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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Derrière la page DISPARITIONS

du journal Le Monde

il y a la météo et les mots croisés

 

Et je me prends à penser une seconde

en tournant la page

que la mort aussi n'est qu'un jeu

entre le soleil et un nuage

 

Azadée Nichapour (1969- ), Parfois la beauté, Paris, Autour du monde/Seghers, 2008.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 21:09

hebergeur imageDes tréfonds du Moyen Age à la fin du vingtième siècle, voire au-delà: tel est le voyage temporel que propose l'ouvrage "10 tableaux et leur époque", rédigé par Grégoire Jeanmonod. Passionné d'histoire de l'art depuis son adolescence, journaliste de télévision, l'auteur de ce volume parvient, à l'aide des arguments de la raison et du coeur, à présenter, reproductions en couleurs à l'appui, dix oeuvres picturales qui, diversement connues, ont constitué un virage dans l'histoire de la peinture.

 

Ce beau livre de quelque 400 pages se caractérise par un souci constant de pédagogie. Au risque d'en dire trop, l'auteur n'hésite pas à expliciter tous les termes et concepts qui pourraient poser un problème de compréhension à un lectorat peu familier des notions abordées - qu'elles soient purement artistiques ou qu'elles participent du contexte qui prévalait à l'époque où l'oeuvre a été réalisée. Dix oeuvres, c'est aussi dix chapitres; ceux-ci revêtent tous la même structure en quatre temps: le tableau, le peintre, le contexte historique, le décryptage. Une construction qui rythme la lecture si l'on choisit d'aborder ce livre comme un roman, du début à la fin, même s'il est tout à fait possible au lecteur d'aborder chaque tableau isolément.

 

Alors, ces dix tableaux? Tout commence avec Giotto di Bondone et son Cycle de la vie de Saint François et s'achève avec Super Nova de Takashi Murakami. On se souvient que l'exposition de ce dernier au château de Versailles a suscité une récente polémique. On pourrait soupçonner l'auteur de surfer à bon compte sur cette vague d'actualité; mais force est de constater que le chapitre qui est consacré à Takashi Murakami permet à chacun d'affiner sa position par rapport à ce débat en donnant à connaître, avec succès, ce qu'il y a derrière les créations de l'artiste japonais: un peu de manga, un peu de pop art, mais aussi beaucoup d'histoire japonaise, présentée comme passablement torturée - sans oublier la culture otaku et les mille sens symboliques qu'on prête aux champignons. 

 

Page après page, le lecteur est amené à relire des toiles fameuses telles que "Les époux Arnolfini" de Van Eyck. Qui, en effet, est suffisamment attentif pour aller observer tous les infimes détails qu'elle recèle? Grégoire Jeanmonod offre ici une sensibilisation à cet élément; dès lors, le lecteur ouvrira l'oeil lorsqu'il verra l'original de cette toile, à la National Gallery de Londres. L'auteur dévoile aussi la conquête progressive et de la recréation du réel, d'abord de manière quasi photographique avec l'adieu à la maniera greca et l'émergence de la perspective (Giotto di Bondone, avec mise en perspective de l'artiste Brunelleschi), l'art de donner un sens à un paysage savamment agencé (Paysage avec l'arrivée d'Enée de Claude Gellée), ou même la peinture satirique des moeurs avec le Marriage A-la-mode de William Hogarth, dont l'auteur détaille les six tableaux avec un regard affûté.

 

Les oeuvres plus récentes, quant à elles (trois datent du vingtième siècle), donnent à voir comment, progressivement, les artistes partent de la réalité pour mieux s'en détacher, par les couleurs (Monet) ou par les formes (Picasso et ses Demoiselles d'Avignon). La description de Number I, 1948 de Jackson Pollock permet à l'auteur d'expliciter la pertinence de démarches picturales qui, a priori, peuvent paraître déroutantes - tout comme a dû l'être, lors de sa première présentation au public, la Vue intérieure de la Gare Saint-Lazare: la ligne d'Auteuil de Claude Monet. Au fil des exposés, c'est donc tout un parcours historique, cohérent et évolutif, que l'auteur dévoile à son lectorat.

