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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 21:04

Hirsch LibertaliaLe site de l'auteur.

 

Le Second Empire s'effondre, la Commune est réprimée. C'est dans le contexte de la fin du XIXe siècle que Mikaël Hirsch a choisi d'installer son dernier roman. Il y est question de deux jeunes gens qui se construisent au fil des ans, dans une France et une Europe soudain changeantes. Chacun a ses convictions: l'un est juif, l'autre est nourri d'idées libertaires, et l'utopie de Libertalia les fait rêver et avancer. Quittant une Alsace passée sous le joug allemand, tous deux entendent monter à Paris. Et alors que Bartholdi l'Alsacien construit sa Statue de la Liberté, ces deux personnages, Baruch dit Bernard et Alphonse dit Fons, cherchent et trouvent leur place dans la société.

 

La question des fluctuations d'identité est centrale dans "Libertalia". Celle-ci est portée en particulier par le personnage de Baruch. L'auteur expose avec précision la tension que peut ressentir un jeune homme à la fois juif et alsacien: pour au moins l'un de ces traits, la société de son temps va le rejeter - et la superposition de ces deux caractères s'avère douloureuse, à moins d'en masquer une. Ce que souligne le changement de prénom. L'auteur suggère que le nom de famille pourrait aussi évoluer, de "Lehmann" en "Léman", du fond de l'Alsace à Paris.

 

Moins centrée sur elle-même, la figure de Fons n'en est pas moins captivante aussi: elle suit les idéologies de son époque. On verra ainsi passer les frères Reclus, ainsi que quelques idées de liberté bien dans l'air du temps. Libertalia, utopie ancienne instaurée à Madagascar et dont il ne reste rien, fait ainsi figure de mythe, de terre promise mythique qui fait avancer le bonhomme. Cela, non sans la possibilité d'une désillusion, illustrée de manière tranchante par la scène où Fons est initié aux mystères de la franc-maçonnerie.

 

La soif de liberté, l'ambition d'échapper à un déterminisme social pour être enfin soi-même irrigue ce roman, qui met en scène un voyage fluvial qui a tout d'une exploration. L'auteur la relate du reste dans le cadre d'un chapitre intitulé "Mississipi", comme si ce voyage sur la Marne, de l'Alsace à Paris, était une expédition dans le Nouveau monde. Echappe-t-on à ce déterminisme social? Pas sûr, si l'on en croit les vicissitudes sentimentales de Bernard, obligé de redevenir Baruch à certaines occasions. Et l'amertume n'épargne pas Fons, embarqué dans des aventures hasardeuses par-delà les océans, à l'instar du percement du canal de Panama: la liberté, le détachement, n'est-ce que cela?

 

Le sujet abordé par l'auteur est important, et celui-ci apprécie de le développer en des paragraphes compacts qui demandent au lecteur d'avoir du souffle. Il l'aide cependant en évoquant des éléments historiques détaillés et pas forcément connus, parfaitement intégrés à un propos qui dépasse la petite personne de ses personnages. "Libertalia", cette contrée rêvée et lointaine, c'est la métaphore d'un tournant historique, marquée par l'aspiration à une liberté qui paraît encore possible. Mais, conçue par un certain Bartholdi pour porter son flambeau bien haut, cette liberté n'est-elle pas déjà un leurre, un objet creux? En montrant les visiteurs payants du chantier de la Statue de la Liberté, idole monstrueuse, l'auteur de "Libertalia" le suggère...

 

Mikaël Hirsch, Libertalia, Paris, Intervalles, 2015.

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Ma plage lumineuse

 

Ma plage lumineuse à la trop blanche écume,

Plage brûlée d'embruns, tu fus mon avenir,

Toi, mon port, écrin d'or, mon joyau dans la brume,

Emportée en mon coeur pour ne plus revenir.

 

Moi, l'enfant de la mer, dans mon automne rousse,

Aux flots infatigables, immortels sous la lune,

Mon vacarme de l'âme et ma danse si douce,

Derrière mes silences, enfouit mon infortune.

