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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

N’est-il rien qui pût nous apaiser ?

un peu de neige aux lèvres des étoiles,

un peu de mort donnée en un baiser ?

 

Moi-même dans tout ça – Qui donc - moi-même ?

Fondane (Benjamin) Navigateur -

Il traverse à pied, pays, poèmes,

 

le tourbillon énorme d’hommes morts

penchés sur leur journal. La fin du monde

le retroυuva, assis, dans le vieux port –

jouant aux sorts.

 

Regarde-toi, Fondane Benjamin –

dans une glace. Les paupières lourdes.

Un homme parmi d’autres. Mort de faim.

 

Benjamin Fondane (1898-1944). 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 21:04

hebergeur imageRoman, lu par BiblioblogBlog à plumesYohan.

Lu dans le cadre du défi "Littérature belge".

 

Force est de constater que le titre de ce petit roman est intrigant! Paru en 2008 au Castor Astral, écrit par Philippe Blasband, "Irina Poignet" relate la destinée d'une grand-mère qui accepte un travail d'hôtesse (comprenez: de branleuse dans un bordel bruxellois, et non pas hôtesse d'accueil à la RTBF) pour financer les soins dont son petit-fils, atteint d'une maladie orpheline, a besoin. Et qui s'en sort plutôt bien...

 

Un roman centré sur un personnage

D'emblée, se pose la question de savoir jusqu'où une personne est prête à aller pour sauver la vie d'un enfant. L'auteur se la joue extrême: travailler dans les milieux du sexe n'a rien d'une sinécure et la maladie de l'enfant est vraiment difficile à soigner. Autant dire qu'il place Maguy, son héroïne, une grand-mère attachante mais qui fait bien son âge, devant un dilemme cornélien: trouver du travail, mais c'est difficile, pourtant il le faut parce qu'une vie en dépend, mais elle est souvent tentée de renoncer face aux refus répétés, et le petit Félix va mourir, et ça, c'est exclu... un tourbillon dépeint avec pertinence par l'auteur, qui dessine avec art les circonvolutions des réflexions de Maguy. Et puis, ça se résout de la manière la plus paradoxale qui soit: Maguy, au fond, finit par effectuer un travail de jeune femme.

 

C'est bien Maguy qui est au centre du récit. Le père de l'enfant joue, paradoxalement, un rôle parfaitement périphérique dans le récit - ce qui ne l'empêche pas d'interpeller le lecteur sur le côté commode de certaines situations. Certes, il est aussi sympathique qu'un commerçant (et l'auteur ne manque nullement de le souligner), mais ne fait pas grand-chose pour son fils, si ce n'est, finalement, voler au secours de la victoire au moment où ça tourne bien. Ce qui rend Maguy inutile au récit... d'où, pour le narrateur, la nécessité de lui trouver une issue de secours. Ce qu'il fait avec adresse et originalité, mais je n'en dirai pas plus - si ce n'est qu'elle déstabilise une Maguy qui, au fond, a fini par s'accommoder de la situation bancale que le romancier a mis en place pour elle. Mais contrairement à elle, un romancier (et le lecteur, a fortiori) ne saurait se contenter d'une situation bancale...

 

Un monde comme les autres

Le lecteur sera sans doute aguiché par le côté apparemment voyeur que peut receler une plongée dans le monde de la prostitution. Il en sera pour ses frais: l'auteur présente précisément le monde du travail du sexe comme un milieu professionnel quasiment comme un autre, avec ses duretés et ses bonheurs: ça castagne parfois, le personnel est considéré comme une source de coûts plus que de profits, mais on va boire un café ou une bière entre copines, et la "petite nouvelle" doit se mettre dans le bain et finit par trouver une collègue chevronnée qui lui explique le topo et les tours de métier - on découvre même une pathologie professionnelle typique, comme il y en a dans tous les métiers.

 

Le talent de l'auteur consiste ici, dès lors, à ne surtout pas flatter, justement, le côté voyeur du lecteur, en lui répétant que tout est normal. Cette normalité est soulignée par un filage de métaphore assez cocasse sur le thème de la vente, qui survient dans un dialogue houleux entre Maguy et une collègue fraîchement licenciée.

