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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 18:22

Lador Vierge

Pierre Yves Lador est un ogre de l'écriture. Il se montre dionysiaque dans "La vierge branlante", un opus d'une trentaine de pages aux accents érotiques. Vivantes et colorées de couleurs chaudes, les illustrations de macbe ajoutent encore à la fête des sens offerte dans ce petit livre.

 

Il y a d'abord le titre, qui a de quoi intriguer et suggère de multiples lectures. Qui est cette vierge? On pense immédiatement à sa virginité vacillante, mise à l'épreuve au fil de pages aux accents progressivement dionysiaques, où l'auteur n'a pas son pareil pour décrire orgies et bacchanales. Mais on peut aussi songer à la masturbation, pour laquelle la fameuse vierge n'hésite pas à mettre la main à la pâte.

 

Mais tout commence dans l'ambiance classique quoique prometteuse d'une soirée de lectures de textes érotiques, suivie d'une rencontre entre le narrateur et la vierge. Et dès lors que le nom de cette dernière est donné, le narrateur va vivre une forme d'initiation, rituel sans cesse divers, et plonger dans un univers orgiaque et surnaturel. Sacré, même? On peut le penser, d'autant plus que la virginité de la jeune femme (18 ans) qui est au centre du récit a tout d'un voeu religieux, y compris la fermeté.

 

Si le titre suggère plusieurs lectures, les symboles et doubles sens ne sont pas absents du texte "La vierge branlante" proprement dit. Cela, sans parler des objets qui font image: un oeil de verre, des fruits pelés avec sensualité. Ou de danses qui ont tout de la danse des sept voiles de la figure biblique de Salomé. Et si la vie des sens est évoquée par de telles images, elle est aussi omniprésente dans l'écriture de l'auteur, idéale pour un tel sujet: les phrases sont longues et tentent en permanence d'embrasser un absolu, le vocabulaire est opulent, les sons s'y entrechoquent en une harmonieuse symphonie de jeux de mots, les idées s'interpellent.

 

Au moins une fois, Pierre Yves Lador a déjà offert à ses lecteurs un autre texte touchant à l'érotisme, "Chambranles et embrasures" - c'était tout un roman. Avec "La vierge branlante", il propose une miniature réussie et curieuse, qui célèbre avec générosité et densité la beauté des mots comme celle de la vie des sens.

 

Pierre Yves Lador, La vierge branlante, Lausanne, éditions HumuS, 2014. Illustrations de macbe.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line],Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde,Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo,Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

La cigarette

 

Oui, ce monde est bien plat; quant à l'autre, sornettes.

Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,

Et pour tuer le temps, en attendant la mort,

Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.

 

Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes.

Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord

Me plonge en une extase infinie et m'endort

Comme aux parfums mourants de mille cassolettes.

 

Et j'entre au paradis, fleuri de rêves clairs

Où on l'on voit se mêler en valses fantastiques

Des éléphants en rut à des choeurs de moustiques.

 

Et puis, quand je m'éveille en songeant à mes vers,

Je contemple, le coeur plein d'une douce joie,

Mon cher pouce rôti comme une cuisse d'oie.

 

Jules Laforgue (1860-1887), Les Complaintes et les premiers poèmes, Paris, Poésie/Gallimard, 1993.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 21:14

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Lu par Le Stéphanois à la casquette.

Défi Thrillers et polars.

 

Une intrigue solide et oppressante, qui mêle affaires policières et mystères familiaux: c'est ce que propose Françoise Chapelon dans son roman "Dors, mon ange". La couverture est une promesse: "Quand le crime frappe au coeur du Forez"... qu'on sache que plus précisément, c'est à Montbrison que se trouve l'épicentre de l'action. Et le lecteur est plongé immédiatement dans une ambiance inquiétante: la fille de Fabienne a disparu.

 

L'entrée en matière demande au lecteur un minimum de concentration: quitte à ce que ça paraisse compact, l'auteure introduit un maximum de choses dès le début de son roman, qui s'avère riche en mystères et en personnages. Personne n'est négligé pour autant: chaque figure a un passé, des qualités et des défauts. Une construction soignée qui donne à chacun d'entre eux une épaisseur. C'est ainsi, en peignant des âmes grises, que l'écrivaine évite l'écueil de la caricature.

