Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 20:36

Les lecteurs attentifs du blog de Quichottine connaissent sans doute l'écrivain italien Gianni Rodari. A quel genre d'athlète avons-nous affaire? J'aimerais vous faire part, brièvement, des contacts que j'ai eus avec cet auteurs. Contacts purement littéraires, s'entend... puisque je j'ai pas eu la chance de le rencontrer dans une quelconque fête du livre.

J'ai dû faire la connaissance de ses "Favole al telefono" alors que j'avais, quoi... dix ans. De quoi s'agit-il? Régulièrement en voyage, Gianni Rodari racontait littéralement des histoires à sa fille par téléphone, afin qu'elle s'endorme. Joli coup d'inspiration! Ces histoires sont devenues des textes, qui ont fini par constituer un recueil. Et j'ai justement reçu celui-ci à l'époque où je me levais tous les samedis matin pour apprendre l'italien à l'occasion de cours organisés par le Consulat.

Qu'inventait Gianni Rodari, pour divertir sa fille? De nombreuses histoires, toujours très brèves (à peine deux ou trois pages, parfois moins d'une seule) qui prennent à contre-pied les choses qui paraissent évidentes à nous autres, adultes formatés par X années d'écoles, d'études et de contact avec ce qu'il est usuel d'appeler la normalité. On trouve ainsi l'histoire d'une classe du futur qui va vister un musée où se trouve le verbe "pleurer", puisque les hommes du futur auront éradiqué les pleurs; il y a aussi l'histoire de cet enfant trompé par le chiffre 9 dans le cadre d'une division (ah, les divisions! difficiles entre toutes!) dans "abbasso il nove": "Comment, tu veux me descendre, moi le chiffre 9? Va te faire voir!". Ou celle d'un Etat qui mettrait à disposition des enfants, prompts à casser tout ce qui bouge, tout un palais à démolir; ou encore celle d'une route qui ne mène nulle part (alors qu'en principe, les routes vont toujours quelque part...) J'en oublie certainement. Ces histoires, je les ai lues et relues, avant même de constituer des PAL et autres LAL montant jusqu'au plafond. C'était unepériode où je préférais relire à lire...

... j'ai donc découvert cet auteur par son versant pratique. Mais comme c'est un artiste complet, l'homme a également posé la théorie de ces histoires. C'est l'objet de son livre "Grammaire de l'imagination", une pure merveille qui vous invite, justement, à interroger le réel et à vous demander ce qui se passerait si telle situation qui vous paraît normale ne l'était, en fait, pas tant que ça. Comment se comporterait, par exemple, un personnage qui aurait plusieurs bouches, etc. Et celui-là, je l'ai lu quand j'étais grand... au début 2003, pour être précis.

A présent, reste à aborder le reste!

Site officiel de l'écrivain, en italien: http://www.giannirodari.it.
Photo: http://www.sindacatoscrittori.net.

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
commenter cet article
29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 21:02

COCUE par chaojikazuRingarde, la langue française? En de nombreux endroits du monde, plus qu'on ne le croit à mon humble avis, la réponse sera négative. L'un d'eux est le Japon. Je me souviens d'avoir lu dans un vieux livre de Nicolas Bouvier, "Journal d'Aran et d'autres lieux", que les Japonais avaient la langue de Molière en haute estime, et la trouvaient très sexy, chic, poétique, harmonieuse, etc. Des nipponophiles avertis m'ont confirmé la chose. Mais étaient-ils au courant d'un développement assez original qu'on appelle le "franponais"?

Et puis, "franponais", quézaco? Il s'agit de l'utilisation de mots français ou à consonance française par les habitants de l'Empire du Soleil levant. Au fond, c'est un peu comme quand nous allons emprunter des termes de marketing à l'anglais pour impressionner son auditoire... à part que le franponais comprend, pour le francophone moyen, un côté franchement tordant, en principe de manière involontaire. "Le franponais est un art, un art Nippon, ni plus ni moins... "C'est l'art d'écrire et d'utiliser la langue française en sacrifiant la syntaxe, en maltraitant le vocabulaire, en torturant la grammaire et ignorant Molière... Rien que ça!", déclare le webmaster de http://npu4.free.fr, grand collectionneur de telles perles.  

En effet, tout se passe comme si les créatifs japonais reprenaient tout et n'importe quoi, sans trop se poser de questions sur les connotations que renferment les termes utilisés. Le résultat est souvent surréaliste. On se retrouve ainsi avec un restaurant de quartier nommé "Au petit coin" (allez, ça c'est mignon!), avec une marque de chaussures "Cocue" (photo ci-dessus, reprise sur Flickr), avec des friandises qu'on appelle de "petits pets" (bon appétit si vous passez par là après le repas), une robe de mariée de modèle "Bourrée" (comment doit-on le prendre?), etc. Tout cela, naturellement, sans oublier une certaine Toyota MR2, un nom qui peut prêter à confusion si on le dit un peu trop vite, même s'il fait très sérieux quand on le décrypte comme ça, sur papier.

