souvent, l'action est située dans une localité imaginaire nommée Boulagon. Les grandes villes, en revanche, sont réelles, à l'instar de Cotonou ou Porto-Novo. Un certain nombre de personnages est récurrent aussi, à l'instar du douanier Bonaventure Sèbolola ou de Daa Boulanon.

 

hebergeur image

Ces éléments parachèvent une impression d'unité déjà bien assurée par le ton de ces nouvelles. Il s'agit généralement de textes chargés de péripéties débordantes de fantaisie. On peut y lire une caricature des petits travers et des grandes qualités des Béninois. Celle-ci est aimable, jamais féroce. L'auteur égratigne le goût des prestiges vains ("Vente de charité à Boulagon"), la corruption... ou pas ("Une silhouette à vélo sur le chemin du baobab"), ou la pression sociale incitant à faire des enfants ("Mister John"). Quelques choses vues paraissent familières: les voitures surchargées qu'on conduit à tombeau ouvert, la débrouillardise, les administratifs en kaki.

 

L'Européen n'est pas épargné par le regard en coin de l'auteur: il a par exemple un rôle peu enviable dans "L'Invité-roi", illustration du choc des cultures. Les personnages de donneurs de leçon venus de France sont affublés du titre très parlant, jusque dans son caractère ronflant à l'excès, de "membres de la bavarde tribu des yaka".

 

Certaines nouvelles confinent au genre du conte, avec ce que cela peut véhiculer de merveilleux ou de mystérieux, et les superstitions accentuent cet effet. Le plus évident est naturellement "Le Serpent vert", qui se présente comme une légende fondatrice. On pourrait par ailleurs voir une forme de fantastique dans "Une silhouette à vélo sur le chemin du baobab", souligné par une chute impeccable qui, comme il se doit, plonge tout le monde dans le doute: le narrateur... et le lecteur.

 

Le coup d'oeil que l'auteur porte sur le Bénin est donc gentiment moqueur, bienveillant en définitive. L'écrivain surprend et prête à rire en campant ses histoires, dans un style simple et solide marqué par quelques mots de français béninois désignant les réalités du pays, y compris les plus concrètes. Ce côté constamment concret confère de la vivacité et du réalisme à la peinture sociale qu'il propose. "Très bonnes nouvelles du Bénin": avec un titre pareil, ce livre annonce ses ambitions... et ne déçoit pas!

 

Jacques Dalodé, Très bonnes nouvelles du Bénin, Paris, Gallimard/Continents noirs, 2011.

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 21:50

hebergeur imageJeune, frais, sympathique. C'est à ces mots que l'on pense lorsqu'on trempe ses lèvres dans le sancerre LaCheteau 2012 "Boisjoli". Son producteur est basé à Mouzillon, en Loire-Atlantique. C'est une région où je ne me suis jamais rendu, si ce n'est par le truchement des vins dégustés. De manière habituelle, les sancerres ont sans doute été pour moi les meilleurs compagnons des plats de poisson. Et Dieu sait que les pays de la Loire constituent, à mon humble avis, un vignoble complexe et, partant, fascinant. Alors, trempons les lèvres dans un verre de vin de cette bouteille - qui, soit dit en passant, portait le numéro 118559.

 

J'y retrouve un indéniable tranchant qui appelle un plat de poisson, même apprêté avec simplicité. La saveur est celle de ces fruits qu'on appelle ici des "raisinets" et que vous, amis français, nommez "groseilles", un brin suret, dépourvu de la facilité fatigante de vins plus pesamment fruités, qui promet qu'on ne se lassera pas de ce vin. Quelques discrets accents d'épices viennent couronner le tout. Autant dire que l'on a affaire à un sancerre agréable et intéressant, mais aussi complet, susceptible de créer, même bu jeune comme conseillé, de fort belles impressions en bouche.

 

C'est qu'il y a de l'équilibre aussi dans ce vin, modérément alcooleux (12,5%): il ne s'avère pas capiteux, ce qui le rend aussi indiqué à l'apéritif. Les impressions en bouche sont fort belles, je l'ai dit; elles ont une certaine persistance et ne sont pas dépourvues d'ampleur, rappelant les sensations rafraîchissantes d'un fruit ferme et frais croqué par une après-midi d'été.