 

L'écriture de la main

L'écriture d'"Irina Poignet" se caractérise par des phrases courtes, commençant régulièrement par les pronoms "il" ou "elle" de manière anaphorique, d'une manière un peu trop automatique parfois. Le ton de l'auteur se veut détaché, dépourvu de jugement moral - ce qui, sans présupposé, incite le lecteur à se poser à son tour la question: jusqu'où serait-il prêt à aller dans des circonstances semblables? Enfin, la belgitude du récit est parfaitement assumée, avec une mise en scène qui se passe clairement à Bruxelles (mention de la STIB), la présence de quelques belgicismes et bruxellismes et la mention d'accents banlieusards.

 

L'un des tours les plus habiles de l'auteur, et c'est une particularité de ce livre, est quand même l'exploitation constante que l'auteur fait des potentialités du champ lexical de la main. Certes, Maguy branle des michetons; mais on découvre aussi des mains qui soignent, des coups de main, des mains qui cognent, des mains qu'on serre ou pas, etc. - et l'auteur y revient sans cesse. A ce titre, la photo de couverture annonce la couleur, à plus d'un titre. En un pied-de-nez évident mais drôle, l'auteur n'hésite pas à entretenir, à l'occasion, le doute sur le double sens de l'activité de "branleuse"... Enfin, l'ultime main du récit est, forcément, celle de l'auteur, bosseur ou branleur (mais n'est-ce pas parfois un peu pareil?), qui donne vie à tout ce petit monde.

 

Un joli petit roman donc, qui met en scène une "grand-mère courage" sympathique! Le tout est empreint de beaucoup d'esprit et de tendresse - en dépit de la dureté de certains choix. Mais le rôle du romancier n'est-il pas, au moins un peu, de tourmenter ses personnages pour le plus grand bonheur du lecteur? Et d'interroger celui-ci sur ses propres convictions? De ce double point de vue, ce roman, d'une lecture rapide et agréable, est parfaitement réussi.

 

Philippe Blasband, Irina Poignet, Bordeaux, Le Castor Astral, 2008.

 

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 20:41

hebergeur image

Roman, lu par Cogito Rebello.

 

Mikaël Hirsch fait partie des auteurs de la rentrée littéraire 2011 du domaine français - et, avec "Les Successions", son troisième roman, il fait même partie de ceux qui comptent. Paru aux éditions "L'Editeur", ce roman est en effet d'une densité qui ne peut qu'attirer les lecteurs les plus exigeants.

 

Construite autour des milieux du négoce d'art, l'intrigue de ce roman se dessine peu à peu au lecteur, montrant l'histoire d'un homme, Pascal Klein, désireux de retrouver enfin un tableau de Marc Chagall qui a appartenu à son père et, le lecteur le découvre peu à peu, constitue un élément essentiel de son enfance. Cette quête va amener Pascal Klein jusqu'au Japon...

 

Une fable de l'incommunication

... Japon? Sachant que Pascal Klein est présenté comme Français bon teint, on imagine sans peine que ce roman va, au-delà d'une histoire finalement secondaire, aborder en détail le thème de l'incommunication, de la difficulté que certains humains ont à s'exprimer face à leurs semblables. A cette enseigne, le Japon fait figure de première image, forcément caricaturale et étrange pour un lecteur occidental - et l'auteur joue de cet élément à fond. Il n'est qu'à penser à ce bar à déguisements où Pascal Klein se retrouve en début de récit, ou à cette serveuse qui aimerait bien discuter avec son hôte, sans penser à la rencontre ultime avec un cadre de la mafia japonaise... Tout est rendu difficile par les barrières objectives et humaines, linguistiques et culturelles. Ce bar, ce pays, serait-il le lieu des conventions? Ou de conventions différentes de celles de l'Occident?

 

Mais au fond, les relations familiales, qui devraient être empreintes de franchise, ne sont-elles pas aussi le lieu des conventions? L'auteur trace donc un parallèle avec les relations que Pascal Klein entretient avec son père - des relations difficiles, avec un dialogue peu évident si l'on excepte un rituel: le fils coupe les cheveux de son père, artiste ayant côtoyé Chagall, à chaque rencontre. Cela, faute de trouver toujours les mots qu'il faut. Scénario connu...