Le terme de "franponais" a été inventé par un webmaster actif au Japon, qui a pris des photos sur place. Elles sont disponibles ici: http://npu4.free.fr; dans la foulée, il a même inventé le "japlish", terme désignant l'utilisation parfois très nippone de l'anglais, perçu davantage comme un simple élément esthétique que comme une vraie langue porteuse de sens. Depuis, le mot "franponais" a cependant fait fortune, puisque je l'ai retrouvé, ces dernières années, dans la presse boulevardière suisse. Saint Google le recense même 16600 fois. Et là-dessus, dans la foulée, je propose le "spanjap", qui serait l'utilisation de l'espagnol: qui sait par exemple ce que signifie le "Pajero" qui désigne un type de Mitsubishi?...

Japlish (en anglais Engrish):
http://engrish.com
Franponais:
http://npu4.free.fr
Photos: Flickr et npu4. 

P. S.: il paraît que les Japonais se vengent à leur manière en commercialisant des vêtements avec des signes issus de leurs alphabets. Naturellement, les pauvres Occidentaux n'y comprennent rien - ce qui, paraît-il, vaut parfois mieux pour la paix des ménages.

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
commenter cet article
28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 21:51

J'éviterai de mentionner qui que ce soit de réel dans ce billet, même si le terme de "wannabe" peut faire penser à quelqu'un qu'on connaît dans notre entourage - tant il est vrai qu'en France ou ailleurs, tout un chacun cache un manuscrit dans ses tiroirs, reliquat d'adolescence ou fruit de loisirs passés au clavier.

Là, cependant, c'est du sérieux. Sérieux? On pourrait en douter en voyant la couverture de "92 jours", roman ou grosse nouvelle signée Larry Brown, publiée chez Folio et commercialisé au prix mirobolant de deux euros. D'emblée, je vous préviens: si vous investissez là-dedans, vous êtes gagnant. Parole d'investisseur...

A quel récit avons-nous affaire? Il y a quelque chose de trompeur, de déceptif dans cette histoire. Leon Barlow est un écrivain sans éditeur domicilié quelque part dans le Sud profond des Etats-Unis, là où les moeurs sont rudes et où la bière est fraîche et descend toute seule. Un détail qui a son importance, puisque Barlow en éponge des litres. Est-ce pour s'inspirer? Est-ce pour se donner du courage, pour s'offrir une sensation de sécurité? Tout cela à la fois. Larry Brown met dans la bouche de son narrateur tout ce que l'alcoolisme promet, sans forcément tenir, avec un talent certain - genre "allez, encore une, ça ne fera pas de mal", ou les calculs dérisoires du narrateur, soucieux de savoir si boire une bière alors qu'il est en prison, ça va se voir (l'auteur parvient à créer les circonstances qui font que c'est possible). Trompeur, le breuvage...

N'y a-t-il que cela de trompeur? Petit rappel: Leon Barlow est donc un wannabe ou, en bon français, un auteur qui recherche désespérément un éditeur pour ses nouvelles. Il vise essentiellement les revues... et collectionne les lettres de refus. Contrairement à ce qui semble être la règle en France, les lettres qu'il reçoit sont souvent personnalisées et, si elles ne le sont pas, l'éditeur ou l'agent approché s'en excuse. Dès lors, le lecteur, dans un élan d'empathie justifié, va se demander si Barlow va, enfin, placer une de ses nouvelles. Or, n'importe qui parmi vous, s'il a tenté d'envoyer ses écrits à Gallimard ou à d'autres, sait qu'il faut plus que le temps d'une lecture de roman pour s'introduire dans la forteresse... je vous laisse donc deviner la fin, sachant qu'elle est cruellement réaliste.

La lettre de refus personnalisée, ressort du récit, peut également être perçue comme la preuve qu'on a affaire à un narrateur écrivain doté d'un indéniable talent, un talent qui n'a pour seul défaut que de n'être pas au bon endroit au bon moment. Question de circonstances... Pour l'écrivain, elle est également un piège, dans lequel Leon Barlow va foncer tête baissée en renvoyant un autre texte à une certaine Betti Deloreo tout en cherchant à s'imaginer à quoi elle ressemble. Va-t-il la convaincre, la séduire même? Est-il lui-même convaincu? Là encore, réalisme cruel.

L'auteur sait également tromper son lecteur en glissant Lynn, une jolie barmaid, dans les pattes de Leon Barlow. Si vous m'avez lu jusqu'ici, vous devinez ce qu'il en adviendra... à savoir rien du tout, pas même une tentative d'approche.

On peut également évoquer le quotidien de l'écrivain, entre une ex-femme qui le pressure à fond pour obtenir sa pension alimentaire, un certain Monroe qui l'engage pour des travaux de peinture peu reluisants mais lucratifs qui permettent au narrateur d'avancer, le décès de la fille du narrateur, ou son oncle qui n'hésite pas à vendre deux de ses vaches pour qu'il ait un peu d'argent devant lui. Sous la plume de l'écrivain, cependant, tout cela prend un tour presque anecdotique, l'essentiel étant représenté par les vicissitudes de Leon Barlow écrivain, en tant que tel. Le rendu est finalement sobre, et donne l'impression d'une action quasi inexistante - peut-être parce que perçue comme telle par le narrateur, ou peut-être, simplement, parce que la vie, c'est comme ça.

Allez-y, ça ne coûte pas cher et c'est un bon moment.