 

C'est aussi une nécessité: l'enquête policière part sur la trace de disparitions et de meurtres qui révèlent les facettes les plus sombres de quelques personnes. Le lecteur est gâté: il y a un homme abusé par sa mère, un photographe aux penchants sexuels inavouables, une enquêteuse qui vit avec des secrets de famille, un patron de bistrot aux mains baladeuses et aux cessations d'activité troubles. Et les éclats ne se font pas attendre: de l'inquiétude, on passe volontiers à la description atroce.

 

Le roman est porté par une enquête qui fait la part belle aux interrogatoires, parfois fort courts; l'enquête assume ses erreurs, balade ainsi son lecteur d'une fausse piste à l'autre, et laisse filer les personnages qu'elle innocente, à l'instar du père de Léa, la première disparue. Le lecteur appréciera la façon exacte dont s'imbriquent les deux ou trois éléments d'intrigue structurants: la disparition de Léa, celle de Sarah, et le cambriolage de la maison de la famille de Léa. Ces affaires sont-elles liées, et comment?

 

Camille Lorset est par ailleurs le véhicule d'une intrigue familiale qui crée un contrepoint à l'intrigue policière. Cela, rien qu'en revenant exercer son métier de flic en Loire! Les secrets de famille sont lourds à porter, et tombent peu à peu: Alex est bisexuelle (son prénom est du reste ambigu, comme pour souligner cet aspect), le père policier a disparu dans des circonstances qui ont leur part d'ombre, et les liens familiaux sont tendus. "Dors, mon ange" a le soin de laisser quelques portes ouvertes dans ce domaine, comme si l'auteure avait l'intention de reprendre cet aspect dans une nouvelle enquête de Camille Lorset. Une enquête qui, et c'est alléchant, pourrait placer la policière face à ses propres zones d'ombre.

 

Avec "Dors, mon ange", le lecteur a un roman policier au style classique et soigné, porté avant tout par des personnages d'une belle épaisseur, chargés de tout le poids d'un passé pas toujours évident à assumer. Dépassant le récit purement régionaliste même si quelques éléments de décor suffisent à donner à voir un lieu, il est essentiellement nourri par des éléments d'intrigue nombreux et touchant à toutes sortes de vécus. Ceux-ci constituent un univers réaliste et, au final, profondément humain.

 

Françoise Chapelon, Dors, mon ange, L'Horme, éditions Faucoup, 2015.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 21:33

hebergement d'imageLe Défi des Mille vit toujours, et Frankie ne l'a pas oublié. Elle propose une nouvelle participation, avec le tome 4 d'"Outlander" de Diana Gabaldon. Son billet se trouve ici:

 

Diana Gabaldon, Les tambours de l'automne.

 

Merci pour cette contribution et pour cette fidélité au Défi des Mille! Vous souhaitez y participer? Bienvenue! Pour connaître les règles, il vous suffit de cliquer sur le logo.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 20:27

hebergement d'imageAlphonsine n'oublie pas le Défi Premier roman, et propose d'emblée deux participations. Je vous invite à les découvrir, sous les liens suivants:

 

Chahla Chafiq, Demande au miroir

Gérard Salem, Marc de café

 

Ces deux romans ont paru aux éditions suisses L'Age d'Homme. Merci pour ces participations! Ce sont aussi des échos sur deux livres de la rentrée littéraire 2015.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 22:03

Dormond CaseLu par Francis Richard.

Défi Rentrée littéraire.

 

Avec ce recueil de nouvelles, Sabine Dormond installe une voix personnelle, engagée du côté des faibles et des petits, et empreinte d'un humanisme indéniable. "Une case de travers", c'est à la fois une partie d'échecs vue par le fou, mais aussi la folie de la petite planète sur laquelle nous vivons. Et dont l'auteure dépeint les travers à sa manière, à la fois joueuse et grave.

