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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 20:45

hebergement d'imageA vos agendas: la Société Fribourgeoise des Ecrivains organise une causerie donnée par le philosophe François Gachoud. Particulièrement de circonstance à la veille du Carême, son thème sera "La Résurrection est-elle pensable?". Elle aura lieu mardi 17 février 2015 à 20h30 à Fribourg, à l'espace Le Phénix. La réflexion partira de son dernier ouvrage, "Comment penser la Résurrection?"

 

François Gachoud est un enseignant et un philosophe. Après avoir publié "Maurice Clavel, du glaive à la foi", un ouvrage qui fait autorité encore aujourd'hui, il a écrit plusieurs essais sur la philosophie, l'athéisme, la spiritualité et la montagne. Ses articles se retrouvent par ailleurs dans la presse romande, en particulier dans "La Gruyère". Il est également animateur de forums philosophiques.

 

Pour voir l'affiche de la soirée.

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 21:27

hebergement imagesLu par Moon.

Défi Premier roman.

 

Le premier roman de Sylvia Hansel se présente comme une éducation sentimentale moderne, vue à travers le regard de la principale intéressée. "Noël en février" invite en effet le lecteur à se mettre dans la peau de Camille, une fille aux airs tout à fait ordinaire qui achève son lycée, se cherche mollement et est pilotée par son amour pour l'insondable Mathieu.

 

En exploitant à fond les ressources d'une écriture à la première personne du singulier, l'auteure crée avec Camille un personnage crédible et familier jusque dans ses fluctuations. Le lecteur se positionne face à elle comme s'il s'agissait de quelqu'un de réel: en dévoilant Camille de la sorte, l'auteure accepte le risque qu'on déteste son personnage. Mais le détester, ce sera encore y croire: la lycéenne Camille est là, tout entière, avec son caractère, ses demi-teintes et ses paradoxes. Elle est humaine jusque dans ses imperfections et dans sa complexité: sa construction paraît organique, intuitive, loin des leçons d'écriture trop rigides qui ordonnent de conférer "trois qualités et trois défauts" à chacun de ses personnages. Une condition indispensable pour tenir 256 pages!

 

Reste une constante pour Camille: son seul but dans la vie, c'est Mathieu. Celui-ci aussi est construit d'une manière complexe, mais l'approche est différente, construite sur les regards portés sur lui. Là, l'auteure joue sur deux tableaux et crée un contraste. Il y a d'un côté le regard irrémédiablement amoureux de Camille, qui accepte ou minimise les défauts, magnifie les qualités, voit le bonhomme comme un demi-dieu - comme "LE" garçon. Une vision qui fait contraste avec le regard des autres sur Mathieu: c'est un gars quelconque, voire bizarre, en tout cas pas fréquentable. En le présentant comme un bonhomme solitaire, plongé dans ses livres, l'auteure va jusqu'à faire de Mathieu une espèce de héros romantique revisité.

 

"Noël en février" se présente comme une éducation sentimentale... et cette annonce n'est pas fausse. Mathieu fait figure de personnage inaccessible, de bonheur qu'on pourchasse de peur qu'il ne se sauve. Dès lors, Camille est tentée par des expédients et errements. L'auteure glisse dès lors volontiers dans le secteur peu clair de l'extrême droite éventuellement catholarde (personnage de Grégoire), ou des hommes gentils mais sans relief (Sébastien). Privilégiant la nuance, l'auteure a l'intelligence de ne pas charger Grégoire et Sébastien plus qu'il ne le faut. Elle échappe ainsi en grande partie à la caricature facile, à laquelle le thème de l'extrême droite à front de taureau pourrait se prêter a priori.

 

Mais au terme de cette éducation sentimentale, qu'a-t-on? Un suicide... mais de qui? L'auteure ménage une fin ouverte, solide et habile à la fois, laissant en suspens la question du bonheur qui fuit dès qu'on est sur le point de le saisir. Le lecteur est cependant préparé à cette issue. En effet, "Noël en février" a des allures de partie de poker permanente: il demande sans cesse à Camille si elle préfère viser Mathieu, présenté comme un absolu inaccessible (géographiquement, humainement, etc.), ou se contenter de Grégoire ou Sébastien, médiocres voire navrants mais accessibles sans peine, et garants d'une vie de couple et de famille acceptable pour peu que les exigences soient basses. Reste que si Camille a bien une qualité, c'est qu'elle est déterminée...

