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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 21:14

hebergeur imageLu par Goliath.

 

Je commence ce billet par un aveu: j'admire les nouvelles d'Emmanuelle Urien, et son art de trouver les chutes qui résonnent comme le bruit d'une gifle en fin de nouvelle - donnant brutalement à celle-ci la couleur de l'évidence. En la matière, "La Collecte des monstres", paru chez Gallimard il y a quelques années, m'avait paru magistral. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'en parler sur ce blog! En me proposant de recevoir son dernier recueil "Le bruit de la gifle", les éditions Quadrature (que je remercie ici) m'offrent l'occasion d'évoquer enfin, sur ce blog, Emmanuelle Urien et son art consommé de la nouvelle.

 

"Manipulés sans ménagement", dit la quatrième de couverture de ce nouvel opus au sujet des personnages - et c'est peu de le dire. Dès la première nouvelle, "Pain, beurre, chocolat", l'auteure plonge dans les affres de la vie d'un orphelin recueilli par un oncle et une tente pour le moins hyperactifs qui transforment la vie du jeune en enfer. L'auteure n'hésite pas à aller aux extrêmes, suggérant que le garçon dort peu, déteste tout ce que ses parents adoptifs aiment, dans un jeu incessant de miroirs inversés. Bien sûr, chute il y a; et surtout, il est question de livres, le gosse aimant cette activité contemplative qu'est la lecture.

 

La lecture, "ce vice impuni", revient dans la dernière nouvelle du recueil, "Insulaire", sous la forme d'un élément à deux facettes: si elle rapproche les êtres au début, elle finit par les éloigner, après quelques épisodes emplis de lyrisme. Clôture sur le mot "fin" qui ponctue une grave question sociale, retour d'un thème: il n'en faut pas plus pour comprendre que "Le bruit de la gifle" est un ouvrage dûment construit. Comme pour en souligner l'importance, le thème du livre a du reste un relais dans la nouvelle éponyme "Le bruit de la gifle". L'auteur montre ainsi qu'un recueil de nouvelles, c'est un livre qui contient plusieurs livres...

 

Une certaine amertume accompagne chacune des nouvelles de ce recueil, une amertume qui renforce l'humanité des personnages mis en scène. Cela n'empêche pas un esprit pétillant par moments, par exemple dans "Les pieds dans le plat", une fausse nouvelle policière où tout tourne autour d'un dialogue entre deux policiers et une femme charmante, mais aussi d'un gigot. Cela, sans oublier l'humour noir, terrible, de la chute de "Tableau de chasse" - une nouvelle qui part sur un incipit a priori paradoxal: "Personnellement, j'ai toujours été très famille. Malheureusement, en fait de parents proches, je n'ai plus que mon père, et sans doute pas pour très longtemps: je songe en effet à m'en débarrasser."

 

Toute humanité n'est pas mise à part ici; reste que l'auteur sait, à l'occasion, retracer l'exercice de funambule que cela peut représenter. On pense en particulier à la nouvelle "Têtes mortes", où seule la carapace du métier permet à un fils de trouver une issue humaine et acceptable à une rencontre inattendue avec son père, disparu vingt ans auparavant.

 

Dix nouvelles, dix circonstances et plus d'une destinée humaine: si l'auteure ne recule jamais devant le geste vigoureux, si certaines de ses nouvelles ont la sécheresse d'une gifle, elle sait aussi dépeindre les grands désarrois et les petits bonheurs de notre humanité. Entre humour et cruauté tendre, l'auteure confirme ici, sur une centaine de pages brillantes, son indéniable talent dans l'art de la nouvelle.

 

Emmanuelle Urien, Le bruit de la gifle, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2014.

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 20:53

hebergeur imageFaustus, ou l'omniprésence de Goethe... et de quelques autres génies artistiques d'hier et d'aujourd'hui, honnis ou adulés par l'auteur, qui manoeuvre comme un beau diable pour offrir, comme chaque année, un nouveau roman à ses lecteurs! "Une soirée avec Faustus" relate, en perpétuelle résonance avec le passé et le présent musicaux et littéraires, l'histoire d'une complicité quasi amoureuse, ou d'un amour quasi complice - un pied devant l'autre, sur la corde raide! Jacques Guyonnet, l'auteur, serait-il funambule ou équilibriste dans l'âme? Certes!

