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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 19:00

hebergement d'imageJe visite régulièrement les viticulteurs Véronique et Claude Burket, installés à Saint-Pierre-de-Clages, en Valais, lorsque je participe aux finales du championnat suisse d'orthographe. Chaque année donc, c'est un peu un passage obligé. L'accueil est cordial, nos conversations roulent sur les mots, les livres et la vigne. Et lors de mon premier passage à leur enseigne, "la Cave du Liquidambar", j'ai eu un coup de foudre pour leur assemblage "Bar Rouge", un vin épatant. Rouge, bien sûr. Je leur en ai acheté une bouteille, c'était il y a quelques années. Quels cépages? Je ne sais plus, mais peu importe.

 

Depuis, le vin a évolué: le flacon était de 2009. Dégusté il y a quelques jours, il émerveille différemment, quelques années après sa mise en bouteille, mais n'a rien perdu de son caractère singulier. A l'oeil, la robe revêt une couleur flatteuse, d'un rouge sombre et soutenu.

 

Le bouquet, quant à lui, s'avère complexe et ondoyant. Le parfum de mûres s'impose, le nez révèle du fruit et c'est agréable, ample aussi. On se laissera surprendre aussi par des notes de vanille ou, de façon évanescente, de caramel.

 

Et au goût, la rondeur est au rendez-vous - les quelques années de cave ont suffi, sans doute, à arrondir les tannins. On déguste ainsi un vin au remarquable équilibre, relevé d'une petite acidité discrète - il y a un peu de réglisse ici, mais aussi des airs de chocolat, soutenues sans être amères comme un chocolat noir, qui finissent par dominer. L'ensemble s'avère doux, onctueux, couronné d'une agréable fraîcheur qui persiste en bouche.

 

Dégustation? A 14,5%, c'est un vin costaud, un peu lourd à boire seul. Il accompagnera en revanche à merveille de bons plats de viande rouge, voire - j'en suis sûr - un bon menu de chasse. A goûter sur un lièvre à la royale? Certains restaurateurs devraient y songer...

 

Coordonnées:

Cave du Liquidambar

Véronique et Claude Burket

Rue de l'Eglise 32bis

1955 Saint-Pierre-de-Clages

liquidambar@vtxnet.ch

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 19:44

hebergement d'imageLu par Carozine, Goliath, Littérature maçonnique.

Le site de l'éditeur, que je remercie pour l'envoi.

 

Cathédrales, lumières, femmes: dans le désordre, voilà le tiercé gagnant du roman "Le Nombre de Dieu", de l'écrivain et médiéviste espagnol José Luis Corral - un roman qui a été mon compagnon durant le week-end pascal. L'auteur propose un regard lumineux et original sur le XIIIe siècle, une période contrastée, allant d'une certaine renaissance, symbolisée entre autres par le renouveau gothique, à un obscurantisme non moins certain. L'auteur a le chic pour recréer toute cette ère méconnue, ainsi que les êtres porteurs d'idées qui y vivent - cathares, catholiques, musulmans, juifs - de façon précise et nuancée.

 

Le substrat historique est bien présent dans "Le Nombre de Dieu", en effet, et l'auteur consacre un certain nombre de pages, disséminées au fil du roman, à l'installer. Cela peut paraître un brin ennuyeux, surtout au début, alors que le lecteur est impatient d'entrer dans le vif du sujet. Mais c'est toujours instructif: l'époque requiert aujourd'hui un minimum d'explications. L'auteur, en particulier, place au coeur de sonroman l'enjeu majeur de l'art gothique: après le style roman, sombre, c'est un art de la lumière qui voit le jour. Dès lors, il y a une transition, pour ne pas parler de révolution: peinture, sculpture ou vitrail? L'auteur confronte quelques hérauts de ces positions: les Rendol, père et fille, tenants de la peinture, et les de Rouen, maîtres d'oeuvre, chefs de projets de cathédrales à Chartres, Burgos, León.

 

Art de la lumière, ai-je dit. Plus concrètement, et le titre de ce roman le suggère, c'est une approche rationnelle, géométrique de l'architecture qui se met en place. Entre symboles et vocabulaire (on pense à la hiérarchie des artisans des cathédrales et à leurs attributs), l'auteur installe quelque chose d'important dans son récit: les racines de la franc-maçonnerie. Par sa liberté et un positionnement qui se veut progressiste et pensé, celle-ci se positionne parfois aujourd'hui à l'opposé de l'église catholique, comme celle-ci rejette la démarche maçonnique pour des raisons qui lui appartiennent. L'auteur a beau jeu, ici, de rappeler qu'il y a d'anciennes racines communes.