 

J'entends encor l'écho des cris des hirondelles,

Doux vacarme en ma tête au concert de l'ivresse;

Et narguant ma jeunesse et mon destin rebelle,

Mes songes flottent sur l'eau et hantent ma détresse.

 

Ma plage lumineuse, ma lumière, mon soleil,

Ma blancheur éclatante, enfance éblouissante

Restent collées à moi, ma mémoire vermeille,

Je garde ta clarté en folle effervescence.

 

Nelly Chamard, dans "Le Moniteur du Caveau stéphanois" n° 35, Saint-Etienne, octobre 2014.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 20:40

hebergement d'imagePhilisine Cave propose une nouvelle participation au Défi Premier roman. Merci à elle! Il y est question du roman "Les Arpenteurs" de Kim Zupan. Et on dirait que c'est du tout bon! Je vous invite à découvrir son billet ici:

 

Kim Zupan, Les Arpenteurs.

 

A bientôt pour de nouvelles aventures!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 19:16

Cordonier BleuLa recherche de l'or bleu, quasi alchimique, est-elle soluble dans les relations d'un homme avec ses semblables? Et réciproquement? Jusqu'où la confiance doit-elle aller? L'écrivain valaisan signe avec "Le bleu de l'or" un roman solide et passionnant, lancé sur un ton sensuel et porté, sur la distance, par un certain suspens et une analyse fine et approfondie des âmes et de la psychologie.

 

Le ton est donné dès le premier paragraphe: la vie des sens, lieu d'extases, constitue une constante de "Le bleu de l'or". Tout commence avec les premiers émois du narrateur, adolescent, face à une page de calendrier. Pour bien ferrer son lecteur, l'auteur, astucieux, monte cette scène initiale de manière à ce que le lecteur ne comprenne que progressivement de quoi il retourne. A cela vient s'ajouter un parfum de culpabilité et de secret... De ce point de départ, l'auteur va dériver vers les érotismes classiques et ceux qui le sont moins, allant jusqu'à plonger dans le monde des donjons SM et des "dominae".

 

Tout cela ne serait rien si ce n'était sous-tendu par une fine observation des âmes, réalisée avec succès par un auteur lui-même psychologue. Les dialogues sonnent vrai, les personnages interagissent de façon crédible. Le choix d'une narration à la première personne, qui donne la parole à un joaillier genevois en perte de vitesse, est en outre propice à l'introspection: Thomas, puisque c'est de lui qu'il s'agit, ne manque jamais de s'interroger sur sa vie, sur ce qui va advenir, sur la vérité enfin: ce qui lui arrive, chantage, ruine, vol, deuil, a tout l'air d'un complot. Et si Thomas, en définitive, n'était la victime que... de lui-même?

 

Cela va très loin, quitte à flirter avec certains méandres méconnus des neurosciences, en particulier la neurothéologie, qui permet à l'auteur de faire dériver son roman vers un mysticisme débridé... mais parfaitement explicable d'un point de vue scientifique, certaines extases étant par exemple liées à des formes d'épilepsie. Cela fait écho aux théories de Carl Gustav Jung, qui irriguent ce roman. Complexe? Non: l'auteur, passionné de vulgarisation scientifique, excelle à amener ces aspects sans jamais se perdre ni jargonner. Et en fin de roman, il propose quelques explications sur ses fondements théoriques.

 

Quant aux lieux, la Suisse romande est le terrain de jeu des personnages. Genève se présente comme un port d'attache. Le Valais, où réside un vigneron, fait figure de pôle des plaisirs de bouche, alors que Fribourg apparaît comme un pôle spirituel, dans la mesure où c'est là que vit le frère de Thomas, prêtre à l'âme tourmentée. Les lieux sont décrits de manière plus ou moins précise, et ne quittent jamais un léger flou artistique: certes, l'auteur sait décrire des lieux connus comme le Pérolles, fameux restaurant de Fribourg qui existe vraiment, mais le couvent Saint-Antonin, dans la même ville, paraît être une invention.