 

Pour ce qui est de la forme, force est de constater, au fil des pages, que l'auteur renoue avec le côté polymorphe, voire labyrinthique du "Douzième Evangile". On repense aussi à ce précédent opus en parcourant les nombreuses notes de bas de page, souvent signées de l'une ou l'autre des nombreuses variations de "NdE" - à charge, pour le lecteur, de les traduire, mais elles sont en principe transparentes. Dans ce nouvel opus, cependant, l'auteur sait jusqu'où ne pas aller trop loin: les notes sont succinctes en général, et les chapitres sont brefs. Ce qui rend la lecture rapide et aisée, malgré un propos copieux ponctué par les fameuses "punch lines" qui clôturent les chapitres en un récapitulatif abrupt.

 

L'auteur campe donc une complicité amoureuse entre Faustus et Caroline. Est-ce l'auteur, est-ce une relation réellement vécue? Il est permis d'y croire, tant les indices autobiographiques et géographiques sont nombreux: aviation, musique, restaurants genevois... Le lecteur est cependant en droit d'admettre qu'il y a là une part de fantasme: servitude consentie, motif des bottes et des jupes (tiens, cela rappelle "Une semaine bien remplie"),... Reste que le lien qui se constitue entre Caroline et Faustus captive le lecteur. Plongé dans un tourbillon sentimental qui a tout d'une zone grise, celui-ci s'interroge sans arrêt: sont-ils amoureux, complices, amis proches? Le jeu d'équilibres littéraires est impeccable et tient le lecteur en haleine.

 

Mais un roman de Jacques Guyonnet ne serait pas lui-même s'il n'avait pas le débit généreux d'un fleuve. En contrepoint, l'auteur intègre donc de larges réflexions sur la musique, et en particulier sur la création de musique électronique: affres du génie au travail, éclats de bonheur déclinés en sept stances enfiévrées et qui fascinent, allant jusqu'à convoquer Mozart et Chopin, pour ne citer qu'eux. Prolongeant "Une semaine bien remplie", l'auteur partage d'ailleurs ici de nombreux souvenirs personnels. Enfin, la philosophie a sa place, qu'elle nourrisse l'intrigue ou soit brocardée, avec les figures de Nietzsche et Schopenhauer, pour ne citer qu'elles.

 

En continuateur de Frédéric Dard, l'auteur aime jouer avec les mots, et le fait avec une grande finesse. Le lecteur détectera donc avec délectation les jeux de mots qu'il glisse dans son texte, comme sans le faire exprès. Cela crée une petite musique ludique, parallèle à un récit qui ne l'est pas moins. C'est dans un esprit non moins ludique, sans doute, qu'il propose une longue lettre de candidature à l'Académie française - comme Immortel "in partibus". Dans une hyperbole étonnante, enfin, Annemasse devient sous sa plume "la capitale du vice". Preuves à l'appui...

 

Tout cela est du reste annoncé de manière méthodique dans un premier chapitre qui a tout d'un programme, tant il énumère les thèmes qui sont chers à l'auteur. A ceux déjà exposés ci-dessus, on peut ajouter Dieu - un pote avec lequel l'auteur entretient des relations particulières, donc intéressantes (il est devenu son père, entre autres, un jour...), la fin du monde selon les Mayas (donc le Mexique), la musique, le langage, le sexe, les femmes qui sont mieux que les hommes. Dès le début, enfin, l'auteur convoque Jacques Chessex, auquel il rend un hommage récurrent.

 

Foisonnant, alors? Je l'ai relevé, je le redis. L'auteur, quant à lui, l'assume: "C'est un torrent, tu sais imposer une forme stable à un torrent, toi?". Il est vrai que par moments, on a l'impression de plonger dans les ambiances fluviales d'un Anton Bruckner. Il persiste et signe: "Je suis un Eve Reste, j'ai une belle vue à t'offrir sur les choses de la vie mais faut me gravir." Faisant suite à "Une semaine bien remplie", "Une soirée avec Faustus" fait éclater, à la manière d'un big bang, les frontières nettes entre l'autobiographie et le roman. Cela, sans pour autant se départir d'un équilibre quasi cosmique, pour ne pas dire... d'une musique des sphères.

 

Jacques Guyonnet, Une soirée avec Faustus, Genève, La Margelle Sexe, 2013. En annexe, le texte du "Journal d'un homme de chambre" et une lettre de René Berger.

