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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 20:14

PhotobucketRécit historique, lu par Philippe Poisson.

 

Tragique destin que celui de Roger Salengro, ministre de l'Intérieur français sous Léon Blum, suicidé au terme d'une campagne de diffamation d'une rare violence! Paru en mai 2009, "L'affaire Salengro", signé Christian Blanckaert, retrace l'histoire d'un homme qui a, encore et toujours, sa rue à Saint-Etienne - on y trouve entre autres, aujourd'hui, un atelier d'artisanat sympathique et une pizzeria savoureuse aux enseignes respectives de "L'Atelier du coin" et "Le Stromboli - L'Annexe". Je connais la rue depuis longtemps; ce livre m'a permis d'en savoir plus sur l'homme qui lui a donné son nom, ce qui n'est jamais de refus quand on est curieux.

 

Revenons donc au livre et au personnage. On rappellera qu'il a été nommé Place Beauvau à une période troublée, caractérisée par d'innombrables et inextricables mouvements sociaux dans la mouvance de la victoire politique du Front Populaire, le 4 mai 1936. Ses talents de négociateur ont permis de démêler pas mal de choses, ce qui a débouché sur les congés payés, la semaine de 40 heures et d'autres progrès sociaux depuis longtemps attendus: dans les années 1930, la France accusait, selon l'auteur de ce livre, un retard certain en matière d'Etat social et de prise en compte des intérêts des travailleurs. Or, alors qu'il négocie, Roger Salengro est accusé d'avoir déserté pendant la Première guerre mondiale. C'est le début d'une campagne de dénigrement de grande ampleur, relayée par quelques organes particulièrement bruyants de la presse réactionnaire.

 

L'auteur se montre impressionniste dans son récit, qu'il développe par touches. C'est ainsi qu'il commence par dépeindre le contexte qui prévaut en France immédiatement après la Grande Guerre, montrant des ouvriers laissés sur le carreau par une époque qui progresse. Il évoque aussi un événement fondateur de la gauche française, dont les conséquences sont encore là aujourd'hui, à savoir la scission entre les communistes, aux ordres de Moscou, et un socialisme qui, à l'instar de Roger Salengro lui-même, "fera toujours passer le drapeau français devant le drapeau rouge" (p. 12). Sur de telles bases, l'auteur peut facilement dépeindre l'isolement du maire de Lille, un peu perdu entre des communistes adversaires et une droite hostile, dès lors qu'il s'agit de survivre dans le milieu inhospitalier du pouvoir national.

 

L'auteur use par ailleurs de recettes romanesques pour développer le portrait de Roger Salengro, surtout en parallèle avec celui qui l'a nommé ministre: Léon Blum. Le chapitre "Une invincible meurtrissure" est à cet égard emblématique, montrant, point par point, de manière quasi mécanique, les différences entre Roger Salengro, d'origine humble, arrivé à la force du poignet et de son militantisme infatigable, et Léon Blum, issu d'un milieu suffisamment favorisé pour lui avoir offert une posture raffinée et l'occasion de faire des études littéraires poussées. Lequel est, dès lors, l'homme de gauche idéal?

 

C'est par touches que l'auteur approche son sujet, je l'ai dit - des touches parfois dramatiques, qui dessinent le portrait littéraire d'un homme politique dont le destin préfigure celui d'autres personnalités poussées au suicide par des campagnes médiatiques (on pense, et l'auteur le cite, à Pierre Bérégovoy). S'agit-il cependant d'une chronique? Pour répondre pleinement à ce que l'on peut attendre de ce genre littéraire, quelques ancrages historiques (événements, anecdotes) auraient mérité davantage d'acuité. A défaut, le lecteur trouvera, avec "L'affaire Salengro", un bel hommage à l'homme politique, mis à mal par une situation qui a vite fini par le dépasser, à laquelle il n'était nullement préparé et qu'il a dû affronter seul, si l'on excepte quelques conseils de Léon Blum. "L'affaire Salengro" saura, je pense, séduire les nostalgiques du Front Populaire... et, plus près de nous, leurs héritiers les plus directs.

 

Christian Blanckaert, L'affaire Salengro, Paris, Michalon, 2009.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 20:59

PhotobucketLettre, lue par Action-Suspense, La Mer pour horizon, Mazel.

Interview sur Obskuremag.

