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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 21:54

Terzani GuerreLu par Yv, relayé par Cathy Garcia.

 

Certes, les "Lettres contre la guerre" du journaliste italien Tiziano Terzani ont été écrites le lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Certes, les éditions Intervalles, que je remercie pour l'envoi d'un exemplaire, n'ont pas souhaité que ce livre sorte précisément ce terrible 13 novembre 2015. Reste qu'au vu de l'actualité difficile de ces derniers jours à Paris et en France, ce petit livre pétri d'un fort idéal de paix trouve une résonance particulièrement troublante.

 

Les "Lettres contre la guerre" ont vu le jour après un accord entre le patron d'un journal et le journaliste Tiziano Terzani: celui-ci a pu obtenir un maximum de liberté pour rédiger des chroniques au ton résolument pacifiste. Leur thème? Tout ce qui s'est passé en Asie centrale à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Et le premier texte a paru le 14 septembre déjà.

 

L'auteur se montre extrêmement critique envers l'action de George W. Bush à la suite des attentats qui ont vu l'effondrement des Twin Towers. Sous sa plume, on croise Donald Rumsfeld, entre autres (auquel Andrew Cockburn a consacré une biographie accablante). La critique de Tiziano Terzani rejette la violence de l'action du gouvernement Bush, et toute autre: selon lui, toute violence est néfaste. A plus d'une reprise, il rappelle d'ailleurs les mânes de Gandhi, érigé en exemple de l'action politique non-violente qui fait des miracles.

 

Présent sur le terrain, le journaliste donne la parole aux gens qui vivent en Afghanistan, sous des bombardements incessants et perçus comme injustes. Il relève que les Etats-Unis ne se gênent guère pour viser à côté, quitte à faire des "victimes collatérales". C'est l'occasion de dresser un portrait de gens méconnus, mais présentés comme humains, avec leurs qualités (un sens aigu de l'accueil) et leurs faiblesses. Ainsi, certains témoins s'avouent déterminés pour s'engager dans des attentats suicides. A qui la faute? interroge l'auteur.

 

Tiziano Terzani va jusqu'à répondre point par point à "La Rage et l'orgueil", cri de colère retentissant d'Oriana Fallaci, paru au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Et force est de constater que sa réplique, pour être ferme, n'en est pas moins posée et réfléchie.

 

Cela dit, jusqu'où faut-il suivre l'auteur? Des Twin Towers au Bataclan, les attentats suscitent une révolte légitime, incitent même certains à la vengeance. Les solutions pacifistes de l'auteur paraissent très idéalistes, et limitées face à de tels événements: elles suffiront peut-être tout juste à donner bonne conscience à ceux qui les mettront en oeuvre. Elles paraissent d'autant plus faciles à énoncer qu'elles émanent d'un homme âgé, installé quelque part dans l'Himalaya, loin des rumeurs de la plaine, là où la vie est frugale et simple. Reste que si la lettre de ce petit livre paraît dérisoire, "Lettres contre la guerre" recèle une voix qu'on écoute volontiers parce qu'elle est porteuse d'espoir - et d'un regard juste... différent.

 

Tiziano Terzani, Lettres contre la guerre, Paris, Intervalles, 2015, traduction de l'italien par Fanchita Gonzalez Batlle, préface d'Armand de Saint Sauveur.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 22:09

hebergement d'imageDeuxième édition du Salon du livre romand: c'est ce week-end à Espace Gruyère, à Bulle! Organisatrice de la manifestation, Marilyn Stellini (dont j'évoquais le premier roman, "Au-delà de la raison", il y a peu) promet de nouvelles animations: contes, concours de nouvelles - et aussi la présence d'environ 80 écrivains de Suisse romande et (un peu) d'ailleurs. Quelques éditeurs seront présents, fribourgeois ou non, de même que des sociétés d'auteurs telles que la Société fribourgeoise des écrivains ou l'Association vaudoise des écrivains.

 

J'y signerai aussi mon inamovible "Noeud de l'intrigue", sur le stand de la Société fribourgeoise des écrivains, qui verra passer environ 18 écrivains du canton de Fribourg et organisera quelques animations: une dictée ludique français-patois le samedi après-midi de 14 heures à 15 heures sous la férule de Daniel Bovigny et Alain-Jacques Tornare, une conférence par l'historien Alain-Jacques Tornare le dimanche à 14 heures 30, de l'écriture en direct...

