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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 23:59

Costa CrècheVisiteur régulier, ami de longue date ou internaute de passage sur ce blog, bonsoir! Je vous souhaite une belle, douce et sainte fête de Noël. Transmettez mes voeux de bonheur et de joie à celles et ceux qui vous sont chers.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 22:00

Bovon MorayLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur - merci pour l'envoi!

 

Gérimont? C'est un cycle épique, littéraire et artistique, signé Stéphane Bovon, dont le troisième tome vient de paraître. Alors que les deux premiers avaient la couleur fantasmagorique des romans d'anticipation post-apocalyptiques, "Les deux vies de Louis Moray" plongent dans une actualité immédiate. "Roman politique et naturaliste", tel est en effet le sous-titre de cet ouvrage, qui relate la jeunesse d'un futur "roi des Suisses" nommé Louis Moray.

 

Louis Moray? En dessinant la jeunesse de ce personnage, l'auteur dépoussière avec bonheur un scénario classique, fréquent dans la littérature de genre actuelle (jeunesse, fantastique): celui du personnage jeune, effacé, qui se cherche en sentant confusément qu'il a quelque chose de plus que ses contemporains. Louis Moray cherche ses réponses dans le monde qui l'entoure, en fonction de circonstances dont il est le jouet. Ainsi tombe-t-il tour à tour à l'Union démocratique du centre (UDC), parti suisse de droite dure bien réel, puis dans un groupe évangélique heureux mais rigoriste. Ces écoles valent ce qu'elles valent, et l'auteur les démystifie sans se gêner. Mais elles ont une force: ce sont elles qui font grandir Louis Moray.

 

Il y a là deux orientations divergentes, l'une plongeant dans ce que le réel peut avoir de plus concret, l'action politique. L'auteur montre donc notre personnage en train de tracter, de se positionner face aux arguments de contemporains plus sûrs d'eux mais pas plus malins. L'auteur finit d'ancrer son histoire dans le réel en mettant en scène deux ou trois personnages bien réels: Laurent Ballif, syndic socialiste de Vevey, Oskar Freysinger, homme politique de droite, Fabienne Despot, présidente de la section vaudoise de l'UDC. Le parti est brocardé comme il se doit, de manière caricaturale, mais sur le même ton, l'auteur sait aussi égratigner le camp adverse s'il le faut. Le réel affleure aussi dans ce qui se passe à Vevey, notamment au travers du festival PictoBello, où l'auteur, qui s'est illustré dans la bande dessinée aussi, rend hommage à quelques confrères suisses et belges. Puis vient le complot, point de bascule du roman.

 

Autour du groupe évangélique, l'ambiance est plus éthérée, plus échevelée aussi. Puisant à des sources solides, l'auteur dessine l'atmosphère des offices religieux où l'on parle en langues et où les miracles surviennent facilement sous l'effet de la transe. Il est aussi question de l'hypocrisie de certains religieux, bons en apparence, mais qui tiennent à occuper le devant de la scène. Tout s'achève sur une dispute entre prophètes réels et supposés... En donnant par ailleurs au pasteur une femme à la fois belle et mère de famille nombreuse, associant en une seule personne les archétypes de la mère et de la putain, il installe quelque chose de trouble. Ne serait-ce que dans le regard des autres sur elle. Forcément peccamineux, le regard...

 

Le fantastique est discret sur ce coup-ci. Il prend la forme d'un mystérieux homme en noir, qui apparaît aux moments clés du parcours de Louis Moray. On ne saura pas grand-chose de lui: est-il réel, ou n'est-il que la conscience, le "Jiminy Cricket" de Louis Moray? Mystère.

 

Comme dans les épisodes précédents du cycle de Gérimont, on sourit volontiers au fil des pages, même si celles-ci abordent à l'occasion des sujets aussi graves que l'opposition, argumentée avec intelligence, entre racisme et xénophobie. Le sourire naît d'une écriture qui, derrière un côté débonnaire, cache une finesse de renard rusé. L'auteur sait donner à chacun sa voix: il y a les orateurs qui bafouillent (étonnante recréation de la langue de bois politique!) et ceux qui parlent sans hoquets pour mieux persuader.

