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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

CXIII

 

Quant bien un homme droit condamné par la rage

Des calomniateurs sur l'eschaffaut sanglant

Verroit choir sur son col le coutelas tremblant,

Joüant devant le monde un triste personnage:

 

N'estime pour autant d'un jugement peu sage

Son deces mal-heureus: tel dans un lit branslant

Va l'ame entre les siens doucement exalant,

Qui porte l'infamie emprainte en son courage.

 

L'on ne doit reputer, tant soit-il desastreus

Au moins en apparence, autre que bien-heureus

Le trespas qui succede à la vie honorable:

 

De quelque mort que soit le juste prevenu

En liesse et repos il est entretenu,

Mais tousjours le meschant vit et meurt miserable.

 

Jean-Baptiste Chassignet, Le Mespris de la vie et consolation contre la mort, Paris, Gallimard/La Pléiade, 1953/1991, éd. Albert-Marie Schmidt.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 21:14

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Nouvelles, lu par Bouquineuse.

Lu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire" (4/7) 

 

"La cité interdite"? Ne cherchez pas, dans le recueil de nouvelles que François Gibault vient de faire paraître aux éditions L'Editeur, une quelconque référence à Pékin. Ici, les interdictions ont un autre parfum - celles de l'univers qui peut s'ouvrir à un personnage dès lors qu'il transgresse certains tabous, qu'il va jusqu'au bout de ses raisonnements ou habitudes. Les histoires que l'auteur propose dans son recueil sont certes inventées; mais l'écrivain est persuadé qu'elles trouveront, une fois ou l'autre, un écho auprès du lecteur. Et force nous est de lui donner raison.

 

La nouvelle qui donne son titre au recueil, sans doute la plus longue aussi, est probablement, disons-le, la plus riche. Elle fait intervenir le fantastique dans une démarche peut-être déjà vue ailleurs (le personnage principal devient personnage d'un tableau) - et ce personnage, collectionneur aux habitudes bien calées, fait penser, de loin, à un certain des Esseintes. Sur une telle base, l'auteur exploite ce qui est une marque de fabrique: un luxe baroque de détails descriptifs et d'énumérations sans fin qui génère un regard précis sur un petit monde.

 

La série de nouvelles offerte par l'auteur présente une constante: le lecteur est à chaque fois confronté à des portraits. Il y a un côté baroque et outrancier dans les personnages choisis - qui éclate, de façon formelle, dans le choix constant de noms improbables et de profils étonnants: plus d'un personnage brossé ici est titulaire d'une décoration, ce qui ne le grandit pas, bien au contraire - et constitue, le lecteur averti le comprend, une forme d'autodérision de la part de l'auteur, lui-même Commandeur de la Légion d'Honneur depuis peu. Quoi d'autre? On pense à tous ces personnages qui, de gré ou de force, se retrouvent nus...

 

... comme si l'auteur voulait montrer une vérité sans fard, sans costume - celui-ci fût-il mangé aux mites comme dans "Un malencontreux courant d'air". La nudité, métaphore de la véracité d'un homme? Ce serait une exégèse possible: souvent, les personnages du recueil commencent leur carrière couverts d'habitudes et d'attributs qui les engoncent. A ce titre, la nouvelle "Germain Maurice Delécluze" intrigue d'emblée: cette nudité, brandie comme un étendard par le personnage principal, apparaît-elle vraiment ou peut-elle se fondre dans l'anonymat de la foule?

 

Et l'humour noir, alors? Chaque texte pousse ses personnages à bout, quitte à ce qu'ils se suicident ou meurent bêtement. On pense au suicide de Blanchette Legentil dans "Fors l'honneur" - une femme qui ne survit pas à un échec culinaire face à, comme par hasard, un personnage membre de l'Institut, donc a priori de bonne compagnie et de bon goût. Il y a aussi l'issue vacharde de la nouvelle "Un mort de trop", qui démontre en filigrane, de façon originale, l'absurdité de la guerre et d'une certaine justice. Et que penser de la triste destinée de la vieille dame des "Pruneaux du Caire", dont le seul crime est justement d'avoir voulu voir Le Caire? L'auteur s'arrange ici pour lui organiser un voyage à sa ricanante façon...