 

Dès lors, ce "Noël en février" est le titre métaphorique d'un bonheur impossible - emprunté à Lou Reed et à sa chanson "XMas in February". "Cours-y vite", aimerait-on dire. Mais il n'est pas question de romance ici. L'auteure fait évoluer son roman dans un univers désenchanté, où coexistent l'alcool à outrance, le viol dénié et/mais accepté, les soirées minables et les divertissements misérables. Le fait que l'action se situe entre Meaux et Melun donne par ailleurs au lecteur l'impression que tout se déroule à deux pas de la perfection parisienne... mais que ces deux pas font toute la différence entre l'extase de la capitale (matérialisée par la rencontre fortuite, a priori impossible, entre Camille et Mathieu) et le bourbier de la province - même si elle est presque Paris.

 

Le ton adopté, enfin, est crédible. L'auteure excelle à se mettre dans la peau de Camille, teenager en fin de course qui ne sait pas par quel bout empoigner l'existence. Il y a de la vigueur dans l'écriture, de la générosité aussi, et un vocabulaire un brin relâché, aux teintes de blue-jean, qui confère à la narration tout le naturel dont elle a besoin. Enfin, tout se passe dans les années 1990, et celles-ci sont reconstruites, pour l'essentiel, avec un réalisme qui n'exclut pas l'humour.

 

Sylvia Hansel, Noël en février, Paris, Rue Fromentin, 2015, préface de Tristan Garcia.

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 22:17

La semaine passée, je vous parlais de mon expérience du sonnet lozérien. Voici donc ma première tentative dans cette forme! C'est un poème que j'ai rédigé pour l'inauguration d'une "cabine d'écriture" qui a rempli son rôle au Salon du Bois de Bulle, le week-end dernier. Parmi les complices de l'opération, il y avait Michel Niquille, organisateur du salon, et la photographe Mélanie Rouiller. Je les salue ici. Et j'ajoute que tout retour d'un/e poète chevronné dans la forme du sonnet lozérien - et plus généralement de toute amatrice, tout amateur de poésie, bien sûr! - sera le bienvenu!

 

Cabine d'écriture

 

La cabine ligneuse en planches dépolies,

Est-il meilleur canal?

Pour l'écrivain public, c'est un coin peu banal

Pour noter ses scholies!

 

Romancier ou poète aux paroles jolies,

Sois-y notre fanal!

Le bureau satiné n'a rien de marginal;

Lances-y tes folies!

 

Tu conçois en son sein ton sonnet liminal

Ou l'invite aux rallyes.

Et tel un satellite au contour hivernal,

 

En ses périhélies,

Son bois carré reluit, capsule au tour final,

Sur ceux que tu relies!

 

Poème de Daniel Fattore, lu par l'auteur lors de l'inauguration de la cabine d'écriture du Salon du Bois de Bulle, le 6 février 2015.

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Publié par Daniel Fattore - dans Textes originaux
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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Vocation

 

Tu as donné à d'autres une démarche légère

J'ai porté des fardeaux

 

Tu en as désigné pour écrire en hiver

J'ai coulé des bateaux

 

Tu en as installé sur de hautes montagnes

J'ai plastiqué les eaux

 

Le jour venu je connaîtrai mon âme

Et l'amiral Barjot

 

Qui se plaint de ses dons se conduit comme un âne

Je ferai de vieux os

 

François Sureau (1957- ), Sans bruit sans trace, Paris, Gallimard, 2011, p. 70.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 22:17

hebergement d'imageLu par Addictbooks.

Défi Premier roman.