 

Quant au langage, il est parfaitement en phase avec les lieux où l'action se tient: on parle volontiers vaudois, le topio du coin n'est pas loin... et en définitive, c'est bonnard! Un peu comme la ville de Vevey telle qu'elle est dessinée par l'auteur et où rien ne manque: le coup de blanc de onze heures qui se prolonge bien après la fin du marché folklorique, la fête des vignerons, les restaurants où l'on boit une bière ou un ovo, l'église orthodoxe, le lac, le musée Jenisch. Qu'est-ce que tout cela vaut, toutefois, face à la montée des eaux? Affaire à suivre... Intitulé "Lachaude", le tome 4 du cycle de Gérimont est annoncé pour 2016.

 

Stéphane Bovon, Les deux vies de Louis Moray, Lausanne, Olivier Morattel Editeur, 2015. Illustrations de ou avec Krum, Christian Eggs, Samuel Rouge, Maga, Xavier Löwenthal, Maude Fattebert et macbe.

 

Mon billet au sujet de "Gérimont", tome 1 du cycle.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

Vos yeux...

 

Vos yeux sont comme un lac des hautes solitudes

où règne en la lumière un silence sacré:

les monts, ces dieux muets dont il est entouré,

veillent sur son mystère et sur sa quiétude.

 

Aux pentes de granit luit le mica doré,

le dur glacier descend jusques à son rivage;

blancheur, azur: il flotte un parfum de rosage,

- mais le lac reste noir, rien ne s'y peut mirer.

 

Je me penche et regarde, et songe à des légendes:

quel temple, en cet abîme où des cloches s'entendent,

s'est dans l'ombre englouti sous le froid firmament?

 

Ton immobilité m'épouvante, onde obscure:

moins de péril menace un héros d'aventure

sur l'océan sans bords et toujours écumant.

 

Gonzague de Reynold (1880-1970), Conquête du Nord, Paris, Gallimard, 1931.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 22:03

Gaudin TropDéfi Premier roman.

 

"Tout ça, c'est à cause de la neige qui n'en finissait pas de tomber. Moi j'avais que des bonnes intentions. Je voulais l'aider, rien de plus." Ce "je", c'est Jean, celui qui tiendra le crachoir tout au long de "Trop tard pour mourir", premier roman d'Yves Gaudin. Un écrivain pour qui l'année 2015 aura été faste: en plus d'entrer en littérature, cet auteur suisse, musicien et directeur de fanfare, a soutenu avec succès et mention "très honorable" sa thèse de doctorat sur la musicothérapie à l'université de Nice il y a une dizaine de jours. Félicitations!

 

Et à le lire, force est de constater qu'il connaît la musique. Son personnage a une voix, c'est indéniable - une voix qui colle à la peau de ce bonhomme nommé Jean, emprisonné malgré lui dans un conteneur en partance pour des terres lointaines. L'écrivain excelle à moduler cette voix: il lui arrive d'être canaille, de flirter avec un langage populaire lorsqu'il est question d'une vie de célibataire en délicatesse avec la loi. Elle se fait lyrique, voire emphatique, lorsque les sentiments amoureux prennent le dessus: les femmes sont au pluriel dans l'existence de Jean. Et lorsque surviennent les vertiges, les pertes de connaissance, la ponctuation s'en va, laissant le lecteur plonger en apnée.

 

Une apnée qui rappelle l'un des métiers de Jean: il a été scaphandrier. Sa plus grande plongée est cependant dictée par l'enfermement dans un conteneur, évoqué ci-dessus, où l'air finit par devenir rare. On ne saura pas exactement si cet enfermement est accidentel ou volontaire, et le roman ne permet jamais de trancher vraiment. L'enfermement sert de prétexte à l'évasion: alors que le lecteur peut s'attendre à un huis clos replié sur lui-même, l'auteur développe, au fil des pages, la biographie du personnage enfermé. Et laisse le lecteur libre de juger: a-t-il mérité d'être ainsi enfermé, durant 28 jours, sans nourriture, avec juste un peu de vin, quelques médicaments et pas assez d'air pour survivre?

 

La biographie de Jean, je l'ai dit, emprunte les méandres d'un personnage en délicatesse avec la loi: il a tué. L'auteur dessine les silences et les non-dits qui résultent d'une telle action, peignant en creux la difficulté de l'anonymat lorsque l'on contrevient à la loi: il est question de regards de travers, d'incrédulité face à un parcours mensonger: Jean a-t-il fait les études pour lesquelles il est parti vers la grande ville?