 

L'auteur dégage aussi l'essence moderne d'une époque singulière qui, dit-il, fait sa place au statut des femmes - qui, dit-il, "pour une fois, juste pour une fois dans l'histoire antérieure au XXe siècle, sont parvenues à atteindre, par elles-mêmes, un statut presque équivalent à celui de l'homme." A ce titre, le personnage de Teresa Rendol, maîtresse en son art de peintre, est fascinant: hérétique, sachant user du secret pour rester fidèle à ses principes, elle traverse le XIIIe siècle en se faisant respecter par la force de son génie. Mais en un temps où les principes ne sont pas loin et où il reste difficile au commun des mortel-le-s de tracer sa route en toute liberté, cela a un prix...

 

Enfin, comme fil rouge, il y a la construction de la cathédrale de Burgos. Celle-ci est décrite avec un certain suspens pour qui ne connaît pas l'histoire de cet édifice: en viendra-t-on à bout? L'adversité ne prend pas les traits d'un méchant bien défini: un évêque mal disposé, une conjoncture morose, un air du temps moins libéral, les épidémies, les croisades... quel sera l'adversaire suivant? Autour de Teresa Rendol et d'Henri de Rouen, l'auteur sait manoeuvrer le danger de manière à ce que le lecteur ne sache jamais d'où le coup suivant doit venir.

 

On le voit, José Luis Corral offre à son lectorat un roman d'une grande richesse. L'éditeur français le présente comme "le destin d'une femme libre au temps des cathédrales". C'est vrai, et l'auteur assume l'idée d'avoir mis en avant un personnage de fiction féminin qui - surprise! - pourrait être réel. Mais c'est aussi réducteur: de France en Espagne, de Paris à Burgos, "Le Nombre de Dieu" est un roman captivant qui brosse avec brio une parenthèse enchantée dans une période, le Moyen Âge, méconnue et victime de préjugés négatifs. C'est un roman à recommander, surtout, à celles et ceux qui ont goûté "Le roi disait que j'étais diable" de Clara Dupont-Monod: chez elle comme chez José Luis Corral, quoique de manière fort différente, plane l'ombre de la figure atypique et fascinante d'Aliénor d'Aquitaine.

 

José Luis Corral, Le Nombre de Dieu, Paris, HC Editions, 2015.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 20:32

hebergement d'imageLu par Cécile, Christophe Ginet, Clarice Darling, Danactu, Itzamna, Léa, Prof. Platypus, Tasse de thé, Yv.

Défis Premier roman et Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'auteure.

 

Si humaine, ou si peu humaine? Bien malin qui saura dire qui est vraiment Marjorie, personnage principal de "L'Odeur du Minotaure", premier roman de la jeune écrivaine et philosophe Marion Richez. L'intrigue est connue: une jeune femme devient rédactrice d'un ministre en vue à la sortie d'études menées à la force du poignet, et alors qu'elle se rend en voiture chez sa mère mourante, elle renverse et tue un cerf. Dès lors, son existence bascule.

 

Avant ce point de bascule, déjà, Marjorie a quelque chose d'atypique et de distant, dû entre autres à son emploi atypique et haut placé. Figure paradoxale, elle paraît parfois se laisser ballotter par les aléas de l'existence (un petit ami presque par accident) alors qu'elle est aussi capable de détermination (devient énarque, connaît une réussite fulgurante). Est-elle misanthrope? On la perçoit telle... Et si le récit est à la première personne du singulier (le lecteur adopte le point de vue de Marjorie), quelques passages courts à la troisième personne concourent aussi à cette distance.

 

Le point de bascule fait entrer le roman dans ce qui s'apparente à un récit fantastique, fondé sur le doute: en rendant l'âme entre les bras de Marjorie, l'âme du cerf est-elle entrée en elle? Les changements d'attitude donnent l'impression d'une animalisation soudaine de Marjorie, marquée avant tout par une attention exacerbée aux odeurs - ce que l'auteur a bien cerné, réservant de beaux passages à ce sujet. Et puis il y a l'attrait irrésistible pour la femelle du cerf, l'internement, le burn-out. Et doit-on voir quelque part l'ombre du Minotaure, mi-homme mi-bête?

 

En contrepoint, image typique de la déshumanisation s'il en est, intervient le thème du génocide perpétré par les nazis, figuré entre autres par l'image des barbelés. De manière astucieuse, l'auteure amène ce motif dès le début du roman, suggérant qu'ils laissent une griffe sur la peau de Marjorie. Ce premier chapitre revient en répétition, comme un rappel en italiques. Dès lors, lorsque le lecteur retrouve, en italiques à nouveau, un passage sur l'Holocauste, il fait le lien.

