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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 19:39

hebergeur imageAvec "Il est de retour", Mazel s'intéresse à un roman à succès de Timur Vernes, sur un sujet (et un personnage principal) pour le moins controversé. Son billet est ici:

 

http://mazel-pandore.blogspot.ch/2014/07/timur-vermes-il-est-de-retour.html

 

Merci pour cette participation! Amis lecteurs de ce blog, je vous invite à la découvrir.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 19:47

hebergeur imageLu par Aurélie Poumailloux, Craklou, Evilysangel, Lili, Majanissa, Mélusine, Mrs Pepys.

 

Hollywood. Comédie romantique. On pourrait croire que ces deux termes vont ensemble, au moins un peu. Il n'en est rien... C'est ce que donne à croire Camille Pouzol dans son roman "Comme à Hollywood". Un roman qui se présente comme le rapprochement entre deux êtres que tout sépare... et s'avère profond, amer et en bonne partie introspectif. Quitte à paraître long, par-delà l'exercice de virtuosité littéraire techniquement réussi consistant à se mettre dans la peau d'une star de cinéma du calibre de George Clooney.

 

Rappelons brièvement l'histoire de "Comme à Hollywood" - qui, au-delà des apparences (et de la couverture vivement colorée), n'a rien d'une comédie romantique, disons-le d'emblée: une vedette de cinéma hollywoodienne raconte son histoire d'amour avec Juliette, professeur de danse parisienne. Cette rencontre improbable, qui pourrait servir de toile de fond à une comédie romantique, est au contraire un prétexte pour montrer ce qui fait que la vie d'une star hollywoodienne ne sera jamais normale.

 

Le côté méthodique de cette démonstration démarre avant même la rencontre entre le narrateur et Juliette. L'auteure a beau jeu de mettre en scène un personnage principal blasé, qui fait son travail d'acteur comme n'importe quel burelain effectue le sien et se torche méthodiquement lors des pots d'entreprise - qui sont en fait des remises de distinctions prestigieuses. Sa hiérarchie essaie de le cadrer, bien sûr, allant jusqu'à l'envoyer en cure de désintoxication... L'impression d'un personnage blasé est bien soulignée par le style de l'écriture, plutôt viril et canaille: le lecteur se dit que le narrateur a une voix, une vraie. Une tatouée, serait-on tenté d'ajouter.

 

Dès lors, le virage vers quelque chose de plus ostensiblement littéraire paraît peu crédible. Celui-ci s'impose pourtant avec l'usage massif d'anaphores dans le chapitre qui commence à la page 89 - et relate des impressions qui suivent une certaine épectase: difficile d'accepter, pour le lecteur, qu'un personnage comme celui avec lequel il a fait connaissance se mette à faire des phrases après un orgasme, si mémorable qu'il soit.

 

Dès lors, le lecteur se fait plus sourcilleux... Il n'est pas évident, d'emblée de jeu, de comprendre le lien entre ce que le narrateur vit au moment de la narration et les longs paragraphes (parfois plus d'une page) où celui-ci relate ses problèmes de virilité vacillante (un défaut à la cuirasse, parce qu'il en faut bien un, mais celui de l'impuissance paraît un poil convenu, surtout depuis le génial "Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable" de Romain Gary) ou ses souvenirs houleux de jeunesse. Dès lors, cela paraît fort long, et la présence de passages dialogués plus rapides ne parvient pas à gommer complètement cette impression. Il en résulte une sensation de déséquilibre défavorable.

 

Le lecteur qui s'attend à une comédie romantique alerte et dynamique en lisant la quatrième de couverture de "Comme à Hollywood" sera donc déçu. En réalité, ce roman s'avère plutôt une démystification en mode mineur, méthodique et implacable, de la figure de la star hollywoodienne. Une star qui vit dans un monde faux, où il lui est parfaitement impossible de vivre, tout simplement, une histoire d'amour comme tout le monde le fait.