 

L'entrée est libre; amis des livres, n'hésitez pas à passer nous voir!

 

Horaires: samedi de 9h30 à 17h30, dimanche de 10h à 17h. Entrée libre. Toutes les informations détaillées sont disponibles sur le site de la manifestation.

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 21:34

Stellini RaisonLu par Crok'lecture, Emilie, Flo, Titou.

Défis Premier roman et Rentrée littéraire.

 

Promotrice des lettres en Suisse romande, passionnée de littérature et d'Angleterre, Marilyn Stellini se devait d'offrir à celles et ceux qui la connaissent un premier roman, si possible suivi d'autres. Publié il y a quelques semaines chez Bragelonne/Milady, "Au-delà de la raison" est le premier opus d'un diptyque intitulé "Le Coeur de Lucy" . C'est aussi un un roman solide, surprenant parfois, mais généralement fondé sur des valeurs sûres. Il est rédigé dans une langue sans aspérités de style, qui déploie un rythme tantôt lent comme un fleuve, tantôt emporté, mais toujours empreint d'une certaine pesanteur, celle des grandes symphonies romantiques.

 

L'éditeur a classé ce roman dans sa collection "romance", non sans raison. L'auteure installe une relation amoureuse passionnée entre Lucy Hadley, 19 ans, et et Jack de Nerval, qui a le double de son âge. En construisant ses personnages, l'auteure a pris soin de les doter de quelques handicaps pour qu'ils n'explorent pas la Carte du Tendre sans soucis. Jack est marié et père de famille, et Lucy, née de parents indignes et généralement suspecte de sorcellerie, n'est pas un bon parti. Tout les éloigne, tout doit les rapprocher, la cause est entendue; dès lors, comment l'auteure va-t-elle les jeter dans les bras l'un de l'autre, de la manière la plus définitive possible? Ou pas? Plus que l'objectif, en somme, c'est le chemin qui est intéressant.

 

De la psychologie avant toute chose

Pour que ce cheminement soit captivant, l'auteure joue sur la psychologie de ses personnages. Il en résulte un ouvrage aux méandres tors. On veut croire aux hésitations de Jack, tiraillé entre ses obligations familiales et ses sentiments envers sa très jeune amante, même si certains éléments du récit font figure d'alerte: Jack de Nerval n'est-il pas un homme à femmes et un pilier de bistrot? Naïve, Lucy l'est un peu, forcément, puisqu'au début du roman, elle est vierge et n'a guère connu de flirts - elle fait dès lors figure de personnage blanc sur lequel écrire, ab ovo, toute une éducation sentimentale.

 

Alors certes, dès lors qu'il faut faire chanter les violons, l'auteure s'y connaît. Mais autour de Lucy, la romance fonctionne de façon réactive et passive, loin de la morale du conte de La Fontaine "Comment l'esprit vient aux filles". Tout va vite: vierge à Nouvel An, Lucy va recevoir pas moins de trois demandes en mariage avant même que l'hiver ne s'achève. A travers ces demandes en mariage, l'auteure installe trois types d'hommes possibles: celui qu'on écarte assez (ou trop) vite (Buchanan), celui qui fait figure de choix raisonnable (Allan) et celui qui représente la passion (Jack). Et la tension entre l'amour et la passion va effectivement sous-tendre l'ensemble du roman.

 

Le poids des convenances

Tout cela ne serait rien sans le poids des convenances. L'auteure n'a pas hésité à se renseigner sur les moeurs qui prévalaient dans l'Angleterre rurale du dix-neuvième siècle, version post-napoléonienne. La vie de Lucy se déroule dans le cadre familial d'une famille certes bien dotée d'un point de vue symbolique (gentry), mais désargentée.

 

Dès lors, s'installe une tension entre les principes qu'on entend défendre (et le personnage de Henry, le grand frère, les incarne à lui seul) et une implacable réalité qui oblige à transiger avec la morale la plus stricte. Cette tension n'est pas sans évoquer celle qui, oscillant entre nécessités d'entretien et chimères, habite le roman "Les Aristocrates" de Michel de Saint-Pierre.

