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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 21:55

A l'instar du monde des livres, l'univers des vins est plein de surprises, et il suffit de s'éloigner de la trilogie sacrée des Merlot/Cabernet-Sauvignon/Syrah pour s'étonner des goûts et arômes qu'un vin rouge peut révéler, même s'il ne provient pas d'un lieu mystérieux qui ajoute à son charme. Même les linéaires des grandes enseignes révèlent leurs surprises...

... telle fut celle du Valdepeñas bu ce soir. On s'en doute: il s'agit d'un vin espagnol, issu d'une région qui place haut les valeurs de la viticulture et du bon vin. Celui que j'ai choisi est le "Señorío de los llanos" Gran Reserva 2002, produit à partir du cépage Tempranillo par le groupe de caves Vinartis - une grosse enseigne qui fait dans tous les genres. Là, je suis tombé sur quelque chose d'agréable quoique d'atypique.

Le vin présente donc une couleur rubis, plutôt claire. Son caractère sera-t-il affirmé? Il est en tout cas assez complexe. On y trouvera un côté fruité, quelques notes spécifiques dues à une maturation en fût de bois (un côté boisé qui reste discret), et surtout une note légèrement amère en fin de bouche. On peut ne pas aimer ce trait ultime, qui peut surprendre; mais enfin, voilà quelque chose de particulier! De plus, titrant à 12,5%, ce Valdepeñas reste assez léger pour être apprécié en prenant un peu de distance avec la sacro-sainte modération.

Laissez-vous surprendre!

Pour en savoir plus:
http://www.gbvinartis.com - le site démontre que les vignerons sont aussi bons en développement Internet qu'en viticulture!  

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 21:46

"Un rêve plus grand que son âge" est un recueil de nouvelles qui constituent autant d'instantanés de la vie quotidienne au Maroc - une vie présentée comme jamais facile, entre combines, misère vécue au quotidien et espoirs fous, incarnés par l'Espagne et l'Italie qui se profilent à l'horizon et sont évoqués dans deux textes - une fois de manière théorique en salle de classe, une fois de façon pratique, par le biais de Marocains tentant une traversée en zodiac. Signé de l'écrivain marocain Lahoucine Karim, ce petit livre vaut le coup d'oeil: sous des dehors très sobres, il a sa force, et a quelque chose à dire à son lecteur.  

On dira qu'il s'agit d'un ouvrage de littérature africaine de plus, avec l'exotisme qu'on est en droit d'attendre et que l'auteur africain devrait fournir à la demande... que nenni! Lahoucine Karim ne coupe pas dans cette combine. Sa langue est des plus sobres, relevée quelquefois d'un soupçon de poésie, à l'instar de la toute première phrase de la première nouvelle du recueil, "Le Cri",, qui suggère la chaleur estivale du pays: "Le soleil, tous les soleils se levaient lentement."

Arrêtons-nous, justement, sur cette première nouvelle, car elle contient finalement un panorama complet de ce que peut être la misère en Afrique du Nord. Cela commence dès la page 6, avec l'évocation des difficultés qu'a une mère à allaiter son enfant - un enfant qui ne porte pas de couches, bien sûr. Sans pathos, le lecteur sait dans quoi il est plongé; tout au plus relève-t-on un petit côté agité dans les dialogues, porteur de vie et d'esprit dans le texte. C'est aussi une misère qui oblige à manger n'importe quoi, même ce qu'il y a de plus inavouable: "On avouait ce qu'on avait mangé hier", relève l'auteur en p. 11. Ainsi, les personnages disent et montrent leur condition.

L'auteur n'oublie pas, dans ce texte, la misère sexuelle et amoureuse de ses personnages masculins - ce qui n'est pas sans rappeler un Alain Soral prompt à dire que le garçon pauvre a davantage de peine à approcher une femme et à arriver à ses fins. Quand malgré tout le personnage y arrive, il est encore dérangé (fin de la nouvelle). C'est exactement ce qui se passe dans "Le Cri", où les garçons observent les filles de loin, comme des êtres inaccessibles voire interdits. En matière familiale, par ailleurs, les pauvres sont nombreux sous un même toit; la télévision leur rappelle, toutefois, qu'une famille type devrait avoir peu d'enfants - ce que révèle la publicité.