 

Le lecteur regrettera les coquilles que recèle l'ouvrage; mais cela, seul bémol notable, est peu de chose par rapport à la valeur instructive du voyage proposé, qui a la sagesse de remettre toutes les oeuvres dans leur contexte historique (histoire de l'Eglise, histoires nationales, enjeux commerciaux). Pour l'amoureux d'art, cependant, les décryptages, qui mettent en évidence ce que chaque oeuvre a de spécifique voire de génial (ce qui n'est pas toujours évident!), sont sans doute les éléments les plus riches et les plus instructifs. Rédigé dans un souci constant d'être clair, ce livre, destiné au grand public, trouvera sa place dans la bibliothèque de toute personne intéressée, même peu savante - ou, pourquoi pas, dans les mains d'un public jeune.

 

Pour un premier ouvrage développé selon le concept "dix et leur époque" (l'éditeur en promet d'autres), Grégoire Jeanmonod a placé la barre haut!

 

Grégoire Jeanmonod, 10 tableaux et leur époque, Paris, Defursen, 2011.

 

Le site de l'éditeur, où il est possible de commander l'ouvrage: http://www.defursen.com

Merci à la maison d'édition et à Agnès, sa chargée de communication, de m'avoir fait tenir cet ouvrage.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 21:31

Sous ce titre, je m'approprie le tag de Lecture sans frontières - et que je tague à mon tour Lili GalipetteMarie, Mobylivres, Ogresse, Reka. A vous de répondre aux questions à choix multiples présentées en gras ci-dessous!

 

L'idée: répondre au test suivant, portant sur vos trente derniers jours:

Combien de fois avez-vous été en librairie, à la bibliothèque, ces trente derniers jours?

1) Zéro fois

2) 1 à 10 fois

3) Plus de 10
Réponse 2. Et j'ai fait des achats, profitant d'un avoir grappillé grâce à ma carte de fidélité FNAC. Je me suis rendu deux fois en bibliothèque (illustration) pour travailler à mes oeuvres complètes (plus précisément à la version "publiable" de mon mémoire de master en administration publique, soutenu l'automne dernier), mais je n'ai rien emprunté, mes travaux étant essentiellement de refonte.

 

 

Combien de livres ont rejoint votre PAL depuis? (hormis les emprunts de bibliothèque, une PAL étant la pile dont on ne se débarrasse pas comme ça et qui peut croupir chez soi des années)

1) Zéro

2) 1 à 5

3) Plus de 5
Réponse 3. Il y a là Catherine Gaillard-Sarron (que je salue si elle passe par ici - merci pour sa dédicace!), Gilles de Montmollin (merci et salut à lui également!), Louis-Jean Calvet (je me réjouis de le lire), Olivier Mathieu (bonjour aussi!), Pascal Marmet (salutations de Suisse!) et quelques livres reçus dans le cadre de partenariats, que je lis en priorité. Trop? Que nenni: je me réjouis de lire, de découvrir. Même si ce n'est pas forcément pour tout de suite.

 

Combien de livres dans votre LAL au cours des trente derniers jours?

1) Zéro

2) 1 à 10

 3) Beaucoup plus

Réponse 2-3. Il y a là les références grappillées sur les blogs amis ou lieux de passage, mais aussi sur les blogs et sites d'opinion, sur les pages dédiées aux auteurs ou à certaines thématiques, voire les recommandations de la presse sur papier.



nullUn livre lu en entier ces trente derniers jours? Faisait-il parti de la PAL? S'agit-il d'une nouvelle acquisition?

1) Aucun

2) Oui, et il faisait parti de la PAL

3) Oui, et il s'agit d'une de mes acquisitions de l'année

Réponse difficile à chiffrer. Plusieurs livres lus au cours des trente derniers jours. Nouvelles acquisitions? Euh, non - et c'est tant mieux: cela m'a permis de faire diminuer quelque peu ma PAL. Et, peut-être, de vous faire découvrir quelques vieux livres, si vous êtes des fidèles de ce blog... Force est de constater qu'une des forces des blogs réside dans leur liberté par rapport à l'actualité journalistique: personne ne vous traitera de ringard si vous décidez de parler d'un vieux fond de PAL ou de bibliothèque...



Un défi entamé pendant ces trente derniers jours?

1) Défi?

