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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 22:04

hebergeur imageCôtes de Bordeaux, voilà une appellation qui n'est pas des plus fréquentes. S'y aventurer devrait réserver des découvertes... et force est de constater qu'avec son Roc, millésime 2008, il y a de quoi être étonné et admiratif. En évolution vers une production biologique depuis quelques années, le vigneron Eric Prissette crée avec son Roc un vin original, atypique et cohérent - et, pour tout dire, fort beau.

 

Il y a la robe, d'abord. Levons le verre, comme il se doit. Le dégustateur découvrira la teinte sombre, noble et soutenue d'un beau vin rouge. Celle-ci promet un vin de caractère.

 

Promesse que le bouquet confirme. Au nez, ce Roc révèle des notes boisées, mais aussi des arômes de poivre noir, voire de piment. Le tout est puissant, insistant - costaud, en un mot.

 

Portons le verre aux lèvres. Fermons les yeux. Laissons-nous étonner par ce long, long trait de réglisse, gage de verdeur, qui pourrait aussi être, à un autre moment ou pour un autre amateur, un caractère de chocolat noir. La dégustation confirme d'ailleurs, en fin de bouche, les notes de poivre et de piment qu'il a été possible de détecter au nez. Le goût se révèle puissant et flatteur, et appelle sans équivoque de belles viandes rouges.

 

On appréciera avec ce Roc un très beau vin de Gironde, traversé d'un brin d'amertume, mais aussi puissant. Maîtrisée, cette puissance se met au service d'un vin noble et cohérent.

 

Roc 2008 (source de l'image)

Côtes de Bordeaux

Eric Prissette

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 21:04

hebergeur imageItzamna invite les lectrices et lecteurs à découvrir "Les Catacombes", à travers un roman de Tonn Ball. Merci pour cette participation du Défi Premier roman! L'article en question se trouve ici:

 

http://itzamna-librairie.blogspot.fr/2014/03/les-catacombes-toby-ball.html

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi premier roman
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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 22:38

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Lu par Eric Bonnargent

Le blog et le site de l'auteur.

 

Séquoïa ou aérodrome? Le titre résonne comme un néologisme: le ton est donné dès la page de couverture. "Séquoïadrome" est un roman au parfum expérimental signé Émilie Notéris. C'est un ouvrage court, sa couverture est sobre pour ne pas dire austère... le lecteur va s'attendre à du spécial. Et s'il recherche un livre qui sort des sentiers battus, il ne sera pas déçu.

 

Est-ce un roman? La question mérite d'être posée. Il y a certes une intrigue, si minime qu'il est possible de la résumer en quelques mots: un Cessna s'écrase au sommet d'une forêt de séquoïas, à 80 mètres du sol. A son bord, deux personnes: Robinson, le pilote, et Miss Hélium, la passagère. Dès lors, la vie s'organise, et l'on se nourrit de psilocybes pour survivre.

 

Cela dit, on n'en saura pas grand-chose de plus sur les modalités de cette robinsonnade moderne, si ce n'est l'évocation des tensions entre les deux personnages. Il n'y a même pas de vrai dénouement, au sens classique et romanesque du terme. Sans parler d'une véritable évolution fondée sur des interactions quelconques entre les humains et la nature. 

 

Une version moderne de l'île déserte

Robinson... le nom est facilement trouvé, vu la situation. Il guide le lecteur vers l'idée d'une version moderne, revisitée, du roman de Daniel Defoe. Quelques éléments tendent à confirmer ce rapprochement, en particulier la situation insulaire des personnages et la situation de crash de l'avion, forme moderne du naufrage.

 

Cela dit, il faut concéder que cette île se trouve au sommet d'un arbre, et non au niveau de la mer. L'auteure confirme cette piste en soufflant, quelque part, l'idée d'une inversion qui veut que les racines - celles des champignons hallucinogènes, tiens - sont au ciel. Ce qui nous amène aux psilocybes...

 

Des champignons pour ouvrir les portes de la perception

... ceux-ci sont un leitmotiv de "Séquoïadrome" - un parmi d'autres. Leur importance est soulignée par le fait que l'un des personnages s'appelle Miss Hélium - alias Mycélium, ce qui suggère qu'elle racine (de champignon) en plus d'être gaz rare. Onomastique simple... mais il fallait y penser! 