 

Ainsi, chaque personnage de ce roman souffre-t-il de n'être pas compris... faute d'avoir su s'exprimer, peut-être.

 

Quand les artistes souhaitent s'exprimer

Artiste, le père? Et le fils? Pascal Klein aurait bien voulu devenir artiste, communiquer avec le monde par ses oeuvres, mais sa destinée en a décidé autrement - Klein est donc devenu un galeriste en vue, qui a certes réussi dans son domaine professionnel, mais est passé à côté de son objectif de vie. En mettant en scène un tel personnage, l'auteur dérange: combien sommes-nous à avoir dû abdiquer une vocation créative pour, simplement, s'assurer une vie matériellement décente?

 

Le personnage de Pascal Klein fait ainsi résonance avec celui de Ferdinand de Sastres, également créateur velléitaire mais ayant fait carrière dans tout autre chose. Son mode d'expression sort des canons ordinaires, puisque son chef-d'oeuvre est, sans doute, sa propre maison, construite au terme de nombreux atermoiements. Et puis, il y a son grand projet: racheter des oeuvres d'arts de grands artistes, en fonction des goûts, et conserver ces créations dans des caisses hermétiquement fermées. Une démarche que n'aurait pas reniée un personnage de Georges Perec... Le personnage semble vouloir dire que s'il n'a pas réussi à dire au monde ce qu'il souhaitait, ce n'était pas aux grands maîtres du passé de le faire à sa place.

 

De Pascal à Ferdinand, un parallélisme peut donc être tracé, au-delà des années puisque Ferdinand est de la génération des Gustave Eiffel alors que Pascal est un homme du XXIe siècle. Ce parallélisme naît du développement d'une stratégie personnelle désespérée, née du dépit de n'avoir aucune prise directe sur le monde. Echec de l'art? Telle est la question.

 

1pour_cent_litt_raire_2011Fonctions des successions

Quant aux successions évoquées par le titre, elles signalent les héritages. Ceux-ci peuvent être purement matériels comme ce fut le cas pour Ferdinand, héritier d'une dynastie d'industriels richissimes, ou plus diffus: après tout, Pascal Klein est l'héritier d'un seul objet de valeur, à savoir un tableau méconnu de Chagall - dont la valeur est, pour Pascal Klein, essentiellement sentimentale. Quant à son héritage, c'est plutôt du côté du passé familial qu'il faut le chercher.

 

La conclusion du roman interroge par ailleurs le lecteur sur la valeur réelle d'un héritage matériel. Va-t-on jusqu'au Japon pour voir brûler la toile reçue de son père, à laquelle on tient tant? L'auteur ouvre une porte en laissant entendre que si les tableaux d'artistes sont de grande valeur, il y a peut-être quelque chose de mieux encore à vivre: la paix enfin retrouvée, avec soi-même et avec ses semblables.

 

Mikaël Hirsch, Les Successions, Paris, L'Editeur, 2011.

En librairie le 25 août 2011. Challence % littéraire 2011, 1/7.  

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 20:56

hebergeur imageRoman jeunesse que « Desolation Road », mais roman riche aussi. Le romancier Jérôme Noirez raconte ici une road story dramatique et sanglante mettant en scène deux jeunes gens que rien ne préparait à tant d’épisodes terribles. 

 

Riche roman destiné à la jeunesse, ai-je dit. En effet, l’auteur y aborde plusieurs questions sociales difficiles. Le choix de camper son récit à l’époque de la Grande Dépression, aux Etats-Unis, lui permet d’approcher d’un seul coup plus d’un élément social sensible. Il y a naturellement la misère, omniprésente en période de crise prolongée : June et David sont en permanence en butte à des soucis d’argent dans leur cavale, même si certains plans s’avèrent lucratifs et leur permettent d’éphémères bonheurs matériels. Autour d’eux, des personnages restés dans le droit chemin ont de la peine à joindre les deux bouts ; dès lors, comment ne pas sombrer dans la criminalité ? Peut-être parce que celle-ci ne met personne à l’abri du risque.

 

Activités malhonnêtes ? Le trafic d’alcool en est une, particulièrement lucrative à l’époque de la Prohibition. L’auteur exploite ce filon également, quitte à glisser ici vers un autre thème encore, d’une troublante actualité : la force indéboulonnable des puissants face à deux personnages finalement peu organisés, se contentant de tirer profit, de manière naïve, des opportunités qui se présentent à eux.