 

Nourri d'un suspens qui n'a rien à envier à celui d'un thriller, "Le bleu de l'or" est, enfin, un beau roman sur la confiance en soi, pas toujours évidente à conserver face aux épreuves. Des épreuves qui naissent des nécessaires rencontres. Lesquelles sont hostiles, lesquelles sont bienveillantes? L'auteur organise un tourbillon captivant au coeur duquel Thomas, le joaillier, devra apprendre à mieux se connaître et retrouver ses marques, entre faux semblants, jeux de masques et d'apparences menés de main de maître.

 

Daniel Cordonier, Le bleu de l'or, Lausanne, Favre, 2015.

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 21:32

hebergement d'imageBonjour! Le Défi Premier roman se poursuit et Alphonsine propose une nouvelle participation. Il y est question de "La terre sous les ongles" d'Alexandre Civico. Je vous invite à découvrir son billet ici:

 

Alexandre Civico, La terre sous les ongles

 

Merci pour cette participation au défi! Pour en savoir plus, il vous suffit de cliquer sur le logo.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Les amis de la ville vieille

 

Les amis qui hantent la nuit

Les cafés de la ville vieille

Chassent un pan de leur ennui

Au fond d'une coupe vermeille.

 

L'esprit embrumé vagabonde

Le geste accompagne la voix

Ils ont déjà refait le monde

Et guillotiné les bourgeois.

 

Leurs grosses mains

disent mieux qu'eux

Les existences de leur terre

Et ces printemps calamiteux

Où leurs espoirs sont en jachère.

 

Le vin vient épaissir les langues

Estampiller la table en bois

Là-haut les cris du vent exsangue

A califourchon sur le toit.

 

Ils parlent d'un ami défunt

De ses exploits les jours de fête

Et qui n'était jamais à jeun

Quand il rentrait à bicyclette.

 

Ils se racontent jusqu'à l'heure

Où l'horloge égrène minuit

Chacun regagne sa demeure

Un chien perdu parfois les suit.

 

Janine Montagnon, dans Le Moniteur du Caveau stéphanois n° 35, Saint-Etienne, octobre 2014.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 21:36

Mathieu MorriconeC'est devenu un rituel de la blogosphère: au début de chaque été, Lolobobo relance sa radio estivale des blogueurs. C'est aussi une invitation lancée à tous les participants de partager un coup de coeur musical, ou une pièce qui l'a ému à un moment ou à un autre.

 

Cette année, j'ai envie de partager avec vous "Un jour tu reviendras", chanson interprétée par Mireille Mathieu sur un thème d'Ennio Morricone. Il faut dire que tout petit, j'ai eu droit à des chants de Noël interprétés par Mireille Mathieu; dès lors, sa voix me parle, avec force. Et heureusement, cette femme, contemporaine de ma mère, ne chante pas qu'à Noël...

 

Note: comme Over-Blog, plate-forme gratuite et toute pourrie, ne me permet pas de partager directement la vidéo comme ces dernières années, je vous invite à cliquer sur l'image pour entendre (enfin, j'espère!) la chanson et découvrir le clip qui va avec.

 

Pour participer à la radio d'été des blogueurs, cliquez ici.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Musique
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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 20:54

Seydoux SouriezUn septuagénaire se met dialoguer avec l'adolescent qu'il était. Qui n'aurait envie d'oser cette démarche, qui crée des résonances d'un bout à l'autre de la vie? L'écrivain José Seydoux, Fribourgeois de naissance, qui a fait carrière comme rédacteur spécialiste du monde hôtelier, a fait le pas. Il a retrouvé des écrits datant de son adolescence et, du haut de sa septantaine, a choisi de leur répondre. "Souriez... on vous ressuscite!" est donc un livre atypique que l'on peut voir comme un dialogue entre deux hommes qui n'en sont qu'un seul: José Seydoux à quinze ans et José Seydoux à septante ans.

 

Des idéaux bien sages

Dès les premières pages, le lecteur est frappé par une certaine maturité, dont a fait preuve l'auteur lorsqu'il avait quinze ans. Adolescent, il est tout à fait en mesure de développer une certaine vision du monde - preuves en sont les textes rédigés dans les années 1950, que l'auteur présente sans modifications. Il lui manque certes parfois la nuance, le vécu; certains chapitres se ressentent d'une généralisation facile qui peut choquer aujourd'hui. Mais au fil des pages, le rêve, les idéaux sont toujours présents.