Repost 0
26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 18:32

Il paraît que le monde littérairess actuel sécrète des auteurs incontournables. Il paraît aussi qu'Anna Gavalda est désormais de ceux-là. Qu'en dire? Je viens de terminer "Ensemble, c'est tout" et, sans pouvoir franchement détester, je reste un peu perplexe, comme face à une mayonnaise qui, en dépit d'ingrédients de première qualité, peine à prendre.

Avant tout, petit rappel de ma relation avec Anna Gavalda, si j'ose ainsi m'exprimer: j'avais bien aimé son recueil de nouvelles "J'aimerais que quelqu'un m'attende quelque part", fort agréables, bien tournées, et tout et tout. Et l'été dernier, je suis allé voir le film "Ensemble, c'est tout", qui m'a paru vraiment sympa - ça donne envie de lire le livre, de retrouver les frondaisons et la bonne chère. On imagine l'auteur en train de s'amuser à faire évoluer ses personnages, à mettre des chicanes dans leur parcours afin qu'enfin, ils se retrouvent. Ludique, quoi.

Et il y a quelques mois, j'ai trouvé le livre, dans une édition cartonnée et revêtue de vert - un joli livre, au prix d'un poche. Embarqué... La lecture tient pas mal de ses promesses, il faut le dire. C'est un ouvrage efficace, un peu à la manière américaine: plein de dialogues, et surtout des chapitres courts qui permettent au lecteur de se reposer au fil des 574 pages du récit. Cela, sans compter les petites interruptions dans le récit, signalées par des blancs. Le style est fluide, tout devrait marcher comme sur des roulettes...

... et pourtant, il manque quelque chose, un peu d'épaisseur ou de profondeur peut-être - non, ne me flinguez pas! Les dialogues sont nombreux, je l'ai dit - un peu trop peut-être, au risque de l'abus. Bien torchés, cela dit, les dialogues: chaque personnage a vraiment sa voix: vulgaire et primaire pour Franck (combien de fois dit-il "faire" en page 340, d'ailleurs? Là, j'ai trouvé faible - ailleurs, ça marche mieux), tentée par le raffinement pour Philibert, teintée d'accent pour Mamadou... J'ai davantage pu me faire une idée de chacun, dans ce quatuor déglingué, d'après le film, qui a donné beaucoup de chair à l'histoire, naturellement. Ou peut-être n'ai-je pas apprécié le fait que cette épaisseur vienne petit à petit, alors qu'on la ressent d'emblée dans des ouvrages tels que "Autant en emporte le vent" - trois fois plus gros, certes - ou, dans un autre registre, "La Piqûre" de Marie-Christine Buffat.

Il y a aussi autre chose: le style m'a certes paru fluide et rapide, le genre qui vous accroche; mais l'utilisation régulière de termes qui veulent faire "jeune" ou "grossier" au détour d'une phrase m'a paru sonner faux. Drôle d'ideé aussi, pour l'auteur, d'intervenir parfois dans son récit - au chapitre 1 de la quatrième partie, par exemple. Et cette manière de souligner lourdement les gags par des points de suspension, puis de redire en prose ce que l'auteur fait déjà passer dans les dialogues... Enfin, il y a aussi cet aspect "Amélie Poulain" qui émane de Camille - je ne le dis pas parce que c'est Audrey Tautou qui tient le rôle de Camille au cinéma, mais bien parce qu'on a l'impression qu'elle veut faire le bien autour d'elle. Un rapprochement qu'on pourrait être tenté de considérer comme voulu: le DVD d'Amélie Poulain fait partie des accessoires du roman, même si on ignore s'il n'y a pas un film de cul dans la pochette...

Amélie Poulain, c'est aussi le goût des petites choses - encore un point commun avec "Ensemble, c'est tout", où chacun se contente souvent de choses simples: être ensemble, boire un verre de vin, partager une cigarette, visiter une grand-mère, travailler même. Depuis Francis Ponge (donc Jean Grosjean, superbe poète) et surtout depuis "La première gorgée de bière" de Philippe Delerm (que je n'ai pas lu, à ma grande honte!), il me semble que c'est devenu une lame de fond. Mais à quand le roman d'une grande cause? Anna Gavalda met en scène des anti-héros consommés et fiers de l'être, si j'ose ainsi dire.

Une drôle de cuisine, donc! Un peu comme celle de La Coupole, genre "c'est l'usine, mais c'est bon" (comme dit quelque part)? Le plat est en tout cas rehaussé par de nombreuses petites histoires que s'échangent les personnages afin de mieux se connaître - un peu comme un plat farci. C'est sans doute là l'une des belles et plus fortes réussites de ce gros roman, qui se développe ainsi en un kaléidoscope aux multiples facettes.

Anna Gavalda, Ensemble, c'est tout, Paris, J'ai Lu, 2007.
Image: affiche du film.

Repost 0
25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 20:18

Une ville d'à peine cinq cents habitants, ça vous étonne? Je vous comprends. D'habitude, quand on pense "villes", on imagine plutôt de grandes métropoles, ou au moins des bourgades rassemblant au bas mot dix mille âmes. Pourtant, les hasards de l'histoire ont permis qu'en Europe, plusieurs cités sont autorisées à revendiquer le titre de "ville" alors qu'elles ne sont guère peuplées.