 

Une ouverture qui interroge

Joueuse, l'auteure l'est dès les premières phrases de "Fondue enchaînée", la nouvelle qui ouvre le recueil. Il y est question d'un réfugié économique qui, arrivé en Suisse, est renvoyé dans son pays après un interminable délai. De la nouvelle, le lecteur retient la construction littéraire. Sa première partie s'avère euphorique, portée par une écriture qui aime les jeux de mots et de sonorités, empreinte d'un brin de folie rêveuse. Il est dommage que le virage vers le réel, dessiné sous la forme d'une prison, soit pesamment marqué; mais dès lors, le style devient sobre, prosaïque, épousant une intrigue qui paraît aboutir dans le couloir sombre de l'incarcération - mais qui sait...

 

Certes bien construite, la narration est desservie par un certain manichéisme, plaçant un peu rapidement les personnages noirs dans le camp des gentils, dont le seul tort est d'aspirer à un avenir meilleur en Europe, et les blancs dans le camp des méchants, condescendants ou racistes, en tout cas imperméables. Les personnages auraient gagné en épaisseur et en crédibilité s'ils avaient eu, de part et d'autre, des qualités et défauts mieux répartis: qu'il vienne de Suisse ou d'Afrique, personne n'est parfait.

 

Omniprésente publicité

Le lecteur peut cependant lire le recueil "Une case de travers" à plusieurs niveaux. Il est en droit de se demander de quelle case il s'agit: est-ce la case d'un Africain, migrant déjà évoqué par l'auteure dans "Trente-six chandelles", ou celle d'un jeu d'échecs? Dans la nouvelle éponyme, qui n'est pas sans rappeler le Gianni Rodari des "Favole al telefono", tombe la réponse - dans un affrontement entre des Noirs et des Blancs où la conscience trouve sa place.

 

L'auteure a le souci d'ancrer ses nouvelles dans l'actualité. Il y sera donc question des déviances induites par les réseaux sociaux ("On va sortir"), ainsi que des interrogations liées à l'environnement. La publicité s'installe cependant comme un fil rouge. A ce titre, "Convoit(ur)és" joue le rôle de pivot: c'est une nouvelle construite sur les injonctions liées à la publicité. Dans d'autres textes, celle-ci est intégrée, et va jusqu'à emprunter, de manière ludique, ce qui figure sur les affiches d'aujourd'hui: les trois petits vieux de l'Appenzeller dans "Fondue enchaînée", ou le slogan des CFF, "En route, comme chez soi", alias "En route comme à la maison" dans "Discour(s)-toisement".

 

Et si les intrigues ne sont pas massives, elles permettent à l'auteure d'esquisser ou de parachever le portrait de ses personnages, jusqu'à l'extrême - on pense au personnage narcissique de "Je moi-même... passionnément", poussé jusqu'à une mortelle caricature. Ou à quelques portraits de femmes atypiques, par exemple dans le cruel "Reine d'un soir".

 

Souvenirs de concours

Enfin, le lecteur attentif à ce qui se passe dans le monde des lettres romandes reconnaîtra, au fil des pages, les thèmes des concours de nouvelles organisés ces dernières années - on pense à Gruyères ou à Genève, entre autres. Il n'y a certes pas de nostalgie à avoir de n'avoir pas gagné: chaque concours incite les auteurs à exceller, en conscience, et les textes qui se retrouvent dans "Une case de travers", primés ou non, sont d'excellente facture.

 

Toujours campées dans ce début de XXIe siècle, les 21 nouvelles de "Une case de travers" sont autant de regards sur notre monde qui, devenu fou, paraît avoir "une case de travers". L'auteure donne sans ambages son regard inquiet sur celui-ci, sur les figures politiques qui le mènent (qui est Vladimir dans "L'Ame blanche"? Lénine ou Poutine?) et sur certains grands thèmes, environnement ou vie conjugale, voire défis liés au grand âge. Après "Full sentimental", Sabine Dormond offre à nouveau quelques points de vue humanistes sur le monde actuel et son tourbillon.

 

Sabine Dormond, Une case de travers, Sainte-Croix, Mon Village, 2015.

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 21:26

Fontaine LeçonsLu par Jean-Claude Prieto, Parlons d'orthodoxie.