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Le temps passe en riant

détraque ses carillons

fait tinter cloches et bourdons

et s'enfuit en courant

 

A l'enfance qui joue

il offre ses dix doigts

pour repeindre le jour

aux nuances du songe

 

Tout au fond de ses parcs

il habille de soie

les feuilles qui chuchotent

sur leur grand livre ouvert

et souligne en couleurs

leurs lettres de lumière

 

Jacqueline Sudan, Le ciel en partage, Viganello Lugano, Alla Chiara Fonte, 2013.

 

Jacqueline Sudan donnera une lecture de Le Ciel en partage le vendredi 29 novembre 2013 à 20 heures au Centre Le Phénix à Fribourg (Suisse). Raphaël Sudan l’accompagnera au piano. Lecture organisée par la Société fribourgeoise des écrivains.

 

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 22:00

hebergeur imageLu pour le défi Nouvelles.

Lu par Connivences littéraires, Passion-bouquins.

Le site du livre et de l'auteur.

 

Reflets rédigés en couleurs pastel. Portraits décrits en demi-teinte, dans un style classique qui parlera au lectorat d'aujourd'hui, sans peine. Laurence Magaud, l'auteure de "Le reflet des autres", ne joue pas des artifices du style. D'une unité stylistique certaine, son recueil de courtes nouvelles expose une série de tableaux et de situations. Un jeu d'échos thématiques se met en place au fil des pages. On y retrouve entre autres les sujets de l'enfance, de la grossesse, de l'écrivain. En lui remettant le prix "Eglantine d'Or" le 21 juin 2011, les jurés de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon ne s'y sont pas trompés. Attentifs et pertinents, les jurys d'autres concours ont également remarqué certains des textes de ce recueil.

 

La nouvelle "La Lettre" adopte un ton sobre et sans éclat. Une telle option rend d'autant plus violente l'issue terrible de la nouvelle, annoncée avec la finesse pointue des ellipses et des mots qui disent tout: "Elle avait pris rendez-vous à la clinique. [...] Elle s'était réveillée, seule. Pas de bébé: sorti en morceaux d'entre ses jambes, pendant son sommeil sans rêves." Cette nouvelle fait écho à "Bertille", autre récit d'une naissance qui n'adviendra jamais - pour d'autres raisons.

 

La question des affres de l'écriture traverse tout ce recueil. Présenté en creux, l'un des personnages de "La Lettre" est un écrivain, royalement irresponsable par rapport à toutes les créatures qui croisent son chemin - qu'elles soient de papier ou de chair et d'os. Il y a aussi la figure masculine de la nouvelle "Pique-nique aux champs" - ici, l'écrivain paraît exécrable à plus d'un titre: il joue le rôle honni du citadin qui ne sait pas s'adapter à la vie à la campagne et qui s'amuse maladroitement avec les réseaux sociaux. L'auteure invite certes le lecteur à s'attacher à son amphitryon; mais veut-on suivre celle qui, restée au pays, considère que les charmes de la campagne sont évidents? Un lecteur finaud se gardera bien de trancher...

 

La vision de l'écrivain renvoyée par "Le reflet des autres", nouvelle éponyme (et illustrée en page de couverture), est plus profonde: au fond, elle présente celui-ci comme une personnalité discrète, qui sait (en plus) s'effacer devant ses personnages. L'invisibilité du personnage mis en scène pourrait le rendre peu attachant si on le considère au premier degré. Mais si l'on y pense, l'auteur offre une belle leçon de modestie à ceux qui parmi ses lecteurs, s'avisent de prendre la plume.

 

L'auteure ose même des nouvelles aux couleurs noires, quasi policières. On pense à "Vide-grenier" ou à "L'homme odieux". L'auteure est assez habile, à chaque fois, pour développer une "arme du crime" assez naturelle pour passer inaperçue - et pour que le lecteur y croie: les affres d'une saison hivernale sérieuse, par exemple, vont jouer à plein, aidées d'un soupçon d'alcool. Dès lors, l'intrigue ces nouvelles revêtent l'enviable allure d'un crime parfait.

