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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 20:11

Marmet EpinglesLu par Alex, AleXa, Blog2Nice, Françoise, Iluze.

Défi Thrillers et polars

 

Tout commence en gare de Lyon, à Paris, où un jeune gars un peu paumé, un peu cabossé par la vie, balade ses airs de Peter Pan et suscite d'emblée l'empathie du lecteur. C'est sur cette scène fantasmagorique que Pascal Marmet ouvre son nouveau roman, "Tiré à quatre épingles", un polar à l'intrigue solide, voire originale et riche de quelques jolies trouvailles. Merci à lui pour l'envoi du livre et pour la dédicace!

 

Originalité dans le choix du sujet et de certains de ses aspects, d'abord: tout tourne autour d'une collection de statuettes africaines anciennes auxquelles on prête des pouvoirs occultes maléfiques. Ce substrat mystérieux permet à l'auteur d'injecter un soupçon de fantastique dans son récit (tel objet a-t-il vraiment les pouvoirs qu'on lui prête?) et d'offrir un regard sur le Musée du Quai Branly. Un lieu où un dieu amoureux malin paraît décocher ses flèches...

 

Originalité aussi dans le personnage du policier, Chanel, chargé de mener l'enquête autour de meurtres liés entre eux: amené à construire son puzzle petit à petit, il se voit obligé, à un certain moment, de ruser pour en savoir plus - et à cacher sa fonction de policier. Puisqu'il est question de police, l'auteur mentionne d'ailleurs, ne serait-ce que pour ancrer son roman dans une époque, le prochain déménagement des services installés au 36, Quai des Orfèvres. Peut-être aurait-il été piquant d'exploiter plus avant cette situation temporelle particulière, ainsi que les sous-effectifs chroniques évoqués, pour instiller un supplément de pression.

 

Force est de constater que l'auteur sait construire des personnages forts et typés, loin de toute complexité byzantine, auxquels on croit. Au coeur de l'intrigue, se pose la figure d'Albane Saint-Germain de Ray, croqueuse d'héritages odieuse au possible, jusqu'à en devenir fascinante. On aimera aussi Salomé, la fille paumée à grande gueule, et le côté finement psychologue de Chanel face à elle. Sans compter Alex/Laurent Bastos, alias Peter Pan, l'homme en vert, coupable ou sauveur...

 

L'auteur explore certains lieux de la ville de Paris avec adresse et précision, avec une petite préférence pour les lieux chics. On le suit avec plaisir dans les coulisses de la gare de Lyon, et surtout du mythique restaurant "Le Train Bleu", où déjeune un certain Vladimir Fédorovski (évoqué ici, d'ailleurs) et où l'auteur a sans doute fait quelques repérages. Cela, sans oublier un ou deux autres établissements parisiens.

 

Enfin, l'écrivain prête une attention constante aux odeurs et parfums - on n'en attend pas moins de l'auteur du "Roman du parfum" et de "Si tu savais..."! Cet aspect particulier s'intègre avec aisance et naturel au fil du récit. Il donne encore un supplément d'âme à un roman original et savoureux que l'on lit facilement et à toute vitesse.

 

Pascal Marmet, Tiré à quatre épingles, Paris, Michalon, 2015.

 

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 19:56

hebergement d'imageC'est l'été, mais Sharon n'oublie pas le Défi Premier roman! Elle propose encore deux participations, que je relaie volontiers:

 

Valérie Perrin, Les oubliés du dimanche

S. F. Said, Mystik, le chat qui voulait découvrir le monde

 

Merci pour ces deux nouvelles contributions!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 23:01

Laclavetine NousLu par E. Altés, Nuages et vent, Wodka.

Défi Un mois, des titres.

 

Et si le cercueil du maréchal Pétain prenait un peu l'air? Jean-Marie Laclavetine s'est emparé d'un fait divers rocambolesque survenu en 1973: quelques nostalgiques de la Collaboration ont décidé d'exhumer la dépouille de l'homme de Vichy afin de la ramener à Douaumont, auprès des poilus qu'il a commandés à Verdun. Sur cette base authentique, l'auteur brode très librement un roman remarquable, d'une ironie cinglante et d'une belle inventivité, qui fait traverser quelques décennies d'histoire récente et met à nu les idées en vogue.

 

Le titre, déjà, suggère immanquablement la personne du maréchal Pétain, sans le nommer. Cela, avec le risque d'introduire dans la tête du lecteur le refrain d'André Montagnard et Charles Courtioux. Ce n'est pas l'essentiel, cependant: l'auteur développe, en contrepoint, une relation chaotique entre deux de ses personnages, Paul et Léna. Lorsque celle-ci revient vers lui, avec leur fils (mais est-il vraiment le fils de Paul?), on peut aussi être tenté de les entendre dire "Nous voilà" (p. 226).