 

Recteur de la paroisse Saint-Alexandre-Nevsky à Liège, le prêtre orthodoxe Guy Fontaine propose un livre important. Se fondant sur la connaissance trop souvent superficielle qu'ont les sociétés occidentales de l'orthodoxie, il a décidé de leur dédier ses "Cinq leçons sur l'orthodoxie". Une belle manière d'approcher cette branche du christianisme, en cinq temps qui sont autant d'occasions de dépasser les clichés, et de très loin: l'ouvrage est certes court, mais il est dense aussi. Dans une volonté de vulgarisation, l'auteur rend accessible à toute personne intéressée une religion méconnue en Europe occidentale, entre autres.

 

Cinq leçons? Tout naturellement, l'auteur réserve une place de choix au chant sacré, chant des anges relayé par l'homme, et aux icônes. Ce sont en effet les aspects les plus visibles, les plus connus de ceux qui ne sont pas orthodoxes. Il dévoile toute la richesse de sens de l'iconographie et, surtout, met en évidence la démarche religieuse insoupçonnée qui préside à la création de toute icône - on "écrit" une icône, soit dit en passant. On rappellera qu'ici, l'artiste s'efface devant le canon, et qu'une icône bien faite est surtout le fruit d'une démarche religieuse lourde de sens et qui en fait toute la valeur. De manière synthétique, l'auteur lève ici un coin du voile sur ces "fenêtres sur l'absolu" (pour reprendre le mot de Michel Quenot) que sont les icônes.

 

L'histoire de l'orthodoxie est également abordée, dès le premier chapitre. Celui-ci pose de manière claire ce qu'est l'orthodoxie, et aussi ce que cette religion a de particulier par rapport, en particulier, au catholicisme - il ne sera pas question, dans "Cinq leçons sur l'orthodoxie", de protestantisme ou d'anglicanisme. De manière synthétique, le lecteur aura donc entendu parler de la querelle du filioque, de l'importance des conciles du premier millénaire de notre ère, ainsi que des enjeux liés aux iconoclastes. Un courant connu de ceux qui se sont intéressés un jour ou l'autre à Saint Grat d'Aoste...

 

Religion de toujours, l'orthodoxie tient aussi ses positions sur des aspects d'actualité, et l'auteur des "Cinq leçons sur l'orthodoxie" les approche. Il est en particulier question, dans tout un chapitre, de la femme dans l'église orthodoxe. Les Ecritures sont invoquées, bien sûr; mais l'auteur relève aussi la réticence des femmes à rechercher certaines responsabilités au sein de l'église orthodoxe, entre autres la prêtrise. Cela, quitte à en accepter ou à en rechercher d'autres! L'auteur inscrit du reste la question du rôle et du statut des femmes dans l'église orthodoxe dans une logique de temps long, qui prend le temps de la réflexion, plutôt que dans la dynamique du "tout tout de suite" qui est le lot de notre époque.

 

Enfin, et ce n'est pas un hasard, la Prière de Jésus, ou Prière du coeur, a droit à une place généreuse dans "Cinq leçons sur l'orthodoxie". L'auteur confère à cette courte prière, qu'on dit littéralement comme l'on respire, une importance majeure. C'est pour lui l'occasion de faire entrer le lecteur dans un monde riche de sens où le symbolisme est partout, de façon insoupçonnée (qui pense à ce qu'il exprime en faisant le signe de croix? et pourquoi la croix des orthodoxes est-elle ainsi dessinée?) et ouvre autant de portes sur le divin. En insistant sur le terme "coeur" dans l'expression "Prière du coeur" qui la désigne, l'auteur rappelle qu'elle n'a rien de mécanique, et qu'elle ne vaut rien si elle n'est qu'une performance ou une récitation creuse.