 

Surtout, l'idée des champignons hallucinogènes est stupéfiante, si j'ose dire: l'auteur les exploite pour ouvrir les portes de la perception (mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi!) du lecteur. Dès lors, cet ouvrage à l'intrigue minimale admet de se faire parasiter par tout un tas d'éléments peu propices à faire avancer l'intrigue, mais instructifs.

 

Un parasitage à nuancer

Parasiter? Un terme qu'on peut nuancer. L'auteur met en place un dispositif qui rappelle celui qu'exploite Bernard Werber dans sa trilogie des "Fourmis", consistant à intercaler des chapitres qui expliquent des éléments scientifiques. "Séquoïadrome" va cependant plus loin en les illustrant (il y a des dessins dans "Séquoïadrome") et en exposant des curiosités méconnues (le mirage topologique, la destinée des séquoïas remarquables).

 

Parasitage, encore? Le lecteur sera surpris de découvrir que l'incipit de "Séquoïadrome" est en anglais. La langue anglaise est présente dans ce roman. On peut y voir une forme d'hommage récurrent à Daniel Defoe, écrivain d'expression anglaise, mais aussi une manière directe de rappeler par la forme que l'entièreté de ce roman se déroule aux États-Unis.

 

Enfin, la prose de l'auteur est innervée de longues citations de Karl Marx. Cela constitue un hommage appuyé aux utopies anarchistes qui ont vu le jour aux États-Unis - où, pourrait-on penser, Karl Marx n'a guère droit de cité. Nourri par ailleurs par un vaste arrière-plan intellectuel dont la synthèse figure en bibliographie (Jacques Derrida, Peter Sloterdijk, etc.), "Séquoïadrome" se pare d'une certaine couleur politique, entre anarchie et écologie.

 

Joli coup que cet ouvrage, qui est plus une tentative expérimentale réussie, tressant de nombreux éléments littéraires et théoriques, qu'un véritable roman! On aurait pu s'attendre à un livre longuet et prise de tête; l'auteur a cependant su éviter ce double écueil, en ayant la grâce de faire court et en privilégiant une langue fluide et très naturelle.

 

Émilie Notéris, Séquoïadrome, Paris, Joca Seria, 2011.

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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 22:29

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Sharon participe à nouveau au défi Premier roman, avec Madame Gargouille d'Orianne Charpentier. Merci à elle! Son billet se trouve ici:

 

http://deslivresetsharon.wordpress.com/2014/03/26/madame-gargouille-dorianne-charpentier/

 

Encore merci - et à vous de jouer!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Le dernier repas

 

Lorsque l’ivresse et la passion sont desservies
Et la coupe de la tendresse bue jusqu'à la lie,
Quand la saveur des mots devient désagréable,
Il faut tout simplement savoir se lever de table.

 

En ce beau moi de mai, ce beau mois des muguets
Je n’ai aucun remord, je n’ai aucun regret.
Surtout pas de sanglots, encore moins d’amertume
Car des lamentations, je n’en ai pas coutume.

 

Sublime inspiration, par le cou tu me tiens!
Oh belle inspiration, puisque ça ne vaut plus rien,
Sans tambour ni trompette, sans accord de guitare
Je tire la révérence, sans orchestre ni fanfare.

 

Ensemble, si c’est possible, ensemble si tu le veux,
La coupe de l’Amitié on peut la boire à deux.
Mais si tu crois plutôt qu’il faut couper tout lien
Tu en feras à ta guise et pour ton plus grand bien.

 

Nancy Jean. Source.

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 16:38

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Lu par Alex, Ciorane, Tioufout.

Défi Thrillers et polars.

 

C'est l'histoire d'une enseignante mangée par ses élèves hilares. Ou, plus sérieusement, celle d'une série de bras cassés qui ferraillent entre Paris et la Creuse, avec un gosse, un accident de voiture et quelques cadavres à la clé. "Le Gâteau mexicain" est un roman policier signé de l'écrivain français Antonin Varenne. Revêtant par moments les goût du polar marseillais, il s'avère fort divertissant, malgré un milieu de narration un peu long.

 

Les premiers chapitres se caractérisent par un rythme et des ambiances changeantes: la longueur des chapitres varie, les voix qui s'expriment sont diverses. L'auteur donne ainsi la parole à Nino Valentine, manouche encore pas tout à fait sec derrière les oreilles, embarqué dans des aventures qui le dépassent depuis que La Chance, son aïeul, est décédé. Son langage fleuri fait contraste avec des pages au style plus neutre, narrant des scènes de violence dont l'explication interviendra en fin de roman, comme il se doit.