 

L'histoire amoureuse qui constitue la trame de ce roman revendique clairement une parenté avec "L'Education sentimentale", roman de Gustave Flaubert. Le lecteur sera mis sur la piste au début du chapitre 23 (page 237), qui démarque, au féminin, l'une des dernières séquences du roman de Flaubert (III, 6). Paul, figure de "Nous voilà" ballottée par les vents de la vie, spectateur délibéré d'une existence faite de peu de chose, n'est pas sans rappeler par certains traits le Frédéric Moreau de "L'Education sentimentale". Enfin, avec "Nous voilà", l'écrivain signe une belle tentative d'intégration de la fiction au réel.

 

Ce réel est dépeint dans un sens marqué des flous artistiques. Les repères temporels sont bien là, on reconnaît les élections présidentielles successives de 1973 à 2007. Cela dit, de nombreuses figures politiques ne sont pas nommées, ou alors de manière elliptique. Il est cependant facile de reconnaître Jean-Louis Tixier-Vignancour ou Jean-Marie Le Pen - pour n'en citer que deux. Les repères temporels servent aussi d'élément rythmique: en les citant les uns à la suite des autres sans les approfondir, l'auteur donne au lecteur l'illusion que le film s'accélère. Un procédé un peu lourd peut-être, mais efficace: on ne voit littéralement pas le temps passer.

 

"Nous voilà", c'est aussi le portrait des idéologies à la mode dans l'après-Mai 68, entre fachos et gauchos. Difficile de dire vraiment de quel côté l'auteur penche: s'il étrille les tenants d'une certaine droite avide d'Ordre nouveau, il n'épargne nullement les travers des jeunes idéalistes vivant en communauté et désireux de changer le monde. Et cela, avec une ironie jouissive. Mieux: il excelle à montrer les trajectoires des personnages, de quelque bord qu'ils soient, à étudier leurs reniements. A ce titre, le chapitre 30 (scène de mariage) est une merveille, les valeurs proclamées naguère par chacune et chacun paraissant avoir volé en éclats au profit d'un pragmatisme plus profitable en termes d'honneurs et de lucre.

 

Partant d'un événement réel et un peu fou, Jean-Marie Laclavetine offre avec "Nous voilà" un roman épatant, qui assume par moments son côté grand-guignolesque et offre, à travers de jeunes gens comme vous et moi, le portrait franc et sans fard d'une certaine époque, partant des idéaux proclamés à leur trahison plus ou moins bien assumée.

 

Jean-Marie Laclavetine, Nous voilà, Paris, Gallimard 2009.

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Pour plusieurs, II

 

Un bateau blanc

dans la mer bleue

que le flot lent

lève et relève

 

Un héron gris

rasant le sol

de son grand vol

immobile

 

Un sentier clair

tout parfumé

léger comme l'air

et incliné

 

Une pervenche

bleue et douce

qui se penche

sur la mousse

 

Oui c'est votre âme

elle est claire

elle est douce

Vos yeux sont bleus

 

Michel de Rivaz (1920-2011), Le coeur à droite, Zurich, Librairie française, Saint-Rémy-La-Rampe, 1950.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Prestige du Rhône, I

 

Privilège d'un nom, d'une haute naissance,

Noblesse de l'histoire attachée à son cours,

Grandeur des horizon d'Helvétie et de France

Où sans cesse il refait le cycle de ses jours;

Nostalgie et beauté, l'alpe et la mer immense,

Le rêve de la vague et la peine du flot,

Ses colères parfois, sinon sa turbulence

Dans l'éternel conflit de la terre et de l'eau!

Du Gothard à la mer: la Gaule, un fleuve, une âme,

Triade symbolique en sa diversité;

Au Pater Rhodanus, au peuple qui l'acclame,

Soit hommage et respect, salut fidélité!

 

Alphonse Mex (1888-1980), Contemplations. Cité dans Renouveau, revue du Cercle romand de poésie classique, numéro 23/novembre 2000.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 21:09

hebergement d'imageEncore des participations au Défi Premier roman! Itzamna revient avec une nouvelle chronique et Sharon nous en annonce d'autres, plus anciennes. Je vous invite à les découvrir:

 

James Scott, Retour à Watersbridge (chez Itzamna)

Cindy Van Wilder, Les Outrepasseurs tome 1 (chez Sharon)

Angelika Klussendorf, La Fille sans nom (chez Sharon)

 

Merci pour ces participations, merci de faire vivre le Défi Premier roman!