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 22:21

 Lu par Olivier Meyer.

 

« Hors de portée des flots je n’ai jamais bâti mes châteaux. » Incipit dont le sens et la force apparaîtront tout au long du dernier roman d’Olivier MathieuChâteaux de sable. C’est que le narrateur, Robert Pioche, double littéraire de l’auteur, est un personnage qui n’hésite jamais à prendre un risque pour aller un peu plus loin – tout en préservant jalousement sa liberté face aux conditionnements du monde actuel.  

 

Châteaux de sable s’inscrit dans le cycle des aventures de Robert Pioche, travail de longue haleine, œuvre d’une vie, où Olivier Mathieu puise dans sa propre existence sa matière romanesque. Ce dernier opus fait figure de diptyque avec Jouissive à Venise, paru il y a quelques mois. Plus resserré que ce dernier autour d’une intrigue bien menée, il se lit avec aisance et délices.  

 

Il fait aussi figure de retour au réel : si Jouissive à Venise relatait les débuts de rêve d’un amour renversant qui s’affirme à Venise, avec tout le côté « petit nuage » que cela peut impliquerChâteaux de sable évoque le commencement de la cohabitation entre deux personnages qui mettent en commun leurs sentiments, mais aussi leurs problèmes. Le lecteur des romans d’Olivier Mathieu connaît certes le personnage de Robert Pioche, ses forces et ses travers ; l’auteur présente aussi Joussive, son amie, telle qu’il la voit, en ayant le souci de retracer son histoireQuitte à ce que le lecteur comprenne qu’elle est, à certains égards, une femme à problèmes. 

 

Le château de sable construit à proximité des flots signifie le goût de la prise de risque. Risque d’aimer, audace… que l’on connaît depuis Jouissive à Venise, au moins. Mais ici, la prise de risque est aussi concrétisée par le changement de vie, qui revêt l’allure d’un exil de l’auteur dans « son » pays, la France. Exil ? Ce thème est régulièrement rappelé par des citations tirées de Nord de Louis-Ferdinand Céline. Difficile de mieux paver le chemin du lecteur !  

 

L’offrande d’un bijou suggère une image classique, que l’auteur affectionne même s’il ne l’exprime pas nommément dans Châteaux de sable : « Gibelin au Guelfe, Guelfe au Gibelin », toujours obligé de trouver sa place entre deux chaises. Et dans la région où Robert Pioche a élu domicile auprès de Jouissive, il aura fort à faire : sa réputation le précède, et quelques vérités pénibles doivent être dites. C’est que l’auteur, qui aime être « le dernier » (« le dernier romantique », a écrit son biographe Jean-Pierre Fleury, mais aussi quelqu’un du « dernier carré », pour ne citer que deux exemples pertinents pour un écrivain qui écrit chacun de ses livres comme si c’était… le dernier), tient aussi à être le dernier amant de Jouissive.  

 

L’auteur joue en virtuose de l’exercice des répétitions et itérations. Le lecteur constate par exemple que Jouissive a l’invariable tendance de dire « euh… » lorsqu’elle s’apprête à donner à Robert Pioche une réponse désagréable à entendre. Un « euh… » qui fonctionne comme un signal ! Et lorsque l’auteur le place dans la bouche de proches de Jouissive, même si les circonstances ne sont pas les mêmes, c’est un air de famille qui est dessiné. Certaines répliques sont récurrentes aussi, dès lors qu’il s’agit, au détour de quelque dialogue, de faire émerger une vérité.  

 

Comme dans Jouissive à Venise, l’auteur règle quelques comptes, quitte à ce que cela semble relever de la posture commode plus que du débat d’idées, par exemple certains avis péremptoires à l’encontre de l’électorat du Front national, complaisamment montré comme le plus étriqué qui soit. Cela dit, les critiques acerbes à l’encontre d’un certain Marc-Edouard Nabe sont bien fondues dans le récit, dans la mesure où elles s’intègrent à la narration d’une tranche de vie de Jouissive, et s’avèrent donc moins brutales, moins gratuites que dans Jouissive à Venise. Ces avis sont contrebalancés par la citation dithyrambique du personnage d’Anodin, surnom d’un lecteur inconditionnel de l’auteur : s’il y a ici une part d’autocongratulation, celle-ci offre un éclairage positif agréable au récit et, plus largement, à toute l’œuvre de l’auteur.  