 

Et puis, l’auteur dépeint une image rétro savoureuse des Etats-Unis des années 1920/1930. Elle saura séduire les amateurs de westerns, tant il est vrai que l’image renvoyée ressemble à celle qu’on peut découvrir en regardant de vieux films ou en feuilletant un album de Lucky Luke – le drame en plus. Ainsi trouve-t-on dans ce roman des clochards qui sautent dans des trains de marchandises et même une ville fantôme en bois pourri. A lire les aventures de ces Bonnie and Clyde d’occasion à travers l’Ouest américain, en effet, le lecteur ne pourra qu’être frappé par le fait qu’au fond, rien n’a bougé ou presque depuis le temps des diligences et des Indiens – sauf, peut-être, l’irruption de l’essence et de la voiture toute-puissante : David et June roulent en Ford A, ce que l’illustration de couverture illustre à la perfection.

 

A l’instar de celle d’un western, l’intrigue est simple et solide. En introduisant le personnage du journaliste Gayle Hudson, l’auteur s’offre l’occasion de créer un récit à deux voix et, ainsi, de diversifier la musique de sa narration, sans jamais sombrer dans les excès de style. Ainsi se confrontent la voix du narrateur, factuelle et sobre comme une dépêche d’agence, et celle de June, qui relate sa destinée avec ses mots à elle, empreints d’oralité et d’une certaine maladresse qui sonne vrai – à telle enseigne que l’auteur parvient à faire en sorte que le lecteur s’attache, finalement, à June, meurtrière parce que son destin l’a ainsi voulu, et condamnée en tant que telle. Toute de subtilité et d’équilibre, allant en permanence à l’essentiel tout en sachant varier quand il le faut, la prose de l’auteur se dévore donc avec bonheur.

 

Jérôme Noirez, Desolation Road, Saint-Herblain, Gulf Stream, 2011.

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

La Chanson des étoiles

 

Quand la nuit étend ses voiles

Et que l'ombre va venir,

 A vous voir, essaim d'étoiles,

Je me sens le coeur frémir. 

Sous le dôme bleu des nues, 

Dans le frais jardin des cieux, 

De mon coeur si bien connues, 

Je vous suis toujours des yeux. 

 

Alphabet dont Dieu compose

Ce langage aux lettres d'or, 

Que la nuit, quand tout repose, 

Il nous parle et parle encor. 

Ô splendeurs que Dieu marie,

Pour écrire au ciel obscur,

Le plus doux des mots: Patrie,

Sur le livre fait d'azur.

 

André Marie Van Hasselt (1806-1874).

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 19:19

hebergeur imageAujourd'hui, Frankie et Anne sont les actrices d'une coïncidence: elles viennent d'achever leur Défi des Mille... toutes deux avec le livre "Le Prince des Marées" de Pat Conroy. Bravo et merci pour leur participation! Leurs billets se trouvent sous les deux liens suivants:

 

Anne: http://depocheenpoche.wordpress.com/2011/08/20/le-prince-des-marees-de-pat-conroy/

Frankie: http://lesescapadesculturellesdefrankie.blogspot.com/2011/08/le-prince-des-marees-de-pat-conroy.html

 

A vous de jouer? L'automne va venir, propice aux heures de lecture au coin du feu... Il vous est possible d'accéder aux modalités de ce défi en cliquant sur son logo, en haut à droite du présent billet.

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 19:00

hebergeur imageFaire la synthèse d'une question en cent vingt pages environ: tel est le défi que la collection Que sais-je? relève, livre après livre, en abordant l'un après l'autre les grands et les petits thèmes du savoir humain. Signé Xavier Deniau, l'opuscule consacré à la francophonie (n° 2111) ne déroge pas à la règle. ll fait intelligemment le tour de la question, de manière d'abord descriptive puis en glissant peu à peu vers les défis qui attendent la francophonie - qu'elle soit institutionnelle ou qu'on la considère comme un fait établi, constitutif du monde où nous vivons.