 

Reste que le recours fréquent aux retours sur le passé et à une introspection nombriliste, sans véritable partage (les personnages du roman ne sont guère interpellés, et le lecteur l'est encore moins - alors qu'il l'est dans des romans aussi accrocheurs que "Confessions d'une accro du shopping" de Sophie Kinsella), laisse l'impression d'un roman qui tourne autour de son sujet sans se soucier, autant qu'il le faudrait, de l'intérêt du lecteur. Cela, en dépit de choses vues fort justes et pertinentes, pointues même, qui indiquent que l'auteur sait de quoi elle parle. Dommage...

 

Camille Pouzol, Comme à Hollywood, Paris, Robert Laffont, 2010.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Le poète d'aujourd'hui

 

Il est un peu partagé.

Il s'évade souvent par la pensée

Mais dans ce monde, il faut se concentrer;

 

Il s'enflamme vite pour défendre un idéal

ou une cause.

Il est épris de justice et de morale.

Mais dans ce monde, il ne faut pas se leurrer.

On le caractérise vite de marginal,

Sil se veut poète certifié.

 

Il est un peu partagé

Entre son envie d'ailleurs

Et rester "sage" en société;

Entre son idéalisme

Et le réalisme borné.

 

C'est difficile d'être poète confirmé,

Lorsqu'on est entre sa liberté

et le désir de légaliser.

 

Peggy Chabanole, A la lumière des mots, Feurs, Claude Bussy, 2007.

 

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 22:01

Lolobobo remet ça pour l'été 2014: sa "revue de stress" propose à nouveau une "radio d'été des blogueurs". J'y avais participé en 2013, 2012 et 2011. Les règles du jeu sont disponibles chez Lolobobo, ici, et chacune et chacun est libre de participer, en proposant, pour cette radio, une musique qu'il aime et veut faire partager. Cela, avec le p'tit lien de rigueur vers l'instigateur de ce projet...

 

Pour ma part, trois propositions cette année. Parmi d'autres, elles m'ont accompagné dans la rédaction de mon roman, actuellement tributaire de la bienveillance des éditeurs.

 

La première, ce sont "Les Cantilènes" de Snejana Pîslari, dans une version d'Olesea Ghernagea:

 

Snejana Pîslari, Les Cantilènes

Deuxième contribution: "Smells Like Teen Spirit" par Tori Amos. C'était à Montreux, en 1992...

 

Tori Amos, Smells Like Teen Spirit

Et enfin, "Dans la vie faut pas s'en faire", tiré de la comédie musicale "Dédé" de Willemetz et Christiné, dans la version d'Antoine:

Antoine, Dans la vie faut pas s'en faire

A vous de jouer... si le coeur vous en dit!

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Publié par Daniel Fattore - dans Musique
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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 21:47

hebergeur imageNouvelle participation de Sharon au Défi Premier roman: elle propose cette fois une chronique de "Mai en automne" de Chantal Creusot. C'est à découvrir ici:

 

Chantal Creusot, Mai en automne, par Sharon.

 

Toute participation à ce défi est la bienvenue! Alors n'hésitez pas... la rentrée littéraire qui se profile à l'horizon va sans doute amener de bonnes surprises pour ce qui concerne les premiers romans. Pensez-y! Pas besoin de vous inscrire formellement; en revanche, je vous suis reconnaissant de me signaler les billets que vous rédigez dans le cadre du défi, afin que je puisse les relayer ici même et les répertorier dans mon annexe.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin.

 

Soleil couchant de juin

 

Ah! triste, n'est-ce pas, triste, inutile et sale,

Ta besogne, ô Soleil, malgré tes aubes d'or,

Malgré tes beaux couchants si douloureux d'essor,

Roses d'amour de quelque ardente cathédrale!

 

Partout, toujours, fouailler les Vices noirs blottis!

- Car, depuis que la vie ici-bas est éclose,

Ô Coeur de Pureté, tu ne fais autre chose

Que chasser devant toi des êtres de leurs lits!