 

Parti... "Trop tard pour mourir" peut dès lors être vu comme un roman de la fuite. Si pénible qu'il paraisse au narrateur, le départ pour Paris a quelque chose qui soulage, comme une prise de distance envers des erreurs de jeunesse mal assumées et qui trouveront leur dénouement en fin de roman. Face à l'homicide aussi, partir pour l'Afrique paraît une solution. Et face aux juges, la langue de bois du prévenu a également tout d'une fuite face aux responsabilités. Fuite inefficace, bien sûr... Enfin, l'ultime départ a tout d'une fuite - comme si partir à deux pour un étranger lointain pouvait donner à un couple en perdition un nouveau départ. Illusion, selon l'auteur...

 

Roman d'aventures vécu dans un conteneur, plaidoyer pro domo d'un misérable présenté au lecteur seul apte à juger, "Trop tard pour mourir" est aussi un ouvrage au travail stylistique remarquable, toujours au plus près de son sujet, où la musique des mots se télescope avec celle de l'opéra, où "La Bohème" de Puccini entre en phase avec les âmes grises d'aujourd'hui. C'est aussi une belle réflexion autour d'un personnage qui a toujours privilégié la fuite... jusqu'à ce que, au moment où il s'y attend le moins, elle s'avère sans issue.

 

Yves Gaudin, Trop tard pour mourir, Fribourg, Faim de Siècle, 2015.

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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 21:13

hebergement d'imageNouvelle participation signée Sharon, avec un billet sur "Celles de la rivière" de Valérie Geary. C'est ici que ça se passe:

 

Valérie Geary, Celles de la rivière.

 

Je vous invite à découvrir ce billet! Merci à Sharon pour cette nouvelle contribution au Défi Premier roman.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi Premier roman
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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 21:42

Voltenauer MuveranLu par Stella Noverraz.

Le site de l'auteur, celui de l'éditeur.

Défis Thrillers et polars et Premier roman.

 

"L'homme qui n'était pas un meurtrier se tenait sur la terrasse de son chalet d'alpage.": quel incipit! Par ces quelques mots, "Le dragon du Muveran" installe le décor, villageois et proche de la nature. Et l'auteur de ce roman tout neuf, Marc Voltenauer, pointe du doigt un personnage: celui qui, tout au long du roman, refusera l'étiquette de meurtrier, malgré les évidences. Sise à Gryon, dans le canton de Vaud, l'intrigue assume son régionalisme, tout en ouvrant son propos à quelques questions universelles, indispensables à l'intrigue ou plus périphériques, telles que l'auto-radicalisation, le statut des homosexuels, la vie villageoise, les enfants placés...

 

L'auteur jette toutes ses forces dans la bataille de ce premier roman. Celui-ci paraît donc riche, mais aussi touffu par moments, quitte à perdre en percutant: l'auteur se complaît parfois à décrire les personnages et leurs pensées, plutôt que de les montrer en action. En début de ce roman de 663 pages, alors que tout doit se mettre en place, le lecteur peut avoir l'impression de ramer.

 

Mais la générosité a aussi des avantages. Le lecteur se trouve donc face à un personnage principal riche. On relèvera d'abord son nom, surprenant: l'auteur l'a baptisé Andreas Auer, parfait homonyme d'un professeur de droit de renommée suisse, que j'ai moi-même potassé un peu à l'IDHEAP. Peu importe, cela dit: la figure est captivante, tiraillée entre un ego large qui le désigne comme un leader crédible, une homosexualité assumée au bout d'un parcours personnel qu'on devine tortueux et un hédonisme qui réserve quelques descriptions agréables: bons cigares, whiskies, supertoscans d'exception... Ce sont d'agréables contrepoints à une intrigue terrible, qui tourne autour d'un tueur en série mystérieux et astucieux et de quelques secrets trop bien gardés.

 

Qu'on en juge: assumant un côté sacrilège (le premier cadavre est retrouvé sur l'autel du temple de Gryon), chacun des homicides fait référence à des versets bibliques, et pas des plus célèbres. La bible et la pratique religieuse protestante constituent un fil rouge de l'ouvrage, dans une optique résolument réformée: plus d'un personnage connaît la bible parce qu'il l'a lue et a eu un épisode religieux sincère dans sa vie, même les policiers, qui se souviennent de leur catéchisme. Il est permis de penser ici au "Da Vinci Code"; mais là où Dan Brown propose un jeu de piste cérébral fondé sur une vision étroitement athée et universitaire, "Le Dragon de Muveran" offre un véritable roman policier protestant, construit avec les tripes et qui plonge bien profond, allant jusqu'à aborder la question de la culpabilité et du pardon et à évoquer quelques frictions possibles entre protestants et catholiques. Une question bien suisse, pour le coup, puisqu'il s'agit là des deux confessions historiques en Suisse.