2) Entamé oui

3) Fini même

Réponse 3. Je pense au défi belge (fini après que j'en ai eu connaissance... mais je continue), au défi "Giro in Italia" ou au challenge nécrophile. En gros, il me faut à présent assumer mon propre Défi des Mille (ce sera peut-être avec Dumas, à moins que Jean d'Ormesson (1) ou Philippe Hériat ne viennent jouer les trouble-fête), boucler le défi chick lit (j'ai une réputation à défendre, hé hé!) et le défi des années de naissance, récemment découvert chez Sabbio et consistant à lire, dans l'année, au moins un livre paru durant l'année de notre naissance.

 

 

null(1) Je découvre que mon exemplaire de "Le Vent du soir" est dédicacé de la main de l'illustrissime... Jean d'O pourrait donc bien faire son entrée dans le défi, par l'entremise de sa trilogie "Le Vent du soir", qui pèse effectivement plus de mille pages dans son édition originale. Avis aux amateurs!

 

 

 

   

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Tags
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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, Edelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Je je voulais pas me coucher tard ce soir.

Mais je n'ai pu trouver le sommeil,

Toujours ces mêmes pensées qui me maintiennent en éveil,

Et donnent à mes nuits la couleur de l'ivoire.

 

Il y a quelque chose au fond de moi qui pleure encore.

Une profonde tristesse qui me met en déroute,

Une incroyable détresse, une indicible souffrance.

Je sème le doute, me voilà dans l'errance.

 

Aux premières lueurs du jour, je ne dors pas encore.

Je quitte la rive et pars à la dérive,

Et transforme mes pas en une danse craintive...

 

Caroline Berthet (1974- ), Comme un miroir en mille morceaux, Paris, Les Editions du Panthéon, 2002.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 21:06

null... et même si la rime ne vaut pas deux francs, peu importe: au sortir d'un passage au restaurant chinois, et alors que je constate que des blogueurs amis parlent de vins, je tiens à vous faire part de la jolie expérience qu'il m'a été donné de vivre en dégustant un petit rosé chinois plutôt intéressant dans son genre.

 

Boire un rosé en hiver? C'est rafraîchissant, me direz-vous - à telle enseigne qu'on préférerait boire ce genre de vin en plein été sur une terrasse. Mais là, pour une soirée en famille au terme d'une journée quasi printanière, il valait la peine de se la jouer couleur à la fois locale et exotique. C'est pourquoi le choix s'est porté sur une bouteille connue: le "Golden Dragon", vin rosé  à 12% provenant du Shandong, région de l'est de la Chine, donnant sur la Mer Jaune.

 

Fruité, léger et rafraîchissant en bouche, ce breuvage est un rosé qui tient toutes ses promesses, et qu'on dégusterait effectivement pour lui-même, en apéritif ou à titre de compagnon d'une partie de pétancube (parce que les boules carrées, c'est quand même mieux, je me suis promis de vous en reparler). Mais là où le "Golden Dragon" apporte quelque chose de plus qui fait que ça vaut la peine de le faire venir de sa lointaine province, c'est qu'il réserve, en plus du goût un rosé classique, un bouquet subtil mais bien présent de racines ou d'herbes qui n'est pas sans rappeler, discrètement, certaines eaux-de-vie de gentiane. Original! On pourrait dire que c'est gênant; que nenni: le résultat est parfaitement équilibré, et au final, le buveur a l'impression d'avoir dégusté quelque chose de vraiment original. Pour ma part, l'impression qu'il me laisse est qu'il sera parfait pour accompagner quelque hors-d'oeuvre asiatique - par exemple des raviolis à l'étuvée. Cela, tout en me rappelant quelques digestifs fameux - c'est mon côté "Madeleine de Proust"...

 

Bon appétit, santé et bon week-end!

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Publié par Daniel Fattore - dans Plaisirs de bouche
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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:45

En avant-première, j'ai l'honneur de vous présenter le Top 20 du classement Culture Wikio de février:

 

 

1 Fubiz
2 Blog-O-Book
3 Le Terrier de Chiffonnette
4 Ufunk.net
5 Les livres de George Sand et moi
6 LIRATOUVA
7 Les lectures de Pimprenelle
8 Moi, Clara et les mots
9 Le blog de Herisson08
10 La bibliothèque malounienne
11 Bric à Book
12 Graphisme & interactivité
13 TrendsNow
14 Fattorius
15 Mon coin lecture
16 Les Peuples du Soleil
17 Les Lectures De Liyah
18 Cynthia et ses contes défaits
19 Répertoire de la Science Fiction
20 Les écrits d'Antigone

 

Culturellement votre par Wikio - merci à Etienne pour sa confiance!