 

Mais finalement, ce que le lecteur retient de sa lecture, c'est qu'il a croisé plein de personnages qui lui ressemblent peu ou prou, par l'un ou l'autre de ses traits de caractère, ou simplement parce que chacun des personnages de "Le reflet des autres" a un côté ordinaire, loin de ces profils inaccessibles qui font rêver dans les romans à grande diffusion. La structure des nouvelles de ce recueil est simple et fluide; elle captive ceux qui veulent savoir ce qui se passe dans le coeur d'une femme avide de l'air du large, dans l'esprit d'un rocker (une nouvelle au ton abrupt qui tranche dans le recueil, avec une fin ambivalente et subtile qui pose une question essentielle: l'art ou l'amour, que choisir?) ou d'une femme qui arpente les réseaux sociaux à la recherche de son ancienne copine d'école. Rien que du beau monde, qui mérite d'être fréquenté, sans afféterie, à la bonne franquette.

 

Laurence Magaud, Le reflet des autres, Saint-Etienne, Morey Editions, 2012.

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 20:57

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Nouvelles et Vivent nos régions!

Lu par Goliath.

 

Un recueil d'une centaine de pages, et trois nouvelles. Autant dire que Jean-Claude Garrigues, l'auteur de "La Vie en crue", prend son temps pour mettre en scène son propos. Pourtant, le lecteur n'a jamais l'impression de s'ennuyer au fil des pages de son recueil. Un recueil qui fleure bon la Côte d'Azur, la Provence et la lavande, et n'est pas exempt d'une certaine nostalgie. Cela, sans oublier ses personnages, débordants d'une "vie en crue", justement.

 

Ce débordement de vie s'exprime beaucoup par la parole des personnages. Après lecture, on pense par exemple à la mère Madeleine, que l'on découvre dans "La Montagne bleue": pour une bonne soeur, elle n'a pas fait voeu de silence, et c'est une bonne chose pour le lecteur: celui-ci découvre un personnage débordant d'une vie intérieure qui, si elle peut paraître tenir de la posture, n'en est pas moins de bonne foi. Cette vitalité contraste d'ailleurs subtilement avec les silences qui s'installent entre François, visiteur athée de sa soeur Marie-Odile, entrée dans les ordres religieux.

 

hebergeur imageVie débordante également avec le personnage de Marthe, qui hante "La vieille dame qui rêvait sur la plage". On pourrait se dire, en commençant la lecture de cette nouvelle, que c'est une aïeule sans histoire. Mais c'est d'aventure qu'il s'agit, entre Marseille et Paris: "[...] Marthe se dira que c'est à cet instant que tout s'est joué, que le quotidien a basculé dans l'insensé - ou plutôt ce qu'elle estime, elle, être l'insensé - et qu'une journée, somme toute quelconque - ou qu'elle avait imaginée comme telle -, a basculé dans la démesure, l'aventure". La fin de la nouvelle révèle avec tendresse le fin mot de l'affaire; avant, le lecteur est vraiment baladé d'une péripétie à l'autre, et invité à y croire... ou pas. Le réel connaît ainsi une frontière pour le moins floue avec l'imaginaire, voire avec la mythomanie la plus exubérante. A plus d'un titre, et si j'ose cette comparaison stéréotypée, Marthe, adepte des galéjades, est un peu marseillaise sur les bords... pour le plus grand plaisir du lecteur.

 

hebergeur image... côté marseillais, ai-je dit? Force est de constater que ce recueil de nouvelles est bien ancré dans un certain terroir, dans la mesure où il fait apparaître tour à tour le port de Marseille, la Promenade des Anglais et quelques autres lieux emblématiques d'un certain sud de la France. Cette impression est soulignée par le lexique: sur une écriture propre et soignée, viennent se greffer quelques mots, tours de langage et allusions typiques, colorés, dûment expliqués au besoin. Les lieux sont aussi indiqués, donnant à voir du pays, de manière très directe: le lecteur qui connaît les lieux se sentira vite chez lui.

 

Et puis il y a la nostalgie, qui imprègne la première nouvelle du recueil, "Rue des Cinq-Cents". L'auteur reconstruit ici l'autobiographie de son personnage, de la jeunesse où l'on regarde les filles à la dérobée jusqu'à l'extrême vieillesse où l'on bande encore. La nostalgie revêt des contours flous dans "La Montagne bleue": on ne saura jamais vraiment ce qui s'est passé entre Marie-Odile et son frère François, sauf à accepter une explication minimale à laquelle il faudra se résigner. Quant à "La vieille dame qui rêvait sur la plage", ne passe-t-elle pas son temps à réécrire sa propre vie afin de lui donner un peu de brillant? Cela, quitte à rappeler le temps où les nouveaux Russes ont débarqué en masse sur la Côte d'Azur, profitant de la chute du monde communiste.