 

Les nouvelles sont ici de toutes tailles, souvent rédigées à coups de paragraphes compacts. Le lecteur sourira en coin aux traits d'esprit de l'auteur et sera sans doute convaincu par les distorsions du réel mises en scène. Cela n'empêchera pas tout un chacun de se demander comment il aurait réagi dans des circonstances similaires: un Brueghel à sauver, un homme à séduire alors que le chat fait des siennes, une femme qui, à l'instar de Charles-Valentin Morhange dit Alkan, meurt étouffée sous le poids de sa bibliothèque effondrée, une fidélité absolue dans le cadre d'un mariage avec soi-même... La rouerie de l'auteur des 18 nouvelles de "La Cité interdite" mérite d'être découverte.  

 

François Gibault, La cité interdite, Paris, L'Editeur, 2011.

 

Lu en partenariat avec les éditions L'Editeur, que je remercie ici.

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

154.

 

Le petit dieu d'amour un jour à son côté

Déposa pour dormir sa torche aux coeurs cruelle;

Mainte nymphe à l'entour, vouée à chasteté,

Survint d'un pied léger; la plus belle d'entre elles

De sa main virginale alla saisir ce feu

Qui avait échauffé maint ost de coeurs fidèles:

Ainsi, le général des désirs amoureux

Dormait-il, désarmé par des mains de pucelle.

Qui prit au feu d'amour chaleur perpétuelle

Et devint bain salubre et remède certain

Pour les maux des humains; mais moi, serf de ma belle,

J'y fus pour m'y guérir, et fis la preuve ainsi

Qu'amour échauffe l'eau, mais n'en est rafraîchi.

 

William Shakespeare (1564-1616), Sonnets, Paris, Gallimard/Pléiade, 1959/1996, trad. Jean Fuzier.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 22:05

hebergeur imageOn meurt pas mal dans le roman "Les jeunes filles et la mort" de Michael Genelin. Mais est-ce là le plus intéressant? Première enquête du commandant Jana Matinova, ce volume aux proportions généreuses démarre sur un mystérieux accident de la route en Slovaquie; sur cette base, l'auteur rebondit de l'Ukraine à la France, avant de placer quelques moments forts de son récit dans le cadre du carnaval de Nice.

 

En français, le titre sonne un peu passe-partout. Le lecteur concevra sans peine que, bien plus qu'à Franz Schubert ou à Pierre Puvis de Chavannes (dont il ne sera jamais question dans ce roman), il fait référence aux six prostituées tuées dans un accident de la route. Pour le reste, la traduction d'Armelle Santamans est pertinente: fluide, elle rend justice à l'exigence de nervosité et de sobriété qu'exige un thriller destiné à un vaste public.

 

La structure que le romancier donne à son ouvrage est du reste trompeuse: au départ, le présent de la narration suggère qu'il y a une histoire de trafic d'êtres humains à mettre au jour. C'est ce que suggère l'accident initial. Progressivement, cette option est cependant délaissée pour donner jour, progressivement, à une affaire où l'histoire familiale de Jana Matinova, d'abord exposée au passé de façon parallèle aux péripéties du présent, prend une place prépondérante.

 

L'histoire familiale est la principale richesse de Jana Matinova, agente de police finalement terne au quotidien, qui se distingue essentiellement par son sens de l'observation - rien de très original, au fond. Son passé permet cependant à l'auteur de brosser le tableau de la Slovaquie d'avant la Slovaquie - du temps où le communisme régnait. Le poids d'un régime écrasant oblige Jana Matinova, mariée à l'acteur de théâtre Dano, à ruser et, pour rester digne, à faire des choix extrêmes entre sa carrière et ses sentiments. Cela donne lieu à des scènes dramatiques, tendues: flicage omniprésent, disgrâces, paranoïa latente, tout est là. Et parfois, l'on se surprend à penser au dramaturge Vaclav Havel.