 

À travers nos rideaux tu sonnes tes fanfares

Et les couples poussifs aux yeux bouffis d'amour

Réparent leur désordre, en se cachant du jour

Qui glace les sueurs des voluptés trop rares.

 

Mais tu ne songes pas que là-bas, ô Soleil,

Là-bas, l'autre moitié n'attendait que ta chute,

Et rentre en ce moment dans ses fanges de brute,

En prétextant le noir,... l'usage,... le sommeil!

 

Or, à notre horizon tu n'es pas mort encore

Pour aller fustiger de rayons ces pourceux,

Que nos millions de lits referment leurs rideaux

Sur des couples rêvant de ne plus voir l'aurore!

 

- Ah! triste, triste va, triste, inutile et sale,

Ta besogne, ô Soleil, malgré tes aubes d'or,

Malgré tes beaux couchants si douloureux d'essor,

Roses d'amour de quelque ardente cathédrale.

 

30 juin, Luxembourg.

 

Jules Laforgue, Les Complaintes et les premiers poèmes, Paris, Poésie/Gallimard, 1979/1993.

 

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 23:01

hebergeur imageLu par Gwen, Isa, Librairie du bonheur, Lilcassie, Lili, Menina dos policiais, Miss G., Neph, Paul Maugendre, Totalybrune, Vanessa Gueritée.

Défi Thrillers et polars.

 

Sombre histoire que celle que sert l'écrivain américain Brian Freeman avec "Le Voyeur"! Tout commence par l'irruption d'une journaliste, Tish, dans l'existence enfin tranquille de l'agent Jonathan Stride. Son ambition? Ressortir une vieille histoire, celle du meurtre jamais élucidé de Laura Starr, trente ans plus tôt, soit en 1977. Tish ne sait pas tout ce qu'elle va faire remonter à la surface...

 

Des noms et des personnages

Le lecteur relèvera d'emblée que les personnages sont fortement caractérisés et bien construits. Chacun a une personnalité bien marquée qui rend évidents l'adhésion ou le rejet - tout un chacun sera tenté de soupçonner l'odieux Stanhope, avocat riche et suffisant, par exemple. A contrario, Maggie a un fonctionnement assez amusant qui permet de détendre les atmosphères pesantes d'un récit où la pluie et la nuit sont très présents.

 

L'onomastique présente quelques astuces. Il est par exemple piquant de découvrir que ladite Laura Starr porte un nom qui rappelle celui d'un système de repassage perfectionné. C'est sans doute une coïncidence... L'auteur utilise par ailleurs des noms à consonance scandinave pour certains de ses personnages, suggérant qu'une population scandinave importante existe réellement dans la région décrite, entre Minnesota et Wisconsin. A ce propos, vous découvrirez, au détour d'une page, une certaine Pamela Anderson. Avis aux amateurs!

 

Un décor bien rendu qui concourt à l'ambiance

Mais Pamela Anderson n'est pas le seul argument qui plaide pour "Le Voyeur", si j'ose ainsi m'exprimer. Entre Duluth, Superior et Fond du Lac, les lieux sont bien dépeints et concourent à l'ambiance. Les forêts sont inquiétantes, d'autant plus qu'elles sont volontiers montrées de nuit. Le lac devient un lieu ambigu, entre oaristys et meurtres.

 

Il est à relever qu'un pont évoque la mort pour l'agent Stride, ce que l'auteur indique en début de roman. L'idée reviendra en écho à la fin, ce qui est habile: belle exploitation du décor.

 

Enfin, dans ce lieu d'Amérique profonde, un peu anonyme, pas très attirant a priori, les personnages paraissent tous se connaître, comme dans un village d'Europe. Pour le meilleur et pour le pire: le marigot dépeint n'est pas franchement beau à voir, et chacun des personnages porte en lui une cicatrice. Même Jonathan Stride n'est pas étranger à tout ce qui a entouré le meurtre de Laura Starr.