D'autres textes offrent cependant plus d'espoir aux personnages amoureux, qu'on croise assez souvent sous la plume de Lahoucine Karim; mais les amours sont souvent contrariées, ou impossibles, ou rendues difficiles par les interdits sociaux, les grossesses non voulues ou le sida, fléau qui hante les lignes de certains textes. Cela, sans oublier l'enfant mort-né d'Aîda, qui a choisi d'aller tenter sa chance en Espagne, dans "Embarquements".

Lahoucine Karim, Un rêve plus grand que son âge, Paris, La Chambre d'échos, 2008.

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 22:29

Have A Pepsi Day ! par Gabriel NardelliIl y avait longtemps que je n'avais publié un texte original... lacune que je comble aujourd'hui avec un sujet pétillant qui sort un peu de l'ordinaire, sous forme d'acrostiche en quintil. Si par hasard vous trouvez ça drôle, dites-le moi.


 






P
rends un peu de ce suc qui fait pschitt et t'excite,
Et susurre, et pétille: en cent bulles, il crépite.
Pour calmer ta p'tit'soif, voici la panacée!
Sans whisky, bois-le pur, jusqu'au fond - don't leave it!
Il est frais, c'est extra: le Pepsi, c'est un hit!


Photo: Flickr/Gabriel Nardelli

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Publié par Daniel Fattore - dans Textes originaux
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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 22:11

Perrier Mineral Water par Andrew Kung PhotographyRappel des faits: vous avez passé les deux semaines qui viennent de s'écouler à boire d'excellents breuvages rouges ou blancs, volontiers rehaussés de bulles, à l'instar de nombreux ménages (la très peu bourgeoise Clémentine Autain en témoigne sur son blog, à titre d'exemple). Peut-être avez-vous osé les liquoreux, les bourgognes ou les bordeaux capiteux, voire des friandises plus fortes encore. On croit que ça dessoiffe... alors qu'en fait, ça donne soif!

C'est là qu'arrive une polémique qui a commencé à éclater dans la presse l'an dernier, mais dont la teneur me semble assez évidente depuis belle lurette: pourquoi claquer des fortunes en eau minérale alors que l'eau du robinet est tout aussi bonne? Par souci de sa santé? Argument vacillant. Par simple gourmandise, alors?

La question avait été abordée en termes fort détaillés par le journal genevois "Le Temps" en été 2008. Boire de l'eau en bouteille, c'est finalement, selon lui, une aberration écologique, tant il est vrai, en tout cas sous nos latitudes, que l'hygiène de l'eau du robinet est irréprochable et constamment surveillée; de l'autre côté, le transport et l'exploitation d'eaux en bouteilles est onéreux à tous points de vue (transport, prix pour le consommateur, élimination ou recyclage des bouteilles, etc.). Cela m'a rappelé mon vieux professeur de chimie, qui nous disait que l'eau de Charmey vaut bien celle d'Evian - et précisait dans la foulée le sens de l'adjectif "acratopège", dont de nombreuses eaux minérales se gargarisent. Tout cela pour dire que les chiens sont lâchés face à des eaux vendues à un prix largement surfait, venant parfois de loin - d'où un bilan écologique déplorable à plus d'un titre, ce que suggère d'ores et déjà le bon sens.

Mais de telles attaques ne sauraient laisser de marbre les acteurs du marché des eaux minérales... et Peter Brabeck, grand patron de Nestlé (qui possède entre autres Perrier), amène justement sa goutte d'eau au débat, sous la forme d'une intervention dans le magazine familial suisse "L'Illustré". La teneur de son discours? Elle est double: d'une part, le réseau qui permet de remplir votre verre au moyen du robinet d'eau courante engendre des déperditions supérieures à celui qui permet de remplir ses bouteilles. D'autre part, l'eau du robinet est beaucoup trop bon marché, à son avis... L'homme parvient donc à défendre son métier en utilisant les arguments mêmes de ses détracteurs.