 

L'auteur insiste dès le début sur les relations interpersonnelles. Il y a certes le lien qui se crée entre Jana Matinova et le policier Seges, relation particulière puisque Seges est un incompétent notoire, placé dans les pattes de Jana Matinova; l'auteur s'en débarrasse du reste assez vite en lançant Jana Matinova seule sur les routes d'Europe. Cela aurait mérité d'être plus creusé! Il est au moins aussi intéressant de suivre les méandres de la relation qui unit Dano et Jana, puis les liens et tensions familiales qui règnent sur trois générations. Cela, sans parler, enfin, du lien qui existe entre Jana Matinova et Trokan, son supérieur - qui permet à l'auteur de mettre en scène une complicité faite de rituels, non dénuée d'un zeste d'humour.

 

Construite sur deux lignes qui, partant loin l'une de l'autre, finissent par se rejoindre et s'enchevêtrer pour lui donner tout son sel, l'enquête prend donc, pour Jana Matinova, l'allure d'une vaste quête de soi. Certes, l'auteur est obligé de donner, dans les derniers chapitres, toutes les réponses aux énigmes disséminées dans le récit; mais le lecteur appréciera, outre l'honnêteté de cette démarche (qui prend cependant des allures un peu stressantes parce qu'elle est tassée dans une dernière rencontre entre Jana Matinova et Koba, le méchant ultime de l'histoire), la volonté de l'auteur de donner une épaisseur à son personnage principal. Quant au méchant, Koba donc, il s'en va en fin de récit... est-ce pour mieux revenir dans la deuxième enquête de Jana Matinova?

 

Michael Genelin, Les jeunes filles et la mort, Paris, Marabout, 2011.

 

Lu en partenariat avec les éditions Marabout et Laetitia Joubert-Alterno, que je remercie ici!

Lu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire 2011".  

 

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 22:00

hebergeur imageKen Follett a le vent en poupe, et ni Mazel ni Syl ne me contrediront! Elles viennent d'achever leur lecture des "Piliers de la Terre", puissant volume. Leurs billets sont ici:

 

Mazel: http://mazel-annie.blogspot.com/2011/09/ken-follett-les-piliers-de-la-terre.html

Syl: http://thelecturesetmacarons.over-blog.com/article-les-piliers-de-la-terre-83520773.html

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 20:58

Je serais un menteur si je disais que je porte dans mon coeur Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-les Verts à la présidence de la France. Cela dit, l'une de ses interventions de la semaine dernière a tout pour m'interpeller... et curieusement, elle n'a pas fait beaucoup de remous dans la blogosphère. Tout au plus en a-t-il été question dans les rangs de l'UMP - et le semblant de débat qui en est résulté est un peu limite: en effet, la question posée méritait davantage qu'une caricature outrancière. Car c'est bien de langues qu'il s'agit - et de langues de France.

 

nullRappel des faits: face à un parterre de représentants des mouvements indépendantistes et autonomistes de France réunis à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) pour une université d'été, Eva Joly s'est aventurée, samedi 27 août, à promettre de défendre les langues régionales menacées, selon une dépêche publiée dans "Le Point". L'approche de la candidate, partisane d'une Europe des régions, consiste clairement à offrir davantage d'autonomie aux régions qui y aspirent (par exemple la Corse). Eva Joly a par ailleurs critiqué "l'hégémonie" du français en France et suggéré que les écoles devraient être obligées d'offrir, à défaut d'imposer, une formation en langues régionales.

 

Des affirmations qui ont fait bondir le député parisien Bernard Debré, qui s'est fendu d'une lettre en réponse aux positions de la candidate. "Redonner vie aux langues régionales? Quelle idée saugrenue!", interroge-t-il d'emblée, non sans égratigner au passage "Eva-la-Rouge"; il rappelle par ailleurs l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), connue pour instituer la primauté de la langue française en France.

 

Qui a tort, qui a raison? Force est de constater que chacun a quelque chose à amener au débat, et de positif - et que dès lors, entre le "tout au français" et le "tout aux dialectes", il existe un juste milieu à trouver. Facile à faire? Certainement pas. Mais essayons d'ébaucher quelques considérations.