 

Lorgnant vers le fantastique tout en se présentant comme un conte initiatique aux nombreuses thématiques malgré sa concision, "L'Odeur du Minotaure" aurait certes gagné par moments à être plus généreux, plus long et développé aussi: certains éléments, telle l'agression sexuelle grossière du ministre (une caricature odieuse, donc réussie - chacun y devinera qui il voudra!) sur la personne de Marjorie, paraissent oubliés en cours de route. Reste que ce petit roman permet de découvrir une plume apte à aborder des thèmes délicats, et qui va, gageons-le, grandir et mûrir. Vivement un prochain opus!

 

Marion Richez, L'Odeur du Minotaure, Paris Sabine Wespieser, 2014.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 20:16

hebergement d'imageAlphonsine signe une nouvelle participation au Défi Premier roman sur son blog. Elle y évoque "Venise n'est pas en Italie" d'Ivan Calbérac. C'est ici qu'elle en parle:

 

Ivan Calbérac, Venise n'est pas en Italie

 

Merci pour cette belle et nouvelle contribution aux accents fort personnels!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 23:01

PaquesChers amis, visiteurs de passage ou habitués de céans, ces quelques mots pour vous souhaiter une belle et sainte fête de Pâques! Et plus largement, je vous souhaite un magnifique printemps. Et si vous avez des vacances devant vous, qu'elles soient belles et reposantes.

 

Source de la photo: L'Echo de la Tuque.

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 22:49

Rondeau EcrisLu par Goliath, Nadège, Phil, Venise.

Le site de l'auteur.

 

"J'écris parce que je chante mal": le titre de ce recueil de nouvelles a de quoi intriguer. Signé de la plume de Daniel Rondeau, il a connu une première vie au Québec avant d'être édité aux excellentes éditions Quadrature, spécialisées dans la nouvelle. Cette maison d'édition a eu la main heureuse: avec cet ouvrage, elle offre au lectorat européen la possibilité de découvrir un très bel auteur montréalais, capable d'une belle inventivité.

 

Les nouvelles sont courtes, disons-le, et le lecteur les engloutit rapidement. Les pages se tournent toutes seules, et les situations, volontiers tirées d'un ordinaire des plus quotidiens, se succèdent vite. Il y a quelques éléments récurrents, cependant, par exemple les rendez-vous manqués et les rencontres dans les bars - éventuellement marquées par un brin de philosophie de bistrot.

 

Dès les premières lignes, l'écriture s'avère allusive et séduisante, et l'éditeur a bien fait de citer, en quatrième de couverture, l'incipit de "J'écris parce que je chante mal": "... Rien ne pressait pourtant, mais la moto semblait avoir trouvé l'hiver très long." On trouvera plusieurs images de ce genre, subtiles, astucieuses et souriantes, tout au long de ce recueil. L'avant-dernière partie en particulier, "Pourquoi y a-t-il un verbe qui signifie "dire un mensonge" mais aucun pour "dire la vérité"?", recèle quelques textes pleins d'esprit qui vont prêter à sourire. Sous la plume de l'auteur, la mort elle-même a quelque chose d'astucieusement plaisant, par exemple dans "Duel sur l'autoroute" et "Entre les deux phares", qui se font écho d'un bout à l'autre du recueil - ce n'est sans doute pas un hasard.

 

Il convient de relever aussi, plus largement, le goût de l'auteur pour la réflexion sur la langue française. On s'amusera par exemple des clic-clic de "Clairs-obscurs" (une ambiance à la Courteline revisitée à la manière moderne, avec une chute prévisible mais bien amenée et soigneusement construite mine de rien). On sourira aussi aux jeux sur les temps des verbes dans "Ces temps qui parlent". Et puis, à plus d'une reprise, les accents chantent dans la bouche des personnes. Tout cela, enfin, va jusqu'à une nouvelle aux allures de "making of", "Delete", qui dépeint de manière extrêmement économique la rédaction d'un message de rupture expéditif. Bel exemple d'un texte qui va à l'essentiel!

 

Les nouvelles ont donc volontiers une chute, délicate, à la mesure de textes tendres ou incisifs, toujours bien troussés. Elles mettent en scène des images du quotidien dans lesquelles, sans doute, un tout un chacun pourra se reconnaître. L'auteur assume par ailleurs ses origines québécoises, et les québécismes qu'il égrène se savourent à l'envi: ils arrivent naturellement et viennent enrichir des textes d'une drôlerie délicate ou franche, toujours poétiques et pleins d'une virtuose brièveté: si l'auteur écrit bien, c'est qu'il sait faire chanter ses phrases et ses idées.