 

On peut cependant regretter un dernier chapitre au ton d’exhortation, mal intégré à la narration d’une tranche de vie qui court de la fin de l’été à l’hiver 2013, relatée de manière bien suivie par ailleurs.  

 

Châteaux de sable a tout du roman d’apprentissage de la vie à deux, qui relate des rituels empreints de fantasmes incestueux ou empruntant à l’imaginaire né de Lolita de Vladimir NabokovParadoxalement, cet apprentissage suggère qu’il faut s’aimer beaucoup pour supporter certains accrocs, certaines frictions. Sur certaines pages de ce roman, chaque réplique fait figure de prise de risque. C’est que jamais Robert Pioche, le « chamboule-tout », ne construit les châteaux de sable hors de portée des flots – mais ça, depuis le début du roman, on le sait déjà…  

 

Olivier MathieuChâteaux de sable, Paris, Editions des Aprems, 2014.  

 

Il est possible de se procurer quelques romans d'Olivier Mathieu, dans la limite des stocks disponibles (tirages limités, réservés aux bibliophiles), directement chez l’auteur, en lui en faisant la demande par courrier électronique à robertpioche@hotmail.com 

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 16:38

hebergeur imageLu par Aifelle, Ankya, Bruce, Catherine, Cathulu, C. Jeanney, Emma, Flof13, Géraldine, Leiloona, Lili, Liliba, Livravous, Magali Duru, Natiora, Papillon, Philippe Poisson, Steph, Sylire, Yv.

Défi Thrillers et polars.

Le blog de l'auteur.

 

Il y a du Baudelaire dans les pages de "La commissaire n'aime point les vers" de Georges Flipo. Et du Victor Hugo aussi. Paru en 2010, le premier livre relatant les aventures de "la" commissaire Viviane Lancier s'avère un polar littéraire des plus délicieux, bien calé, vif et drôle à l'occasion, et toujours inventif. Lu par d'innombrables blogueurs, traduit en plus d'une langue étrangère, paru en poche, cet ouvrage a d'ores et déjà connu un succès certain - et mérité.

 

hebergeur imagePour rappel, le point de départ de l'intrigue est simple: un mystérieux sonnet inédit de Charles Baudelaire sème la mort autour de lui. L'affaire est déclenchée par la mort violente d'un clochard surnommé Victor Hugo, à proximité de l'Académie française.

 

Jeux de femme et de pouvoir

Evoquons avant tout le personnage principal, Viviane Lancier. Un drôle d'oiseau dans le monde du polar: "la" commissaire règne sur une équipe d'hommes regroupés dans un open space. Connaisseur des jeux de pouvoir, l'auteur isole d'ailleurs Viviane Lancier dans un bureau - un isolement concret qui reflète le relatif isolement de tout cadre. Et il est vrai que parfois, les hommes de "la" commissaire paraissent vivre sur une autre planète que leur supérieure hiérarchique. Quant à Viviane Lancier, c'est sans doute la seule commissaire de l'histoire du polar qui paraît larguée tout au long de l'histoire, et surveille son poids en permanence. Un joli contrepoint à l'action, et une touche d'humanité pour un personnage qu'on sent en permanence soucieux, aussi, d'asseoir son autorité.

 

L'auteur exploite la situation d'une manière inattendue qui recèle son lot d'autodérision, en faisant de ces hommes, et en particulier de certains d'entre eux, des hommes-objets. Cette objectivation passe en particulier par l'attention portée par Viviane Lancier au physique de ceux-ci, et en particulier d'Augustin Monot, stagiaire et archétype du trobogosse, que "la" commissaire dévore des yeux sans se gêner. On ne verse cependant jamais dans le harcèlement: si les deux personnages se rapprochent sentimentalement, c'est délibéré, de part et d'autre.

 

En matière de hiérarchie, il est intéressant de noter, enfin, que bon nombre d'éléments, hiérarchiques ou non, endossent une métaphore religieuse: le supérieur de Viviane Lancier est surnommé le Tout-Puissant, par exemple. Et l'on s'en remet parfois à la transcendance pour faire avancer l'enquête. Dans le genre littéraire du roman policier, rares sont les policiers qui feraient appel à un médium pour en savoir plus; l'auteur ose cela, et va jusqu'à rendre une telle péripétie vraisemblable, indispensable même.