 

Joli recueil donc, généreux et sensuel, friand et coloré, que "La vie en crue"! La nostalgie n'y est jamais lourde, mais adopte sans complexe un certain sens de l'hyperbole, qui fait sourire, en particulier dans "La vieille dame qui rêvait sur la plage", ou reste dans la demi-teinte, comme dans "La montagne bleue", nouvelle traversée d'une pointe d'amertume, d'impression de rendez-vous manqué. L'auteur de "La vie en crue", quant à lui, ne manque pas son rendez-vous avec son lectorat: de la vie, ses personnages en ont à revendre.

 

Jean-Claude Garrigues, La vie en crue, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2013.

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 19:00

hebergeur imageLu pour le défi Nouvelles.

 

Tout commence autour d'un caillou, et pas n'importe lequel: il s'agit de "La Pierre d'évêque", qui donne son titre à cette nouvelle de Gisèle Ansorge (1923-1993), parue dans le catalogue 1991 des éditions Bernard Campiche (auxquelles est empruntée la photo). En quelques pages, l'écrivaine suisse renoue avec la tradition des fabliaux et des nouvelles de la Renaissance, voire avec certaines péripéties du roman picaresque.

 

L'époque n'est certes jamais expressément indiquée. En bonne poétesse, l'auteure préfère la suggérer, en montrant les choses plutôt qu'en les disant. Léchée, soignée, la langue adopte des côtés archaïques. Archétypiques, les personnages fleurent bon le passé: aubergiste, servante ingénue qui écarte volontiers les jambes, évêque paillard, marchand juif aux ressources douteuses.

 

Et puis, il y a du Rabelais dans l'énonciation d'un menu dégusté par l'évêque dans une auberge, que ce soit dans la teneur des plats ou dans la longueur de la copieuse énumération de ceux-ci: "L'aubergiste s'empressa de le régaler, lui servant un pâté de faisan, une cordelette de becfigues poêlée, un cuissot de sanglier aux épices, des écrevisses cardinalisées, des cardons épineux aux truffes noires, un gâteau de foies blonds de poularde, un abattis de dindon aux marrons, des gaufres aux pistaches, des gimblettes au gros sucre, une fanchonnette au moka, des petits mirlitons aux avelines, des choux soufflés au cédrat, une meringue à la bigarade, tous les entremets étant décorés de guirlandes de sucre filé reliées de grosses roses en pâte d'amande et piquées de confits taillés en forme d'améthyste."

 

Améthyste, justement, ou pierre d'évêque... sertie dans une bague de vénération, cet objet fait ici figure de leitmotiv. L'auteur lui donne, dès les premiers paragraphes, toute son importance, pour ainsi dire en trois dimensions: elle est belle, objet de vénération, et sert depuis des lustres. Ce dernier argument, celui de la temporalité, est synonyme d'une plus-value importante. L'évêque va remplacer l'améthyste par un truc de verre; en le regardant moins souvent, il lui témoignera, en deuxième partie de la nouvelle, un attachement moindre qu'à l'original.

 

Au fil des phrases, on pourrait se dire que ce récit est la narration de la punition que subit un évêque à la chair trop faible. Ce serait une lecture trop facile, parce que l'auteur sait entretenir le doute. Si "La pierre d'évêque" n'est pas un conte fantastique, certains détours font penser à ce genre: lorsque l'évêque retrouve son améthyste, il devient malade, et l'on crie aux stigmates autour de lui. Reste que l'évêque, seul avec sa conscience, se montre incapable d'exiger la punition de celle avec laquelle il a fauté. La chair est faible, et lorsqu'elle est faible, l'autorité le devient aussi...

 

Et en fin de compte, qui baisera la fameuse bague où est sertie l'améthyste? Le doute fait reculer les fidèles...