 

Daniel H. Rondeau, J'écris parce que je chante mal, Louvain-la-Neuve, Quadrature, 2015.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

D'avoir voulu trop voir

tu auras les yeux crevés

d'avoir voulu trop entendre

les oreilles coupées

d'avoir voulu trop marcher

tu auras les jambes brisées

d'avoir voulu trop dire

la langue arrachée

d'avoir voulu trop inventer

le cerveau noyé

d'avoir voulu trop regarder

au-delà des nuages

tu auras les orbites enfoncées

d'avoir voulu trop raisonner

tu auras le crâne plombé

d'avoir voulu trop enseigner

tu auras les lèvres scellées

et les bras cloués

d'avoir voulu trop donner

tu auras le coeur percé

d'avoir voulu trop rêver

tu auras la tête tranchée

et tu seras parmi les ombres

hallucinées l'ombre d'un fantôme

décapité.

 

Giacinto Scelsi (1905-1988), L'homme du Son, Arles, Actes Sud, 2006.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 21:35

hebergement d'imageLu par Auryn, Jacques, Nanne, Pampoune.

Défis Thrillers et polars et Premier roman.

Le site de l'auteur.

 

"Cadaver Sancti", c'est le Diable et le Bon Dieu réunis en osmose dans un thriller. Son auteure, la romancière française Jennifer Holparan, compose en effet un duo de choc constitué d'un prêtre propre sur lui et d'une policière, euh, atypique. Et avec un tel premier roman, aussi astucieux et accrocheur, elle donne envie d'en lire plus!

 

Le Diable et le Bon Dieu, c'est un tandem qui fonctionne un peu à la manière de Don Camillo et de Peppone: les accrochages sont légion, mais l'un ne saurait vivre sans l'autre. Le fait que l'agente de police soit une femme ajoute l'élément sentimental au duo mis en scène par l'auteur de "Cadaver Sancti", ce qui ne manque pas de piment: à plus d'une reprise, le lecteur sera amené à se demander si Tim, le prêtre qui roule en Lamborghini, va succomber au jeu taquin de la tentation que joue Darcy, la femme de police. Reste que le tandem fonctionne aussi sur les complémentaires: à plus d'une reprise, la représentation des interrogatoires reproduit le schéma "bon flic, mauvais flic" bien connu des lecteurs de romans policiers.

 

Un catholicisme dévoyé

L'univers que l'auteur dépeint est atypique aussi, puisque tout tourne autour d'un criminel qui pratique le catholicisme de façon dévoyée et sans recul, ce qui l'amène à tuer avec art. Caricature? On le croit volontiers, d'autant plus que l'humour et l'outrance ne sont jamais loin. Cependant, l'action se tient à Boston, aux Etats-Unis, où certaines manifestations religieuses profondes peuvent laisser songeur un lecteur catholique qui pratique sa religion en gardant la tête sur les épaules.

 

Si la caricature est appuyée, reste que l'auteur connaît certains aspects mal connus du catholicisme, et en particulier de la vie des saints - source principale de l'originalité pointue de ce livre où les crimes évoquent la fin de certaines saintes à la fois vierges et martyres. Le lecteur verra donc passer l'ombre de Sainte Dorothée de Césarée, de Sainte Catherine de Sienne ou encore de Sainte Gemma Galgani. De manière plus ou moins appuyée, mine de rien, ou rien qu'en titillant la curiosité du lecteur à leur sujet, l'auteure suggère le caractère pas toujours très sain de telles figures érigées en exemples.

 

Reste que "Cadaver Sancti" ne montre à aucun moment un exemple de pratique saine et équilibrée du catholicisme. Choix délibéré de l'auteur, ou simple soumission à une situation créée par une brochette de personnages bien campés? Le débat est ouvert...

 

Un style accrocheur

"Dieu est humour", a-t-on envie de dire malgré tout en lisant "Cadaver Sancti". Certes, un athée dira qu'il laisse ses ouailles s'entretuer, et attendra une réponse - on lui répondra qu'après tout, l'homme a su conquérir sa liberté, et que la Bible en fait état. Et puis, "Cadaver Sancti" ne naît pas de l'action divine, mais trouve sa source d'une exquise blague potache citée en exergue (non, je ne la dévoilerai pas!).

