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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 11:59

nullVous souvenez-vous de la dictée de Romont? J'avais participé à sa première édition l'an dernier, inscrit en dernière minute, et y avais décroché la deuxième place après avoir fait face à un texte d'Erik Orsenna. Face à l'enthousiasme des candidats au terme de cette première édition, les organisateurs (Estelle Perritaz, libraire à l'enseigne de "La Rumeur" à Romont, et son équipe) ont décidé de remettre ça cette année. Et moi, j'étais décidé à faire mieux.

 

Cette fois, les organisateurs ont vu plus grand, et avec raison! C'est ainsi que la Tour du Sauvage, où les candidats étaient très serrés, a été délaissée au profit de la salle Saint-Charles, qui dispose d'une infrastructure plus adaptée - en particulier des tables offrant un confort d'écriture supplémentaire aux quelque 70 candidats présents. A nouveau, c'est un public local qui est venu se confronter à un texte signé Bernard Pivot, "Chambre-bibliothèque", tiré de "Les Mots de ma vie", son dernier opus.

 

L'exercice a, comme l'an dernier, ses forces et ses limites. L'avantage essentiel est de faire découvrir au public un texte bien écrit, signé d'un homme à la plume reconnue - pour un peu, on aurait dit qu'il y avait de vrais morceaux d'apostrophes dedans. Qui plus est, Jean-Luc, le "dicteur", s'est montré adroit, dictant juste assez vite pour maintenir la concentration dans la salle. La limite du choix d'un texte littéraire (plutôt que d'un texte spécialement écrit pour l'occasion) est que le candidat est tenu de rendre une copie orthographiée telle que l'auteur l'a publiée - quitte à devoir jouer à pile ou face, ou presque, des orthographes également correctes et justifiables. Par exemple, vos livres s'entassent-ils en pile ou en piles? Sur ma copie, les piles furent au pluriel (et ma pile à lire est plurielle, aussi, c'est carrément Manhattan... la preuve!); chez Bernard Pivot, au singulier... L'essentiel était cependant le plaisir du jeu et de la rencontre avec les mots et avec les personnes.

 

Quatre fautes plus tard, j'ai décroché la première place... ex aequo avec un autre passionné des mots. Il nous a fallu interrompre quelques minutes la verrée, offerte par la librairie, pour refaire une petite dictée, fort pédagogique, sur les mots qui se prononcent [ER] - hères, aires, R, et autres. J'avoue avoir eu une illumination de dernière minute sur "ers", ces lentilles chères aux cruciverbistes et verbicrucistes - au moins, je ne noircis pas tous les matins les grilles du "20 minutes" pour rien! Un sans-faute sur ces quelques lignes m'a permis de décrocher la première place de ces joutes.

 

Et c'est avec les oeuvres de Kundera en Pléiade sous le bras que je suis rentré chez moi, non sans avoir abondamment discuté avec de nombreux passionnés de langues et d'orthographe - que je salue ici, et félicite d'avoir eu le courage d'affronter l'épreuve. Et aussi, bravo et merci à l'équipe de l'organisation!

 

Photo: Framo

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 20:28

Tagué par Euterpe! Dans la foulée, je tague Cécile, ClaraIvanLiliba, Lili Lectrice, L'Ogresse et Océane (sept, c'est un chiffre parfait, paraît-il).  Les règles du jeu sont sur le blog d'Euterpe (cliquer sur son nom pour accéder au billet et signaler le vôtre).

 

L'idée lancée par Euterpe est de répondre à la question suivante: "Qui est la femme de la Renaissance que vous êtes au fond de vous-même?" Réponse à développer sur votre blog...

 

nullQuestion audacieuse, lancée à la cantonade par l'instigatrice du tag, sans considération pour le sexe des destinataires... mais hop: homme dans la blogosphère, je relève le défi. Et ma réponse est: Francesca Caccini!