 

Qu'est-ce qui peut pousser une jeune Française tout à fait ordinaire prénommée Madeleine à partir pour le Cambodge sur un coup de tête? Dans son premier roman "Hôtel International", l'écrivaine Rachel Vanier creuse ces motivations. Et rappelle aussi - c'est un classique littéraire - que lorsqu'on part en voyage, on emporte avec soi ses soucis comme autant de bagages encombrants. Dès lors, le voyage est-il une manière d'écrire une tranche de vie sur une page blanche, ou celle-ci est-elle maculée des précédents chapitres? Si l'illusion, le désir de fuite, veut que la première option soit vraie, la réalité désenchantée dépeinte par "Hôtel International" se rapproche de la deuxième.

 

C'est le suicide de son père qui a décidé la narratrice, Madeleine, à partir au loin. Ce décès va constituer un fil rouge au récit: de manière intermittente, l'auteure évoque des tranches de vie, des éléments relatifs à ce père disparu. Celui-ci est présenté comme un modèle paradoxal: certes, Madeleine le connaît par coeur, mais elle s'en nourrit aussi. La relation tissée s'avère lourde dès lors, pour ne pas dire toxique, entre l'attente d'un suicide annoncé et le bonheur d'échanges valorisants pour Madeleine, échanges qui ne seront plus: comment vivre avec, puis sans un père suicidaire?

 

Dès lors, la figure de Madeleine est celle d'une fille qui se cherche. A plus d'un égard, elle rappelle les personnages féminins mis en avant par les romans de chick lit: il lui arrive des aventures diverses, elle tombe amoureuse mais c'est compliqué, et les péripéties ne manquent pas. L'auteure va jusqu'à glisser un soupçon de glamour atypique (on est au Cambodge!) en mettant en scène les préparatifs d'un défilé de mode; elle arrive même à citer "Sex And The City". Cela, sans oublier quelques références culturelles de notre temps - et d'autres, délicieusement ringardes, liées au karaoké, présenté comme un sport national cambodgien. Enfin, le ton résolument moderne, parfois ironique, n'est pas sans rappeler celui de la chick lit, dans un registre cependant maîtrisé et un tantinet dégradé: les enjeux vont plus loin que la recherche du prince charmant, il est question ici de faire un deuil, et Phnom Penh n'est pas New York.

 

Une question traverse dès lors ce roman, ou plutôt une hypothèse: se chercher ailleurs, est-ce l'idéal? L'auteure glisse assez vite sur la question convenue du choc des civilisations, laissant à Madeleine le soin d'exprimer ses goûts, dégoûts et condescendances, d'une manière centrée sur elle et finalement peu observatrice de la vie des autochtones.

 

Le lecteur appréciera l'idée récurrente qui veut que l'expatrié, plutôt que d'aller à la rencontre du pays où il s'installe et de ses habitants, cherche à recréer sur place la vie qu'il avait à son point de départ, entre autres en retrouvant d'autres expatriés. Ainsi se reconstruit l'illusion hypocrite d'un cosmopolitisme qui exclut le pays d'accueil: c'est entre expats qu'on boit des mojitos ou... des cosmopolitans. La réticence de Madeleine à assister à un procès de criminels khmers ou à la visite d'un musée relatif aux exactions des Khmers rouges est aussi évocatrice: si Madeleine cherche à prendre ses distances avec la France, elle ne tient pas à se rapprocher de son pays d'accueil pour autant.

 

Quant à l'idée qu'on voyage avec ses soucis et ses encombrements, elle est amplifiée ici par l'usage fait - c'est normal, on est au XXIe siècle - des médias sociaux et de l'internet, devenus difficiles à éluder, qui amplifient les voix de celles et ceux restés au pays. C'est là la nouveauté apportée à un thème littéraire déjà vu! L'auteure excelle à rappeler ces liens collants et addictifs, citant des courriers électroniques aux tons bien tranchés: il y a l'ex resté en bons termes, les parents, les amis qui s'inquiètent, etc.