 

Troublantes allusions sexuelles

Si l'allusion à Pamela Anderson dévoile le côté astucieux et joueur du romancier (ce n'est pas le seul clin d'oeil qu'il s'autorise, d'ailleurs), celui-ci plonge dans des choses nettement plus malsaines dès lors qu'il est question de sexe. Il y a du voyeurisme, bien sûr, et l'auteur va loin dans la démonstration de la préméditation: on est loin du gars qui mate discrètement un décolleté qui bâille et passe furtivement devant ses yeux...

 

... il y a aussi une certaine complaisance à dépeindre les amours d'adolescents lâchés au bord du lac le soir de la fête nationale des Etats-Unis. La mise en scène d'une handicapée mentale de 16 ans présentant des comportements exhibitionnistes est encore plus troublante. Fallait-il aller aussi loin? La question reste posée.

 

En revanche, l'auteur suggère avec pertinence le regard que la société porte sur les lesbiennes, et sur la manière dont cette orientation sexuelle a pu être vécue, hier et aujourd'hui.

 

Une intrigue recherchée

Le lecteur relèvera avec délices que l'auteur adore s'amuser avec lui en le lançant sur de fausses pistes: ses soupçons vont se porter tour à tour sur chacun des personnages, et l'auteur a l'art de jouer sur des détails. Bien troussée, son intrigue sait aussi faire la place aux arguties liées à la procédure judiciaire et aux méthodes policières américaines.

 

Pour le reste, on notera enfin le tropisme omniprésent des battes de base-ball. Plus intéressant, ce roman soulève aussi le pouvoir de l'écrivain, à travers la personne de Tish; certains des chapitres du "Voyeur" sont des extraits de son roman, ce qui permet de varier les voix et les points de vue. Il n'en faut pas moins pour faire un bon gros thriller - 500 pages quand même, mais il n'y a rien de trop!

 

Brian Freeman, Le voyeur, Paris, Presses de la Cité, 2011. Traduction de Patrick Dusoulier.

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 21:48

hebergeur imageAlex a proposé un billet sur "Le Festin du serpent" de Ghislain Gilberti - merci! Cette participation m'avait échappé... je la relaie ici:

 

Ghislain Gilberti, Le Festin du serpent

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 20:51

hebergeur imageLes Mosuo sont une société minoritaire qui vit en Chine, entre Yunnan et Sichuan. Leur particularité? Ce groupe de population est régi selon des règles matriarcales. Le journaliste argentin Ricardo Coler a voulu en savoir plus. Son livre "Le royaume des femmes" est le fruit d'un séjour sur place qui a duré plusieurs mois.

 

Court et concis, richement illustré, "Le royaume des femmes" est indéniablement un ouvrage qui s'adresse au grand public. Au fil des pages, on sent la patte du reporter, qui approche les gens et leur pose des questions, et s'arrête parfois pour donner quelques indications factuelles, peut-être puisées dans une encyclopédie, sur ce qu'il observe. Tel est le travail de mise en contexte...

 

Les limites d'une démarche

Reste qu'au-delà de la description d'un certain mode de vie, la démarche a ses limites. Le lecteur occidental, de l'Ancien ou du Nouveau monde, a envie d'en savoir plus, en effet, sur une société dont il perçoit bien qu'elle est fondamentalement différente de la sienne. Or, l'auteur, peut-être limité par la barrière des langues et par le recours encombrant à un interprète, demeure à la surface des choses. Lors des entretiens, il ne pose guère de questions qui fâchent. Et si d'aventure, il glisse quelque chose d'un peu pointu, il se heurte à des interlocuteurs fermés - des interlocutrices, le plus souvent d'ailleurs, les hommes, sous-employés par un système qui n'a guère besoin d'eux, étant occupés à la sieste ou au mah-jong.