 

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La Chance... c'est ce qui fait défaut à Nino Valentine, ce qui est gênant pour un représentant d'un groupe de population présenté comme superstitieux: pour retrouver les faveurs du hasard, le personnage devra récupérer la dernière dent noircie de son aïeul. Cette malchance fait écho au personnage de Padovani - un nom dont la sonorité suggère "pas de veine". L'auteur fait d'abord évoluer les parcours de ces deux personnages en parallèle; mais le lecteur sent bien qu'ils sont appelés à se rencontrer.

 

Padovani est le flic de l'histoire, un bonhomme obèse, atrabilaire et misanthrope, lieutenant à la brigade des moeurs. Difficile de ne pas penser à Bérurier lorsqu'on le voit - mais un Bérurier peint en mode mineur et triste. Le lecteur s'attache cependant à ce vieux Parisien à la veille de sa retraite, qui dévore des petits plats en grand nombre au restaurant du Jardin à la rue Gît-le-Coeur. Restaurant? L'auteur évoque ici un établissement qui a bel et bien existé, et a cédé la place à un restaurant nommé "Le lutin dans le jardin" il y a quelques années.

 

Les aventures se succèdent de manière rocambolesque, et tout est dans l'outrance. Il est regrettable que le rythme changeant du début se perde en cours de route, en raison des nécessités de la narration; mais le lecteur appréciera quelques scènes aussi affolantes que la plongée des cadavres dans la cuve de solvant d'une carrosserie (des cadavres, il ne restera guère que les dents au fond de la cuve... qui rappellent celle de La Chance) ou l'entassement des personnages clés, y compris un enfant qui fonctionne un peu à contretemps, de ce roman dans une voiture. De même, la scène où Padovani et Nino vont récupérer la dent de La Chance à la morgue est des plus croustillantes.

 

Si Paris est dépeint avec un certain réalisme (l'auteur évoque aussi un restaurant nommé "Le Danton", boulevard Saint-Germain, qui existe vraiment), l'époque est aussi clairement définie puisqu'il s'agit de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle 2007. Celle-ci apparaît sobrement en arrière-plan. Cela n'empêche pas l'auteur d'évoquer Nicolas Sarkozy en termes peu amènes: " Le nabot à tête de fouine vociférait que la France était un gâteau, dont tout le monde n'aurait pas sa part", lit-on par exemple en page 162. Cela fait écho aux opinions politiques de l'enseignante évoquée en prologue (très à gauche), et constitue l'un des avatars de l'image du gâteau, qu'il soit ou non mexicain. Gâteau? Les chapitres sont regroupés en couches ou en étages, couronnés par une section intitulée "Personnages en plastique" - un peu comme ceux qu'on trouve sur la couverture. Difficile, cependant, de trouver dans "Le Gâteau mexicain" quelque chose d'effectivement mexicain!

 

Pas mal donc, comme roman policier! L'on aurait certes aimé avoir un centre moins mou, moins ventru et plus rythmé; on aurait aimé que l'affaire de l'enseignante mangée soit creusée plus avant, et non évacuée d'une pirouette en fin de roman. Cela dit, le lecteur goûtera le penchant de ce "Gâteau mexicain" pour l'outrance, le délire burlesque et le côté "too much" d'une narration en roue libre, épicée de quelques mots typiquement manouches.

 

Antonin Varenne, Le Gâteau mexicain, Paris, Toute Latitude/Intrigues, 2008.

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 22:23

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Argali propose, dans le cadre du défi Premier roman, rien moins qu'un récit fantastique québécois intitulé "Transtaïga, les villages assoupis" d'Ariane Gelinas. Cela nous mène loin! Merci pour cette découverte - son billet est ici:

 

http://argali.eklablog.fr/transtaiga-les-villages-assoupis-ariane-gelinas-a106821350

 

Bien joué - et à qui le tour? Le défi Premier roman est ouvert à toutes les lectrices et à tous les lecteurs émerveillés par un premier roman - ou pas. A vous de jouer - la seule règle du défi est d'avoir lu et chroniqué un premier roman! Pour en savoir plus, cliquez sur le logo. 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 01:00

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S'il est question de Grèce aujourd'hui, au détour d'une conversation, on pense facilement aux différentes formes de crise qui traversent l'Europe depuis plus d'un lustre. Certains éléments du roman concourent à situer le roman "L'argent a été viré sur votre compte", de Dimitris Sotakis, dans les ouvrages directement inspirés par les événements difficiles que la Grèce a traversés ces dernières années.