 

Bernard Debré suggère donc, de manière caricaturale, qu'Eva Joly demande le retour de fonctionnaires connaissant une bonne quantité de dialectes de France - quitte à ce qu'un agent de train, par exemple, soit astreint à connaître toutes les parlures usitées sur la ligne où il travaille (p. ex. Paris-Saint-Jean-de-Luz). Il est possible de lui rétorquer qu'une telle exigence n'est pas à l'ordre du jour: tout le monde (y compris la Constitution) est d'accord qu'en France, on parle français! D'un autre côté, on pourra aussi répliquer à Eva Joly qu'il est hors de question de rejeter "l'hégémonie" du français, tant il est vrai que c'est une langue commune bien pratique, autour de laquelle s'est établi un consensus. Par quoi la remplacer? "Par un anglais approximatif", suggère Bernard Debré, poursuivant son exemple du cheminot polyglotte. Force est de constater que dans certains pays, l'anglais pourrait supplanter à terme la langue nationale, qui n'a pas été suffisamment cultivée dans tous les domaines d'activités de ses locuteurs...

 

C'est donc une question de degré plus que d'extrêmes. Eva Joly réclame "la reconnaissance des langues régionales". Elle paraît oublier que celles-ci ont fait leur entrée dans la Constitution française en 2008 (art. 75 al. 1); plus qu'une reconnaissance, il conviendrait donc d'exiger un développement de cette reconnaissance, selon la question suivante: "Quelle forme cette reconnaissance doit-elle prendre?" Cela amène à un sujet qu'Eva Joly devrait goûter, et que le linguiste Louis-Jean Calvet a eu le privilège de nommer avant elle: l'écologie des langues. Une manière d'indiquer que chaque langue a sa place... pourvu qu'elle la trouve.

 

Concrètement, essayons d'imaginer ce que cela peut signifier. Faut-il rendre la justice dans les langues régionales? Sans doute pas, si l'on admet que la langue de la France est le français. Mais est-ce que l'article constitutionnel peut servir de base à une réglementation permettant que l'Etat finance des interprètes pour permettre à des personnes parlant les langues régionales de débattre de leur cause dans leur idiome? Le cas des cheminots, soulevé par Bernard Debré, est certes extrême; mais devra-t-on tenir rigueur à un fonctionnaire de Corse ou de Mayotte s'il s'exprime avec ses voisins dans la langue du cru en sa qualité de fonctionnaire? Certes, il devrait être en mesure de réagir en français en tout temps... mais l'un n'empêche pas l'autre! Et puis, le maire d'une commune de Bretagne doit-il être condamné s'il glisse quelques phrases en breton dans un discours de fête nationale? Une telle réflexion peut par ailleurs aussi mener à définir les contours d'un enseignement des langues régionales. Faut-il aller jusqu'à assurer tout l'enseignement en marquisien, en arpitan (lequel?) ou en alsacien? Ou alors, peut-on ouvrir une brèche permettant un soutien financier (ou autre) à la création littéraire en langues régionales, quitte à encourager l'émergence d'un nouveau félibrige? Y compris les langues d'outre-mer? La simple présence des langues régionales dans la Constitution français responsabilise du reste l'Etat français: d'ores et déjà, il ne peut plus faire comme si celles-ci n'existaient pas, par exemple en les laissant mourir sans réagir.

 

Entre les extrêmes déterminés par Eva Joly et Bernard Debré, il y a donc mille possibilités de "placer le curseur", en faveur du seul français ou d'un morcellement linguistique et régionaliste. Cet entre-deux doit permettre de faire vivre et de valoriser, dans une manière propre, les langues régionales, qui le méritent parce qu'elles sont une richesse, sans pour autant sacrifier les avantages d'une langue, le français, conçue comme un élément non pas hégémonique, comme le prétend Eva Joly, mais bien fédérateur. Ce juste milieu devrait permettre d'écarter le risque d'éclatement de l'unité nationale, tant craint de certains représentants de l'UMP. Car en France, il devrait y avoir de la place pour le français et pour toutes les langues de France.  

 

Source de l'illustration "Tour de Babel".

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Publié par Daniel Fattore - dans Politique, etc.
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Clin d'oeil à mon lectorat italophone...

 

L'Infinito

 

Sempre caro mi fu quest’ermo colle,

E questa siepe, che da tanta parte

Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.