 

En mettant en scène un évêque un peu trop attiré par les opulences et les sensualités de ce monde et en lui donnant une destinée tragique, on peut dire que cette nouvelle entre en résonance avec la "pauvreté de coeur" voulue par Saint François d'Assise et par le pape François, qui, aujourd'hui, s'en réclame. Cette modernité fait contraste avec le choix d'une narration finement et indubitablement tournée vers le passé. Elle suggère ainsi que le message chrétien, celui de la nouvelle traditionnelle et, in fine, celui de la littérature est intemporel. Et que c'est ainsi que cela doit être.

 

Gisèle Ansorge, La Pierre d'évêque, paru dans le catalogue général 1986-1991 des éditions Bernard Campiche. Yvonand, Bernard Campiche, 1991. Gisèle Ansorge est décédée il y a vingt ans. Ce billet lui rend hommage.

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Libera me domine de morte aeterna

 

Depuis toujours, poudre d'étoiles,

l'homme a laissé des traces de sa venue

terrestre. Dès l'aube, il choisissait

le silex et posait des couleurs dans les grottes,

sur les arbres des signes.

Superbe, obstinément, il gravait

son visage météore sur tous les murs

du monde.

 

Visage exsangue, rongé par la lèpre

et le temps. Le nez s'effrite,

la bouche s'effondre peu à peu.

Jamais l'homme n'arrachera la mort

de sa chair: ils sont liés

comme le cavalier à sa monture

dans la même chevauchée.

 

Hanté par Dieu, il a délivré de la pierre

et délivré du bois des êtres

plus vrais qu'en vérité de chair.

Et sous ses doigts sculptée,

la matière respirait.

 

La matière n'a pas le souffle

en elle, elle n'est qu'une image

du vivant.

 

Mais regarde comme il scintille,

l'homme, comme il luit, plus beau

que tout ce qui l'entoure dans la création.

 

Narcisse, souviens-toi, tu t'es noyé

jadis en t'adorant toi-même.

 

Regarde les cathédrales, les villes

du monde: leurs pierres chantent

l'éternité, défient le ciel.

 

Gratte-ciel gratte le ciel

tu t'y brûleras les ailes!

Tour de Babel, tour de Babel

y perdras ton missel!

 

Assez! Fini ce persiflage!

L'homme a inventé l'écriture:

La plume trempée dans la lumière

crève la mort comme une peau

de tambour.

Ecrire: porter à mains nues

le feu superbe. Capturer l'univers.

Rompre l'escalier immatériel du temps

qui tourbillonne. Guetter les mots

venus boire à la page, insectes légers

pris au filet, les coucher sur chiffon

ou soie de Chine...

 

... piège de soie, mâchoires de papier!

Le livre est une trappe...

 

... il est matrice de vie.

 

... où les mots figés dans leur élan

agonisent.

Je veux la parole libre

entre les bras du vent, libre de danser,

audacieuse sur les lèvres.

 

A peine tombée des lèvres,

elle retourne au silence,

aux sables, à l'oubli.

Moi je ne laisserai pas devenir

proie du néant les prophéties,

les combats de la nuit,

ni piétiner l'herbe douce des yeux,

ni s'éteindre la voix de mes pères.

"Et des anges de Dieu montaient

et descendaient le long de l'échelle."

Je porterai la voix jusqu'aux entrailles

du livre, et la parole vivra.

Si je les dis avec de l'encre,

figer peut-être les émois, changer

en signes immobiles des cris vivants:

"Qu'il me baise des baisers de sa bouche!"

 

Mais de la plume, creuser des puits

d'or à l'horizon, retenir l'instant,

le crépuscule qui déjà se signe,

jouer l'amour - fumée rime

avec étreinte, la soif avec les nuées -

composer l'inachevé,

jusqu'à ce que naisse

le livre.

Un fragment du divin entre les doigts,

palpe le manuscrit, ouvre-le, communie!

Le parfum de l'encens est demeuré intact,

la lumière crispée des ors étincelle.

De la page neuve jaillit rituelle

la mémoire, l'empreinte de la voix,

les prières retrouvent leurs ailes.

Ouvre le livre: le monde, l'âme

fluide des vivants restituent leur volubile

splendeur.

 

Laurence Verrey (1953- ), Vox aeterna, Le Mont-sur-Lausanne, Editions Ouverture, 1993.

 

 

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 21:26

hebergeur imageLu par Souram.

Lu dans le cadre des défis Polars et Rentrée littéraire.