 

Les "Cinq leçons sur l'orthodoxie" sont complétées par un ample lexique - indispensable puisqu'il est question ici d'un univers particulier et assez hermétique, dont l'auteur veut ouvrir les portes. Il sera donc question de bases religieuses, d'usages et même de mentalité, dans tout ce que cela peut avoir de directif ou de souple. Et le lecteur saura prendre le terme de "leçons" du titre pour ce qu'il est: cinq moments d'enseignement clair et serein au sujet d'autant d'aspects clés de l'orthodoxie, dûment illustrés par des citations issues des textes historiques - évangiles canoniques ou apocryphes, liturgie, propos d'autorités religieuses, etc. - qui sauront nourrir la réflexion des personnes intéressées, au sens le plus large... et, pourquoi pas, les inviter à aller creuser plus loin.

 

Guy Fontaine, Cinq leçons sur l'orthodoxie, Paris, Desclée de Brouwer, 2015.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais Guy Fontaine
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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line], Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo, Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

Souvenez-vous de moi

Mon oeil distrait, errant dans la prairie,
T'a reconnue avec transport.
Suis-moi, rappelle à mon âme attendrie
Les moments passés sur ce bord.
Mais non, fleuris et meurs sur ce rivage,
J'y voudrais mourir près de toi...
Je pars... Vous tous dont j'emporte l'image,
Souvenez-vous de moi !

 

Pauline de Flaugergues (1799-1878). Source.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 22:14

Seran Maman

Le blog de l'auteur et son site.

Défi Rentrée littéraire.

 

Voici le deuxième ouvrage publié par Abigail Seran dans le cadre de la rentrée littéraire 2015! En même temps que "Une maison jaune", l'écrivaine suisse romande propose à son lectorat un livre très différent, puisqu'il s'agit d'un recueil de chroniques. L'univers littéraire est très différent, mais le plaisir n'est pas moindre, bien au contraire...

 

Le lecteur est avant tout frappé par le ton de l'ouvrage. Rapides et enlevés, les textes recueillis ont le goût de billets de blog. Souvent, ils confrontent les grandes certitudes d'une mère de famille et la réalité avec laquelle il faut composer, quitte à se remettre soi-même en question. Le verbe est marqué par une prise de recul. Celle-ci est certes synonyme d'autodérision, ce qui est savoureux. Mais elle incite aussi le lecteur à réfléchir à ce qu'il aurait fait dans les situations décrites, voire à revoir ses certitudes.

 

Les situations sont fort concrètes à chaque fois, comme des flashes de vie: "Chroniques d'une maman ordinaire" est loin des théories extraordinaires d'une personne qui n'a jamais été parent. Chacun des cinquante chapitres de ce livre rapide se concentre sur un seul aspect de la vie de famille ou de la relation mère/enfant. Le lecteur, la lectrice tourbillonnent lorsque sont évoquées les activités extrascolaires ou une journée de mère, et vibrent à chaque évocation d'une vie quotidienne qui va trouver un écho chez chaque mère lectrice (avant tout), chaque père lecteur. Il sera donc question de football, de sorties, mais aussi de gestion des appareils informatiques, téléphones portables, etc.

 

Ce livre est rehaussé des dessins de Jenay Loetscher. Simples et directs, ils ont l'art d'aller à l'essentiel et paraissent parfois tout droit sortis du monde de l'enfance. Plus encore que d'illustrer les textes d'Abigail Seran, ils les intègrent jusqu'à la fusion. Et si la dessinatrice a le chic pour représenter, de manière métaphorique au besoin, le côté virevoltant de la vie d'une mère, elle sait aussi donner corps à tout l'amour qu'il peut y avoir entre une mère et son enfant.

 

"Chroniques d'une maman ordinaire" est un témoignage de vie personnel, certes. Mais il sait parler à tout le monde, devenir universel, parce que tout est message dans ce petit livre: un texte accessible et baigné d'esprit, rehaussé par des dessins sobres et légers qui parlent directement au coeur du lecteur. Et le mot de "Maman", présent dans le titre, annonce toute la tendresse qui va imprégner les pages de ce livre.

 

Abigail Seran, Chroniques d'une maman ordinaire, Lausanne, Favre, 2015. Illlustrations de Jenay Loetscher.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 21:11

Seran JauneLu par Francis Richard, Stella Noverraz,

Les sites de l'auteur et de l'éditeur.