 

Précisons d'abord les choses: j'ai lu la deuxième édition de cet ouvrage, sortie de presse en 1992. A certains égards, elle date donc un peu, en particulier en ce qui concerne les institutions liées à la francophonie. Ainsi, par la force des choses, on n'y parlera pas de l'Organisation internationale de la francophonie sous sa forme actuelle; les défis inhérents à cette organisation, en particulier la question de sa visibilité, ne se posent pas dans les mêmes termes aujourd'hui qu'à l'époque. Reste que cette lecture a été instructive.

 

L'auteur reste en effet conscient de la nuance à faire entre la francophonie vue comme un fait à décrire et la francophonie institutionnelle et son cortège d'organes et d'associations, d'ordre national ou supranational. Il parvient cependant à lier les deux éléments et à identifier dans la langue française un rôle de médiateur; une francophonie bien comprise n'est pas, pour lui, synonyme de néocolonialisme - et c'est aussi ainsi qu'il explique le relatif retrait de la France, ancienne puissance coloniale, dès lors qu'il s'agit de francophonie institutionnelle. Une position qui pourrait paraître paradoxale, puisque certains Etats attendent justement de la France qu'elle assume davantage son rôle de leader en la matière.

 

La première partie de ce livre commence par retracer l'histoire de la notion de francophonie, en rappelant l'inventeur du mot, Onésime Reclus, puis en rappelant la fameuse revue Esprit où il a été relancé, dans son numéro de novembre 1962. L'auteur dessine ensuite l'aire de répartition de la langue française dans le monde entier, en distinguant les pays et régions où le français est installé depuis toujours et ceux où il s'est imposé dans le cadre des colonies - cela, sans oublier les circonstances historiques qui ont favorisé, dans certains coins du monde, une francophilie indéniable (Roumanie, Moldavie).

 

La question de la francophonie institutionnelle est abordée dans ce livre sous divers aspects, le plus souvent descriptifs. Ainsi sont rappelés les sommets de la francophonie, la genèse des organisations de coopération entre pays ayant le français en partage - mais aussi le rôle joué par les associations, en France et dans le monde, pour concourir aux objectifs de l'organisation (défense d'intérêts, coopération, aide au développement, défense du français, etc.). Les défis sont également abordés: comment faire fonctionner un groupe de pays majoritairement pauvres? N'y a-t-il pas, de la part de certains pays francophones censés donner l'exemple, une complaisance coupable envers l'anglais? Comment faire connaître cette organisation, afin d'en améliorer l'acceptation au sein du public et des groupes d'intérêts concernés? Qu'en est-il des réactions hostiles? Le chapitre 3 de la deuxième partie est, à ce titre, particulièrement éclairant.

 

Certes, un "Que sais-je?" se veut avant tout une synthèse et un point de départ vers une réflexion plus large sur un thème donné. Ici, l'auteur a fort judicieusement joint, en fin de volume, une bibliographie succincte qui permettra au lecteur intéressé d'aller plus loin dans son exploration du sujet. A tous leségards, c'est donc une excellente initiation au sujet que l'auteur de cet opus propose.

 

Xavier Deniau, La francophonie, Paris, PUF/Que sais-je?, 1992.

 

L'article de Léopold Sédar Senghor où apparaît le terme de "francophonie" est accessible librement sur le site de la revue Esprit, dans la rubrique prévue à cet effet.  

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 15:58

hebergeur imageRoman, lu par Bouquinbourg, EnnaICB, JC GrosseJournal d'une lectrice, Le coin, NathPetites Idées.

 

La psychanalyse freudienne peut révéler les secrets les plus obscurs d'une personnalité légendaire. Tel est le propos du roman "Marilyn dernières séances" de Michel Schneider. Lui-même psychanalyste, l'auteur se met dans la peau de Ralph Greenson pour révéler les facettes les plus mystérieuses de Marilyn Monroe. Publié en 2006, ce roman a obtenu le prix Interallié la même année.