Ma sedendo e mirando, interminati

Spazi di là da quella, e sovrumani

Silenzi, e profondissima quiete

Io nel pensier mi fingo; ove per poco

Il cor non si spaura. E come il vento

Odo stormir tra queste piante, io quello

Infinito silenzio a questa voce

Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,

E le morte stagioni, e la presente

E viva, e il suon di lei. Così tra questa

Immensità s’annega il pensier mio:

E il naufragar m’è dolce in questo mare.

 

Giacomo Leopardi (1798-1837).

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 20:27

hebergeur imageLorsqu'il faut écrire un roman, l'exotisme est toujours un élément porteur. Il est certain que Charles Poitevin le savait lorsqu'il a écrit "Otary Club", son premier roman, publié dans le cadre de la présente rentrée littéraire par les éditions Rue Fromentin. Reste qu'au terme de la lecture de ce texte (autobiographique peut-être), le lecteur sera quelque peu partagé, pour ne pas dire décontenancé.

 

D'un côté, chacun s'accordera que l'auteur a eu de bonnes idées, suffisantes dans l'absolu pour créer un bon sujet: un personnage au caractère bien trempé envoyé aux antipodes à des fins prédendument humanitaires, la mise en scène d'un choc des cultures - pour ne pas parler de civilisations. Moyennant une analyse au scalpel, fine ou s'en donnant à tout le moins l'apparence, l'auteur aurait pu réussir un roman de premier ordre et s'imposer d'emblée comme "l'auteur qui dérange" de la rentrée littéraire 2011.

 

Or, il n'en sera rien. Pourquoi? Certains esprits chagrins diront que son éditeur n'a pas "le format". Mais à mon humnble avis, le problème est ailleurs...

 

L'exercice que l'auteur se propose de réaliser n'a, il faut le dire, rien d'évident. Il invite en effet le lecteur à suivre, sur plus de 200 pages, le personnage de Charles. Or, Charles est éminemment antipathique: il s'agit d'un post-adolescent immature qui ne pense qu'à boire, à faire l'amour avec de jolies filles et à fumer de joints; son orientation sexuelle elle-même n'est pas franchement claire, malgré certaines affirmations péremptoires. Présenté ainsi, Charles est parfaitement odieux. L'auteur se préserve cependant quelques portes de sortie de ce côté, en laissant entendre que Charles a bon fond (ce que son entourage donne à voir) et qu'il a parfois quelques éclairs de lucidité. Mais le lecteur ne se laisse pas leurrer: Charles n'est pas intéressé par le lieu où il va vivre pendant plusieurs mois; il ignore même où se trouvent les îles Fidji et qui y habite.

 

Ainsi donc le lecteur est-il confronté à un gamin détestable. Va-t-il évoluer dans le cadre qui lui est imposé? Alors que le héros de "Gourou" de Camille de Casablanca sort grandi de l'épreuve, Charles ne progresse guère face à l'inconnu, et fait figure de personnage buté dans ses clichés. Clichés? Tel est peut-être le fond de ce récit, et sa principale faiblesse.

 

C'est que l'auteur passe du temps à mettre en scène un lieu et des personnages finalement assez convenus. Il est difficile de voire en Charles l'archétype d'un certain genre de touriste, qui se sent bien partout à condition que ce soit comme chez lui. Cliché du Français en goguette? Je ne trancherai pas, l'expérience m'ayant enseigné que la réalité dépassé les clichés. C'est donc avec un certain agacement que j'ai aussi découvert le regard porté sur les Allemands, présentés comme des gens physiquement gros (ah, la bière!), travailleurs, décontractés dès qu'il s'agit de draguer (n'est-ce pas Betty?) et végétaliens - comme s'ils ne savaient pas que les pousses de soja étaient mortelles, en particulier en Allemagne. La clé même du récit (eh oui, Adolf Hitler est une ordure, c'est de notoriété publique et universelle, et celui qui dit que le Führer est un grand homme est forcément une autre ordure) me paraît un peu facile. Cela, sans parler de la critique des milieux de bienfaisance: dans "Déroutes", Laure Lugon Zugravu fait nettement mieux mouche.