 

Il en résulte l'impression tenace d'une superficialité certaine: l'auteur s'arrête un peu trop facilement aux réponses toutes faites. L'impression est aggravée par le fait que l'auteur refuse d'analyser, d'interroger - et laisse l'impression peu crédible que la société Mosuo est finalement formidable puisque tout le monde y vit de manière heureuse - les femmes, qui mènent la barque et font tout, et les hommes, relégués on ne sait trop où dans une société qui n'a pas de projet pour eux.

 

Une société qui suscite le malaise

Sans s'en rendre compte sans doute, les interlocutrices féminines de l'auteur laissent transpirer dans leurs propos une forme de misandrie ordinaire, qui suscite un malaise: "- Comment le travail domestique est-il réparti? - Il n'est pas réparti du tout. C'est nous, les femmes, qui faisons tout le travail. Nous préférons nous en occuper nous-mêmes, comme ça, ça va plus vite et c'est mieux fait." Que la femme qui a déclaré ça comme une grande (p. 41) dise franchement que les hommes sont des incapables! De même, les femmes considèrent que les hommes ont de grandes responsabilités, mais avancent aussi que ce n'est pas si important... il y a de quoi rester perplexe, ou flairer, à travers les mots de l'auteur, une forme de sexisme plus ou moins bienveillant.

 

Comme si cela ne suffisait pas, la description de cette société chinoise, qui rapproche chez Ricardo Coler les choses vues et les choses sues, pose quelques questions et n'est pas sans susciter un certain malaise: le "mariage de passage", où Madame accueille ses amants de passage en toute liberté dans sa chambre (les hommes vivent chez leur mère), favorise une société où les enfants ne connaissent pas leur père à coup sûr. Pas grave, dira-t-on, puisque les oncles, frères de la mère, jouent le rôle de référent masculin... Cela étant, est-ce un cadeau, pour la vie d'un enfant, que de le priver ainsi de son père biologique? Cela nous renvoie à d'autres débats d'actualité...

 

Tout fonctionne parfaitement, vraiment?

Le malaise est d'autant plus grand que l'auteur s'arrête à une vision superficielle qui lui dit que tout va bien et que le système social des Mosuo en vaut bien un autre, d'inspiration patriarcale: "Une société aux antipodes de la nôtre et qui, pourtant, semble fonctionner parfaitement", dit la quatrième de couverture. Il est dommage que l'auteur n'ait pas cherché à casser ce "semble".

 

"Le royaume des femmes" est donc à considérer comme ce qu'il est: le compte rendu d'un reporter qui a passé quelques mois dans une société parfaitement étrangère, fonctionnant en vase clos sans donner l'impression d'une quelconque volonté de remise en question. Elle renvoie aussi l'image d'un certain archaïsme, entre attachement aux coutumes, usage d'une langue particulière, communautarisme et port de costumes traditionnels. C'est un premier aperçu, qui intrigue mais, avare en analyses fouillées, ne va guère au fond des choses. L'ouvrage de référence sur les Mosuo et sur leur société matriarcale atypique, à la fois fouillé et accessible, reste donc à écrire...

 

Ricardo Coler, Le royaume des femmes, Paris, Presses de la Cité, 2011. Traduction de l'allemand par Danièle Darneau.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais Ricardo Coler
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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 20:45

hebergeur imageLu par Lost In London.

Le blog de l'auteur.

Lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio. Merci à l'éditeur pour l'envoi.

 

"L'égalité des sexes, quel ennui!" C'est cette affirmation un brin iconoclaste qui ouvre le message qui figure en quatrième de couverture de "Croque-monsieur", recueil de nouvelles de Ray Parnac. Considérant que l'ennui naquit un jour de l'égalité, l'auteure, qui vit à Londres depuis vingt ans, offre ici quatre nouvelles courtes et tranchantes qui sont autant de variations sur les jeux de pouvoir entre les sexes. Sachant que souvent, le sexe faible n'est pas celui qu'on croit, et vice versa. Le tout, avec un certain sourire...