 

Dimitris Sotakis revisite un mode d'écrire qui a fait ses preuves il y a quelques décennies dans le domaine français: la description de l'absurde. Rappelons l'intrigue de "L'argent a été viré sur votre compte" - ce sera vite fait, d'ailleurs: un homme jeune est payé pour accueillir des meubles et autres menus objets dans son petit appartement - jusqu'à ce qu'il se retrouve prisonnier de ces meubles, heureux d'être autorisé à respirer alors qu'autour de lui, un violent soulèvement populaire gronde. Difficile, face à un tel pitch, de ne pas penser aux "Chaises" d'Eugène Ionesco, pour ce qui est des éléments les plus concrets de ce roman. Et pour ce qui est des astuces narratives, on songe sans peine à la pièce de théâtre "Les bâtisseurs d'empire ou le Schmürz" de Boris Vian. Deux objets dramaturgiques où l'on se demande, de bout en bout, ce qu'il advient des personnages en présence.

 

L'auteur de "L'argent a été viré sur votre compte" concentre l'intérêt du lecteur sur un seul personnage: le narrateur, à savoir l'homme qui a accepté de signer un contrat facile à remplir a priori, mais dont les implications vont très loin. Le début du récit laisse au lecteur une impression double: certes, le narrateur vient de décrocher un emploi; mais c'est grâce à un employeur. L'auteur a l'habileté de faire ce celui-ci un personnage mystérieux, aveugle mais omniprésent: il fait avancer l'action, se montre présent, mais ne donne jamais franchement ses raisons. C'est de là que naît l'impression que Dimitris Sotakis offre un roman sur l'absurde, dans une tradition qui s'est exprimée il y a quelques décennies avec des figures comme Samuel Beckett.

 

S'il a un entourage, force est de constater que c'est le narrateur qui fait avancer le récit, accompagné peut-être de l'argent, moteur universel qui dépasse l'amour maternel, ici aussi. Comme par hasard (donc pas vraiment), il n'est pas nommé. L'auteur en fait ainsi un objet - objet de l'entreprise qui l'emploie - alors qu'autour de lui, le lecteur est mis en présence de l'artiste Ditos et de Rissa, la fiancée du narrateur. Ceux-ci font dès lors figure d'être humains, et fonctionnent comme des êtres susceptibles de mener leur barque, au contraire du narrateur de "L'argent a été viré sur votre compte", victime d'un contrat dont il ne connaîtra toute la valeur que lorsqu'il sera devenu difficile de respirer. Il est aussi permis de penser que Rissa est une figure ambivalente: si elle se présente comme quelqu'un de sociable, elle s'appuie totalement sur le narrateur, quitte à se servir de lui comme d'un moteur de son ascension matérielle. Une seule limite à cet aspect: Rissa ne va pas prendre connaissance du solde du compte de son compagnon, grassement rétribué pour recevoir des meubles dans son modeste logement.

 

Le dispositif narratif est simple. Cela permet d'avoir un roman court mais riche - et réaliste: pour tout lecteur, il suffit d'en savoir un peu sur la crise grecque pour avoir une idée des difficultés à vivre que le narrateur traverse jour après jour. L'auteur a eu la main heureuse en choisissant de rattacher son roman à la tradition de la littérature de l'absurde: après tout, les crises financières s'abattent sur des personnes qui n'y peuvent rien - et qui, et c'est plus grave, ne comprennent pas ce qui se passe et sont condamnées à subir. Mais ce n'est pas moment d'abdiquer la compréhension de notre temps; dès lors, "L'argent a été viré sur votre compte" est un roman important, qui interroge son lecteur sur les choses matériellles et sur leur valeur véritable - face à des éléments tels que le décès d'une mère ou la vie face à un employeur très dur. 

 

Dimitris Sotakis, L'argent a été viré sur votre compte, Paris, Intervalles, 2014. Traduction d'Anne-Laure Brisac.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Ce que vous avez vécu est votre loi d'airain ..

Une chimère vous a ensorcelés: à l'éveil

Vous ne pouvez regarder franc vers la lumière:

Apprenez du héros à vous jeter sur un glaive.