 

Sont-ils exceptionnels? Force est de constater que les ambitions de l'auteur restent assez conventionnelles. "Suissaudes", a-t-on envie de dire, en utilisant un néologisme inventé par d'autres: si les révoltes exprimées par le petit jeune sont légitimes, elles s'inscrivent dans le cadre sage, pour ne pas dire conformiste, d'une Suisse épargnée par deux guerres. De ce point de vue, l'auteur est le produit de son époque, une époque aux apparences ouatées: s'il est certes évoqué, Mai 68 paraît bien lointain sous la plume de l'auteur - qu'il soit ado ou grand-père.

 

Raconte encore, grand-père!

Grand-père, justement... du haut de ses quelque septante ans, l'auteur se propose de répondre directement à l'adolescent qu'il était, et c'est là que réside l'aspect le plus original de "Souriez... on vous ressuscite!". Ce retour n'est pas exempt de critiques sur le passé, en particulier sur une école à l'ancienne dont l'auteur ne dit rien de bon. Le lecteur pourra aussi ressentir un malaise face à une certaine manière, outrancière, de mettre les femmes sur un piédestal en suggérant qu'elles sont supérieures à l'homme.

 

Mais ce n'est qu'un élément d'un dialogue plus vaste qui touche de nombreux aspects de la vie. L'auteur n'hésite pas se faire moraliste ou théoricien, quitte à interpeller le lecteur, voire à lui faire crier qu'il n'est pas d'accord: est-on vraiment conditionné trop vite, aujourd'hui, à prendre un métier et une situation? N'y a-t-il pas, au contraire, des possibilités inouïes pour en changer? Et surtout, l'adolescence ne tend-elle pas à se prolonger au-delà de la vingtaine? L'auteur ouvre cette porte, en utilisant le terme d'"adulescent", mais ne l'exploite guère: pour lui, les jeunes Suisses sont décidément aiguillés trop vite.

 

Etait-il dès lors indispensable de publier cet ouvrage? Celui-ci est le fruit d'une réflexion personnelle et d'une vision du monde qui n'appartient qu'à l'auteur. Il n'est certes pas sûr que le lecteur entre dans un jeu fort personnel. Mais c'est possible: en héritier de Jean d'Ormesson, conscient des question d'orientation clientèle comme peut l'être un homme dont la carrière a été proche de l'hôtellerie, l'auteur, du haut de ses septante ans, a choisi, et c'est heureux, d'adopter un ton léger où l'optimisme domine lorsqu'il choisit de dialoguer avec l'adolescent qu'il a été - et de se replonger dans sa propre jeunesse d'auteur et d'être humain. Au fond, "Souriez... on vous ressuscite!", ce sont des souvenirs personnels, parfois proches de ceux de tout un chacun, mis en forme de manière originale et forte.

 

José Seydoux, Souriez... on vous ressuscite!, Hauterive, Attinger, 2014.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 20:54

Zufferey FilsLu par Francis Richard, Stella.

Le blog de Kirsty Dunbar.

Le site de l'éditeur.

 

Après "La Pupille de Sutherland", "Le Fils du Highlander" est le deuxième tome de la "Trilogie du Sutherland", lancée l'an dernier par l'écrivaine suisse Rachel Zufferey. Paru dans le sillage du dernier Salon du Livre de Genève, cet ample récit permet aux fidèles de retrouver un univers familier, celui des Highlands écossais à la fin du XVIe siècle. Autour de Kirsty et Hamish, hérauts du clan Ross, la vie continue. Et l'auteure n'a rien perdu de son chic à parsemer leur existence de péripéties et de drames parfois mortels, dans une société à la violence généreuse. Comme sait l'être aussi, d'ailleurs, sa solidarité.