 

Certes, l'Italie de Francesca Caccini avait déjà connu sa Renaissance, mais question époque, globalement, au sens large, ça colle. Née le 18 septembre 1587 à Florence, décédée à Lucques en 1640, Francesca Caccini est une compositrice et musicienne italienne, fille de Giulio Caccini, qui est lui aussi un musicien fameux que de nombreux chanteurs de chorales connaissent. Francesca Caccini était à la fois luthiste, claveciniste et cantatrice - une artiste accomplie.

 

nullFrancesca Caccini s'est forgé un nom dans l'histoire de la musique en composant "La Liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina". Ecrit sur un livret de Ferdinando Saracinelli, créé à Florence en 1625, c'est, de façon vraisemblable, le premier opéra jamais composé par une femme.

 

Il se trouve que j'ai eu la chance de l'interpréter comme choriste (partie de basse) à la fin des années 1990, à Guin (Suisse), puis à Neuburg an der Donau et à Ratisbonne (Allemagne) - le tout, sous la direction de Gabriel Garrido, dans le cadre d'un projet lancé par le chanteur fribourgeois Alain Clément, responsable d'une organisation qui s'est donné pour objectif de faire revivre la musique baroque.

 

L'épopée de Neuburg/Ratisbonne a du reste connu son lot d'épisodes épiques, entre le choriste qui repère LA pizza intéressante du menu et les averses qui ont noyé l'un des deux hôtels où les chanteurs étaient logés, contraignant l'organisation à trouver des solutions de dernière minute. Ou alors, les grands moments de mise en place de l'intonation, conformément au tempérament mésotonique... Cela, sans oublier la recontre d'interprètes à la fois formidables sur scène et affables en coulisses.

 

Illustrations: Jean-Claude Brenac, Wikipedia (cette illustration m'avait servi dans le cadre d'une première version de mon site principal).

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Tags
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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 19:05

hebergeur imageLe politologue Florent Parmentier ne cache pas être tombé sous le charme de la Moldavie et de ses habitants lorsqu'il y est allé pour la première fois, pour des raisons professionnelles. Dès lors, la passion est très présente dans son petit livre "Moldavie: les atouts de la francophonie". Paru aux éditions Non-Lieu en 2010, ce petit livre se veut aussi une porte d'entrée vers un pays méconnu et un espace de découverte d'un lieu francophile insoupçonné.

 

Méconnue, la Moldavie l'est en effet si, d'après l'auteur, l'on considère l'image qu'il renvoie dans la presse occidentale, voire dans les esprits du grand public, entre crime organisé et régime politique instable. Cela, sans parler de l'image du "pays le plus pauvre d'Europe" qu'elle fait naître dans certains esprits. L'auteur nuance tout cela, préférant montrer plusieurs exemples méconnus mais positifs - qui se présentent selon lui par grappes, ce qui lui permet de relever la très forte culture viti-vinicole du pays et de rappeler que les caves du producteur de mousseux Cricova sont classées au patrimoine mondial de l'Unesco.

 

Dans sa démarche, l'auteur déborde parfois du cadre national moldave, que ce soit en parlant de la Roumanie et de la Russie (l'histoire régionale et nationale de ces trois pays s'imbriquant étroitement), ou en évoquant, de manière assez longue pour un si petit ouvrage, les institutions de l'Union européenne - peut-être afin de les faire connaître à un public roumanophone, après traduction?

 

Les traits d'union avec la France et la culture française sont mis en évidence, qu'il s'agisse d'éléments anecdotiques en apparence, telle la présence d'un buste de Dimitrie Cantemir en face du Panthéon de Paris, ou essentiels, telle la présence culturelle persistante du français dans la région. Tel est l'héritage vivace du temps où la Moldavie s'appelait la Bessarabie; le français est encore enseigné comme première langue étrangère dans certaines écoles, des bibliothèques françaises ont vu le jour et l'Alliance française, parmi d'autres organisations francophiles, est présente et active. Réciproquement, l'auteur présente volontiers le mouvement des "Moldaviens", groupe de personnes aimant la Moldavie et se réunissant à intervalles réguliers afin d'agir, dans la mesure de ses moyens, et d'informer (par exemple au moyen du site Moldavie.fr).