Avez-vous commis un tort léger envers un égal:

Partez et expiez en silence par vos actes

Puis revenez: vous n'avez le droit d'outrager

Les deux dignités et de provoquer le feu

De la honte sur le front de votre frère ..

Le pardon et le demander est une horreur.

 

Stefan George (1868-1933), L'étoile de l'alliance, Paris, la Différence, 2005. Traduction de Ludwig Lehnen.

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 20:05

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Lu par Christophe Bouillaud, Egalité et réconciliation, Fahrenheit 451, Jean Glavany, Josselin Noire, Olivier Kempf, Jean-Yves Le Goff, La Lettre volée, Laurent Pinsolle, L'Espoir, Malakine, Perspectives géopolitiques, Scriptoblog, Serge Chaudourne, Vieux Singe.

 

La liste des blogs et sites qui en ont parlé est éloquente: de gauche à droite de l'échiquier politique français, "Après la démocratie" ne laisse pas indifférent. Le titre de ce livre d'Emmanuel Todd fait écho à un précédent opus de sa main, "Après l'Empire", qui a valu à son auteur une certaine réputation de visionnaire. C'est un peu pour cela que j'ai acquis cet ouvrage, paru en 2008, espérant y trouver le prolongement d'un autre livre parlant des vicissitudes de la démocratie en ce début de vingt et unième siècle: "L'hiver de la démocratie", de Guy Hermet.

 

Nicolas Sarkozy, le portrait-charge

La déception est au rendez-vous, force m'est de le constater: m'attendant à un ouvrage assez universel, je me retrouve avec un essai franco-centré, débutant, de manière fort correcte pour accrocher le lecteur, par la personnalisation du propos. Celle-ci passe à travers l'exemple de Nicolas Sarkozy, président de la république française de 2007 à 2012 comme on le sait. Un an à peine après son élection, l'auteur brosse un portrait peu flatteur de son action.

 

Un portrait qui fait étrangement écho au bilan de son successeur à l'Elysée: après tout, tous deux ont en commun l'étalage d'une vie sentimentale pas très orthodoxe - et ce n'est que le moindre exemple, même si Emmanuel Todd se complaît, à plus d'une reprise, à évoquer la figure de Carla Bruni. Le portrait-charge qui ouvre "Après la démocratie" a peut-être pu braquer contre Emmanuel Todd les lecteurs de la première heure; ceux qui s'y mettent à présent ne peut que tirer des parallèles avec l'actuel président français.

 

On peut aller jusqu'à se demander si Nicolas Sarkozy et le sarkozysme, auxquels l'auteur ne trouve aucune qualité (non, mais VRAIMENT aucune), n'est pas son bouc émissaire. Une question pertinente, dans la mesure où l'auteur, rappelant un certain Carl Schmitt, rappelle que la désignation de l'ennemi (l'islam aujourd'hui, le Juif naguère - ces éléments sont cités et exploités dans "Après la démocratie") peut être un principe politique.

 

Un épisode anthropologique intéressant et original

La suite est plus intéressante, en ce sens qu'elle adopte une perspective anthropologique et historique pour expliquer certains traits caractéristiques des Français d'aujourd'hui. L'auteur parvient par exemple à exposer de façon convaincante la carte électorale française: pourquoi telle région, plutôt qu'une autre, vote-t-elle à droite, à gauche? Pour ce faire, il fait appel à l'histoire du catholicisme en France, et en particulier à certains éléments de l'épisode de la Révolution française.

 

Ce n'est qu'un élément: plus original, l'auteur montre aussi les habitudes parfois divergentes des Français d'autrefois en matière d'héritage afin d'analyser l'intégration de la notion d'égalité dans la mentalité de ce peuple. Une notion qui ne va pas de soi: par des comparaisons, Emmanuel Todd démontre par exemple que la notion d'égalité n'a pas la même importance dans le monde anglo-saxon, ou ne se pose pas dans les mêmes termes en Russie, en raison des modalités traditionnelles d'héritage dans le monde rural.

 

Il est aussi question d'instruction publique, celle-ci tendant selon l'auteur à une progression tendancielle, profitable à l'émergence d'une société démocratique, mais aussi d'un certain individualisme - l'auteur parle volontiers de narcissisme. Tous ces éléments mettent en évidence une certaine crise de la société française, oscillant entre lutte des classes, lutte contre des élites en lesquelles elle n'a plus confiance (elles peuvent être aussi médiocres que le peuple selon l'auteur - et l'auteur ne manque pas de rappeler le bilan scolaire de Nicolas Sarkozy à l'appui de ses dires) et tentation du repli ethnique - donc d'une égalité limitée à l'"entre nous".