 

S'il est parfaitement pertinent, "Le Fils du Highlander" dessine en creux de quoi il s'agit: le récit s'ouvre en effet sur la mort violente de Seumas, fils de Kirsty, bâtard que Hamish a élevé comme son propre fils. Une absence, une mort qui enclenche toute l'intrigue, fort massive: il y aura des voyages, des duels, des trahisons, de l'action enfin! Celle-ci est portée par un rythme alerte structuré en chapitres courts où alternent le point de vue de Kirsty et un regard plus général décliné à la troisième personne du singulier. Ce titre aurait pu être au pluriel, d'ailleurs: Kirsty et Hamish ont élevé ensemble sept enfants, dont plusieurs garçons, et l'auteur suit de près les destinées de chacun d'eux, en dessinant leurs personnalités respectives et en abordant, à l'occasion, la question des conflits générationnels.

 

En effet, le lecteur retrouve dans "Le Fils du Highlander" le côté "modernité en kilt" déjà présent dans "La Pupille du Sutherland", cette manière de faire agir des personnages d'une manière très actuelle alors qu'ils ont vécu il y a plusieurs siècles. Cet artifice permet à l'auteur d'aborder des thématiques modernes telles que la violence domestique ou l'homosexualité. Ce premier thème offre quelques pages douloureuses, mais dont le caractère choquant est un peu estompé par le contexte général du roman - où les menaces de mort sont monnaie courante entre personnages, et sont volontiers suivies d'action. La question des pulsions homosexuelles n'est que suggérée, à propos d'un personnage secondaire - également concerné, d'ailleurs, par la question de la violence domestique. Gageons qu'il en sera plus amplement question dans le tome 3 de la série!

 

Si "La Pupille du Sutherland" a fait la part belle à la romance, l'auteure choisit, dans "Le Fils du Highlander", d'appuyer davantage la sensualité - et elle glisse quelques pages fort tendres dans son roman. Si l'on peut regretter l'un ou l'autre tic de langage (l'expression "mettre fin au baiser"), force est de noter que l'auteure sait flatter les sens. Reste que grâce aux personnages d'Alasdair et Meilina, le côté "romance" n'est pas oublié. Et si le récit ne bascule jamais dans le fantastique, on relève que les surnoms de "Bean Sith" et de "Brownie", donnés à deux personnages féminins (Kirsty et Neilina, à la timidité appuyée) et désignant généralement des êtres surnaturels, suggèrent que les femmes de ce roman recèlent leur part de mystère.

 

Les lecteurs de la "Trilogie du Sutherland" débarquent donc en terrain connu avec "Le Fils du Highlander". C'est ce que suggèrent ses premières pages, déjà, qui relatent une rencontre dont l'ambiance tendue de confrontation n'est pas sans rappeler la scène d'ouverture de "La Pupille de Sutherland". Puis viennent les péripéties... et le lecteur attend à présent que l'auteure, passionnée de Highlands et d'Ecosse, raconte la suite des joies et des peines du clan Ross, en espérant qu'enfin, la vie de ses membres sera apaisée.

 

Rachel Zufferey, Le Fils du Highlander, Lausanne, Plaisir de lire, 2015.

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 19:26

Saint GratCe n'est pas tous les jours que la blogosphère du livre évoque un livre paru en 1884. Comme le présent blog aime à sortir de temps à autre des sentiers battus, c'est avec plaisir qu'il s'apprête à évoquer la "Vie de Saint Grat, évêque et patron du diocèse d'Aoste", écrit par l'abbé Pierre-Joseph Béthaz. C'est une bonne occasion de redécouvrir une personne contemporaine de Charlemagne, peut-être un peu oubliée - sauf si l'on note qu'elle est le saint patron d'un certain nombre de paroisses, dont celle de Morlon, dans le canton de Fribourg, où j'ai le bonheur d'être organiste.

 

Avec l'auteur, on relèvera qu'après tant d'années, de siècles même, on ne sait, de Saint Grat, que quelques éléments biographiques ponctuels, où le miraculeux, affaire de foi, se mêle à l'historique plus ou moins attesté: homme de foi persécuté dans sa jeunesse en Grèce, moine, il s'enfuit à Rome où le pape lui confie des missions diplomatiques et le place à la tête du diocèse d'Aoste. Faits remarqués, Saint Grat d'Aoste aurait ramené deux enfants à la vie, commandé à la météo et transféré la tête de Jean Baptiste de Terre Sainte à Rome. C'est pourquoi on le représente volontiers porteur de la tête de cette figure biblique majeure.