 

Sur un ton faussement léger, l'auteure de "Hôtel International" embarque son lectorat dans un monde qui critique les travers de l'expatriation et égratigne le petit monde des ONG et, de manière plus didactique et pesante, le tourisme sexuel. Autant que pour le lecteur, toutefois, le voyage s'avère précieux, comme une tranche de vie, formatrice mine de rien, par laquelle la narratrice doit passer: d'un point de vue anecdotique, on retiendra que Madeleine souhaite poursuivre son expérience du qi gong - et, de manière plus essentielle, on relève que si la narratrice est partie sur un coup de tête, semblant répondre à un besoin essentiel, c'est dans les mêmes conditions qu'elle a mis fin à son expérience d'expatriée.

 

Rachel Vanier, Hôtel International, Paris, Intervalles, 2015.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 20:09

hebergement d'imageEncore des participations au Défi Premier roman 2015, avec Sharon et Alphonsine! Trois billets ont paru chez elles, les voici:

 

Alphonsine: Toby Ball, Les Catacombes

Alphonsine: Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule

Sharon: Philip Teir, La Guerre d'hiver

 

Merci! Et... à qui le tour? Pour le rappel des règles, cliquer sur le logo.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 21:52

hebergement d'imageJ'écris de la poésie à mes trop rares moments perdus, et n'ai pas encore tout à fait perdu espoir de vous proposer un jour un recueil, amis visiteurs de ce blog. Dans cette activité, je me suis pas mal frotté au bon vieux genre du sonnet classique, commis en alexandrins. Genre canonique, c'est pour moi l'occasion de faire mes gammes dans une manière d'écriture exigeante: la versification classique. Quelques lecteurs et auditeurs ont aimé... affaire à suivre!

 

... et ce soir, pour une circonstance particulière, il m'a fallu écrire un nouveau poème. J'ai ressorti mon cahier de poésies, mon recueil des "règles élémentaires de prosodie" signé Claude Seydoux (merci à lui!) et fait voltiger quelques papiers. C'est là que je suis retombé sur les éléments formels qui définissent le sonnet lozérien. Une variante signée Léon Bourrier - un poète qui n'a pas encore eu les honneurs de mes dimanches poétiques, mais ça ne saurait tarder...

 

Le sonnet lozérien, c'est assez simple sur le papier: quatorze vers, deux rimes (A et B), et une alternance rigoureuse de vers de 6 et 12 syllabes.

 

Vu de loin, je me suis dit que la difficulté résiderait dans la recherche de rimes suffisamment passe-partout (suffisantes à tout le moins) pour assurer sept bouts de vers de qualité suffisante. C'est un défi en soi: quel poète accepterait, avant même de prendre sa plume, de rimer de manière passe-partout? Il est vrai qu'il faut aussi que ces rimes soient assez intéressantes pour fonctionner sans lasser.

 

Et là, je me suis plongé dans cette forme. J'ai posé mes rimes dès le départ... et sans le savoir, c'est dans un stupéfiant parcours de montagnes russes que je me suis lancé! Woah! Alors certes, un vers sur deux est un alexandrin, et le rythme m'en est familier. C'est déjà très synthétique... mais quid des vers à six syllabes? Leur brièveté oblige à trouver à chaque fois quelque chose qui claque comme une chute. La brièveté du vers peut être un avantage, dans la mesure où elle le rend malléable, déplaçable à merci; mais l'essentiel est qu'elle impulse au poème une vitesse inédite, une musique de l'urgence - au moins sur un vers sur deux. Enfin, l'alternance conjuguée des deux rimes et des vers courts et longs impulse une danse particulière, une motorique comme qui dirait, aux phrases.

 

Du coup, on fiche des points d'exclamation un peu partout! Et tant qu'à faire, je me suis amusé à utiliser quelques mots modernes, en phase avec la relative nouveauté de cette forme fixe: Léon Bourrier, son inventeur, vit encore. Enfin, j'espère que l'exercice fut convenable!

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 21:07

hebergement d'imageLu par Alice, Cryssilda, Yv.