 

Reste que d'une manière générale, le contexte social paraît pesant. L'auteure montre une famille élargie qui fonctionne pour ainsi dire en autarcie: une gentry éloignée des images proprettes, bourgeoisement enviables, qui viennent à l'esprit dès qu'on entend ce mot. En effet, celles et ceux qui s'en réclament ici sont obligés, l'argent se faisant rare, de mettre la main à la pâte et de seconder le personnel domestique - une manière de "déroger", au sens originel du terme. De manière un peu étonnante, il ne sera guère question, en revanche, de religion: Dieu ne vient pas à la rescousse de Henry, présenté comme le gardien de la maisonnée.

 

Chamanisme et médecine

Lucy Hadley est-elle une sorcière? D'emblée, l'auteure installe le doute, en ouvrant son roman sur une scène mystérieuse où apparaît un loup. Cela dit, à l'instar de nombreux personnages de roman (c'est le fonds de commerce d'une certaine littérature fantastique), Lucy pressent confusément qu'elle est différente, et exploite des talents qu'elle a à l'état natif. Pour bien souligner cette différence, l'auteure fait de Lucy une figure impétueuse, difficile à contenir, qui se détache d'un environnement austère et conventionnel.

 

Ces talents aux confins du surnaturel, l'auteure les dessine avec clarté. Les rêves de Lucy rythment le roman, et sont présentés de manière particulièrement prégnante. La question de leur interprétation est posée, suggérant une réflexion qui va au-delà d'un rationalisme étriqué.

 

Et puis, l'auteure confère à Lucy Hadley des talents de mège, pour reprendre le mot de Jean-Paul Pellaton. Talents à double tranchant: d'un côté, on est bien content d'avoir Lucy pour se soigner; de l'autre, ses compétences, acquises sans qu'on sache trop comment, jettent sur elle une suspicion rédhibitoire: c'est une sorcière. A moins qu'il ne s'agisse d'une chamane? La question est posée, mais elle n'est pas exploitée dans "Au-delà de la raison". Le lecteur de ce roman saura se contenter des quelques recettes de bonne femme, par exemple contre la gueule de bois: l'écorce de saule serait souveraine... mais n'est-ce pas la version native de l'aspirine, dont la substance active est l'acide acétylsalicylique, précisément tirée du saule?

 

Ce n'est pas le seul aspect que l'écrivaine suggère sans le creuser jusqu'au bout: elle se ménage plusieurs portes ouvertes. Certes, "Au-delà de la raison" s'achève sur un épilogue et sur un moment de calme relatif, à la fois aboutissement et porte ouverte sur une autre histoire, dans la vie de Lucy Hadley. Et le lecteur qui aime les scènes sensuelles, explicites, aura eu son content. Cela dit, croire que "Au-delà de la raison" se suffit à lui-même est une illusion: trop de pistes sont esquissées pour qu'un lecteur chevronné se contente de ce seul livre. Et de fait, l'auteure promet une suite, d'ores et déjà intitulée "De toute mon âme", qui sera une synthèse et un couronnement de ce premier opus. Gageons qu'elle répondra aux nombreuses questions que "Au-delà de la raison" laisse en suspens.

 

Marilyn Stellini, Au-delà de la raison, Paris, Bragelonne/Milady, 2015.

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 22:18

Perruchoud Pute

Et de dix: ayant tourné ce matin la dernière page de "La Pute et l'insomniaque", je peux dire à présent que j'ai lu tous les romans que Michaël Perruchoud a signés seul et publiés à ce jour. Paru en 2007, ce roman noir est typique de l'auteur: une écriture travaillée, un univers amer qui peut être violent et surtout une aptitude à surprendre, tant il est vrai que l'écrivain genevois aime varier les contextes de ses romans.

 

Surprenante, déjà, l'entrée en matière, la façon que l'écrivain a de placer le lecteur le nez sur l'action dès les premières phrases. Celles-ci sont un gros plan sur un dos, un cul, une main. On ne comprend pas tout de suite. Puis l'image prend forme: une prostituée, Elena, et un micheton, simplement surnommé "La Glotte". Un bête client d'un bar à champagne de seconde zone ne mérite pas qu'on le baptise.

 

L'écriture est travaillée, je l'ai dit. L'auteur a le chic pour trouver les phrases qui claquent, les expressions qui font mouche. Son art poétique va jusqu'à associer des mots qui, en plus de faire image et d'étonner à l'occasion, sonnent bien ensemble: rimes, assonances, etc.