Quels seraient les critères, si l'on exclut la population? Historiquement, on retient la présence d'un château, d'un marché, d'un droit de battre monnaie, et peut-être un passé déterminant dans le domaine politique. A ce régime, Gruyères, évoquée dans un précédent papier, est aussi une ville.

A ce titre, la deuxième localité qui me vient à l'esprit est Rue, dans la Glâne, en Suisse. Un joli coin, ma foi, avec un demi-millier d'habitants. Malgré tout, cet endroit a des airs de citadelle fortifiée, juchée sur une colline, avec un petit château pour surplomber le tout. Il s'agissait d'une ancienne résidence savoyarde; actuellement, le château est habité par le patron d'une importante chaîne de magasins d'électronique de divertissement. L'histoire de Rue vaut son pesant de cacahuètes puisqu'il y a eu là-bas un marché, mais aussi un casino (une rue s'appelle encore "rue du Casino") et un hôpital. Avant la création de l'Etat moderne en Suisse, en 1848, Rue était même le chef-lieu de la Glâne, toutes proportions gardées, avant de passer le témoin à Romont.

Longtemps, Rue s'est vendu comme "plus petite ville d'Europe". Or, elle a fusionné, voilà quelques années, avec les communes environnantes de Blessens, Promasens et Gillarens, ce qui porte à un peu plus de mille le nombre de ses habitants. Toujours la plus petite ville d'Europe, alors?

D'autres cités sont sur les rangs, en tout cas. Durbuy est par exemple une ville francophone de Belgique; elle n'hésite pas, dit-on, à s'afficher comme "la plus petite ville du monde". En matière de population, toutefois, elle affiche fièrement plus de dix mille habitants... à la suite de fusions, également. Difficile, cependant, de cerner les raisons de ce statut de "ville"; les visiteurs belges de ce blog pourront peut-être m'en dire davantage.

La cité de Miranda do Douro, au Portugal, revendique aussi ce titre, tout comme Rabstejn, en République Tchèque. Miranda do Douro compte plus de 7000 habitants, répartis dans quinze villages; la démographie s'y est avérée galopante depuis les années 1960. Son statut de ville remonte à 1286, et lui a été conféré par le roi Dom Dinis. Elle est par ailleurs la ville située la plus à l'est du Portugal, et peut s'enorgueillir d'une cathédrale.

Située en Bohême, Rabstejn prétend surtout être la plus petite ville tchèque. D'abord un hameau, elle s'enorgueillit plus tard d'un château, avant d'être élevée au rang de ville en 1337. Un article relève qu'il n'y a là-bas que quelques dizaines d'habitants, ce qui mettrait cette cité en très bonne position pour être la plus petite ville d'Europe en termes d'habitants, coiffant ses concurrentes sur le poteau.

Grytviken ChurchDu monde, cependant? Sans doute pas. Là, je crois qu'à part les villes fantômes du Far West, il existe quelques villes très peu peuplées. Je pense surtout à Grytviken, ancien port de pêche à la baleine, situé en Géorgie du Sud. Une localité qui a tout pour plaire: un cinéma désaffecté, un port, des ateliers désertés, des ruines d'avions (des suites de la guerre des Falkland), la tombe d'Ernest Shackleton, une église, de la neige, une faune à part et même un musée. Et les conservateurs, Tim et Pauline Carr, sont les deux seuls habitants permanents de cette ville... Qui dit mieux?

Durbuy:
http://www.durbuy.be
Géorgie du Sud:
http://www.mclaren.gs/grytviken.htm
Miranda do Douro:
http://site.voila.fr/miranda_do_douro/index.html
Rabstejn: http://www.radio.cz/fr/article/68514
Rue: http://www.rue.ch (source de la photo)

Photo Grytviken: flickr/Tod Lundgren

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
commenter cet article
24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 22:07

Je me souviens d'avoir écrit un petit papier sur le latin il y a une couple d'années - je remets ça ici, parce qu'il s'agit d'un sujet qui me tient à coeur et que je tiens pas mal à ce que cette langue conserve une présence dans les écoles, mais aussi ailleurs. Ce qui m'a flashé, c'est que je suis tombé ce matin sur un ou deux articles évoquant le sort que la Finlande réserve à la langue de Cicéron. En 1999, afin de protester contre le veto de l'Allemagne d'utiliser le finnois comme langue de travail sous la présidence finnoise, ce pays scandinave avait annoncé le début de sa présidence... en latin. Bien joué! Pendant sa présidence, par ailleurs, la Finlande a diffusé des bulletins d'information en latin qui ont suscité des échos positifs, paraît-il. Résultat: l'expérience a été reconduite en 2006, lorsque la Finlande est redevenue présidente de l'Union européenne. Qui va lui emboîter le pas?