 

L'évocation de soutiens français récents à la Moldavie, par exemple au moment de son admission au sein de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), permet à l'auteur d'évoquer quelques défis qui attendent la Moldavie, ainsi que des opportunités que l'OIF recèle pour cet Etat. Cela s'exprime en termes de réseaux, de coopération, de jumelages (les jumelages entre localités de France et de Moldavie sont présentés assez en détail, entre autres à travers l'exemple de Grenoble/Chisinau, particulièrement peu actif - malheureusement, selon l'auteur). Enfin, l'auteur pose la question d'une candidature de Chisinau à l'organisation d'un Sommet de la Francophonie, qui pourrait s'avérer un élément fédérateur et, pour ce pays d'ores et déjà plurilingue (roumain, mais aussi ukrainien, russe, bulgare, gagaouze, etc.), une occasion de se profiler sur la scène internationale afin d'avancer ses pions.

 

C'est donc un ouvrage essentiellement constructif et optimiste que le lecteur découvre ici. Certes, c'est bref; plutôt qu'une analyse approfondie, "Moldavie: les atouts de la francophonie" constitue donc plutôt un recueil de pistes offertes à celle ou celui qui entend mieux connaître ce pays - et, pourquoi pas, l'aimer. Pistes encore enrichies d'une biographie succincte qui permettra à chacun d'aller plus loin.

 

Florent Parmentier, Moldavie: les atouts de la francophonie, Paris, Non-Lieu, 2010.

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or deUns chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Irak

 

J'ai commandé une télévision

Un réfrigérateur

Une cuisinière

Une machine à laver

Un aspirateur

Une cireuse

Un mixer

un moulinex

Ils doivent livrer aujourd'hui

En hélicoptère

Je leur ai fait un croquis

J'espère qu'ils trouveront

Il y a aussi un vaporisateur

Un diffuseur

Une machine à café

Un climatiseur

Un grill

Un humidificateur

Une tondeuse à gazon

Un séchour à cheveux

Un fouet électrique

Un fer à vapeur

On va me livrer tout ça

Je leur ai fait un croquis

Mais c'est difficile à trouver

Je prendrai un drap je peindrai un drapeau américain

Je ferai la hampe avec un bout de bois

Pour faire des signaux

CA TOMBE COMME DES BOMBES

Tout pour hacher couper râper moudre laver écraser aspirer vaporiser

Tondre sécher broyer cirer débiter trancher fouetter aplatir

Battre cuire cirer fondre pulvériser

 

Michel Viala, Poésie choisie, Orbe, Campiche/CamPoche, 2009.

  

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 11:30
1 Fattorius
2 Audouchoc
3 Le blog de Louis Lepioufle
4 La marinière
5 funambul(in)e
6 Sarah babille
7 Blogeek
8 ptite-boukinette
9 Les chroniques d'Angélique
10 Macbrains
11 L'Humanosphère
12 Le blog de LeSage88
13 La chronique de Crottaz-Finance
14 Bon pour ton poil
15 Juan-Carlos Hernandez - Stage Photographer (Jazz Music Dance Theater Live Instruments Performance)
16 Les hommes libres
17 Fotoforom
18 Dr. Goulu
19 Bon pour les oreilles
20 Libellules.ch - Le blog

 

Classement réalisé par Wikio

nullMerci à Pierre pour la collaboration! Audouchoc me talonne toujours en deuxième position. Salutations et bonne continuation aux blogueuses et blogueurs de toute trempe, figurant ou non dans ce classement: après tout, l'essentiel est de se faire plaisir.

Source de l'illustration: Homer.