 

Portrait tourmenté de Marilyn Monroe et de Ralph Greenson

Marilyn Monroe et Ralph Greenson donc... mais qui est le personnage principal de ce roman? Tout se passe comme si "Marilyn dernières séances" relatait la destinée d'un duo réciproquement délétère - où l'on se demande qui, de Greenson ou de Monroe, est vraiment le patient. Certes, Marilyn Monroe se positionne en malade mentale, priant Ralph Greenson de la soigner. Face à elle, l'analyste adopte la position d'un passionné, quitte à bazarder les règles de base de l'analyse freudienne: il accepte le contact physique avec Marilyn Monroe, l'invite chez lui, lui ouvre les portes de sa famille, sous le prétexte de lui offrir un cadre dont elle n'a jamais bénéficié. Dès lors, on peut se demander qui est vraiment le patient - sachant aussi que "patient" et "passion" ont, en français, une même étymologie latine qui suggère une souffrance endurée.

 

Schizophrène, Marilyn Monroe? Telle est l'hypothèse du médecin. Cette hypothèse est illustrée par de nombreuses dichotomies et dualités. La première qui vient à l'esprit est celle qui est dépeinte, de façon directe, entre Marilyn Monroe (un personnage, un pseudonyme) et Norma Jeane Baker (un être humain réal qui tente de vivre, hors du champ des caméras). La dualité tranchée s'exprime, par métaphores, tout au long du roman, que ce soit par l'image du jeux d'échecs (noirs contre blancs) ou par les perruques brunes que l'actrice met parfois pour cacher sa blondeur. Sans compter la blondeur naturelle de Marilyn Monroe, encore camouflée par une teinture blond platiné. Enfin, la dualité est suggérée dès l'exergue de ce roman: selon un mot de l'actrice, "il y a toujours deux côtés dans une histoire."

 

Figure à la jeunesse et à l'enfance tourmentées, Marilyn Monroe est aussi présentée comme un personnage sans racines - sans famille donc. Cela se poursuit dans la profession d'actrice de cinéma qu'elle adopte, dont l'histoire est pour le moins succincte à l'époque où elle l'embrasse avec le succès que l'on sait. Cela, dans un pays, les Etats-Unis, dont on dit encore aujourd'hui qu'ils n'ont pas d'histoire, pas de racines... dès lors, on peut voir dans Marilyn Monroe, telle que dépeinte dans ce roman, la métaphore d'un genre artistique et d'un pays jeunes - d'autant plus que l'actrice est décédée avant d'avoir connu le grand âge.

 

Les coulisses du glamour hollywoodien

Tout en dépeignant les deux années qu'a duré l'analyse de Marilyn Monroe par Ralph Greenson, l'auteur ne se gêne pas de dépeindre l'univers glamour dans lequel l'actrice évolue, notamment en recourant au procédé du namedropping. Le lectorat croise ainsi plein d'acteurs et de personnalités, allant - bien entendu - jusqu'aux Kennedy.

 

Cet élément scintillant est toutefois plombé, dès le début, par l'angle d'attaque choisi par l'auteur, à la fois médical et policier - sans parler du côté inquiétant de la voix de Marilyn Monroe, qui parle encore sur des bandes magnétiques après son décès, comme une étoile brillant encore au regard des humains alors qu'elle est morte depuis longtemps dans son coin d'univers. Le récit s'avère donc policier dans les premières pages, montrant le planton accueillant l'information de la mort de Marilyn Monroe dans des circonstances mystérieuses. Il est médical aussi, bien sûr, puisque le lecteur est invité à suivre l'exploration psychanalyste d'une figure tourmentée - et donc passionnante. Reflet de mélanges médicaux improbables, le cocktail de ce roman a quelque chose d'inquiétant, que l'auteur ne gomme guère, tant son style est sobre et factuel.

 

Style sobre? C'est même le style du documentaire que l'auteur adopte. Entre certains épisodes d'analyse, en effet, l'auteur n'hésite pas à insérer les opinions ou paroles de personnages qui entourent l'actrice, ni à décrire certains lieux à la manière de guides touristiques: la localisation de l'étoile de Marilyn Monroe sur le boulevard, l'histoire des lettres "Hollywood" au-dessus de la ville ou de telle photo célèbre signée Barris. La brièveté des chapitres elle-même rappelle au lecteur la rapidité de la succession de scènes de cinéma. Mais derrière le genre documentaire, c'est la littérature la plus pure qui se cache, résidant dans un art consommé de faire entrer en résonance ce qui pourrait ne paraître qu'une série de hasards sans liens les uns envers les autres.