Mon papier avait été suscité par une idée lancée par l'école genevoise en 2006, qui consistait à réintroduire l'obligation du latin à l'école pour rehausser le niveau du français. Face au Conseiller d'Etat en place à l'époque, naturellement, quelques voix se sont élevées pour crier un retour aux âges obscurs. On est en droit de se demander pourquoi. Les cas évoqués en début de papier ne sont qu'un exemple parmi d'autres de la vitalité de ce qu'on appelle aujourd'hui, bien à tort, une langue morte. Le Vatican développe par exemple encore et toujours le vocabulaire latin, qui s'est enrichi de toute la terminologie utile pour parler d'informatique. Saviez-vous par exemple que le mot "ordinateur" se dit "computatra"? Le web lui-même s'est doté de tout ce qu'il faut pour que les latinistes n'y perdent pas pied: Wikipedia existe en latin (sous le nom de "Vicipaedia"), tout comme Google.

Je reviens à mon cas finlandais. Il semblerait en effet que, bien qu'éloigné de l'empire romain (qui me rappelle étrangement un truc méditerranéen cher à Nicolas Sarkozy - le latin pourrait aussi lui donner des idées en vue d'une langue véhiculaire, non?), le peuple finnois soit resté attaché à cette langue. J'ai trouvé en son temps, par exemple, un site diffusant des informations radio en latin. Utile? Un peu, puisqu'on estime à 14 millions le nombre de personnes en mesure de parler le latin sur le continent européen. Un peu plus que le dialecte suisse alémanique, non? Des clubs et cercles latinistes et latinophones existent par ailleurs, et ont pignon sur le web - il suffit de chercher. J'étais même tombé sur des groupes de rock et de rap privilégiant cette langue...

Cela, sans oublier que le latin, idiome "neutre", pourrait constituer une alternative au "tout à l'anglais" qui tend insidieusement à s'imposer en Europe et dans les institutions de Bruxelles. Tout le monde devrait l'apprendre, personne ne peut le revendiquer comme langue maternelle, donc tous les puissants sont à égalité lorsqu'il s'agit de s'exprimer. Ce n'est pas rien, tant il est vrai que celui qui parle sa langue maternelle a toujours barre sur celui qui s'efforce de parler celle d'autrui. On pourrait obtenir le même résultat avec l'espéranto, qui n'a cependant ni la même tradition, ni la même audience. Dans le même esprit, pourquoi ne pas renforcer sa présence à l'église? Cela permettrait de réciter le "Notre Père" avec tous les fidèles, où que l'on soit: France, Italie, Hongrie, etc. Avantage non négligeable quand on sait la mobilité de tout un chacun à l'heure actuelle.

Ultime avantage, enfin, qui constitue la première phrase de l'
ouvrage sur les exorcistes évoqué il y a quelques jours: le Diable n'aime pas le latin...

Quando ergo latine loquimur?

Vicipaedia:
http://la.wikipedia.org

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
commenter cet article
23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 22:08

Bahnfahrt/train trip GruyèresUn petit texte rédigé à temps perdu (il y en a peu ces temps, je traduis à tour de bras), assez de saison à mon avis. Bonne lecture! A noter que la vigne de Gruyères est un projet bien réel, et paraît-il bien avancé.

Cheveux d’or

 

En cette douce fin de printemps, le soleil baignait la colline ronde et verte sur laquelle était juché le château de Gruyères, promettant au monde la prospérité qu’offraient des champs de blé bien grandis et des vignes aux grains gorgés comme celles qui poussaient sur les coteaux de la citadelle. L’or des rayons paraissait inviter n’importe quel apprenti sorcier à transformer sa pierre philosophale en or. Cela n’avait point échappé à l’attention du mage Valentin, désireux depuis toujours d’accroître par des moyens surnaturels une fortune que le travail ne suffisait plus à étendre. Et son grimoire, glané à une quelconque fête du livre, lui soufflait justement que ce clair crépuscule de mai serait favorable à ses desseins.

C’est pourquoi Valentin avait sorti sa belle table de cuisine en bois, et l’avait placée au cœur du petit vignoble, planté en chasselas, qui devait servir de théâtre à ses desseins. Parce qu’il lui fallait de la matière première, il avait également recueilli force blocs de plomb, s’efforçant ainsi de coller au but suprême des milliers de mages qui, avant lui, ont tenté sa folle gageure. Tout cela, il l’installa rapidement, au moment où l’astre du jour commençait à caresser la Terre de Gruyère d’un peu plus près que pendant la journée. En un rien de temps, tout était disposé pour le grand prodige.

Pourtant, que de préparatifs avant d’en arriver à cette apothéose, qui semblait une délivrance à Valentin ! Cette matière vile et noire qu’il voulait transformer en or, il avait dû l’habiller de mille substances aux noms ésotériques. Le grimoire lui fournissait quelques indications ; mais il lui avait fallu se rendre encore dans mille bibliothèques spécialisées ou confidentielles afin de trouver les données qui manquaient à  son antique ouvrage. Cela, sans compter la difficile recherche du moment le plus favorable. Une fois établi que certaines dates étaient propices, en effet, une condition encore devait être remplie : que le soleil resplendisse au plus fort, et baigne toute la contrée de sa jaune chaleur ! Ce jour-là était arrivé, enfin, après de multiples crépuscules incertains ou pluvieux. Sous le soleil, Valentin rayonnait, tout en arborant la mine grave de ceux qui s’apprêtent à écrire l’histoire en lettres enluminées.