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Publié par Daniel Fattore - dans Air du temps
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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 18:37

hebergeur imageRoman, lu par Alice, Coin des livresEsprit CampagneLilly, LouMaYaK, Pillow Books

 

Dans son roman « Nos amis des confins », publié aux éditions du Seuil en 2009, Sylvie Doizelet capte fort bien l’ambiance mystérieuse qui peut régner dans le comté de Thurrock. Thurrock ? Cela se trouve à une trentaine de kilomètres de Londres, à parcourir avec un petit train de banlieue ; mais l’auteur fait de Grays, la localité où se déroule l’action, un lieu qui a tout d’une autre planète aux allures nébuleuses.

 

D’un point de vue technique, la romancière monte son affaire en usant fortement des dialogues. La méthode fait vivre les personnages, les fait parler, mais donne peu de place aux descriptions des lieux mis en scène, qui baignent dès lors dans un flou artistique. On ne devine ainsi pas grand-chose des trois ou quatre pubs du village, ni de la maison que Debbie, personnage central du récit, occupe. Ce flou artistique constitue l’arrière-plan d’un village gris (comme l’indique son nom, Grays), propice à l’émergence d’histoires de fantômes, réelles ou imaginaires.

 

L’incertitude créée par l’existence des fantômes fait basculer l’histoire dans le fantastique. Incertitude double : faut-il admettre que les fantômes existent ? Dès lors, où se trouvent-ils ? Dans le village, il existe un parcours touristique « Ghost Walk » montrant les lieux hantés ; mais d’aucuns prétendent que les emplacements visités sont exempts de tout ectoplasme. Un autre projet de « Ghost Walk » était considéré comme plus crédible. Mais il n’a jamais vu le jour, comme si la vérité n’était pas accessible en de telles matières.

 

En revanche, le lecteur peut être amené à se demander si, au fond, les fantômes ne sont pas les personnages qui entourent Debbie – autant de figures qui évoluent dans leur monde, en léger décalage avec une Debbie elle-même décalée, ce que symbolise un jetlag chronique dû à son arrivée de New York. Fantômes donc que les villageois, qui semblent disparaître et réapparaître sans véritable explication ; fantôme que ce personnage qui, à trente ans, a réussi à se rendre totalement invisible de toute administration ; fantôme aussi que ce cas de leucémie rarissime, qui doit rendre pâle comme un drap celui qui en souffre.

 

Réels ou imaginaires, ces fantômes sont dépeints avec tendresse, comme le suggère l’expression « Nos amis des confins » qui sert de titre au roman, ou la phrase récurrente de Henrietta, « Venez, les petits, venez ! », ou le souci qu’a cette dernière du bien-être de ces purs esprits, condamnés à composer avec les vivants alors que ces derniers n’en ont cure.

 

Voilà donc un roman empreint d’un flou artistique maîtrisé, imprégné d’une once de mystère, qui se distingue par la qualité des ambiances ainsi créées. Curieux, agréable à lire, rapide... un bon souvenir.

 

Sylvie Doizelet, Nos amis des confins, Paris, Seui, 2009.

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 19:27

hebergeur image

Lu par Karine Fléjo, Laurence Lopez, Laure Verschuere.
Interview par Mary's Colors 

Le blog de l'auteur.

Le site de l'éditeur.

 

Affaires de moeurs, odyssée en marge de l'Histoire, recréation d'une époque, portrait d'une certaine Méditerranée sur fond d'ectoplasmes: "Mathilde", roman de Jérome Cayla, est un peu tout cela à la fois. Autant dire qu'en plein été, c'est un dépaysement certain! Celui-ci a le goût du continent européen, dépeint en mode mineur, dès lors qu'il est question des environs de Pornic, et l'arôme de l'Afrique du Nord, dès lors qu'on accepte de se laisser emporter, en bateau, à travers la Méditerranée, au gré des aléas de personnages attachants.