Discutable, tout ça, à mon avis! Prenons le premier argument: certes, toutes les conduites ne sont pas parfaites; mais l'eau qui se perd ne réintègre-t-elle pas le circuit, sous forme de vapeur, puis de pluie? Quant au second, il suffit de consulter sa facture d'eau pour en juger... ou penser à ceux qui, dans le monde, ne peuvent se payer un simple verre d'eau propre du robinet, par suite d'une gestion malencontreuse de ce bien par l'Etat ou par des privés. Vendre l'eau au prix du supercarburant, comme semblent le suggérer les chiffres que Peter Brabeck avance, reviendrait à mon avis à assoiffer définitivement une bonne partie de notre globe. Et, accessoirement, à faire péter notre économie déjà bien chahutée.

Y'a de l'action, donc! Et que répondre aux militants des fontaines à eau dans les entreprises? J'ai personnellement la chance d'avoir un bureau à côté des toilettes, ce qui me permet d'aller me verser mon demi-litre d'eau quand j'en ai envie, sans frais pour le service. C'est du reste le cas de pas mal de monde dans les administrations; si le robinet est un peu plus loin, tant mieux: ça fait de l'exercice. Cela, sans compter que l'entretien d'une fontaine à eau est onéreux et pas idéal d'un point de vue énergétique (refroidir de l'eau, est-ce bon pour la santé? et l'environnement? les installations sont-elles vraiment optimales de ce point de vue?)

Certains me trouveront peut-être un peu ayatollah de l'écologie sur ce coup-ci; loin de moi l'idée de l'être! Simplement, mon bon sens me dit que mieux vaut ouvrir le robinet d'eau courante pour se désaltérer, en tout cas dans nos pays d'Europe occidentale ou d'Amérique du Nord - surtout si l'eau courante n'est pas chlorée. Mais au fond, à quoi bon la chlorer? Et vous, quelles eaux privilégiez-vous?

P. S. : l'adjectif "acratopège" signifie "sans propriétés particulières".
P. P. S. : sur le sujet de l'eau, il faudra vraiment que je lise Erik Orsenna...

Photo: Flickr.com/Andrew Kung Photography 

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 20:25

... une question qui est loin d'être innocente dès qu'il s'agit de Jacqueline de Romilly, helléniste distinguée et membre de l'Académie française, qui signa il y a quelques années "Pourquoi la Grèce". En 2008, elle collabore avec Monique Trédé afin de faire paraître, chez Stock, le petit ouvrage indispensable "Petites leçons sur le grec ancien" - dont le titre aurait aussi bien pu être, justement, "Pourquoi le grec?".

Pourquoi le grec, justement, alors? En collaboration avec Monique Trédé, Jacqueline de Romilly répond ici à une question d'emblée présentée comme essentielle, que ce soit par une exergue d'André Chénier ("Un langage sonore aux douceurs souveraines. Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines.") ou par les premières phrases du chapitre 1: "Ceux qui s'emploient à écarter de l'enseignement, en France ou ailleurs, l'étude de la langue grecque, s'imaginent volontiers qu'il s'agit simplement de la langue employée dans un tout petit pays qui avait perdu son indépendance dès avant l'ère chrétienne et que cette langue n'eut d'existence que dans un passé lointain." Le petit ouvrage "Petites leçons sur le grec ancien", vous l'avez deviné, s'attachera avec talent à démontrer qu'évincer le grec ancien est une grave erreur...

... et les auteurs vont convaincre leur lectorat. Leur langue est accessible et loin de toute technicité aride; elle se met au service d'une excellente vulgarisation, ce qui est la marque de ceux (et celles!) qui maîtrisent réellement leur sujet. Le style est à la fois limpi de, accessible et vivant. Pour Jacqueline de Romilly et Monique Trédé, le grec ancien est une langue universelle et intemporelle dans laquelle l'Europe actuelle puise ses racines culturelles et littéraires.