Défi Rentrée littéraire.

 

Sortir un livre à la rentrée littéraire, c'est bien. En sortir deux, c'est mieux? C'est en tout cas le tour de force qu'a réalisé Abigail Seran, en faisant paraître simultanément un recueil intitulé "Chroniques d'une maman ordinaire" et son deuxième roman "Une maison jaune", dont il sera question ici.

 

Tout se passe sur trois quarts du vingtième siècle, l'ouvrage utilisant une maison comme décor et comme prétexte pour raconter les destinées de ses habitants. Des habitants dont le statut social évolue au fil des ans: le lecteur découvre la voix de trois jeunes femmes, la première issue de la bourgeoisie ambitieuse des années folles, la deuxième provenant de la diaspora italienne du milieu du vingtième siècle, la troisième native d'une mère familière des squats des années 1990. Déchéance? L'auteure a su montrer que les palais d'hier sont parfois les taudis d'aujourd'hui, promis à la déconstruction, sans égards pour celles et ceux qui ont vécu là, y laissant un peu de leur âme. Et plus largement, la romancière esquisse, en arrière-plan, l'évolution du quartier où se trouve cette fameuse maison.

 

L'histoire rapproche, peu ou prou, les trois femmes qui prennent la parole dans ce roman, à trois générations d'intervalles. Mais là n'est pas l'essentiel. Ce qui constitue véritablement leur point commun, c'est que l'auteure les saisit au moment crucial du passage de l'enfance à... quelque chose d'autre, qu'on pourrait nommer "l'état de femme". A chaque génération, en effet, sa manière de vivre ce passage et ses découvertes.

 

De la première femme, Léonie, l'auteure dessine le portrait d'une personne qui se fait ballotter par les circonstances (son mariage est l'exemple de la bonne grosse manip'!) et laisse l'impression de quelqu'un d'assez passif, et de finalement peu coloré: quelque chose entre le Frédéric Moreau et l'Emma Bovary de Gustave Flaubert, jouets de leur temps, chacun à sa manière. La figure de Pia s'avère plus complexe, et partant plus savoureuse: déracinée pour des réalités économiques, elle recherche ses marques dans son nouveau pays... et vit une sexualité qui n'est pas celle de tout le monde. De manière ponctuelle, l'auteure sait exploiter ce ressort pour ajouter du piquant au récit... et suggérer le poids des conventions sociales et familiales. Quant à Charlotte, la cadette des personnages principaux, elle évolue dans un monde proche du nôtre, libre mais non sans contraintes: à elle de trouver sa voie entre une mère divorcée et les malentendus des premières amourettes.

 

L'auteure réserve un rôle de choix à Charlotte, celui de recréer la mémoire de la maison dite "jaune". Le lecteur se retrouve ainsi face à une mini-enquête sur l'histoire du territoire. Un territoire difficile à localiser: est-il en Suisse, en France? Peu importe, en fait: l'essentiel, ici, est la richesse d'un regard rétrospectif sur un lieu donné.

 

Trois personnes, trois voix? Tel sera le bémol à accrocher à cet ouvrage, qui aurait gagné en contraste, donc en couleurs, à donner des voix plus différenciées, plus tranchées à des personnages que la société et les décennies éloignent. Cela, quitte à sacrifier à l'unité de ton! En particulier, le verbe de Charlotte paraît souvent bien sage, même si quelques relâchements langagiers transparaissent.

 

Enfin, le contexte de la grande histoire est lointain dans "Une maison jaune", et celle-ci a peu prise sur les lieux décrits. L'auteure saisit d'ailleurs ses personnages dans des périodes historiques relativement calmes, hors des temps de conflits en Europe occidentale. Ajouté à la sagesse du style, il en résulte, pour le lecteur, l'impression de découvrir en gros plan la micro-histoire de personnages et de lieux préservés, à certains égards, du temps qui passe. Sauf lorsqu'il est temps de déconstruire la fameuse maison... et qu'il est temps de lui donner une couleur qu'elle aurait toujours dû avoir.

 

Abigail Seran, Une maison jaune, Lausanne, Plaisir de lire, 2015.

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