 

Le bar à champagne est observé par Alexandre, un jeune homme naïf et minable dont la principale qualité est d'être insomniaque. Une insomnie peu confortable, décrite par le menu, jusqu'à communiquer au lecteur le malaise d'Alexandre. C'est ce personnage que l'écrivain creuse avant tout; de sa part, le lecteur perçoit aussi une certaine tendresse pour Zina, l'une des filles du bar, celle qui a son franc-parler. Qu'adviendra-t-il d'elle?

 

Le round d'observation est relativement long, et montre un contexte crédible où tout semble tourner rond. Les visites des policiers paraissent elles-mêmes relever d'une routine presque anodine. Mais qu'une fille meure dans le bar, et tout s'emballe... Cela surprend encore une fois le lecteur, qui découvre sous un jour nouveau des aspérités apparemment sans conséquence, disséminées tout au long du début de l'ouvrage: les déménagements fréquents des filles, leur suivi, l'observation de certains habitués énigmatiques, etc. Tout cela, et même Elena et Zina, le lecteur le retrouve dans la synthèse finale, prélude à un aboutissement qui pourra paraître ouvert, selon qu'on est optimiste ou non...

 

Michaël Perruchoud, La Pute et l'insomniaque, Lausanne, L'Age d'Homme, 2007.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 22:39

hebergement d'imageSharon revient avec un nouveau billet portant sur un premier roman, et contribue ainsi au défi. Je vous invite à le découvrir:

 

Ophélie Pemmarty, Ismène et l'elixir des elfes

 

Encore merci à toi, Sharon, pour ta fidélité!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line],Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde,Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo,Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

Matinale

 

Allons réveiller

la Muse endormie

à l'ombre indécise

d'un genévrier.

 

Allons nous blottir

sans souci de l'heure

en ces lieux qu'enchante

l'églantier sauvage.

 

Déjà tant de fois

nous avons connu

aux heures de rêve

des tendres matins

 

l'impression suave

d'être assise au bois

tout près d'une source

claire qui chantait.

 

Ce jour qui s'éveille

pur et virginal

effeuille des rêves

sur les mousses fines.

 

Anne Serre (1960- ), Sonnets sornettes etc..., Saint-Etienne, 1981.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 21:09

Chevalley CelluloseLu par Francis Richard.

Défi Premier roman.

Le site de l'éditeur.

 

Un livre sur papier. Un livre que l'on dévore. Deux idées qui prennent un sens particulier puisqu'il est question, dans "Cellulose", de personnages papyrophages - qui mangent du papier. Et d'un, en particulier, qui dévore tout un dossier au bureau où il est commis. Avec ce roman, le jeune écrivain romand Guy Chevalley, membre fondateur du collectif d'auteurs AJAR, fait entendre une voix très personnelle dans le domaine romand, faite d'impertinence et de fine caricature.

 

Tout s'installe avec une grande efficacité dès le premier chapitre, agencé comme une base de narration solide. Donc, le commis de bureau Morlan recherche un dossier, alerte tout l'étage, retrouve le dossier sur sa propre table de travail et le mange pour ne pas perdre la face. Et il fait porter le chapeau à son chef. De quoi lancer une bonne série de catastrophes.

 

L'auteur mène son récit avec un grand souci de la gradation qui fait que le lecteur, à chaque péripétie, se demande jusqu'où tout cela va aller. En contrepoint, l'environnement du docteur Chuques permet à l'auteur de donner libre cours à son sens de la caricature haute en couleur: très imbu de sa personne, le fameux médecin élève des poulets par passion, sa vie de couple est un peu hors norme.

 

Son beau-fils, van Driessche, n'est pas piqué des vers non plus. On adorera le voir gérer ses trois enfants en l'absence inexpliquée de sa femme: cela donne lieu à quelques scènes dont l'humour de situation est irrésistible.