Tout cela, les auteurs l'exposent en abordant plusieurs aspects au fil de chapitres clairement structurés. Il y a d'abord l'histoire et l'expansion de la langue, puis les mécanismes de son enrichissement et de la constitution de son vocabulaire, sans oublier ses beautés intrinsèques - ce qui, au fond, constitue le génie propre de la langue - à travers ses constituants: noms, verbes, particules. La démonstration frappe grâce à de nombreux exemples tirés de ce que le grec nous a légué de mieux: sa littérature. Celle-ci, justement, est aussi évoquée dans ses spécificités; ses mécanismes pourraient inspirer certains auteurs d'aujourd'hui.

Un bon moment de lecture et de réflexion, donc! Toute personne intéressée par les langues anciennes lira cet ouvrage avec profit; et en particulier, sa langue particulièrement accessible (sans toutefois tomber dans l'infantilisme) le rendra sans doute pertinent et motivant pour des lycéens désireux d'approfondir leurs connaissances des langues anciennes.

Ouvrage commenté dans le cadre de l'opération "Masse critique", orchestrée par le site Babelio.

Jacqueline de Romilly/Monique Trédé, Petites leçons sur le grec ancien, Paris, Stock. 2008.

Photo:
http://www.canalacademie.com

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 20:53

Avec "Ruine", Alain Spiess a signé un roman bref aux phrases longues. Paradoxal? Pas tellement, nous allons le démontrer. Il y a en effet un côté "exercice stylistique" dans ce roman, qui relate la lente déconfiture de Sebain, assis dans un restaurant de standing face à un narrateur mal à l'aise - et ce côté aurait pu lasser, comme souvent dans ces cas-là, si le roman avait été plus long. La longueur des phrases de ce texte a une double fonction: d'une part, elle rappelle la lenteur du service (apparemment calculée) et la lenteur de Sebain en train de manger et de soliloquer (parfaitement calculée, elle). D'autre part, elle permet à l'auteur de ressasser à l'envi les quelques éléments qu'on trouve dans l'établissement, et de faire évoluer ses personnages et groupes avec une lenteur obsédante. Le système présente certes un inconvénient: à force de montrer des actions simultanées, l'auteur se trouve obligé d'user fréquemment d'adverbes tels que "tandis que", "pendant que", "alors que", etc.

Le côté obsédant des répétitions qui rythment l'ouvrage est particulièrement perceptible pour les éléments quasi immuables: la photo de la baleine échouée, ou le parfum entêtant de muguet de la jeune serveuse blonde aux seins engageants (fantasme classique!)... du moins jusqu'à ce qu'elle décide qu'il est l'heure pour elle d'arrêter son service. Les répétitions permettent, enfin, de rappeler au lecteur qu'il y aura une catastrophe finale; l'auteur entretient ainsi l'intérêt, et pousse le lecteur à vaincre la longueur de la phrase. Astuce efficace.

Passant d'une table à l'autre, d'un personnage à l'autre, l'auteur parvient à dire tout ce qui se passe, par bribes, en fonction des éclats (de voix ou autres) en provenance de l'une ou l'autre tablée, comme cela arrive effectivement dans un restaurant. Plus fort encore, l'auteur parvient à suggérer ce qui se raconte un peu partout, et à recréer ainsi, par éléments, des histoires plus ou moins suivies et des portraits plus ou moins ébauchés. Cela, sans recourir jamais au style direct, même à la table du narrateur: celui-ci n'est pas à sa place face à Sebain, et ne se gêne pas de le dire dans son récit; au restaurant, il fait de la figuration et se montre distrait, que ce soit par la décoration ou les seins de l'accorte serveuse blonde.