Le mage avait disposé le grimoire près de lui, sur un lutrin de bois, afin d’avoir sous les yeux les formules propitiatoires. Sa Swatch se trouvait face à lui, sur la table, juste à côté des morceaux de plomb qu’il y avait posés : qui sait si elle allait se transformer en Rolex ? En attendant, elle lui hoqueta qu’il était l’heure de réciter la première prière à Mammon, divinité de la fortune matérielle et de l’aisance terrestre. Puis vint l’oraison à Freya, déesse germanique de la fertilité, dont il convenait de s’attirer les bonnes grâces si l’on voulait être riche longtemps, tant il est vrai qu’un simple monceau d’or, si gros fût-il, restait un bien limité.

Alors que Valentin psalmodiait sans relâche patenôtres et poèmes cabalistiques, le soleil déclinait, nimbant toute la région d’un halo orangé qui la faisait paraître plus chaleureuse, plus féconde également. Soudain, le pays paraissait opulent sous les derniers feux du jour. La lumière entourait de ses rayons les fleurs de chasselas accrochées à leurs ceps. Tout était plus beau : les mouches à miel redoublaient d’ardeur dans les prairies où fleurissait la marguerite, les toitures du château s’offraient resplendissantes au regard, plus rouges, plus neuves qu’aux plus beaux jours de l’été. Dans les champs, les blés ondoyaient paresseusement, caressés par la brise. Et sur la table de Valentin, le plomb noir semblait changer… se changer en or ? Au terme d’une longue prière au dieu inca du Soleil, Valentin voulut s’assurer que tout se déroulait bien. Le fallait-il ? Eût-il mieux valu s’en remettre aux pouvoirs conjugués du panthéon mondial ? Toujours est-il qu’en voyant le plomb baigné du rayonnement précieux du soleil, Valentin perdit connaissance, terrassé par l’émotion. Il s’effondra au milieu des ceps de vigne, et s’éteignit aussitôt. Jamais il ne toucherait du doigt le trésor des dieux.

Et peu à peu, le soleil descendit derrière la ligne d’horizon, mettant un terme à son éphémère transfiguration vespérale. Les vignes redevenaient vignes, le vert des prairies reprenait sa teinte sombre, et le château retrouvait son austère carrure de forteresse médiévale difficilement magnifiée par quelques comtes prodigues. Le nez dans la terre nourricière, Valentin ne bougeait plus ; la mort avait fait son œuvre. Et les derniers rayons du soleil vinrent encore gambader un instant dans ses cheveux avant de disparaître, y déposant quelques précieuses gouttes de l’or le plus pur.


Photo: Flickr/Rasmus99 

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Textes originaux
commenter cet article
22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 20:34

Books, candles, map, watch - D80 in-camera Sepia conversionL'idée est excellente, révélatrice, tordue et stimulante à la fois, et elle nous vient de chez Calepin, qui relaie ainsi un tag: l'inventaire de ses meilleures lectures, par lettre de l'alphabet. Avant tout, merci à lui pour cette astuce qui m'a permis de me ressouvenir de lectures parfois fort anciennes. Ensuite, je me lance - en parlant avant tout des ouvrages qui m'ont marqués, que j'ai lus plusieurs fois, que j'ai particulièrement aimés ou lus dans des circonstances particulières. Allez... c'est parti!

A
Guillaume Apollinaire, Les onze mille verges.
Lu plusieurs fois, je pourrais en faire un billet un de ces jours... si je retrouve les notes que j'ai prises il y a dix ans de cela. A ce stade de l'histoire, qu'on se rappelle simplement que ça ne parle que de "ça"...  

B
Michel Butor, La Modification.
Frappante lecture, avec un usage hyper troublant de la deuxième personne du pluriel. Je me suis servi de cette astuce, dans la foulée, pour créer un pastiche de cet ouvrage dans le cadre d'un travail scolaire.

C
Albert Cohen, Belle du Seigneur.
Indispensable: sans doute le plus beau roman d'amour (ou d'autre chose aussi) du vingtième siècle. Et des pages qui se dévorent, en dépit de leur grand nombre...

D
Roald Dahl,
Mon oncle Oswald.
Un divertissement savoureux et scabreux à la fois, lu et relu pendant les années de lycée.

E
Joe Eszterhas, American Rhapsody.
Un ouvrage bien rock'n'roll qui évoque la vie publique, privée et sexuelle d'un certain Bill Clinton. Par le scénariste de Basic Instinct... autant dire que c'est sulfureux.

F
René Fallet, Le Beaujolais nouveau est arrivé.
Un hymne truculent à une liberté farouche, celle de vivre en marge de toute contrainte sociale. Un art de vivre... roboratif après un mauvais moment.

G
Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes.
Euh... parce que c'est vachement bien écrit, tout simplement.

H
Ernest Hemingway, Mort dans l'après-midi.
C'est qu'il vous ferait aimer la tauromachie, l'animal! Un ouvrage qui marche à fond les manettes, entre érudition tauromachique et ton hâbleur du technicien de bar.

I
Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France.
D'accord, ce n'est pas un roman, mais les romanciers en I ne courent pas les rues. J'ai lu cette ouvrage dans les années 2002, alors qu'un ou deux procès relatifs au négationnisme ont eu lieu en Suisse, histoire d'en savoir un peu plus.