 

Du mordant envers les médias

Les médias jouent, en bloc, un rôle important dans "La commissaire n'aime point les vers". Les allusions à certaines stars et figures du petit écran sont transparentes et prêtent à sourire. De même, l'auteur croque avec mordant les travers de la télévision, en particulier cette habitude qu'ont certains animateurs de couper la parole de leurs invités et, en définitive, de se faire mousser.

 

La presse papier, en général, a aussi toute sa place dans le récit. Elle exerce toute sa pression sur l'enquête (qui traîne plus d'un mois, c'est long...). Il y a même une journaliste qui se fait larguer, question de conflits d'intérêts mal vécus...

 

Littéraire et visionnaire

Mais "La commissaire n'aime point les vers" est avant tout un polar littéraire, je l'ai dit. Le lecteur attentif reconnaîtra ainsi la qualité, et aussi la versification soignée juste ce qu'il faut, du pastiche de poème de Charles Baudelaire qui constitue le coeur de l'intrigue; le plus baudelairien des lecteurs y repérera même quelques allusions transparentes.

 

Le personnage de Victor Hugo est franchement pénétré de l'écrivain, allant jusqu'à loger dans une artère parisienne qui porte son nom. Etonnant, pour un SDF, astucieux de la part de l'auteur, qui cultive ici le paradoxe. Celui-ci balade d'ailleurs ses lecteurs à travers Paris, cité des lettres par excellence, et témoigne, ce faisant, d'une connaissance certaine du terrain. Tout au plus, dois-je avouer que je ne suis pas allé vérifier si les restaurants cités existent vraiment...

 

En revanche, force est de constater que l'auteur va jusqu'à faire oeuvre de visionnaire: en faisant démarrer son roman policier littéraire dans un McDonald's, il anticipe le fait que cette chaîne de restauration rapide va, quelques années plus tard, offrir des millions livres aux enfants...

 

Nous sommes donc sans doute en 2013 (les têtes de chapitre en font foi), soit trois ans après la publication de "La commissaire n'aime point les vers". Quelques clins d'oeil entrent en étonnante résonance avec l'actualité récente. D'autres brillent par leur originalité: on trouvera, au fil des pages, des graphologues luttant pour leurs contrats, un producteur de blocs à lécher pour bovins nommé Xavier Baudelaire, des recoins parisiens aux propriétés étonnantes (pas de réseau!), etc. Le tout est habilement construit, avec un grand soin du détail, et compose une intrigue alerte et vivante, à l'issue inattendue.

 

Georges Flipo, La commissaire n'aime point les vers, Paris, La Table Ronde, 2010.

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 16:06

hebergeur imageDeux premiers romans plutôt qu'un: pour sa première participation au Défi Premier roman, Sharon nous gâte. La première concerne "La Passe-miroir tome 1: les fiancés de l'hiver" de Christelle Dabos. La deuxième évoque "Jeune fille vue de dos" de Céline Nannini. Je vous invite à découvrir ces chroniques de blog, comme suit:

 

Christelle Dabos: http://deslivresetsharon.wordpress.com/2014/01/09/la-passe-miroir-tome-1-de-christelle-dabos/

 

Céline Nannini: http://deslivresetsharon.wordpress.com/2014/01/26/jeune-fille-vue-de-dos-de-celine-nannini/

 

Merci à Sharon pour cette double participation!

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Femmes

 

Femmes des siècles qui furent

          vous avez été:

 

les épaules porteuses de sombres fardeaux

le creuset intime de puissantes destinées

le ferment lourd de générations fécondes.

 

Femmes des siècles qui seront

           vous êtes:

 

les allumeuses de jeunes étoiles

la musique d'aériennes galaxies

les ouvreuses de clairs espaces.

 

         Femmes

toujours vous serez:

l'enfantement d'un autre Regard

          et

la survie d'un incandescent d'amour!

 

Amalita Hess, Des étoiles sous tes semelles, Fribourg, éditions du Cassetin, 1994.

 

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 20:00

hebergeur imageCent mille pages pour la version latine de Wikipédia: il n'en faut pas moins pour rappeler que le latin est loin d'être une langue morte, et qu'il a encore ses aficionados. Le site Actualitté d'actualités du livre a relayé l'information, non sans rappeler que Nabilla Benattia n'a pas sa fiche dans la version latine de Wikipédia.