 

Si Andreas Auer constitue un personnage complexe et passionnant, plus tourmenté qu'il ne veut bien l'avouer, le méchant qui lui fait face n'est pas moins captivant. Le romancier compose autour de cette figure d'éternel souffre-douleur un univers de tourments que cache le vernis d'une vie villageoise paisible: violé, abusé, baladé de famille en famille, mal aimé, l'homme est suprêmement intelligent, brillant même, et doté d'une force physique certaine. L'auteur parvient à rendre crédibles quelques agissements à peine croyables: ce bocaux pleins d'yeux qu'on retrouve par exemple chez tel personnage, comment y est-il arrivé? De la part d'un coupable si astucieux, rien d'étonnant... Cela dit, la mission "divine" d'ange exterminateur dont il se sent endossé donne à réfléchir au lecteur, surtout en ces temps où l'auto-radicalisation fait des ravages: le tueur en série, orfèvre du meurtre sanglant, se croit investi d'une mission divine, et ne se sent en aucun cas un meurtrier. Ainsi le lecteur en revient-il à l'incipit... et finit-il par ressentir une empathie coupable pour ce tueur en série ambivalent: acteur odieux, n'est-il pas aussi victime des circonstances?

 

Que de mots, que de richesses! L'entrée en matière n'est donc guère évidente. L'auteur attend du lecteur qu'il fasse l'effort d'entrer dans son monde et le suive dans des descriptions et théories dont la pertinence est parfois sujette à caution (qu'est-ce que Paul Watzlawick vient faire là? Et pourquoi tant de mots sur la pratique du poker comme clé d'un bon interrogatoire?). "Le Dragon du Muveran" est donc un roman copieux, dense comme une forêt impénétrable, révélateur d'un regard qui, s'il est principalement local (ce que souligne une langue qui assume ses discrets helvétismes), sait s'ouvrir sur le monde et évoquer des thèmes universels. Avec ses limites et ses forces, c'est un roman qui pourrait marquer l'histoire du polar en Suisse romande.

 

Marc Voltenauer, Le Dragon du Muveran, Lausanne, Plaisir de lire, 2015.

 

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Caro[line],Chrys, Emma, Fleur, George, Herisson08, Hilde, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, MyrtilleD, Séverine, Violette.

 

 

XXVII

 

Quelle épée me partage l'âme, m'ouvre au milieu du coeur ce gouffre d'être séparé de toi et que tu meures de deuil et que je meure?

 

Les roses ont la chair qui se décompose et l'eau pourrit dans les mares mais je crois que je connais la haine.

 

Les uhlans, les famines et le trépas foulent ce chemin où tu pleurs doucement notre jour dont déjà penchait la tête sur les collines à sépulcres.

 

N'étais-tu pas ma longue lumière d'été au soir de qui, accablé par l'amour, je sombrais dans un rêve obsédé d'astres?

 

Quand le frémissement de ton approche me réveillait avant le chant du coq, n'aurai-je donc descellé mes paupières que pour me rendormir sur ma naissance?

 

La destruction nous profane et son prince nous marche sur les yeux mais c'est en vain que ses démons me raclent la mémoire sous le crâne où ton nom ne cesse guère.

 

De quel puits sont sortis sur le monde tant de dieux souterrains avec leur face de houille et leurs tenailles sans empêcher tes os phosphorescents de traverser ma nuit?

 

Certes je me tais mais les phrases en débris murmurent à la cime des trembles ton âme qu'elles cachaient.

 

Jean Grosjean (1912-2006), La Gloire, Paris, Poésie/Gallimard, 1969.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 22:04

Pingault MaisonsLu par Goliath, Mina Merteuil.

 

Il y a eu Joy Sorman et "Gros oeuvre". Et, plus expérimental, "L'Immobilier" d'Hélèna Villovitch. Autant dire que le thème du logis et des maisons occupe les auteurs de nouvelles de ces dernières années. C'est que c'est un thème porteur, puisqu'il nous concerne tous. Véronique Pingault vient, si j'ose dire, ajouter sa pierre à l'édifice. Paru chez Quadrature, son recueil tout personnel affectionne l'intrigue. Et comme les autres auteurs, il ne dédaigne pas l'évocation de demeures auxquelles on n'aurait pas pensé a priori.