Les sites de l'auteur et de l'éditeur.

 

"Qui ne sait se taire nuit à son pays": un mot d'ordre que tout Suisse a vu passer, sous des formes diverses, parfaitement usuel du temps de la Seconde guerre mondiale. La Suisse a certes été épargnée par le conflit, mais elle est restée sur la défensive et en a subi certaines retombées. Mieux vaut donc rester discret! Ce slogan, Rachel Maeder en a fait le titre de son deuxième roman policier - un titre parlant, d'emblée! Le lecteur y retrouvera avec plaisir le personnage de Michael Kappeler, déjà rencontré dans "Le Jugement de Seth".

 

"Qui ne sait se taire nuit à son pays" constitue un roman policier bien ficelé et dûment documenté, sur la base de témoignages, de lectures et d'archives. La structure du récit en témoigne. Elle fonctionne sur le rythme ternaire imposé par la narration d'événements présents (vingt et unième siècle), la relation d'actions passées (Seconde guerre mondiale) et la transcription de documents d'époque tels que coupures de presse (authentiques) ou extraits d'un journal intime. Ce sont autant de voix et d'éclairages, diversifiés sans en faire trop, qui apportent une lumière multiple au récit.

 

Michael Kappeler est un individu bien de notre temps, les lecteurs du "Jugement de Seth" le savent - et reconnaîtront, dans "Qui ne sait se taire nuit à son pays", certains marqueurs, lieux, personnages ou échos de péripéties, du premier roman. L'auteur a trouvé une astuce pour plonger dans le passé tout en gardant Michael Kappeler: lui conférer une grand-mère. Elle en fait un personnage épatant: l'aïeule Alice Kappeler est curieuse, aime les mises en scène et s'avère têtue. Dès lors, si elle soupçonne que les morts qui s'entassent autour d'elle dans l'EMS où elle vit sa fin d'existence ne sont pas partis naturellement pour un monde meilleur, elle voudra absolument connaître le fin mot de l'affaire. Quitte à passer pour une vieille folle... et à effectuer des manoeuvres qui, d'un point de vue policier, relèveraient de l'entrave à l'action de la police (dissimulation d'indices, par exemple).

 

Une vieille folle manoeuvrière que certains critiques n'ont pas hésité à comparer à la créature d'Agatha Christie, Miss Marple - en moins fine, d'accord, puisque Alice Kappeler n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat pour en savoir plus. Il est aussi possible de rapprocher "Qui ne sait se taire nuit à son pays" d'Agatha Christie lorsqu'on pense à la structure de ce roman: on y cherche un coupable, dont l'identité ne sera dévoilée qu'en fin de roman, dans une mise en scène où tous les intéressés sont présents, réunis dans une pièce par l'enquêteuse. Quant au cadre - un foyer pour personnes âgées - impossible de ne pas penser à "Carte vermeil" de Boileau-Narcejac, qui exploitait aussi, en 1979, les possibilités romanesques d'un tel lieu. 

 

Le lecteur qui découvre l'univers de Rachel Maeder à travers ce roman se trouvera plongé dans une intrigue serrée et bien documentée, faussement sereine, qui fait revivre à sa manière - c'est relativement rare dans le domaine romand - la vie durant la Seconde guerre mondiale du côté suisse, dans ce qu'elle pouvait avoir de peu reluisant: trafics transfrontaliers, conquêtes féminines, copinages avec l'Allemand qui pratique la contrebande. En parlant de la ville frontière de Vallorbe, l'auteure prend soin de signaler que cette localité, aujourd'hui site d'un centre d'enregistrement et de procédure (CEP) où transitent des réfugiés venus de loin, a déjà été le lieu d'accueil de réfugiés, juifs ou autres, durant la Seconde guerre mondiale.

 

Quant au lecteur qui a lu "Le Jugement de Seth", il retrouvera certains éléments familiers (l'agente de police Jeanne revient, l'auteure suggère la possibilité d'un amour retrouvé avec Michael tout en laissant la porte ouverte - se garderait-elle de la matière pour un nouveau roman?), et aura le plaisir de parcourir un ouvrage costaud, mené avec la sérénité que peut procurer la maîtrise d'un genre.

 

Rachel Maeder, Qui ne sait se taire nuit à son pays, Lausanne, Plaisir de lire, 2013.

 

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