 

Le lecteur est, enfin, accroché par le bandeau choisi par l'éditeur. On y voit Marilyn Monroe couchée sur un lit (photo d'Eve Arnold). Est-elle ivre, décédée ou simplement en train de dormir? Le roman "Marilyn dernières séances", évoquant la dernière psychanalyse de l'actrice, est aussi celui de la pluralité du sens à donner à toute apparence.

 

Michel Schneider, Marilyn dernières séances, Paris, Grasset, 2006.

 

 

 

 

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 11:28

hebergeur imageGrosse semaine que celle qui s'achève, en tout cas en ce qui concerne les dictées! Si vendredi, j'en disputais une à Romont, j'en ai également écrit une autre jeudi à Montreux, organisée dans le cadre des Championnats du monde de Scrabble. Ambiance internationale donc, avec des participants venus de toute la francophonie. Ecrite par Benoît Delafontaine, champion émérite d'orthographe et de Scrabble, l'épreuve a permis aux francophiles présents de se confronter à la langue française autrement qu'autour d'un plateau et de mots à recomposer. Et pour la première fois, la dictée de jeudi, troisième du genre, était ouverte aux candidats non scrabbleurs. Autant dire que j'en ai profité...

 

... et bien m'en a pris: Benoît Delafontaine a concocté un très joli texte, intitulé "La fête des mots" (disponible ici - feuilletez un peu pour trouver), évoquant avec faconde la ville de Montreux, le château de Chillon et quelques événements festifs aux accents médiévaux. Tout au plus a-t-on pu chipoter sur l'homophonie "premier raout"/"1er août": ni l'une ni l'autre des deux graphies n'était totalement cohérente par rapport au contexte... mais c'est peu de chose face au reste: sous des dehors anodins, le texte composé recelait pratiquement un piège à chaque mot, souvent bien caché. Gageons que quelques candidats ont confondu les parlers "romans" et "romands". Cela, sans compter un tour de phrase virtuose pour tester la connaissance qu'ont les candidats des différents accords d'adjectifs autour du nom "gens" (voir ici pour tout savoir). En revanche, gageons que tous les scrabbleurs auront accordé correctement l'adjectif qui suivant "anagrammes"!

 

Au terme de l'épreuve, que j'ai disputée en catégorie "professionnels" (lisez: "kamikaze"!), je m'étais compté environ neuf fautes... pas de quoi monter sur le podium, me suis-je dit: tout le monde ici maîtrise son dictionnaire, enrichi par les arcanes de l'Officiel du Scrabble! Et pourtant... proclamés samedi soir au mythique Miles Davis Hall de Montreux dans une ambiance festive et animée (ah, les petits drapeaux des Belges!), les résultats m'ont valu la bonne surprise d'être classé premier de la catégorie "professionnels" avec dix fautes, le deuxième, un Québécois nommé Lachance, pointant à treize fautes. La troisième place de la catégorie est revenue à pas moins de cinq candidats, classés ex aequo. A défaut d'un trophée "vache" créé pour les scrabbleurs (photo ci-dessus, prise par mes soins), c'est avec un roller-ball Caran d'Ache que je suis rentré chez moi...

 

Merci à l'organisation, donc! Il est à noter que Benoît Delafontaine a d'autres textes à dicter dans sa besace; il n'attend qu'une occasion pour passer à l'action... Quant à moi, ces deux épreuves m'auront fait un excellent échauffement pour la finale du championnat suisse, qui aura lieu le 27 août - pour tout savoir, visitez le site officiel.

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Publié par Daniel Fattore - dans Langue française
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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Pauvre Jacques

 

Pauvre Jacques, quand j'étais près de toi

Je ne sentais pas ma misère;

Mais à présent que tu vis loin de moi

Je manque de tout sur la terre.

 

Quand tu venais partager mes travaux
Je trouvais ma tâche légère;
T'en souviens-tu? Tous les jours étaient beaux;
Qui me rendra ce temps prospère?

 

Quand le soleil brille sur nos guérets,
Je ne puis souffrir la lumière;
Et quand je suis à l'ombre des forêts,
J'accuse la nature entière.

 

Marie-Antoinette d'Autriche (1755-1793).

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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