 

La démocratie, c'est fini?

Plus loin, l'auteur se livre à une attaque en règle contre la mondialisation et le libre-échange, coupables selon lui de la contraction des salaires, résultat de la concurrence de la Chine - entre autres. Il est permis de se demander si cette attaque n'est pas un peu vaine: il suffit de se souvenir de "La mondialisation" de Pierre de Senarclens pour savoir que la tendance mondialiste est un fait bien ancré aujourd'hui - et qu'elle ne date en tout cas pas d'hier.

 

L'épisode "anti-mondialiste" de "Après la démocratie" paraît d'ailleurs assez éloigné du propos suggéré par le titre de cet ouvrage, même si l'auteur s'efforce de démontrer que les partis français républicains dominants (UMP, PS), pour lesquels la majorité des électeurs votent, acceptent la mondialisation sans chercher à en éliminer vigoureusement les inconvénients. Vigoureusement, c'est-à-dire selon la manière qu'Emmanuel Todd propose...

 

Quelques scénarios pour terminer

L'auteur rejoint Guy Hermet lorsqu'il décrit une classe politique qui recherche le pouvoir mais paraît finalement plus intéressée par l'idée d'assurer le show pour se faire élire que par la réalisation d'un programme inexistant - plus d'un lecteur pourra être tenté de penser à la valise "UMPS", d'autant plus que l'auteur, s'il étrille la droite française, n'épargne pas la gauche. Pour ne prendre qu'un exemple frappant, il va jusqu'à suggérer que Ségolène Royal, candidate socialiste à l'élection présidentielle en 2007, relève de la "droite loufoque, socialo-traditionaliste" (p. 30)...

 

Il s'inspire également de Guy Hermet lorsqu'il dépeint l'idée de "gouvernance", qu'il rend synonyme de dictature (pouvoir ne reposant pas sur une légitimité démocratique) en n'hésitant pas à faire le parallèle avec le régime politique chinois.

 

Dès lors, après avoir étudié deux pistes lourdes d'inconvénients (la "république ethnique", qui pourrait être la voie privilégiée d'un gouvernement de droite, et la "suppression du suffrage universel", que pourrait souhaiter une gauche qui aime qu'on "vote juste" - cf. les réactions au scrutin suisse du 9 février dernier sur l'immigration de masse), l'auteur arrive à la conclusion que le protectionnisme pourrait être une solution à la crise actuelle de la démocratie, entre autres en freinant la pression sur les salaires et, partant, la fragilisation des classes moyennes.

 

Il faut quand même relever, ici, que l'auteur n'aborde pas vraiment les inconvénients de cette option - par exemple la possibilité d'une hausse des prix à la consommation. En lisant la courte conclusion d'"Après la démocratie", cette solution paraît simple, faite de "y'a qu'à". Mais telle qu'elle est exposée, n'est-elle pas simpliste, en définitive? Elle mériterait au fond un livre à elle toute seule. 

 

Alors quoi?

D'un ouvrage intitulé "Après la démocratie", on aurait pu attendre davantage qu'une étude très franco-centrée, qui évoque certains grands pays du monde mais ne mentionne qu'à peine le modèle suisse, pourtant original même s'il n'est pas exempt de défauts: l'auteur aurait pu l'exploiter, par exemple, pour disséquer les forces et les limites des droits de référendum et d'initiative. 

 

On peut aussi regretter que l'auteur, qui a la plume acide, laisse échapper quelques phrases à l'humour douteux: "La Chine a, comme la Russie, fait une très belle expérience totalitaire communiste." (p. 106) - pour ne citer que ce seul exemple. Un brin de sobriété aurait été de bon ton dans un propos sérieux et qui, en définitive, concerne chaque citoyen. Cette sobriété aurait permis de mieux laisser ressortir l'indéniable esprit d'analyse critique de cet ouvrage. 

 

Sur le même sujet, je préfère recommander "L'hiver de la démocratie" de Guy Hermet, un ouvrage mieux centré sur le coeur de son sujet. Certes, il est d'inspiration plus universitaire et ambitieuse, mais il demeure parfaitement abordable et ne cède pas à la tentation des effets de phrase.

 

Emmanuel Todd, Après la démocratie, Paris, Gallimard, 2008.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais Emmanuel Todd
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