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 20:25

Ganneval SOS.Lu par Lorraine, Métaphore, Miss Bouquin Aix, Yv.

Défi Premier roman.

Le blog de l'auteur.

 

C'est au moment de sa parution que j'ai entendu parler de "SOS Flemmards", premier roman de Sandra Ganneval: c'était sur le regretté site des "Agents littéraires", me semble-t-il. Mon exemplaire papier m'est parvenu en même temps qu'une commande de mon "Noeud de l'intrigue". Il a eu le temps de découvrir, depuis, l'ambiance morne et attentiste de ma pile à lire. Et enfin, je l'ai lu... chouette découverte en vérité! Une de celles sur lesquelles il y a quelque chose à raconter.

 

Paru d'emblée en un format de poche commode à transporter mais aux marges trop petites, "SOS Flemmards" invite le lecteur à plonger dans les tribulations de deux amis noirs qui cherchent leur place dans la société parisienne de leur temps - qui est aussi le nôtre. Il est donc question des études, du premier emploi qui dure, des amitiés, des amours même. Bref, de l'insertion sociale de deux gars rigolos, pas forcément ambitieux, charriés par la vie. On pourrait même se reconnaître en eux, tiens!

hebergement d'image

Côté emploi, le lecteur retient la qualité de l'observation du fonctionnement d'une agence de Pôle Emploi. Le regard de l'auteur embrasse tous les points de vue. L'un de ses personnages y travaille comme conseiller, ce qui permet de donner un aperçu finement observé du désarroi lié à cette fonction - cela, sans pathos. Il n'est pas non plus question de tirer des larmes faciles au lecteur lorsqu'il faut esquisser le portrait de certains utilisateurs de ce service d'Etat français. A la caricature de certains cas sociaux qui hantent les bureaux de Pôle Emploi sans véritable volonté de trouver un travail, se mêle même une certaine tendresse. Sans esquisser de solution miraculeuse à ce problématique face-à-face, l'auteure met ainsi en présence l'impuissance des agents et le vécu des usagers. Elle met aussi en regard, mine de rien, la stabilité morne de la fonction publique et les boulots plus ou moins petits et limités dans le secteur privé. Et quid du titre du livre, enfin? Celui-ci fait référence à un épisode peu exploité du roman. Dommage: "SOS Flemmards", c'est accrocheur, mais pas idéal pour les personnages mis en scène, pleins de bonne volonté, ou en tout cas près jouer le jeu des adultes, serait-ce à leur manière.

 

Les amours? Le lecteur se souvient avant tout du lien peu évident qui unit Mélanie et Joseph. L'auteure aborde le thème rare de la manière dont on se sent, déstabilisante, dès lors qu'on se met en ménage, et la subtilité qu'elle y met fait mouche: une fille qui veut et fait le premier pas pour se mettre en ménage, un gars qui n'est pas prêt à cela mais accepte finalement de jouer le jeu, et puis la recherche de la bonne distance, de la bonne proximité... Dessinées de manière réussie, cette thématique occupe les dernières dizaines de pages de "SOS Flemmards".

 

Face à l'amour, il y a l'amitié... et celle-ci est le véritable moteur, la constante, du premier roman de Sandra Ganneval. L'auteur fait fonctionner le tandem d'amis pas toujours très matures qui fonctionne sur le mode de la complémentarité, quitte à oser mettre en évidence deux personnages fort différents, mais bien construits: un dragueur aux allures de sérieux, et un gars cool en ce qui concerne le métier. C'est dans ce contexte que l'auteure dévoile une force majeure: sa qualité à créer des dialogues alertes, drôles ou taquins, qui claquent quand il faut et savent ralentir le récit lorsque c'est nécessaire. Ce rythme tranche avec des descriptions qui, parfois, s'étalent en paragraphes longs qui, sans être difficiles, ralentissent un peu la lecture.

 

Enfin, la question du statut du Noir à Paris est présente, même si l'auteur ne l'impose jamais. Rien de lourd, en effet: le plus souvent, cet aspect est regardé d'une manière distante, gage d'humour de mots ou de situation. Pour l'auteure, c'est aussi l'occasion de dépeindre, par-ci, par-là, des aperçus de la mentalité et du mode de ville antillais: cuisine, relations familiales, etc.

 

Et s'il peut regretter certains paragraphes un peu longs, le lecteur goûtera, d'une manière générale, l'esprit léger, jeune et frais de "SOS Flemmards". Et sans doute qu'il aura, à la fin de sa lecture, le sourire du bonhomme qui illustre la page de couverture...

 

Sandra Ganneval, SOS Flemmards, Sandra Ganneval Editions, 2011.