J
Elfriede Jelinek, La Pianiste.
Encore une pure merveille au niveau stylistique, et une pénétration d'une rare profondeur dans les méandres de l'âme humaine.

K
Milan Kundera, La Valse des adieux.
Prêté par une collègue de lycée, une découverte. Je garde donc le nom de l'auteur sous le coude, même si je n'ai plus lu grand-chose de lui depuis.

L
Francisco Gonzales Ledesma, Le péché ou quelque chose d'approchant,
Du polar à l'espagnole, façon série noire, avec des comparaisons toujours délirantes.

M
Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent.
Parce que Scarlett est une petite peste et que Rhett, le seul mec susceptible de l'intéresser, la fait tourner en bourrique. Bien fait pour elle.

N
Marie Nimier, Anatomie d'un choeur et La nouvelle pornographie.
Le premier est intimement lié à certains loisirs que je pratique. Le second m'a valu un plat du jour dans un restaurant: je l'ai prêté au patron, qui m'a offert le repas de midi après lecture.

O
Jean d'Ormesson,
Histoire du Juif Errant.
Sujet d'exposé au lycée: j'ai présenté cet ouvrage alors qu'il venait de sortir. Ce qui m'arrangeait bien: le professeur n'aurait certainement pas le temps de le lire avant l'exposé...

P
Georges Perec, La vie mode d'emploi.
Tant d'histoires en un seul livre! Et une construction impressionnante. Bref, une merveille technique et littéraire à la fois, une cathédrale...

Q
Raymond Queneau,
Les Fleurs bleues.
Egalement une construction merveilleuse, entre modernité et temps anciens.

R
Salman Rushdie, Les Versets sataniques.
Découverte de l'auteur, dans tout ce qu'il peut avoir d'étonnant et de flamboyant - mais aussi d'érudit. A lire avec une encyclopédie de l'islam et de l'hindouisme à côté de soi, mais c'est génial.

S
Jacques Casanova de Seingalt, Histoire de ma vie.
Les authentiques Mémoires de l'homme à femmes le plus réel et le plus fameux qui soit - un récit proprement picaresque mené tambour battant. Et puis, c'est mon sujet de mémoire de licence...

T
Claude Tillier, Mon oncle Benjamin.
Un classique des romans de cape et d'épée, d'une lecture agréable, avec une certaine philosophie de vie en filigrane. Vous connaissez peut-être le film qui en a été tiré, avec Jacques Brel dans le rôle titre.

U
Emmanuelle Urien, La Collecte des monstres.
Des nouvelles aux chutes impeccables, à la fois inattendues et implacables. Du tout bon.

V
Gabriel Véraldi et Jacques Paternot, Le Dernier Pape.
Comme son titre l'indique, l'histoire commence par l'abolition de la fonction de Pape dans l'église catholique, par le Saint Père lui-même. Erudit, l'ouvrage fait traverser le siècle et découvrir les coulisses du Vatican, du KGB et de plein d'autres choses encore.

W
Evelyn Waugh, Scoop.
Un des derniers livres que j'ai lus en anglais... ça doit faire quinze ans. Un comique parfois un peu colonial, mais qui fait mouche.

X
Gao Xingjian, La Montagne de l'âme.
Parce que pour visiter la vraie Chine, il faut abandonner sa voiture et concevoir son voyage comme une odyssée au coeur de sa propre âme. Très beau.

Y
Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien.
Parce qu'il fallait bien quelqu'un... mais c'est forcément un roman qui parle au latiniste que je suis.

Z
Emile Zola, La Terre.
Le roman de Zola qui a le plus de souffle selon moi.

Pour conclure, je signale que les lettres les plus difficiles à remplir ont été pour moi I, N et T. That's all folks! Sans désigner qui que ce soit, je vous invite, chers visiteurs, à poursuivre l'exercice. A qui le tour?

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Tags
commenter cet article
21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 22:02

Serais-je devenu mystique tout d'un coup? Que nenni. Mais j'aimerais brièvement vous faire part de la découverte que j'ai faite ce week-end, au gré d'une lecture, d'un monde méconnu, celui de l'exorcisme. Oui, comme dans les films - à part que là, c'est pour de vrai. Le film est du reste évoqué par certains praticiens, et reconnu comme assez réaliste...

J'ai en effet terminé hier soir l'ouvrage "Les exorcistes du Vatican", signé Tracy Wilkinson, qui retrace sur 249 pages un panorama assez complet de la profession, ou plutôt du minstère d'exorciste. Un ministère qui fait partie intégrante du catholicisme, et exige de celui qui le pratique suffisamment de sainteté pour faire face au diable ou au démon sans perdre la face. Cela, sans oublier qu'il faut avoir été ordonné prêtre...