 

On ne connaît pas suffisamment la fin du fascisme en Italie, et encore moins ce qui s'est passé après que Benito Mussolini a été pendu avec, entre autres, sa maîtresse Clara Petacci. Lire "Un bel avenir", premier roman de Marco Videtta traduit en français (beau travail de François Rosso) permet de découvrir une époque à travers le destin de deux frères. Le regard est celui de Fulvio, qui mène l'enquête pour savoir comment son frère Lucio a fini.

 

Le contexte historique de "Un bel avenir" est bien cerné, quitte à ce que le lecteur s'y perde un peu. Qu'il prenne son mal en patience: après tout, nous sommes en mars 1948 dans le nord de l'Italie, et l'enquête de Fulvio plonge aussi dans le passé. Il sera donc question de fascisme, mais aussi de factions post-fascistes ou autres, aux noms parfois sibyllins et peu différenciés, ainsi que des troubles inhérents à une période de relatif désordre d'après-guerre. Les "partisans", figures de la résistance, sont aussi présents. Tout cela fait écho à la corruption ambiante, au truandage et aux difficultés de vivre des gens d'alors, soulignées sans lourdeur. Et structuré comme un jeu de piste, "Un bel avenir" fait figure de visite guidée de l'Italie de l'immédiat après-guerre, et en particulier de Milan.

 

La figure de Lucio - traître, idéaliste sans compromis, fasciste - se précise au fur et à mesure que l'enquête de Fulvio avance. Son parcours est complexe et donc fascinant, mais n'a rien de glorieux. L'auteur est habile: li y a comme un crescendo dans ce que l'on découvre sur Lucio. Force est de relever par ailleurs que la figure de Lucio, tête brûlée prête à mourir pour des idéaux dépassés, figure inquiétante d'ascète, trouve aujourd'hui un écho dans les figures d'autres extrémistes à l'existence et à la violence bien trop réelles.

 

"Un bel avenir" est un leitmotiv dans le roman de Marco Videtta, en plus d'être son titre. Chacun pense à un bel avenir, pour soi ou pour d'autres - encore que... Tout au long du roman, se pose la question de savoir s'il y aura même un avenir pour certaines gens: les fascistes défaits et désillusionnés, les communistes qui ont survécu, les pauvres gens qui ont souffert de la guerre, ceux qui ont des projets pour "quand tout cela sera fini"... Certains personnages ont abdiqué cette idée de "bel avenir" et vivent comme s'ils devaient mourir demain. D'autres, à l'instar du leader militaire fasciste Pietro Koch (qui a vraiment existé), ont mis un trésor de côté. Leur servira-t-il?

 

"Un bel avenir" est un roman d'une lecture aisée, peuplé de personnages roublards qui n'hésitent pas à faire usage de la ruse, voire de retournements de veste odieux, pour survivre en fonction du contexte. Un prêtre apparaît par exemple détestable: engagé malgré lui dans tel groupuscule violent, il finit par s'investir à fond dans la torture, avant de se recycler dans l'enseignement de la musique - et, mais c'est un cliché - de céder à ses basses pulsions pour ses élèves mineures. Le lecteur garde à l'esprit qu'il jouait du piano pour couvrir les cris des suppliciés...

 

Et si le récit est indéniablement captivant, le lecteur ne peut que constater qu'il est embarqué par un auteur qui finit par lui rendre attachants deux personnages bien engagés dans la cause fasciste. Il y parvient en mettant avant tout en avant leur côté humain, leurs gloires et leurs zones d'ombre.

 

Marco Videtta, Un bel avenir, Paris, Robert Laffont, 2010, traduit de l'italien par François Rosso.

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Fantaisie

 

D'où vient qu'un beau soleil, qui luit nouvellement,

Soit à tous favorable, et à moy si contraire?

Il m'esbloüit la veuë au lieu qu'il leur éclaire,

Il échaufe les coeurs, et me va consumant.

 

L'autre Soleil du Ciel n'offense aucunement

Les lieux qui sont privez de sa flamme ordinaire:

mais ce lointain Soleil me cuit plus vivement,

Quand loin de ses rayons je languis solitaire.