 

Enfin, à travers la figure de Morlan, se pose une question présentée comme délicieusement post-moderne: "a-t-on le droit de ne pas avoir d'ambition"? Le personnage de Morlan se voit proposer des promotions mirobolantes, toutes nées de quiproquos, et qu'il rejette personnellement. S'exprimant à la première personne dans les chapitres où il intervient (alors que le roman est écrit à la troisième personne), Morlan s'avère excessif à sa manière, et aussi attachant: peut-on en vouloir à un bonhomme dont la seule aspiration dans la vie est de visionner en boucle les épisodes de "Magnum" en mangeant de la pizza quatre fromages?

 

Pour son premier roman, Guy Chevalley offre à son lectorat un ouvrage joliment drôle et caricatural, mené tambour battant, qui part d'une situation de bureau absurde pour brocarder les travers de quelques personnages. Une réussite savoureuse que le support du livre sur papier magnifie...

 

Guy Chevalley, Cellulose, Lausanne, Olivier Morattel Editeur, 2015.

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 22:25

Croset PolaLu par Amandine Glévarec, Francis Richard.

Le site de l'auteure.

 

Autofiction... quel gros mot, diront certains! Avec "Polaroïds", l'écrivaine Laure Mi Hyun Croset assume pleinement l'étiquette, et l'illustre même. Sobre pour laisser toute la place à ce qui est raconté, le style est celui d'une auteure qui choisit de se mettre à nu. Et ce n'est pas peu dire: trouvant un juste milieu idéal entre la fausse pudeur et le voyeurisme racoleur, la narratrice de "Polaroïds" va très loin dans l'exploration de son passé, quitte à laisser l'impression d'une psychanalyse qui révélerait tout, y compris des choses intimes et difficiles à avouer. En début de carrière littéraire, l'auteure relève pourtant le défi, sans tricher, et offre au lecteur l'occasion de faire intimement connaissance avec elle.

 

Le tire, "Polaroïds", renvoie à ces photos qu'on pouvait voir immédiatement, sans passer par l'étape du développement propre à l'argentique, et qui ont saisi plus d'un moment de vie au temps où le numérique ne s'était pas emparé de l'image. Pourquoi ce mot? L'auteure s'en explique d'emblée: "Je conçois les névroses comme des séries de polaroïds inquiétants, disséminés dans de vastes forêts, comme un certain nombre d'images égarées dans les bois de nos esprits." Et c'est en effet à la façon d'instantanés, de photographies prises sur le vif et révélatrices d'aspects très personnels voire intimes, que se structure "Polaroïds". Ces instantanés de vie font écho à l'usage immodéré que les parents de la narratice font de l'appareil photo - c'est un fil rouge pour le début du livre.

 

Et de quoi sera-t-il question? Chapitre après chapitre, l'écrivaine aborde les différents aspects de son existence. Elle parle d'identité, puisque la romancière, d'origine coréenne, a été adoptée par une famille suisse. Il sera question de langue française, de rapport aux parents et aux amis. Comme dans une psychanalyse, l'auteure creuse profond et n'omet aucun épisode, fût-il gênant ou honteux. Elle va plus loin en abordant des éléments que l'on ne soupçonne guère quand tout va bien: le rapport au corps et à la peau, le regard des autres, etc. Regroupés en chapitres, ces instantanés, ces Polaroïds sont des épisodes de vie que l'on dévore, avec curiosité - qu'ils soient originaux ou convenus. Du coup, le lecteur serait-il voyeur? Il lui arrivera en tout cas de se retrouver, d'une manière ou d'une autre, dans les anecdotes relatées.

 

L'auteure ne cherche pas à se donner le beau rôle. Mais elle ne s'accable jamais non plus. En définitive, le lecteur découvre une série d'épisodes narrés avec une certaine distance par celle qui les a vécus. Cette distance offre à chacun un peu de place pour sourire, un espace de connivence, et susciter des sentiments autres qu'un apitoiement superficiel. Vu comme cela, le lecteur a envie d'en savoir plus... et tournera immanquablement des pages remplies d'histoires courtes et vivantes.

 

Laure Mi Hyun Croset, Polaroïds, Avin, Luce Wilquin, 2011.

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 21:11

hebergement d'imageRoman après roman, l'écrivaine valaisanne Gwénaëlle Kempter aime mettre en scène des univers sauvages et dépouillés, propices à l'exploration approfondie de l'humain dans ce qu'il a d'essentiel. "De la brûlure à la lumière", son dernier roman, ne fait pas exception. On y retrouve certaines constantes, telles que l'observation fine des chevaux et des humains comme dans les deux tomes de "Dust" (j'en parlais ici et ). Avec "De la brûlure à la lumière", Gwénaëlle Kempter renoue avec l'idée du roman post-apocalyptique, déjà explorée avec brio dans "Le Maître loup".