Et la fin surprend le lecteur: on se serait attendu à un paroxysme plus profond qu'un simple pétage de plombs par un Sebain devenu ivre de vins puissants et de calvados des familles, au terme de récits de guerre honteux racontés de manière hasardeuse en phrases alambiquées. Rappelons que Sebain souhaite liquider son affaire, et que le narrateur est l'émissaire de Catherine, repreneuse potentielle: des faits de guerre dont on n'est pas fier sont-ils rédhibitoires? Je dois avouer avoir eu un peu de peine à voir le rapport. Sans doute faut-il le trouver dans l'état de "ruine humaine" en cours de déliquescence qui est celui de Sebain dans l'ouvrage.

Déçu donc par la fin; mais je reste d'avis qu'il y a aussi du bon dans ce livre, essentiellement du point de vue stylistique. A vous de juger, donc!

Nota: j'apprends à l'instant que l'auteur est décédé le 30 juin 2008.   

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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 17:44

Conformément à la tradition, je viens souhaiter à tous mes visiteurs, par ce billet, une EXCELLENTE nouvelle année 2009. Qu'elle apporte à chacun l'inspiration qui fait avancer, le succès qui enivre, la santé qui donne la force, et la joie qui fait du bien au coeur.

Et à bientôt pour de nouvelles aventures!

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 21:45

De la vraie lecture de vacances, rafraîchissante, riche en aventures, dramatique, complètement folle, parfois héroïque, instructive souvent, et profondément humaine quand même. Pensez-vous que je vais vous parler du dernier pavé d'Umberto Eco? Non. Certes, le propos de "Le pire voyage au monde", d'Apsley Cherry-Garrard, devrait rafraîchir vos vacances de plage. Mais il a quelque chose de plus sérieux, de plus profond, qui devrait séduire le lecteur aguerri qui ne se contente pas du premier volume venu. Peut-être même vous fera-t-il trouver bien doux d'éventuels impondérables de vacances (valises perdues, coups d'Etat inopinés, trains en retard, grèves, etc.)

De quoi s'agit-il? "Le pire voyage au monde" relate l'épopée dramatique de l'expédition scientifique de Robert Falcon Scott en Antarctique, entre 1910 et 1913. Il a été rédigé par Apsley Cherry-Garrard, embarqué comme aide-scientifique alors que rien ne l'y prédisposait. Une petite dizaine d'années après les faits, Cherry-Garrard est prié d'écrire ce qui deviendra ce classique de la littérature de voyage, afin de relater l'aventure et de produire un document utile aux expéditions futures.

L'équipée aura joué de malchance de bout en bout, et aura souffert de choix techniques malheureux. Côté malchance, c'est la météo qui s'en mêle, capricieuse, jamais comme on la souhaiterait. Le lecteur notera que là-dedans, on se retrouve avec des pointes à moins soixante degrés; une température de 1,5°C paraît chaude, trop même puisqu'elle amollit la neige, rendant problématique le transport en traîneau. Traîneau? Cela m'amène aux questions techniques, bien détaillées: l'auteur évoque les déboires des traîneaux à moteur et des véhicules à chenilles, et les aléas de la traction humaine pour acheminer le matériel. Cela, sans oublier la comparaison des humeurs variables des chiens, mulets et poneys successivement utilisés pour les déplacements. A titre de comparaison, Roald Amundsen a emprunté un chemin plus efficace et recouru à la traction par chiens, ce qui lui a permis de faire la différence dans la course au Pôle Sud.

Ce témoignage n'oublie pas l'humain, cependant, et Apsley Cherry-Garrard est un excellent portraitiste de ses semblables. Chacun des membres de l'équipe est présenté de manière très personnelle, parfois au moyen d'anecdotes. Il recrée également une ambiance présentée comme fraternelle et très urbaine, comme il sied à des gentlemen qui n'ont jamais renoncé à une tasse de thé. Cela, sans oublier l'atmosphère des conférences organisées pour passer le temps dans les étendues solitaires et inhospitalières de l'Antarctique.