 

Qu'à cela ne tienne: je me suis amusé à bricoler un tout petit brouillon, très très embryonnaire, de page en latin sur Nabilla Benattia, afin de faire mentir un peu le site d'actualités du livre, qui rappelle d'ailleurs avec raison que la fiche de Madame "Non mais allô quoi!" a été supprimée avant d'être remise en place.

 

Il faut croire que Nabilla est mieux accueillie sur la version latine de Wikipédia que sur la version française: peu après ma première tentative, un second wikipédien au nom à consonance anglaise est venu améliorer mon latin et ajouter une photo de la vedette des "Anges de la téléréalité".

 

Ita Nabilla latine loquitur. Acta est fabula... annon?

 

Source de l'illustration: Vicipaedia. Et non, je ne vous mets de photo de Nabilla Benattia, petits curieux!

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 20:49

hebergeur imageNoukette nous envoie du courrier: pour sa première participation au défi Premier roman, elle propose un billet sur "La Lettre à Helga", court roman de Bergsveinn Birgisson. Vous pouvez le découvrir ici:

 

http://aliasnoukette.fr/la-lettre-a-helga-bergsveinn-birgisson/

 

Merci pour cette participation! Et à qui le tour? Pour les règles du jeu (fort simples au demeurant), cliquez sur l'illustration de ce billet. Bonne lecture!

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 20:01

hebergeur imageLu pour le défi Premier roman.

Le site de l'éditeur.

 

Difficile de se regarder en face. Facile de fuir, voire de se fuir soi-même, y compris dans l'entreprise littéraire. C'est ce que le lecteur peut se dire en voyant Jérôme Wavre évoluer. Jérôme Wavre? Il n'est rien d'autre que le personnage principal et central de "Parcours dans un miroir", premier roman de l'écrivain jurassien (suisse) Roger-Louis Junod.

 

Les éditions InFolio ont eu l'heureuse initiative de rééditer, en 2013, cet ouvrage paru en 1962 chez Gallimard et qui, sous un grand naturel empreint de tragique et de gravité, cache une belle virtuosité - ce que relève pertinemment Philippe Renaud, signataire de la postface de cette édition: il note, notamment, l'écriture au présent d'un roman résolument moderne, voire précurseur, notamment si l'on songe au Nouveau Roman.

 

hebergeur image

Un personnage principal comme repoussoir

C'est à la manière d'une caméra portée que le lecteur est invité à suivre l'intrigue de ce roman, une intrigue qui se concentre sur la friction des caractères. Et la caméra est portée par Jérôme Wavre. Un personnage complexe, dit la postface; surtout, il est intéressant de voir que l'auteur choisit de faire porter le poids de son récit sur le plus antipathique, sans doute, de ses personnages. L'auteur ne juge pas, là; il préfère laisser agir... et laisser au lecteur le soin de se positionner - et découvrir tout seul le caractère violent et manipulateur du bonhomme.

 

Un caractère qui se révèle dès lors qu'il est question de l'écriture d'un roman, une écriture dont Jérôme Wavre ne vient jamais à bout. Les premières pages laissent craindre que "Parcours dans un miroir" ne soit qu'une énième variation sur la figure de l'écrivain incapable de finir un livre. Si rebattu qu'il soit, ce début est cependant nécessaire. C'est un premier jeu de miroirs, Jérôme Wavre recherchant dans la littérature une image de lui, fidèle mais quand même rassurante: bel exercice de narcissisme et de fuite du réel! Et s'il y a un miroir dans son cabinet de travail, ce n'est certainement pas un hasard.

 

Ces préalables sont nécessaires: en fin de roman, Jérôme Wavre promet monts et merveilles à sa fiancée Hélène, avec laquelle il a eu un comportement odieux en début de roman - en particulier en l'incitant à avorter d'un enfant qu'il pense ne pas être le sien. Comme Hélène est normale, elle a peur... Et c'est grâce à tout le dispositif mis en place au début du roman pour présenter Jérôme Wavre que l'on comprend qu'il n'est pas crédible à la fin, lorsqu'en caricature de héros romantique, il entreprend de reconquérir Hélène.

 

Ce qui eût paru maladroit chez des auteurs de moindre talent est ici un aboutissement logique: on n'a pas changé simplement parce que Maman est morte ou parce qu'on a discuté avec trois personnes. Ce que la fin du roman, violente, confirme...