 

L'auteur de cette biographie note bien tous ces aspects, connus et solidement étayés, ce qui permet au lecteur familier de la figure du saint de trouver ses marques. Il critique le travail d'autres auteurs intéressés à Saint Grat, relevant ce qui lui semble erroné - entre autres la confusion avec un autre personnage portant le même nom, mais ayant vécu quelques siècles plus tôt. Et il n'hésite pas à affirmer avec vigueur qu'il a raison, de manière argumentée, quitte à ce que ces arguments soient de pure autorité. Il lui arrive aussi, à plus d'une reprise, de mettre en évidence ce que l'on ne sait pas du personnage; il est dommage qu'il donne à ces aspects une emphase qui n'est pas de mise ici, et dessert son propos. Cela dit, d'une manière générale, l'auteur s'efforce de rendre Grat d'Aoste agréable aux yeux du lecteur, relevant ses mérites avec complaisance.

 

Les éléments connus de la vie de Saint Grat d'Aoste peinent à remplir un livre, fût-il d'envergure modeste (en l'espèce 236 pages). Dès lors, l'auteur s'étend sur le contexte historique, donnant dès le premier chapitre un rappel de ce qu'était l'empire romain d'Orient au VIIIe siècle de notre ère - une période des plus troublées. Cette démarche est orientée, influencée qu'elle est par la position de l'auteur, catholique bon teint et bien de son temps: il ne saurait adhérer au point de vue des hérétiques iconoclastes qui sévissaient alors, et voue aux gémonies l'empereur Constantin Copronyme (1). D'une manière générale, du reste, l'auteur ne manque aucune occasion de défendre la position de l'Eglise catholique sur différents points, tels que sa supposée richesse. De tels éléments sont certes intéressants, mais finissent par parasiter ce qui se présente comme une biographie ou, pour le dire mieux, une hagiographie.

 

Reste que ces digressions permettent de mesurer, à certains égards, la distance entre le catholicisme d'aujourd'hui et celui qui pouvait être pratiqué en des temps lointains: l'auteur cite amplement les règles disciplinaires en vigueur dans le val d'Aoste au temps de Saint Grat - des règles qui paraissent bien rigides aujourd'hui, mais que l'auteur a dû juger édifiantes pour son lectorat.

 

Un petit livre à adresser aux catholiques d'abord, qui se sentiront confortés dans leur pratique religieuse et (re)découvriront un personnage. Ils trouveront aussi, en fin de volume, le texte intégral de l'"Hymne à Saint Grat", dû "à la muse si féconde et aimante de M. le chanoine [Léon-Clément] Gérard, curé de la Cathédrale [d'Aoste]". L'intérêt historique réside dans la rareté de ce document: depuis cet ouvrage de Pierre-Joseph Béthaz, il ne s'est plus écrit grand-chose sur le patron du val d'Aoste, à ma connaissance. Dès lors, avec toutes ses forces et ses faiblesses, ce petit livre demeure indispensable à celui qui s'intéresse à la figure de Saint Grat d'Aoste, personnalité vénérée aujourd'hui encore un peu partout dans les régions rurales et alpines.

 

Pierre-Joseph Béthaz, Vie de Saint Grat, évêque et patron du diocèse d'Aoste, Aoste, imprimerie Edouard Duc, 1884.

 

(1) Une des personnalités les plus noircies par les historiens. Il est surnommé ainsi parce que, selon une anecdote, il aurait fait caca dans le baptistère au moment de son baptême, suscitant, de la part du patriarche, le commentaire suivant: "Cet enfant remplira l'Eglise de sa puanteur". Des mots sombrement prophétiques, dit-on: devenu empereur, tenant de l'hérésie dite "iconoclaste", il ne manquera pas de persécuter ceux qui ne sont pas de son avis en matière de religion.

 

Source de l'illustration: statue de Saint Grat dans les stalles du chœur de la Collégiale de Saint-Ours à Aoste. Sur Wikipédia.

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