Inhospitalières, en effet... le lecteur doit s'attendre à lire ici une sorte de huis clos sans figurants autres que les pionniers. La faune est décrite avec soin; mais elle n'occupe pas toujours la même présence. Place donc à des décors rendus impressionnants par la verve de l'auteur, qui en analyse également les réactions: la glace vit, bouge, se déplace, donnant du fil à retordre à des voyageurs sans cesse obligés de remettre en question les itinéraires choisis.

Enfin, pour ne rien gâcher, l'ouvrage est illustré des photographies de l'expédition, ainsi que d'aquarelles de Wilson, membre de l'équipe, décédé lors de son retour du Pôle Sud, plus ou moins en même temps que Robert Falcon Scott. Tous sont restés bloqués par le blizzard, à court de provisions, alors que l'entrepôt le plus proche se trouvait à une vingtaine de kilomètres... soit une journée de parcours dans de bonnes conditions.

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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 21:38

Ceux qui tiennent à en savoir un peu plus sur les coulisses de la tourmente économique que nous connaissons actuellement seront bien inspirés de jeter un coup d'oeil à l'ouvrage de Myret Zaki, "UBS, les dessous d'un scandale", paru chez Favre en 2008. Subprimes, bulles spéculatives, cadres (et surtout traders) (trop) bien payés, vous saurez tout. Et que mes visiteurs français ne se formalisent pas de l'aspect apparemment helvético-centré de cet ouvrage: l'exemple de l'UBS est présenté comme emblématique de toute une dégringolade.

Promenons-nous un instant dans les pages de ce livre. Dès le départ, le lecteur sera informé en détail de ce que l'on appelle les "subprimes": des produits dérivés fondés sur des hypothèques de particuliers américains... particulièrement peu solvables puisque dans certains cas, il est possible, là-bas, d'acheter sa maison avec zéro pour cent de fonds propres. Le paradis du propriétaire, mais sans filet! Ces produits bancaires sont mauvais, mais personne n'en saura rien: à lire Myret Zaki, qui critique certaines méthodes de cotation, on a l'impression que ceux-ci ont été repeints, à la manière d'une mauvaise voiture qu'on repeint rapidement afin de la faire paraître plus alléchante à un acheteur potentiel. L'approche peut paraître assez technique au lecteur; mais jamais elle n'est jargonnante, ou illisible: l'auteur, titulaire d'un MBA, se montre exigeant envers son lecteur, et cela est sage.

Et c'est sur la base de ces vrais-faux bons placements que l'auteur parvient à greffer l'histoire de l'UBS, première banque de Suisse, désireuse de s'implanter sur le marché américain, dans le domaine de la banque d'affaires - un domaine qui, paraît-il, ne supporte pas la médiocrité. Défi délicat pour un établissement peu expérimenté dans le secteur, nouvellement installé aux Etats-Unis, désireux de s'imposer face à des mastodontes! On aborde alors le problème de l'embauche de traders grassement payés (plus même que le patron de la banque!), peu scrupuleux dans leurs investissements, pourvu que ça rapporte à court terme. Et effectivement, ça a marché... à part que l'UBS, selon l'enquête proposée par ce livre, n'a pas su retirer ses billes du jeu à temps - contrairement à Credit Suisse, banque concurrente, souvent utilisée à des fins de comparaison. 

Les mécanismes menant à la catastrophe sont ensuite exposés. Catastrophe totale? Non. L'auteur précise en permanence que c'est bien le secteur "banque d'affaires" américain qui a souffert de la crise des subprimes, mais que le fleuron de ses activités, à savoir la gestion de fortune, se porte bien - même s'il est menacé par la banque d'affaires. Alors, quoi? Liquider cette dernière? Myret Zaki se penche également sur cette question, dans une perspective d'étude de l'avenir qui voit large. Car si l'avenir de l'UBS est bien évoqué, c'est aussi celui du monde économique et de ses enjeux qui est analysé: déclin du dollar comme monnaie internationale au profit de l'euro, déplacement de la puissance économique absolue des Etats-Unis vers l'Asie du Sud-Est, etc. 