 

Reflets normaux d'un homme qui ne l'est pas

Hélène est normale, ai-je dit. Il est possible de la voir comme un reflet sage et lucide de Jérôme Wavre. C'est sa fuite qui met en mouvement l'intrigue, qui l'extrait du marécage qu'aurait pu constituer la simple observation d'un écrivain qui tourne en rond. En permanence pondérée, elle paraît vouloir échapper, avant qu'il ne soit trop tard, à l'influence d'un homme qui la veut sous sa coupe.

 

Le lecteur actuel sera en effet frappé, dès les premières pages, par une chose: "Jérôme a exigé qu'elle quitte son emploi (elle travaillait en qualité de secrétaire au Comptoir cantonal des vins); elle l'a quitté en mars." Est-il possible, dès lors, de voir le jeu qui se déroule entre Hélène et Jérôme comme une métaphore de la remise en question féministe d'un certain pouvoir masculin? En tout cas, Hélène, saine d'esprit, enceinte, apparaît comme désireuse de prendre son destin en main, seule plutôt qu'avec un fou. Fuite et poursuite constituent donc l'essentiel de l'intrigue.

 

Une telle lecture conduit à Jean-Paul Sartre, présent dans "Parcours dans un miroir", via Simone de Beauvoir. Et quelques indices, notamment les contacts de Jérôme Wavre avec des gens bien marqués à gauche, paraissent autoriser une lecture idéologique, à creuser, de certains éléments de ce roman.

 

La voiture, pour se regarder en face

Astuce moderne et bien trouvée, la voiture de Jérôme Wavre fonctionne comme un personnage à part entière. Un seul élément, tout simple, le démontre: elle porte un petit nom, Caro, ce qui suffit à la personnaliser. L'auteur se montre attentif à son état de santé, qui est celui d'une héroïne romantique souffreteuse... le moteur a des ratés (comme les interactions entre les personnages), les reprises ne sont pas bonnes, le moteur cogne... comme le fait un autre personnage du roman, Marika Janicki, ex-épouse de Pierre. Mais si Marika se présente elle-même comme intrinsèquement folle, la folie du véhicule doit quelque chose à celui qui le conduit.

 

Cette responsabilité prend deux formes: des soins inexistants, inadaptés ou bâclés (Jérôme Wavre renonce à aller chez le garagiste, et bricole une vis à tête plate à l'aide d'un couteau avec lequel il se blesse) et une conduite inadaptée. Gageons que la description précise des écarts de conduite de Jérôme Wavre a dû surprendre plus d'un lecteur au temps de la première publication de "Parcours dans un miroir".

 

D'ailleurs, pour effectuer un parcours, il faut bien un coursier. Soucieux du détail, l'auteur relève que ce coursier est doté d'un rétroviseur intérieur... dans lequel Jérôme Wavre peut enfin, à quelques paragraphes de la fin du roman, se regarder en face.

 

Force est donc de constater que si le début revisite un motif qu'on a déjà souvent vu, celui de l'écrivain qu se rate à force de se chercher dans une tentative de roman, c'est dans un deuxième temps que tout décolle, parfois à la vitesse folle d'une voiture conduite par un chauffard. L'auteur fait preuve dès lors d'un immense génie dans la peinture des caractères, y compris secondaires, afin d'orchestrer une intrigue dont l'issue ne peut être que tragique, fatale même.

 

Roger-Louis Junod, Parcours dans un miroir, Gollion, InFolio, 2013, édition par Patrick Amstutz, postface de Philippe Renaud.

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

ÉCRAN

 

Une ombre coule sur ta main

La lampe a changé ta figure

La pendule bat

                         Le temps dure

Et comme il ne se passe rien

Celui qui regardait s'en va

                    Le monde se retourne et rit

Pour regarder tout ce qui vit

 

                    On marche encore dans le doute

Un tournant au bout de la route

                                         Une forêt

Un pont sans arches

                     Et la maison où je vivrais

Il faut partir coûte que coûte

Et l'ombre qui passait

                            Celui qui regardait

Le monde qui riait

                            S'évanouissent

Au fond contre le mur

                     Des silhouettes glissent

 

Pierre Reverdy (1889-1960), Plupart du temps, I, Paris, Poésie/Gallimard, 1969.

 

 

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