 

Reste que si l'univers du roman "Le Maître loup" explorait des montagnes inhospitalières, c'est dans le désert que commence "De la brûlure à la lumière". Un début qui n'est pas sans rappeler celui de "Dust II", avec un humain qui perd un être cher - sa femme, cette fois. Ultime dépouillement: le personnage principal, Igor, est provisoirement nu, libre, aussi vierge qu'une feuille blanche. Ce dépouillement humain fait écho à celui de la Terre où survivent les hommes, ravagée par un cataclysme nucléaire. Une planète où les pays n'ont plus même de sens: les gens se séparent entre ceux de l'Est, héritiers d'un puritanisme présenté comme monochrome, et ceux de l'Ouest, qui vivent dans une ambiance de western.

 

"De la brûlure à la lumière" se construit comme un roman d'apprentissage, dès lors qu'Igor, homme de l'Est, fait la rencontre de Chelcie, un homme de l'Ouest qui lui sauve la vie. Il fait plus que cela: il lui enseigne une nouvelle manière de vivre, présentée comme plus goûtue, plus intense mais aussi plus rude: celle d'un liquidateur. Apprendre à tuer s'avère un élément ultime; aux yeux d'Igor, c'est un dernier tabou qui va sauter, après de nombreux autres: retrouver une vie sexuelle après la mort de sa femme, apprendre à tirer, réinventer son rapport aux animaux et aux humains, etc. Igor devra même remettre en question ses attirances sexuelles, moins claires qu'il n'y paraît - cet aspect va nourrir tout le roman, et devenir l'élément clé de la relation qui se construit entre Chelcie et Igor.

 

L'auteure dessine un monde d'hommes. Les personnages principaux, ceux qu'elle met en avant et creuse le plus, sont des mecs accomplis, des vrais - rudes, capables d'aller loin dès qu'ils s'allient, mais aussi aptes à montrer leurs émotions. Les personnages féminins, le plus souvent épouses de personnages secondaires, s'avèrent effacés. On relèvera cependant la présence récurrente des courtisanes, figures d'un certain repos du guerrier, dépositaires d'un savoir exclusif, en partie perdu, en matière de sexualité. Jusqu'au saloon, à ses arrière-salles et à ses alcôves, les codes du western sont respectés.

 

Certes, la raison du cataclysme n'est guère connue des personnages. Mais ses effets ne manquent pas de se déployer, par exemple à travers des enfants difformes - ce qui donne à l'auteure l'occasion de confronter deux avis: les éliminer ou pas? Cela pose la question de la transmission de l'héritage du passé, abordée aussi. Quant aux personnages, ils ne savent guère lire - mais se débrouillent autrement, quitte à développer des compétences de chamanes.

 

Libertés, grands espaces: dans "De la brûlure à la lumière", Gwénaëlle Kempter revisite ses univers de prédilection en leur donnant un cadre neuf. Les fidèles lecteurs ne seront pas dépaysés. Quant à celles et ceux qui font connaissance de l'écrivaine avec ce roman, ils découvriront un monde littéraire qui se dépouille pour mettre en avant les arcanes et les méandres de l'âme humaine, mise à nu et débarrassée de tout élément parasite.

 

Gwénaëlle Kempter, De la brûlure à la lumière, publié en autoédition. Pour passer commande sur Lulu.com.

 

Merci à Gwénaëlle Kempter pour l'envoi d'un exemplaire de "De la brûlure à la lumière".

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 21:03

hebergement d'imageTrois fois plutôt qu'une: Sharon est de retour et le fait savoir! Elle propose trois contributions au Défi Premier roman. Je vous invite à les découvrir en suivant les liens ci-dessous:

 

Olivier Truc, Le dernier Lapon

Tanya Huff, Vicky Nelson tome 1: le prix du sang

Siri Kolu, Les Filouttinen

 

Merci pour ces participations! Je signale par ailleurs que Sharon a repris la responsabilité d'animer le défi Polar et thriller. C'est ici que ça se passe; à vous de jouer!

 

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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