Accrochez-vous donc: avec ce livre, vous allez comprendre...  en partant des faits, sans effets de manche ni promesse fallacieuse.

Myret Zaki, UBS, les dessous d'un scandale, Lausanne, Favre, 2008.  

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 21:08

"Minuit Chrétiens" est un hymne religieux fameux composé au cours du dix-neuvième siècle par Adolphe Adam (à qui l'on doit également le ballet "Giselle") et Placide Cappeau, négociant en vins à Roquemaure (Côtes-du-Rhône) dont la postérité est un peu moins évidente - on dit même qu'il était farouchement républicain et anticlérical. Mais enfin, passons: ce n'est pas pour cela que l'histoire a retenu son nom, mais bien pour le texte de "Minuit Chrétiens".

Ce tube religieux a connu une popularité jamais démentie, finissant par échapper à ses créateurs. La critique s'en est mêlée, en dénonçant le mauvais goût: "Le succès de Minuit chrétiens ! est, d’un certain point de vue, quelque chose de plus affligeant et de plus grave que le fait de l’avoir composé (...). Il semble qu’un minimum de décence devait s’opposer à ce qu’on honore un homme qui a positivement traîné la musique dans la boue, qui a fait pis que flatter le mauvais goût de la foule, car il l’a abaissé, avili, dégradé (...). Pour qui aime la musique, l’enfer, c’est peut-être de devoir écouter ses œuvres à perpétuité", déclare par exemple le compositeur et pianiste Robert Bernard (1900-1971) au sujet du compositeur, dans son "Histoire de la musique", aujourd'hui bien oubliée. Le pape lui-même s'en mêle: par un motu proprio, Pie X recommande de ne pas interpréter cette pièce dans les églises, en raison de son caractère trop théâtral et trop peu religieux.

Une approche discutable. D'un côté, certes, la pièce est propice à l'emphase grossière, voire à des cris qui ressemblent davantage aux chants de sortie de bistrot qu'aux accents recueillis d'une oeuvre religieuse. D'un autre, le "Minuit Chrétiens" d'Adolphe Adam n'est certainement ni la première, ni la dernière oeuvre religieuse à avoir un arrière-goût d'opéra plus ou moins appuyé, voire d'opérette. Autres temps, autres moeurs, même si parfois, le mélange est mieux (ou moins mal) réussi - pensons aux messes de Mozart, par exemple, mais aussi à la "Petite messe solennelle" de Rossini - dont la vocation n'a, soit dit en passant, jamais été de nourrir quelque liturgie.

Et c'est là que j'interviens... puisque la chorale "L'Avenir" de la paroisse de Morlon, où je joue de l'orgue, m'a prié de tenir le solo de "Minuit Chrétiens" à l'occasion de la messe de minuit - célébrée à 18 h 00, faute de personnel à l'heure fatidique. Que faire avec cela? Naturellement, la tentation est forte de "montrer sa belle voix", et de jouer dans le registre bruyant à défaut d'être fin. Piège gluant que celui-là! La musique d'Adolphe Adam est bien fichue, mais elle a une lenteur et une majesté intrinsèque qui rend difficiles les longues tenues sur des notes aiguës, toujours sportives pour une basse. De plus, le côté "sortie de bistrot" déjà évoqué n'est jamais loin si l'on oublie la finesse. Que faire, alors?

Eh bien... prendre le contre-pied d'une tradition trop braillarde! J'ai choisi de la jouer intimiste, privilégiant l'articulation du texte (couplets 1 et 3), renonçant à toute martialité, à tout style d'opéra, d'entente avec la directrice de la chorale. La société de chant opte également pour une reprise des refrains sotto voce des mieux venues. Ajoutez à cela un accompagnement d'orgue discret et une exécution au moment de la communion et vous obtiendrez les ingrédients d'une interprétation tout sauf clinquante de cette oeuvre. Et puis, pour les cordes vocales, c'est tellement plus reposant!

Photo:
http://www.nimausensis.com/Gard/NoelAdam.jpg

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Publié par Daniel Fattore - dans Musique
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