 

C'est ainsi, dès lors, que j'ai perçu ce roman: comme une tentative de faire se confronter des clichés. Malheureusement, une telle démarche n'a pas permis de créer une richesse nouvelle dans le cadre d"Otary Club". Charles, le narrateur, ne va pas au-delà des présupposés et préjugés; et, incapable de chercher à comprendre l'autre, il ne trouve guère de quoi s'enrichir autour de lui, même auprès des indigènes. Autant dire qu'il est peu évident, pour le lecteur, de trouver sa place dans cet univers.

 

Reste cependant quelques idées narratives qui méritent d'être relevées - et, pour l'auteur, d'être approfondies dans un prochain opus. Le lecteur se trouve en effet confronté à un procédé extrêmement visible: les dialogues de ce roman sont rédigés en majuscules. Cela donne l'impression que tout le monde gueule dans ce récit, s'il le faut dans un anglais pourri. Cette impression bruyante renvoie à procédé dont l'auteur use et abuse, consistant à répéter certains mots et adjectifs parlants, en particulier en matière de couleurs. Cela offre une impression de saturation du propos, rappelant l'illustration de jaquette de l'auteur, particulièrement pétante.

 

Autant dire que je suis sorti un rien mitigé de ce roman, plein de bonnes intentions, mais finalement assez bruyant - et qui manque sa cible parce que son personnage principal n'est pas parvenu à me guider à travers ses idéaux et ses aventures.

 

Charles Poitevin, Otary Club, Paris, Rue Fromentin, 2011.

 

Merci aux éditions Rue Fromentin pour l'envoi!

 

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 20:22

hebergeur imageIl y a toujours quelque chose de jouissif à se plonger dans des fonds de pile à lire particulièrement antiques et méconnus. Pour "La sombre affaire de Croix-Basse" de Norbert Sevestre, je dois avouer avoir été pris d'un dilemme cornélien: est-ce que je le lis immédiatement, ou est-ce que j'attends l'année 2030, soit celle de ses cent ans? Au diable les anniversaires ronds: c'est la semaine passée que j'ai lu cet ouvrage, non sans plaisir, dans son édition originale de 1930 toute déglinguée. Cela m'a permis de mesurer le chemin accompli par l'humanité en matière d'enquêtes et de police - et aussi de perception de certains faits de société.

 

Evidemment, l'auteur utilise les recettes de toujours pour créer le suspens. Ainsi, le télégramme qui déclenche toute l'affaire, en début de roman, en dit à la fois trop et pas assez. L'auteur est ainsi ferré: pour en savoir plus, il est obligé de continuer à lire. Dès lors, un rythme s'installe, plutôt lent pour le lectorat actuel, habitué à des récits rapides qui vont à l'essentiel - une lenteur qui concourt cependant au suspens. L'auteur ne dédaigne certes pas les descriptions bucoliques - quitte à ce qu'elles servent à camper l'ambiance, voire à la faire basculer (chapitres 4 et 7). En s'en tenant à cette lenteur, cependant, l'auteur se montre pour le moins circonspect face à une écriture plus sensible au rythme de l'action, devenue de rigueur aujourd'hui, même en dehors du genre policier.

 

Rappelons rapidement les faits: le narrateur est appelé dans sa maison de campagne par un télégramme de Zélie, fille d'Onésime Turquet, parce qu'il s'y passe des choses étranges. Peu de temps après, un cadavre est découvert dans l'étang. Qui l'a tué? Tout le monde est un peu suspect, y compris Eugène, le fiancé de Zélie, qui a un penchant avéré pour la bouteille. Tout cela se passe dans un village de pêcheurs de Normandie, non loin de Dieppe.

 

L'auteur observe à sa manière le milieu des pêcheurs - milieu rude où l'on boit, où l'on part parfois en tournée de pêche en attendant qu'une affaire louche se tasse, et où l'on meurt aussi, un peu comme dans le refrain de la "Cruelle berceuse" de Théodore Botrel. A partir de là, il fait de l'alcool (et de l'alcoolisme) l'un des moteurs de son récit, en privilégiant une approche morale de la question et en insistant lourdement sur les méfaits de la boisson. C'est par ce biais que l'auteur fait d'abord, et très lourdement, porter les soupçons sur Eugène - en laissant clairement entendre que son penchant coupable est une circonstance aggravante s'il est avéré que c'est lui le criminel.