 

Le début de ce livre a pourtant un côté bégayant: l'auteur propose un avant-propos, puis un prologue, avant d'entrer enfin dans le vif du sujet. Ce vif du sujet démarre lui-même comme un rappel du début du prologue: alors que le personnage très contemporain mis en scène dans le prologue a des problèmes de sommeil, c'est au saut du lit que le lecteur fait connaissance avec Mathilde au début du chapitre premier. L'auteur se montre cependant habile en présentant, dans son prologue, la maison bretonne qui servira de point de repère à tout le roman. Celle-ci est parfois personnifiée, grâce au choix judicieux de verbes suggérant des actions très humaines. Est-elle hantée? L'apparition d'un ectoplasme aux yeux de Marie, personne fort cartésienne, le laisse entendre, de même que quelques courants d'air fort opportuns. Seules manquent les portes qui claquent! Et de fait, le mystère de cette demeure, immuablement familiale, ne sera entièrement élucidé qu'en fin de roman. Cela, après moult péripéties...

 

Le corps du roman constitue ainsi une forme de vaste récit enchâssé. Certes, il aurait parfois gagné à être plus rapide, plus nerveux, notamment au début, lorsqu'il s'agit d'embarquer le lecteur, ou plus dramatique: la première traversée vers Saint-Louis paraît presque trop facile, trop touristique - si l'on excepte, évidemment, l'agression avortée de Mathilde, mal déguisée en jeune homme pour exercer son métier de mousse, par Fulbert - un "méchant" éjecté un peu trop vite, comme si l'auteur n'osait pas "tuer ses chéries", pour reprendre une expression chère à Stephen King (1).

 

L'auteur préfère exploiter les conséquences des actes de certains de ses personnages; en particulier, il utilise à fond les potentialités de Louis, qui allie, à la manière d'un Tartuffe, les qualités de séducteur et de bondieusard. Trempant le goupillon partout où c'est possible, il brise pas moins de deux ménages, peu désireux d'accueillir en leur sein les enfants d'autrui. Là naît l'une des caractéristiques les plus riches du récit, celle de la peinture d'un mode de vie à une époque donnée: l'auteur représente ainsi la position d'une société ancienne face à l'avortement et à la maternité, mais aussi les états d'âme des hommes face à l'infidélité de leurs épouses. Cela va de l'entente secrète entre conjoints (bonjour les secrets de famille, qui sont un filon inépuisable pour les romanciers...) au suicide. Chacune, chacun vit à sa manière les instants d'égarement - toujours possibles dans le contexte particulier des villages de pêcheurs que l'auteur a choisi de dépeindre - et leurs conséquences. Quitte à faire des anges...

 

Odyssée, ai-je dit. C'est l'autre versant du roman, celui qui fait voyager. Là, l'auteur joue avec habileté des ingrédients du romanesque, rapprochant des personnages à son gré. Il y a ainsi les deux muets qui finissent par se retrouver et s'entendre à merveille, ou l'éveil de Mathilde aux choses de l'amour - certes, on ignore si elle y a été initiée au sens biblique du terme, mais ses premiers émois sont suggérés tout au long du récit. Le lecteur regrettera sans doute qu'on ne sache pas vraiment ce qu'il est advenu de Paul, ami d'enfance de Mathilde, et de ses sentiments; mais il appréciera de découvrir sa proximité avec un jeune homme juif: bel exemple de rapprochement pacifique des peuples. Autre ébauche de thématique, qui aurait mérité quelques lignes supplémentaires: l'attirance contre nature, homosexuelle, entre Pierre et Robert, membres de l'équipage d'Armand.

 

L'auteur dépeint ainsi une société d'apparence figée, immuable comme la maison évoquée en début de récit, où les classes sociales sont bien marquées et où Dieu surveille tout le monde comme dans un casino (2), mais où il est possible de trouver des accommodements, voire de tracer sa route même si l'on n'est pas conforme à ce qui devrait sortir du moule. Cette vision embrasse la Bretagne, mais aussi l'Afrique du Nord, le Sénégal et ses comptoirs, et le monde musulman - où l'on goûte aux loukoums et au thé de menthe mais où la perspective de finir dans un harem a de quoi inquiéter tout personnage féminin - cela, sans compter les Juifs, ni les Grecs, également forts en commerce et en navigation marchande.