 

Bravo aux blogueurs et blogueuses, qu'ils se trouvent dans ce classement ou pas, qu'ils montent ou qu'ils descendent... et que le plaisir continue de régner dans la rédaction de billets - et dans la lecture de ceux des collègues!

 

C'était la minute geek...

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 21:40

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Giro in Italia et Challenge nécrophile.

 

La Sérénissime, cité des doges, Venise donc, peut s'enorgueillir d'avoir eu plus d'un auteur à l'avoir magnifiée avec succès à travers ses écrits. Au dix-neuvième siècle, l'écrivain Ippolito Nievo (1831-1861) met en scène, dans son roman "Un ange de bonté", des intrigues qui trouvent leur place entre Venise, Mestre et les environs. Mêlant burlesque et romanesque avec une adresse consommée, l'auteur, décédé dans un naufrage en Méditerranée, se pose, en dépit de sa jeunesse, comme l'un des grands écrivains du Risorgimento avec Giacomo Leopardi et Alessandro Manzoni (dont Ippolito Nievo revendique la paternité, en empruntant modestement, en l'assumant presque à la manière d'un hommage, quelques petites idées à ses "Fiancés").

 

C'est autour du personnage de Morosina que le récit de "Un ange de bonté" s'articule. Morosina est présentée comme un être d'une bonté extraordinaire, qui tranche avec son entourage. Le contraste est donné dès le premier chapitre, où elle s'avise de jouer des pièces tristes au clavecin à l'occasion d'une fête, alors qu'elle vient de sortir du couvent où se déroula son instruction. Musique déplacée? C'est qu'elle-même ne se sent pas à sa place dans ce milieu mondain, qui permet à l'auteur de présenter certains de ses personnages, à la manière d'une scène d'exposition. Et jusqu'au bout de l'histoire, Morosina sera la rédemptrice des quelques hommes qui l'entoureront et, pour deux d'entre eux, qui partageront sa vie: le vieillard Formiani, puis Celio, l'homme qu'elle aime, tous deux des intrigants qu'elle ramène dans le droit chemin par son exemple.

 

Cette fête suggère l'un des grands axes du récit, qui est celui de la peinture des moeurs de la Venise de la fin du dix-huitième siècle. L'auteur perçoit la société de ce temps comme décadente. On retrouve dans cette peinture certains traits du roman libertin à la française. Mais plutôt que l'intrigue amoureuse (même s'il y a des choses bizarres parfois, et quelques scènes romanesques en gondoles les laissent deviner, sans jamais verser dans le scabreux), c'est l'intrigue politique et la corruption que l'auteur déplore, n'hésitant pas à expliquer de quoi il veut parler à l'aide d'exemples: arrestations arbitraires, détention d'innocents, prébendes accordées par copinage, fausse mendicité, clientélisme, etc.

 

En contrepoint à ce portrait pessimiste de la société vénitienne, l'auteur place à de multiples reprises des épisodes burlesques, drôles, parfois révélateurs. On sourit par exemple à l'évocation de tel notable suspendant des jambons dans un escalier, à tels papiers ultra-importants compissés par accident par un chien, ou au portrait haut en couleur du notaire Chirichillo (chapitre 2), qui croit en la réincarnation et raconte ses vies passées à qui veut les entendre. Sans compter le gag récurrent du poète qui récite ses vers à son maître, qui s'endort invariablement - s'immisçant dans le récit, l'auteur de "Un ange de bonté" déconseillera à toute personne l'achat du recueil de ce poète, traçant ainsi, pour faire vrai, un pont entre la réalité du lecteur et celle du roman. Enfin, l'art des dialogues et des sous-entendus qu'ils peuvent receler n'a pas de secret pour l'auteur, on le comprend dès le premier chapitre.