 

Compacte, la nouvelle initiale "Les herbes folles" évoque en germe ce qui sera présent, de façon développée, tout au long du livre: souvenirs de vie liés à un édifice, disparition, végétation, négociation même. C'est une nouvelle dense et brève, qui constitue un accès abrupt au recueil. Mais elle constitue une parfaite ouverture à un ouvrage plein de textes adroits et plus porteurs.

 

La nouvelliste a le sens de l'intrigue. Et lorsqu'elle exploite ce talent, le lecteur va immanquablement sourire et marcher dans sa combine. Cela fonctionne particulièrement dans "Avec terrasse", où un personnage, avec ses forces et ses faiblesses, ne rêve que d'une chose: loger dans un lieu avec terrasse. Est-ce trop demander? L'auteure multiplie les obstacles à plaisir. Dans un esprit similaire, "En terre potagère" se plaît à confronter les âmes. C'est une nouvelle finaude: faut-il détester cette vieille dame qui, parce qu'elle a certains droits sur tel terrain, se montre intrusive, presque malgré elle? L'issue s'avère plutôt amère que douce... de même que celle de "Tintamarre et cacahuètes", construite sur les bruits du voisinage.

 

L'auteure aime à jouer avec les mots à l'occasion. De ce point de vue, "Marée haute, marée basse", opportunément située en Bretagne, s'avère magistrale dans l'exploration exhaustive d'un champ lexical, par-delà son intrigue. Son issue tragique fait un contraste inattendu avec l'idée amusante et imagée des verres vides, à marée basse: pour un peu, l'on penserait à "Marée basse", chanson doucement subversive des "Amis de ta femme"... De même, le lecteur aimera dérouler la "Pelote de Phil", mais pas trop souvent - le titre est tout un programme, annonciateur d'une vengeance conjugale habilement construite!

 

Des logements de standing aux ponts sur la Seine en passant par un bateau à l'image de Pen Duick, l'auteure aborde plusieurs types d'habitat et dessine les humains qui les hantent. Elle va jusqu'à évoquer la dernière demeure de chaque être humain, dans la nouvelle "Les talons d'Adeline" qui arrive pertinemment, presque en fin de recueil. Mais est-ce un final idéal? Non: la nouvelliste va encore plus loin, montrant dans "Where you live" un personnage qui va jusqu'à renoncer à son logis, à son identité même. L'auteure lui a donné un titre en anglais, ce qui n'est pas innocent: pour sa sortie de recueil, elle va jusqu'à prendre ses distances avec une langue française qui est sa propre maison.

 

A sa manière, adoptant à l'occasion et avec justesse les voix de ses personnages, Véronique Pingault aborde le thème riche de l'habitat. Et c'est à sa manière qu'elle apporte une belle pierre à cet édifice éminemment divers qu'est le genre littéraire de la nouvelle.

 

Véronique Pingault, Les maisons ont aussi leur jardin secret, Louvain-la-Neuve, Quadrature.2015.

 

Autres titres cités:

Joy Sorman, Gros oeuvre, Paris, Gallimard, 2009.

Hélèna Villovitch, L'Immobilier, Paris, Verticales, 2013.

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 20:46

Etranges ParcoursQuatre auteurs se mettent ensemble pour créer un recueil de nouvelles. Beau projet, en vérité! C'est ainsi que "Etranges parcours..." a vu le jour. Paru aux éditions In Octavo, cet ouvrage collectif a vu le jour en 2004. Il rassemble des textes signés des auteurs français et suisses Marie-Laure Bigand, Franck Barthomeuf, Edouard Della Santa et Jean-Marc Oisel. Sa lecture s'avère aisée et rapide.

 

Certes, le travail de correction typographique et orthographique, négligé dans ses finitions, donne des résultats un brin aléatoires. Mais force est de constater que la mise en page, particulièrement aérée, garantit un grand confort de lecture. Et la couverture attire l'oeil grâce à un graphisme fort. Voilà pour l'objet livre! Voyons ce qu'il a dans le ventre, à présent...

 

Les textes s'avèrent donc agréables à lire, de façon générale, et de grande diversité. Même si le titre suggère d'étranges parcours, ce fil rouge n'est pas évident à suivre, et il faut le comprendre au sens le plus large. Ce peuvent ainsi être des parcours de vie, des déplacements dans le temps, des voyages, ou alors des évolutions personnelles.