 

Le lecteur attentif aux choses formelles regrettera les nombreuses erreurs restées dans le texte édité - qui ne tiennent pas toutes de l'inévitable coquille: concordance des temps parfois aléatoire, majuscules et minuscules disposées à mal escient, etc. L'éditeur, de ce point de vue-là, aurait pu mettre davantage l'accent sur le travail de correction orthotypographique. Dommage! En effet, si Mathilde dit: "Personne ne veut m'écouter" au terme du prologue, tout lecteur de ce roman l'aura entendue jusqu'au bout, avec le plaisir d'avoir effectué un beau voyage sur l'Atlantique et la Méditerranée. Et tout un chacun l'entendra avec plaisir - sans faute.

 

(1) Il en use à plus d'une reprise dans Ecriture, pour dire qu'il ne faut jamais se gêner de semer d'embûches le parcours de ses personnages, parce qu'ils sont là pour ça. 

(2) J'ai aussi vu le film de Martin Scorsese!

 

Jérôme Cayla, Mathilde, Saint-Etienne, Laura Mare, 2010.

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Homme/Femme

 

Les hommes sont forts puissants et beaux,

Alors que les femmes sont ravissantes mais soumises

A la vie habituelle de mère au foyer,

Mais je ne suis pas de celles-là.

 

Car ma vie, elle se partage,

Mais comme elle ne se donne pas, comme l'amour

Qui est éternité, conte et poudre de fée,

Je ne suis pas une Sainte, loin de là.

 

Mais mes sentiments sont moindres,

Quand tu pars, je pleure,

Quand je te vois, je ris,

Mais tu ne veux vivre avec moi.

 

Je ne peux que prendre sur moi

Tous les soucis que tu m'inspires,

En te voyant, je virevolte dans le Ciel,

Sans toi je meurs, en Enfer.

 

Ta description est tout un dictionnaire,

Comme par exemple, ces quelques vers

Qui te sont destinés,

Hier, aujourd'hui, demain, pour l'éternité.

 

Les pics de tes cheveux,

Sont comme une forêt en plein ciel,

Tes yeux pétillants sont mes soleils,

Ma raison de vivre et d'exister.

 

Tes joues rougeâtres,

Sont mon idolâtre,

Ton parfum exqui

Doit être la raison de toutes mes envies.

 

Mary Spirit (1987- ), La vie de Miss France volume 1, Paris, Publibook, 2009.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 22:59

nullC'est chez Audrey que se déroule la suite du vaste feuilleton du Défi des Mille! Elle s'est penchée, avec un goût mitigé, sur "Un monde sans fin" de Ken Follett. Pour en savoir plus, c'est ici:

 

http://xx-au-fil-des-pages-xx.over-blog.com/article-un-monde-sans-fin-ken-follett-80385221.html

 

A vous de jongler avec les pavés - et merci à Audrey pour cette participation!  

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 19:35

PhotobucketQui veut lire "Qui veut tuer Rosa Hoffmann?" de Béatrice Shalit (blog)? A ce jour, force m'est de constater que la blogosphère du livre a été assez muette à propos de ce roman, qui constitue pourtant une des trouvailles captivantes de la fin du printemps 2011. L'auteur est une personnalité chevronnée dans le domaine de l'écriture (une douzaine de romans à son actif, chez plusieurs éditeurs), et ce dernier opus constitue, sous des dehors légers, un trésor d'habileté romanesque. Trésor? Suis-je excessif? Pas vraiment. Il y a quelque chose d'extrêmement habile dans ce roman de 194 pages: l'auteur y mêle la légèreté la plus assumée et la gravité la plus profonde afin d'en tirer un résultat des plus personnels.