 

Naturellement, Zélie cherche à le couvrir - ce qui amène la question des tensions entre l'intérêt sentimental et le besoin de justice, vieux ressort littéraire. Ainsi se crée une intéressante tache aveugle autour du personnage d'Eugène, comme si l'enquête piétinait autour de ce bonhomme; elle va du reste se porter sur d'autres personnages, en particulier un tandem de vagabonds aperçus par une nuit d'orage, à peu près à l'heure où le narrateur a tiré... ce qui fait aussi de lui un suspect. A titre personnel, j'avoue avoir même soupçonné Zélie: ses fièvres et délires soudains m'ont paru trop opportuns pour être honnêtes; et le fait que la police ne l'interroge jamais directement ne signifie pas qu'elle est innocente, pas plus que ses yeux de pervenche. Mais l'auteur est bien plus finaud... et le final révèle au lecteur ébahi ce que les apparences peuvent avoir de trompeur.

 

S'il connaît le métier d'écrivain policier populaire, l'auteur sait aussi exploiter les thématiques d'un romantisme éternel. Ainsi, c'est de nuit que tout se corse, alors que le narrateur entend des bruits bizarres, ce qui plonge tout le récit dans une inquiétude typique d'un certain fantastique. Et puis, il y a la maladie de Zélie, Zélie trop jolie, Zélie qui croit en Dieu - comme pas mal de monde dans ce récit, d'ailleurs. Inversement, si l'auteur joue sur le fantastique et le mystère, il sait aussi mettre en scène la rigueur scientifique, en introduisant un personnage de médecin légiste et en suggérant une réflexion de police scientifique. Mais il en fait aussi très bien sentir les limites: pourquoi la victime semble-t-elle morte à la fois de noyade, de lésions corporelles graves et par balles? En plus, boursouflée par l'eau, elle est méconnaissable. Ces limites contrastent singulièrement avec l'instinct très expressif de Croche, la chienne, auquel le narrateur prête volontiers foi.

 

Le style est classique, c'est entendu; la plume est sobre comme le narrateur sait le rester (on ne le voit guère boire). La recréation du parler des campagnards a certes vieilli (ah, les "savoir!" et "Connu! Suffit!" qui suffisent à caractériser Onésime Turquet!). Mais l'auteur sait laisser échapper quelques traits qui ont dû paraître modernes ou actuels à l'époque. Il glisse par exemple quelques anglicismes qui font figure d'audaces (il ose "dancing" et "footing") ainsi qu'une allusion à Anatole Deibler, bourreau bien connu (et personnage principal du roman historique "L'Obéissance" de François Sureau, commenté ici). Cela reste cependant suffisamment discret pour que ce roman fonctionne, à 81 ans de distance, sans qu'il faille sortir un livre d'histoire à chaque page, et, au-delà des valeurs véhiculées, sache plaire et convaincre.

 

Norbert Sevestre, La sombre affaire de Croix-Basse, Paris, Jules Tallandier, 1930.

 

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 19:14

Alors que la rentrée littéraire déploie ses fastes, j'aimerais signaler la sortie, demain 8 septembre, de deux ouvrages auxquels j'ai contribué à des titres divers. Les voici:

 

1. "Best-seller" d'Isabelle Flükiger.

Quatrième opus de la romancière fribourgeoise, il s'agit d'une tranche de vie un peu folle, débordante d'esprit, dont le fil rouge est un petit chien "qui pourrait être un ange", recueilli par deux jeunes adultes. Ils auraient mieux fait de fuir... Ce livre a paru aux éditions Faim de Siècle, à Fribourg, et j'ai passé du temps à y débusquer les ultimes coquilles.

 

Je vous laisse découvrir le petit film promotionnel énigmatique sur Youtube. Pour commander, passer par le site de l'éditeur.

  

2. "Strip-tease", recueil collectif, paru chez Luce Strip-teaseWilquin.

Il s'agit du fruit d'un concours de nouvelles organisé par la police municipale de Liège sur le thème a priori sulfureux de l'effeuillage, réunissant 19 textes de candidats - dont l'un est de ma plume. Avis aux curieux! Un autre est d'Isabelle Baldacchino, dont je vous laisse visiter le blog

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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