 

Il y a enfin un certain mysticisme qui perce tout au long du récit - mysticisme oriental (l'auteur s'intéresse à l'Orient et ne s'en cache pas) avec ces histoires de métempsycoses, mais aussi mysticisme chrétien, suggéré dès le titre du roman, et appuyé par l'image de sainte que renvoie Morosina. Le burlesque n'est jamais loin, on l'a compris: qui sont vraiment les "diableteaux" qui viennent agiter la perruque de Chirichillo alors qu'il assiste à la messe?

 

Tout cela est rendu avec beaucoup d'adresse par le traducteur, Yves Branca. Allant plus loin que la simple restitution d'un sens, il a fait un effort stylistique important, recréant à la manière d'un pastiche certains archaïsmes et régionalismes utilisés par l'auteur, n'hésitant pas à reprendre certains mots latins ou italiens présents dans le texte d'origine. Cela donne à l'ensemble une saveur particulière, parfaitement en phase avec le temps de l'intrigue. Ajoutée au goût intrinsèque à l'intrigue, cela fait de ce livre un petit délice, à goûter sans modération... éventuellement avec un verre de vin de Conegliano à la main, comme le fait le bailli en fin de récit.

 

Ippolito Nievo, Un ange de bonté, Genève, Zoé, 2008. Traduction d'Yves Branca.

 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 21:34

hebergeur imageAprès Bouh, c'est au tour d'Emma de parler de Léon Tolstoï et de Guerre et Paix dans le cadre du Défi des Mille. Son billet a paru ici:

 

http://lapauselecture.canalblog.com/archives/2011/01/31/20260788.html

 

Bonne lecture! Et à vous de jouer, si le coeur vous en dit!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 00:30

nullMartin Suter est-il un écrivain? Et si ce n'était pas le cas? L'auteur suisse amanique, dont les romans sont régulièrement traduits en français, est ces temps-ci au coeur d'une controverse lancée par Ulrich Greiner. Chroniqueur littéraire auprès du journal allemand "Die Zeit", il vient de lancer un pavé dans la mare en déclarant, dans un article, que Martin Suter n'est pas un écrivain - selon ses critères, bien sûr: un écrivain doit "maîtriser l'art de s'approprier et de s'imposer" (traduction: "La Liberté", qui relayait l'affaire le 22 janvier 2011).

 

Quand la presse allemande s'en mêle...

Cela peut paraître creux dit comme ça, mais creusons. L'article s'attaque en particulier aux descriptions que Martin Suter place dans son dernier opus, "Der Fluch der Libelle". Des descriptions où les personnages se ressemblent, où certains éléments sont perçus comme inutiles ou creux par le critique - pourquoi, selon lui, faut-il donc préciser que des trains à caisses inclinables circulent sur la ligne du Pied du Jura, si ce n'est pour expliquer un éventuel malaise d'un personnage? Et est-il indispensable de préciser que les spots sont des éclairages mobiles fixés sur des rails?

 

Personnellement, je considère que ces deux exemples, choisis parmi de nombreux autres que le critique explicite assez peu (il préfère user d'une tonalité de connivence sur l'air du "on se comprend, hein!"), sont pour le moins contestables quant à leur pertinence. Des spots sur des rails? Eh oui: certains sont placés sur des pincettes. Tout au plus était-il dispensable de préciser qu'ils sont orientables... et encore. Quant au train à caisses inclinables (ICN), ce n'est certes pas le détail le plus frappant de ce type de véhicule lorsqu'on l'observe circuler; mais force est de constater qu'il fait partie du paysage de la région des Trois-Lacs. Ainsi l'auteur crée-t-il, dans une certaine mesure, un effet de réel typiquement suisse...

 

... et devance-t-il le reproche que lui fait le critique de n'être pas assez "suisse", de trop concéder au style allemand d'écriture. La belle affaire! Le débat fait rage depuis des décennies dans une Suisse romande coincée entre l'impératif parisien et la contrainte montagnarde. Côté alémanique, on pourrait répliquer au critique que Martin Suter a choisi son camp, et que c'est dans l'ordre des choses. Peintre par ailleurs de milieux souvent aisés et urbains, éventuellement en phase avec l'internationalité, il lui a sans doute paru plus pertinent d'utiliser un allemand standard, éloigné du dialecte qu'on peut entendre partout à l'est de la Sarine ou de la langue de Goethe telle que les Suisses alémaniques, dialectophones, la pratiquent dans le cadre d'un phénomène de diglossie. Cela participe certes d'une démarche de convention; mais faut-il à tout prix exiger des Suisses qu'ils parlent suisse?