 

"A l'ombre d'une vie", nouvelle de la romancière Marie-Laure Bigand, mêle les notions de parcours de vie et de déplacement, d'une fort jolie manière. Sur la base d'un secret familial soudain révélé, elle dessine avec finesse le rapprochement entre deux demi-soeurs qui ne se connaissaient pas en début de roman. Le dépaysement local, figuré par le voyage de la petite soeur vers la Provence, fait ainsi écho à l'évolution mentale des deux soeurs - à leur rapprochement. Cela, autour de la figure d'un père certes cachottier, mais de bonne foi de bout en bout. Dépourvue de figure de méchant, pleine de personnalités accommodantes, cette nouvelle s'avère plaisante et fraîche. Bien développée (c'est la plus longue du recueil, presque une "novella"), elle se plaît à creuser la psychologie et l'histoire de ses personnages.

 

Les nouvelles qui suivent sont le plus souvent courtes. "Le Livre" de Franck Barthomeuf est une nouvelle fantastique classique, qui tourne autour d'un livre qui s'écrit tout seul depuis la nuit des temps, dans les langues de chaque époque. Elle fait valoir ainsi un thème cher au lecteur, qui se trouve ainsi flatté: le livre, objet de son vice impuni.

 

Au fil des pages, on sent que les expériences des auteurs sont diverses face à la chose écrite. Il est regrettable que certains textes aient un goût d'inachevé et laissent le lecteur sur sa faim. Ainsi, on ne saura jamais ce qui a donné au narrateur de "Train de nuit" d'Edouard Della Santa l'impression que dans la voiture-lit qu'il occupe, tout le monde est mort - même en admettant que la mort est soeur du sommeil. De même, on pourrait s'attendre à ce que Gingko et Sibylle, les personnages de "L'Acanthe bleue" de Jean-Marc Oisel, s'interrogent davantage sur ce qui est arrivé à leur appartement, habité de nombreux animaux au sein desquels une plante rare a trouvé place - avant de s'évanouir mystérieusement dans une nuée apparemment létale.

 

Jean-Marc Loisel exploite joliment, dans certaines de ses nouvelles, le thème de l'oiseau qu'évoque son nom (voir "L'enfant dans les collines", une histoire pleine de tendresse). D'une manière générale et au niveau du recueil, cela dit, on regrette la récurrence un peu trop forte de certains ressorts narratifs classiques et rebattus, tels que le rêve, et une écriture certes fluide, mais souvent trop appliquée, trop sage.

 

Il y a donc à boire et à manger dans "Etranges parcours...". Quitte à être plus mince, cet ouvrage aurait mérité un élagage, afin de ne réserver au lecteur que ce que les auteurs savent faire de meilleur, absolument. Il aura cependant eu le mérite d'offrir à certains écrivains l'occasion de descendre dans l'arène, face à leur public, et de faire découvrir leurs écrits.

 

Ah: je découvre à l'instant qu'un tome 2 existe, paru en 2005. Il recèle des textes de Magali Fourmaintraux, Laura Mare, Marie Claude Thiriet et Raymond Bettonville. A découvrir!

 

Collectif, Etranges parcours..., Saint-Germain-en-Laye, In Octavo Editions, 2004.

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Azilis, Bénédicte, Bookworm, Cagire, Caro[line],Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Herisson08, Hilde,Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, MyrtilleD, Saphoo,Séverine, Tinusia, Violette, Yueyin

 

CCCLXV

 

Je m'en vais en pleurant sur le temps révolu

Tout voué à l'amour d'une chose mortelle,

Sans m'élever d'un rien, tout en ayant les ailes

Qui eussent pu donner bon exemple de moi.

 

Toi qui vois de mes maux l'ampleur, l'indignité,

Roi du ciel immortel invisible à nos yeux,

Viens en secours à l'âme frêle et dévoyée

Et ta grâce supplée à son imperfection:

 

Qu'ainsi, ayant vécu la guerre et la tempête,

Je meure en paix touchant au port; et si je fus

En vain, au moins que soit honnête mon départ.

 

Pour ce peu de ma vie qui reste devant moi

Et à l'ultime instant, daigne tendre ta main:

Tu sais qu'en elle tient toute mon espérance.

 

François Pétrarque (1304-1374), La vertu et la grâce, Paris, Orphée/La Différence, 1990, traduction André Ughetto/Christian Guilleau.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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