 

Je t'accuse, Nature, et me plains justement:

Car, puis qu'il me devoit porter tant de nuisance,

Attizant en mon coeur un feu si véhément,

Que n'as-tu pour mon bien retardé sa naissance?

 

Toutesfois ni nostre âge heureux par sa presence,

Ne pouvoit sans mon mal voir ses yeux clairement,

Je prens tout consolé ma mort en patience:

Qui meurt pour le public meurt honorablement.

 

Philippe Desportes, Les Amours d'Hippolyte, dans Poètes du XVIe siècle, Paris, Gallimard/La Pléiade, 1953/1991, éd. Albert-Marie Schmidt.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 20:25

hebergement d'imageLu par Clara, Hérisson, Liratouva, Pampoune.

Défis Premier roman et Les anciens sont de sortie.

 

De la poésie avant toute chose, et un roman qui réchauffe au coeur de l'hiver, à plus d'un titre: "La Onzième heure", premier roman d'Isabelle Pestre, montre le monde d'une fille de onze ans, rejetée de tous et rêveuse, qui devient amie avec un Albanais dans la vingtaine venu travailler dans la station balnéaire de Saint-Sernin, en Charente-Maritime. Une relation trouble et troublante: au fond, n'est-ce pas d'un sentiment amoureux juvénile qu'il s'agit?

 

Troublante relation, en effet. L'auteure exploite le motif finalement classique qui rapproche deux personnages que la société tend à rejeter - ici, une fille que ses parents n'auraient pas voulu comme ça et un gars qui vient de loin et n'est pas vraiment intégré à la société française. Le trouble naît du rapprochement entre un jeune adulte et une mineure, décrit pour ainsi dire comme un sentiment amoureux. L'auteure connaît ses classiques: chevaucher une moto à deux, par exemple, illustre une complicité qui va plus loin que l'amitié. Et le feu, thème prégnant, peut être vu comme le symbole d'une passion qui ne dit pas son nom. Cela, sans oublier enfin que l'une manque à l'autre, ce que l'auteur souligne abondamment. Cette zone grise, entre amour et amitié, l'auteure l'explore de manière exhaustive, en préservant l'innocence de la relation - qu'elle ne juge jamais.

 

"Enfant lourde et passive", suggère le prière d'insérer au sujet du personnage de Lisbeth. Vraiment? Le lecteur la percevra plutôt comme rêveuse et introvertie, sans cesse renvoyée à elle-même par des parents qui l'ont eue sur le tard. L'auteure creuse cet aspect, en profitant pour montrer des parents préoccupés avant tout d'eux-mêmes, pressés de déléguer Lisbeth à la première venue. Ici, deux aspects: il y a la tante Irène, qui ne se gêne pas de recadrer ces parents qu'on dirait indignes, et Valérie, la "jeune fille", qui paraît figurer une bouffée d'air frais pour Lisbeth: elle est hors de la famille, fonctionne à sa manière.

 

Un clash doit arriver... et ne manque pas d'arriver, de fait. Plombées par le soleil d'été - un soleil qu'on imagine égal à ce qu'il peut être en Corse - certaines scènes et tensions font songer aux ambiances de "U. V." de Serge Joncour, avec cependant d'autres couleurs, moins surexposées. Ces ambiances sont soulignées par une écriture au vocabulaire riche et poétique: à plus d'une reprise, l'auteure choisit des mots qui font image. Et jusqu'à la fin, l'incertitude demeure. On peut se demander comment Lisbeth est devenue interprète (c'est certes une femme discrète, mais qu'est-ce qui nous dit qu'elle est portée sur les langues?), mais on comprend facilement pourquoi elle connaît différentes versions de la langue albanaise. Et lorsque sa "onzième heure" arrive - référence biblique à la parabole des "ouvriers de la onzième heure", joliment paraphrasée et intelligemment revisitée - comment va-t-elle réagir? Et le lecteur, va-t-il se demander si cet Albanais arrêté à l'aéroport est celui d'autrefois? C'est le cas... et jusqu'à la fin, le trouble demeure.

 

Isabelle Pestre, La Onzième heure, Paris, Belfond, 2011.

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