 

Côté léger, le lecteur de ce livre va croire, lorsqu'il en commence la lecture, qu'il est plongé dans un énième avatar de la chick lit. Une impression confortée par quelques éléments convergents: l'auteur met en scène une femme de quarante ans, narratrice et point de vue central du récit, célibataire, journaliste dans un magazine généraliste, cherchant sa place dans la société: elle est célibataire et n'a pas d'enfants, mais ne serait pas insensible à un tel cadeau de la vie. Les premières pages mettent du reste en scène quelques péripéties et interactions qui, à force de maladresses, semblent faire de Rosa Hoffmann une sorte de Bridget Jones parisienne. Tout cela imprime au récit une tonalité légère, agréable même, et un dynamisme qui porte le lecteur jusqu'à la fin du roman. Et s'il n'y avait pas ça, une vague intrigue policière et une histoire d'amour tortueuse suffiraient à titiller la lecture de tout un chacun.

 

Cette légèreté est contrebalancée par l'arrière-plan des personnages qui peuplent ce récit. Tous attachants, tous ont également un passé difficile qu'ils tentent de cacher en développant, chacun à sa manière, une carapace, une défense personnelle. Et le plus souvent, c'est dans les affaires de famille, apparemment un thème récurrent dans les romans de Béatrice Shalit, que le lecteur trouve ces fêlures. Le lecteur est ainsi placé face aux pulsions suicidaires de Rosa Hoffmann, mais aussi à une Antoinette Panetti qui ne peut se consoler de la perte d'un fils ou à une mère, Sabine, qui se trouve à l'hôpital, entre la vie et la mort, parce qu'un violeur l'a agressée - et, elle-même en termes ambigus avec sa mère, se trouve en porte-à-faux dans sa relation avec ses enfants, deux jumeaux.

 

L'auteur pousse plus loin en jouant avec d'éventuelles pathologies mentales de ses personnages. C'est même l'une des preuves d'habileté qui donnent à ce roman sa plus-value: en mettant au centre de son récit un personnage (Rosa Hoffmann, donc) qui peine à croire à sa propre santé mentale, elle plonge le lecteur dans l'incertitude: dans le cadre de l'intrigue policière qui sous-tend ce roman, est-elle à la fois coupable et dénonciatrice? Est-ce elle-même qui écrit des lettres anonymes à la rubrique qu'elle tient au journal? Le lecteur voit ainsi brisée une des conventions du roman policier, qui veut que l'enquêteur n'est pas le coupable (à propos, si vous avez un roman d'Agatha Christie où Hercule Poirot ou Miss Marple est le coupable, je suis preneur et lecteur). Alors, tous coupables?

 

Mais ce roman ne se réduit pas à une intrigue policière, et il convient d'explorer aussi le double aspect "comédie romantique"/"chick-lit" qui sous-tend le récit. Le lecteur peu sensible aux intrigues policières aimera ainsi suivre la relation qui va se créer, de manière suffisamment improbable pour qu'elle paraisse certaine, entre Rosa Hoffmann et l'agent de police Pedro Sanchez: cette relation apparemment hargneuse ressemble à s'y méprendre à la guerre amoureuse que peuvent se livrer deux personnages de toute comédie romantique à l'américaine. De telle sorte que le lecteur va se dire très vite que Sanchez et Hoffmann vont se retrouver dans les bras l'un de l'autre... mais à la suite de quelles péripéties?

 

Quant au ton adopté tout au long du roman, il s'avère plutôt décontracté, quitte à laisser quelques licences à l'auteur. En quelques pages, c'est tout un petit monde de personnages aux destins fêlés que l'auteur met en scène dans un savant équilibre; le tout, dans un style qui, optant pour un certain recul, ne renonce ni à un certain sourire... ni à une certaine gravité.

 

Béatrice Shalit, Qui veut tuer Rosa Hoffmann?, Paris, Julliard, 2011.

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