 

Faut-il par ailleurs, pour être un écrivain, être un adepte du style alambiqué et des phrases à tiroirs? Le critique de Martin Suter reproche à ce dernier d'abuser de phrases simples, systématiquement dépourvues de subordonnées. Comme dans le récit de la Création du monde tel que relaté par la Bible (Genèse), a relevé un commentateur dans le cadre du débat.

 

... un média alémanique riposte

nullUn tel article n'est pas passé inaperçu. Le débat fait rage sur les sites des journaux, attirant des centaines de commentaires soutenant Martin Suter. Et dans un article d'opinion publié par le "Tages-Anzeiger", Michèle Binswanger met la polémique en contexte (longuement sous-évalué, Martin Suter est soudain systématiquement porté aux nues par la critique) et relaie la question d'Ulrich Greiner en se demandant si l'art doit, pour être vraiment de l'art (et, en l'occurrence, de la littérature), être élitaire. Le débat n'est certes pas clos: d'un côté, une vision extensive à la Jack Lang pourrait poser que "tout ce qui est écrit est littérature", du mode d'emploi de votre toaster jusqu'à une tragédie de Racine. Une vision restrictive, au contraire, pourrait effectivement imposer cet impératif d'élitisme en décrétant que l'art doit élever, n'être accessible qu'à un petit cercle de "happy few" sachant lire autre chose que des polars et ne pas flatter les bas instincts par des effets faciles. Résultat: poussant le raisonnement jusqu'à l'absurde, Michèle Binswanger conclut que Goethe, qui a de nombreux lecteurs, devient suspect...

 

Mais ce dernier débat a-t-il vraiment lieu d'être? Si l'on y réfléchit bien, il est assez vain d'opposer grand art et grand public. Certes, la littérature a besoin d'une avant-garde qui ouvre de nouvelles pistes pour dire le monde et d'auteurs de plus grande diffusion qui s'approprieront leurs  Mais il est aussi déjà arrivé par le passé, et il arrive encore régulièrement aujourd'hui, que d'excellents écrivains, aux qualités reconnues par la critique la plus pointue et la plus exigeante, trouve également grâce aux yeux d'un vaste public. Qu'on pense à Victor Hugo, largement étudié aujourd'hui et très lu de son vivant. Qu'on pense aussi aux lauréats des grands prix littéraires de l'automne: suffisamment populaires pour séduire un grand nombre de lecteurs, ils sont souvent assez intellos également pour valoriser celui qui les lit, celui qui les offre, celui qui les reçoit et celui qui les commente dans la presse, tout en prenant une option sur des lecteurs futurs. Stupéfiante synthèse, non? Cela, tout en dérangeant, en émouvant, en interpellant, en témoignant, en faisant évoluer les regards...

 

Là réside peut-être un des traits caractéristiques du génie, parmi d'autres: parvenir à créer une oeuvre suffisamment riche pour qu'elle parle au plus grand nombre tout en offrant de quoi se nourrir à un public plus exigeant de lecteurs - cela, tout en étant un témoignage décisif du temps de l'écrivain. Et l'avenir décidera, ponctuellement, ce qui méritera de passer à la postérité.

 

Photos: Martin Suter. FNAC, Toppress

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 18:38

hebergeur imageSinon, je vous recommande le billet que propose Lili Lectrice au sujet de ce monument de la littérature de ce début du vingt et unième siècle. C'est très détaillé, et c'est par là que ça se passe:

 

http://lililectrice.canalblog.com/archives/2011/01/30/16554375.html

 

A noter que mine de rien, il faut un certain courage pour s'attaquer à l'intégrale des romans mettant en scène ce jeune magicien, puisque la série totalise plus de 4200 pages. On imagine cependant qu'elles sont si haletantes qu'on ne les voit pas passer.

 

Aussi envie de jouer? N'hésitez pas, et cliquez sur le logo pour connaître les règles. Le défi des mille se poursuit jusqu'au 31 décembre 2011.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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