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 20:06

hebergement d'imageIl y a chez Sharon une nouvelle participation au Défi Premier roman. Cette fois, c'est d'"Indiana" de George Sand qu'il s'agit - un avis de lectrice que vous laisse découvrir ici:

 

George Sand, Indiana

 

Merci pour cette participation!
 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Trou de serrure

 

Un monde grince dans un trou de serrure.

On le verrouille à double tour, longe le

palier, tourne à gauche, contre un mur

crayeux, descend quatre sales marches,

vers la cage de l'ascenseur.

 

Derrière les épaules se découpent un

post-it rose avec le numéro du relevé

la plaquette de la porte, sans patronyme.

Désormais tu es personne ou rien que

l'ancien locataire, celui des souris, de

l'infiltration d'eau, sa facture à payer

au lieu des lettres et du cyclope.

 

Un monde grince dans un trou de serrure.

On évite de se retourner.

 

Derrière une autre porte, une voix hurle que

Cuche a fait le meilleur temps de course.

 

Silvia Härri (1975- ), Mention fragile, Genève, Samizdat, 2013.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 20:23

Lador ChevauxLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur.

 

Qu'il est mystérieux et curieux, l'univers mythologique installé par Pierre Yves Lador pour son dernier recueil de nouvelles, "Les Chevaux sauveurs"! Dix nouvelles sont réunies ici, reliés par l'action de chevaux condamnés, pour leur rédemption, à sauver un millier d'humains. Un mythe, dix légendes...

 

Ce n'est pas un ouvrage répétitif, comme on pourrait le craindre. Certes, les chevaux sauveurs jouent leur rôle dans chaque récit. Mais c'est peu de chose: l'auteur montre vite que l'essentiel est ailleurs. Le lecteur va donc se retrouver face à dix textes d'une grande inventivité narrative, qui jouent avec le très ordinaire, le terre-à-terre (un alpiniste a perdu sa banane, dans "La sacoche perdue") ou flirtent avec la philosophie et ses éthers - le banal allant du reste souvent de pair avec l'exceptionnel. Superbe est par exemple l'évocation de Lausanne, archétype du vide, dans "Lausanne ville évidante".

 

Cela ne serait rien encore si l'auteur n'était d'une inventivité verbale hors pair, qui fait de lui une voix bien identifiée, unique, dans le milieu des lettres romandes. "Les Chevaux sauveurs" se caractérise par une opulence verbale rare. Il y a d'abord la richesse du vocabulaire. Celle-ci est encore démultipliée par le jeu des échos et sonorités qui naît naturellement entre les mots, et que l'auteur prend un malin plaisir à renforcer, quitte à surprendre, à intriguer. Et tant qu'à faire, il va jusqu'à utiliser le lexique du terroir: les helvétismes, voire les vaudoisismes, sont présents et s'intègrent sans complexe dans le riche tissu du langage de l'auteur.

 

Les tours typiquement romands ont du reste tout à fait leur place dans un récit qui assume son ancrage local. Les mystérieux chevaux viennent du Pays d'Enhaut et plus d'un lieu romand, voire vaudois, est évoqué - comme si l'activité de ces chevaux sauveurs se limitait à un terroir, malgré la possibilité offerte d'aller plus loin (les trous dans la roche, qui débouchent sur quelques contrées lointaines: "L'Aéroport inutile" se joue à Ifriqiya, "J'ai épousé une spirochète" évoque l'îlot polynésien de Tikopia). Oscillant entre l'ici et l'ailleurs,, l'auteur n'hésite pas à évoquer les Alpes, avec ce qu'elles peuvent receler d'inquiétant ("Vêle de nuit bénévole", où tout se noue dans une télécabine en panne).

 

Signant avec "Les Chevaux sauveurs" un recueil dont chaque texte a des allures de conte moderne, Pierre Yves Lador ne renie nullement sa fringale de jouer avec les mots afin d'en épuiser le sens, le suc et les sonorités. On reconnaît sa plume dans certaines phrases longues, aux longues énumérations. Une fois de plus, l'écrivain vaudois cherche à embrasser l'univers en une poignée de mots. L'auteur ne recherche pas les voix de ses personnages (sont-ils l'auteur, d'ailleurs?), et les dialogues sont presque absents de ce livre, mais qu'importe! Cela donne une écriture dense, juteuse, qu'on prend le temps de savourer avec bonheur et de sucer jusqu'à en goûter la quintessence.

 

Pierre Yves Lador, Les Chevaux sauveurs, Vevey, Hélice Hélas, 2015. Illustrations d'Adrien Chevalley, postface d'Alexandre Grandjean.

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