 

Questions de distance

L'auteure prend du recul par rapport à ses personnages, et préfère le plus souvent les regarder évoluer avec un sourire en coin, qui évacue l'idée de jugement mais ne se montre jamais dupe. Ce sourire est souligné par de discrètes formules astucieuses ou décalées: par exemple, et pour évoquer le titre de la dernière nouvelle, qu'est-ce qu'une "femme à 90%"? Et que peut-être un "Croque-monsieur", à part une spécialité culinaire - surtout si l'on comprend l'expression au sens littéral?

 

Enfin, certaines ellipses ironiques confèrent à la narration une couleur ingénue: "Elle fit ainsi allusion à une mystérieuse valeur ajoutée puis se laissa glisser sous son bureau. - La petite affaire faite, elle déposa son butin dans la tasse en porcelaine de l'homme,...", lit-on au terme du récit d'un entretien qu'on devine important - embauche, peut-être.

 

De ce point de vue, "Ricky Love et moi" se place à part dans le recueil: c'est la seule nouvelle écrite à la première personne. Dès lors, ce n'est plus la voix de l'auteur qu'on entend, mais celle de Soo, le personnage principal: une femme en détresse psychique. Une voix crédible! Celle-ci crée un supplément d'empathie entre le lecteur et le personnage de Soo, et adopte une démarche de rapprochement qui tranche avec la prise de distance teintée d'ironie qui caractérise les autres textes.

 

Questions de pouvoir

"Croque-monsieur", ai-je dit - j'ajoute que c'est une manière comme une autre de prendre le pouvoir. Au fil des nouvelles, l'auteure montre des femmes qui prennent le pouvoir, sans armes, sans haine et sans violence.

 

Il y a aussi une manière de tenir les hommes par le sexe dans "A la force du poignet" (superbe double sens dans le titre - je ne vous en dis pas plus, mais en fait vous en savez déjà trop...). Il s'agit d'une évocation fataliste de la violence conjugale pratiquée par une femme à l'encontre de son conjoint ("Je te tiens..."). Dans cette nouvelle, cependant - pouvoir suprême de l'auteur, celui de manipuler le lecteur - a-t-on vraiment envie de prendre le parti de ce mari battu? Si oui, on adopte le point de vue d'une sorte d'eunuque; sinon, on cautionne la violence conjugale au féminin. Le choix est impossible...

 

Enfin, le pouvoir de l'amour, d'autant plus fort qu'il n'est jamais vraiment dit, a des conséquences tragiques dans "Ses mains de gaucher", une belle évocation sentimentale de l'incommunication qui caractérise notre société.

 

Questions de modernité

Ce recueil de nouvelles est résolument actuel, et touche à des situations et des thèmes généralement des plus ordinaires pour notre temps - avec un surcroît de romanesque dans "Gabriel se décarcasse", nouvelle portée par un certain humour à l'anglaise; mais quelle femme n'aimerait pas que son amoureux se décarcassât pour elle comme Gabriel?

 

L'actualité des nouvelles de "Croque-monsieur" est soulignée par une ambiance cosmopolite, faite de l'utilisation discrète d'anglicismes. Ceux-ci s'accompagnent d'un décor qui, au fil des nouvelles, oscille entre France et Grande-Bretagne - cette oscillation étant illustrée au mieux par la nouvelle "Croque-monsieur". Quant aux noms, ils ont volontiers une consonance bien anglaise.

 

Présente de façon discrète (quelques répliques, des noms de personnages, des anglicismes) dans ce recueil, la langue anglaise pourrait figurer ici, voire souligner, la volonté d'universalité des nouvelles du recueil. Une universalité évidente: il est question d'amour, de pouvoir, de relations humaines... autant de choses qui devraient parler à des lecteurs avides de textes courts et incisifs, finement ironiques, à lire et à méditer.

 

Ray Parnac, Croque-monsieur, Northcote, Emue, 2014.

 

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