 

D'un point de vue littéraire, le lecteur goûtera un esprit certain. Celui-ci éclate au détour de telle ou telle image ou formule bien tournée, ou trouve sa place dans un certain humour de situation - il suffit de penser à la scène où le prêtre se retrouve dans une boîte de strip-tease et où l'agente de police doit s'effeuiller sur scène.

 

En définitive, le lecteur a, avec "Cadaver Sancti", un roman alerte et dynamique, rythmé par des chapitres courts aux titres allusifs. Plaisantes, imaginatives ou tendues, les situations séduisent le lecteur parce qu'elles tombent bien et, marquées par ce que le catholicisme peut avoir de détestable s'il est pratiqué sans intelligence, recèlent une originalité certaine et interrogent les textes sacrés et les usages chrétiens, mine de rien. On se laisse facilement prendre par ce roman policier bien troussé qui sait par où prendre son lectorat, sans pour autant tomber dans le piège facile consistant à flatter bassement une certaine cathophobie: croyant ou non, chacun y trouvera son compte... pourvu qu'il ait le sens de l'humour.

 

Jennifer Holparan, Cadaver Sancti, Paris, Nouvelles Plumes, 2013.

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 21:31

hebergement d'image"Travail soigné" est le titre du premier roman de Pierre Lemaître, devenu prix Goncourt depuis... Philisine Cave en parle dans le cadre du Défi Premier roman; merci pour cette nouvelle participation! Son billet se trouve ici:

 

Pierre Lemaître, Travail soigné

 

A titre personnel, j'ajoute que je devrais lire davantage Pierre Lemaître - je garde un bon souvenir de son roman "Cadres noirs", mais il faudra que je renouvelle l'expérience.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 23:27

hebergement d'imageQue voilà un petit livre atypique: "Cadavres" est l'oeuvre conjointe de l'écrivain vaudois Pierre-Yves Lador et du dessinateur Nicolas Sjöstedt. Sobre, prosaïque, le titre annonce la couleur sans lyrisme déplacé: il sera question de morts, auxquels il est rendu un double hommage, celui du dessin et celui de la poésie. Cela, avec un bonheur indéniable.

 

Pierre-Yves Lador a mis des mots sur une série de dessins qui sont autant d'études d'un champ de bataille, destinées à un récit sur le faux-monnayeur Farinet. Ce sont des civils, et le lecteur leur trouvera volontiers une histoire plus large que l'idée de départ. C'est peut-être la Commune de Paris, ou telle autre guerre civile, comme il y en a trop dans notre monde. Le coup de crayon de Nicolas Sjöstedt offre à ces défunts croqués une nouvelle vie, une nouvelle identité: à plus d'une reprise, le lecteur va se demander s'il est vraiment en présence du dessin d'un cadavre. Mais oui: chaque page de "Cadavres" est illustrée... d'un dessin de cadavre.

 

Ces potentialités, cette envie de voir autre chose qu'un cadavre dans chaque dessin, d'interpeller aussi, le poète Pierre-Yves Lador les explore. Son regard a la force de l'évidence: tel personnage recroquevillé ressemble à un foetus ou à un bébé qui suce son pouce, tel autre paraît prier. Et les mots pour le dire arrivent, riches. Ce ne sont que quelques phrases, quelques vers; parfois, l'auteur s'approche du haïku, court, dense et fulgurant.

 

Dense, oui. Parce que l'auteur va aussi chercher les petits mots qui sont dans les grands afin d'ébaucher ses histoires, de suggérer ou de conjurer la mort. Les glissements sémantiques sont légion aussi, comme si le poète avait choisi de surfer sur la langue française pour lui faire rendre toute sa sève. Le lecteur est frappé par le côté pertinent, sans cesse changeant, de chaque morceau de texte, taillé sur mesure pour chaque dessin. Les références littéraires sont présentes aussi: on entendra résonner "Nous partîmes cinq cents..." à un coin de page, et l'ombre du Dormeur du Val se profile aussi. Celui qui le voudra, enfin, percevra quelques allusions historiques.

 

A quatre mains, Nicolas Sjöstedt et Pierre-Yves Lador ont concocté avec "Cadavres" un livre dense et épatant, où se mêlent la poésie des crayons et celle de la plume. Une plume qui évoque la mort avec esprit, sans doute pour conjurer l'inquiétude qui peut naître en chacun de nous à l'idée de l'inéluctable.

 

Nicolas Sjöstedt et Pierre-Yves Lador, Cadavres, Vevey, Hélice Hélas, 2014.

Le site de l'éditeur.

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