L'auteur plonge son lecteur dans cet univers sombre et souvent saisissant à la manière d'une journaliste, certes, avec une approche qui s'efforce de garder la tête froide et de rester rationnelle. Mais elle parvient à dépasser les préjugés qui frappent trop de ses confrères dès qu'il s'agit de religion, et cherche, souvent avec succès, à entrer dans le raisonnement (si j'ose ce mot) propre à la religion - cette ambivalence est patente dans l'historique et l'état des lieux qu'elle propose de l'exorcisme en début de volume. On apprécie également ses portraits d'exorcistes fameux, tels Emmanuel Milingo (un archevêque africain qui s'était par ailleurs distingué en épousant une adepte de la secte Moon, et pratique des exorcismes collectifs en Italie) ou Gabriele Amorth (qui a une approche plus orthodoxe de son ministère), mais aussi de "patients" partiellement ou totalement guéris de l'emprise du Malin - des gens très ordinaires, souvent des femmes (les trois témoignages retenus émanent de femmes), médecins, professeurs de danse, etc.

Elle n'oublie pas de donner la voix aux sceptiques, dont l'approche réduit le plus souvent les phénomènes liés aux exorcismes à des attitudes psychologiques. Qui a raison? C'est une question de foi, comme en toute affaire religieuse. L'aspect "maladie mentale" est du reste pris en compte par les exorcistes eux-mêmes, ou devrait au moins l'être, l'exorcisme devant être, du point de vue de l'Eglise, considéré comme une "ultima ratio", à ne pratiquer que quand tout le reste a échoué. A noter du reste que l'approche psychologisante (possession ou schizophrénie?) domine en France, même au sein du clergé et de la corporation des exorcistes - c'est ce que dévoile une partie supplémentaire, spécialement consacrée à la soeur aînée de l'Eglise et rédigée par Anne Mascret et Yvon Bertorello. C'est que Tracy Wilkinson, correspondante du "Los Angeles Times" à Rome, a effectué toute son enquête en Italie - où l'exorcisme jouit du reste d'une vogue sans commune mesure.

Une faiblesse de l'ouvrage? Peut-être son approche des cultes sataniques, qui me paraît un rien réductrice puisqu'elle ramène cela à des actions émanant de jeunes sans repères. Mais c'est là un milieu que j'ignore...

Tracy Wilkinson, Les exorcistes du Vatican, Paris, ViaMedia/Litté, 2007.

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
commenter cet article
19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 21:12

... aurait-on envie de dire, joueur, au terme de la lecture de "L'Annonce faite à Joseph", premier roman d'Ivan Sigg, auteur et artiste dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Cet ouvrage a paru en 1999, et a dû faire rigoler dans pas mal de chaumières.

De quoi s'agit-il? L'auteur s'attache à retracer les quinze premières années, soit les années d'enfance, du petit Vladi, fils de Joseph (psy au tempérament sanguin voire stalinien qui déborde sur son fils) et de Marie (instit), couple de communistes convaincus. Le récit s'étend donc principalement des années 1960 à 1975, avec un excursus en 1956 (il faut bien raconter comment les parents se sont connus!) et en 2056 (il faut bien dire comment Vladi est mort).

Avant tout, saluons l'aspect confortable de la lecture: l'auteur a choisi de décliner son roman en "clichés" qui sont autant de brefs chapitres. Il propose ainsi au lecteur de feuilleter son albume de famille, y compris les photos perdues. Et comme une photo est censée immortaliser un événement exceptionnel, le récit ne manque pas d'action et de hauts faits évoluant entre Rabelais et le Cervantès du Don Quichotte. Cela, naturellement, avec quelques piques aux Allemands de l'Occupation, aux Suisses alémaniques (que l'auteur nomme "Suisses allemands"), aux communistes de France et d'URSS, etc.

Ayant lu également "La Touffe Sublime", je n'ai pas pu m'empêcher de comparer... le propos de "L'Annonce" ne se prête pas, en tout cas pas toujours, à la truculence qui caractérise "La Touffe sublime". Mais patience! Le lecteur sera servi. L'enfance du petit Vladi sera marquée par l'ingestion de vers blancs, par l'apprivoisement du territoire qui lui est imparti dans la "Voleveau" familiale, par l'apprentissage traumatisant de la natation, et par quelques piliers que sont, notamment, Pif et son gadget et la science-fiction. Il y a quand même quelques pages mémorables, à l'exemple de la mise du fenouil au vide-ordures.

En revanche, la prose de l'auteur ne saurait décevoir, et le jeu de mots le plus débridé et (parfois) le plus improbable  vous attend à tous les coins de page. Vous aimez les calembours à la chaîne? Vous serez servi. Les à-peu-près démentiels qui s'enchaînent? Il y a de quoi faire, de quoi se marrer même. Et de quoi se demander où l'auteur va chercher tout ça: à "Notre Père qui êtes odieux", titre de chapitre, répond tout naturellement un autre chapitre dont le titre est "Notre Mère qui êtes osseuse". Parfois, il vaut la peine de relire deux fois une phrase ou l'autre pour être sûr de n'avoir rien oublié... Tout cela donne à la moindre frasque de Vladi un côté épique et hénaurme, jouissif même, que n'auraient renié ni un Rabelais, ni un Albert Cohen. Et je vous laisse découvrir quel sens l'auteur donne au mot "crevette"... avec tous les potentiels que cela recèle.

Etonnant au début, l'ouvrage finit donc, au bout de ses 206 pages (avec générique de fin et table d'orientation)  par emporter l'adhésion hilare du lecteur... Bonne lecture, et bonne rigolade!

Dessin: une planche de Pif le Chien par Cabrero Arnal.
www.pif-collection.com

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.