Lu pour le défi "% rentrée littéraire"

 

... tels sont les mots que Romain Slocombe a déposés en guise de dédicace sur la page de garde de mon exemplaire de "Monsieur le Commandant", son tout dernier roman, qu'il signait à la Fête du Livre de Saint-Etienne. Reçu en partenariat grâce aux éditions NiL et à Babelio (que je remercie ici), cet ouvrage m'a passablement intrigué, de façon positive; il peut aussi susciter un certain malaise chez plus d'un lecteur. Porté qu'il est par un style aux apparences classiques et travaillées, il invite en effet chacun à se glisser dans la peau d'un homme distingué, Académicien, écrivain à succès, blessé de guerre donc a priori respectable... mis à part qu'il est pétainiste, catholique fervent et collabo par conviction. En jetant dans ses pattes Ilse, sa belle-fille juive, dont il va tomber éperdument amoureux, l'auteur va pousser le fragile écosystème qui entoure l'antisémite Paul-Jean Husson jusqu'à l'irréparable, mettant progressivement en évidence les contradictions de son narrateur. Et ce n'est qu'au bout du récit, qui endosse la forme d'une lettre, que le lecteur comprend le caractère à la fois terrible et naïf de la demande de Paul-Jean Husson à son destinataire, le Sturmbannführer Schöllenhammer.

 

Apparemment, ce livre constitue la résultante de l'exercice délicat du rôle de composition. Il n'y a en effet plus grand-monde aujourd'hui pour se réclamer très ouvertement de l'idéologie pétainiste, antisémite et favorable au nazisme, alors que sous l'Occupation, chacun était contraint de composer, voire de choisir son camp sans trop savoir ce qu'il adviendrait ensuite. On pourrait dès lors se dire que tout cela, c'est de l'histoire, un rien poussiéreuse. Mais l'auteur parvient, par quelques situations et mentions bien placées, à rendre toute son actualité à son propos. Un seul exemple, en page 40, rappelle de façon troublante un discours qu'on entend encore aujourd'hui: "Sous couleur du droit d'asile, on laissait entrer pêle-mêle et sans la moindre précaution réfugiés politiques et condamnés de droit commun - tous d'accord au moins sur un point: le droit qu'ils s'arrogeaient de nous traiter en pays conquis." Et d'une manière plus générale, par-delà l'exposition d'une situation historique donnée, ce sont des sentiments de toujours et des tourments que l'auteur donne à lire - des tourments que le nom de la villa de campagne de Paul-Jean Husson, "Villa Némésis", suggère d'emblée.

 

Et c'est là que le lecteur est saisi par l'ambivalence du propos. Certes, il lui sera difficile de trouver vraiment sympathique l'Immortel et plutôt odieux collaborateur, auteur qui plus est de virulents articles contre les Juifs. Mais il ne pourra que se surprendre à comprendre certains des élans de son coeur, voire à lui trouver une certaine générosité quand il fuit en voiture avec sa belle-fille et sa petite-fille - alors qu'Olivier, son fils, est résistant à Londres, loin des siens, qu'il pourrait protéger d'un peu plus près. L'auteur ne manque jamais une occasion, par ailleurs, de souligner l'incroyable tension qui se fait jour dans le coeur du narrateur: celui-ci vomit les Juifs, mais aime une Juive, et qui plus est sa propre belle-fille...

 

Le contexte est campé de manière claire, quitte à ce que le trait paraisse parfois un peu appuyé. Les rappels historiques sont en effet nombreux, et le statut d'Académicien du narrateur permet à l'auteur de lui créer de manière crédible tout un entourage de célébrités. Entre Sacha Guitry et sa femme, Hugo Boss qui fabrique les uniformes de l'armée allemande, Robert Brasillach et quelques autres (dont Léon Blum), sans compter la citation de nombreux organes de presse collaborationnistes de ce temps (on pense à "Gringoire"), les noms sont généreusement parachutés, non sans pertinence. Cela permet au lecteur de cerner le narrateur et de trouver ses marques dans un contexte particulier.

 

La lecture d'un tel roman sous forme de lettre peut donner au lecteur l'impression d'être un voyeur, dans la mesure où il prend connaissance d'un courrier extrêmement personnel qui ne lui est pas adressé. L'astuce est double: si le narrateur écrit à un nazi, l'auteur écrit au lecteur. Conscient de jouer sur deux plans, l'écrivain rend en quelque sorte le lecteur complice de Paul-Jean Husson, homme complet avec ses gloires et ses zones d'ombre, en l'invitant à mieux le connaître par le biais d'une lettre qui sollicite un service de la part d'un nazi. "Aurais-tu procédé ainsi?", semble demander l'écrivain, lui aussi complice du lecteur, réunissant tout le monde en une histoire tendue, progressivement poussée aux épisodes les plus noirs et les plus durs.

 

Romain Slocombe, Monsieur le Commandant, Paris, NiL/Les Affranchis, 2011.

 

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 19:01

hebergeur image

Il y a eu la très sympathique soirée avec Alex, Didi et Dup à la pizzeria "Le Stromboli - L'Annexe". Il y a eu des auteurs à la pelle. Et bien sûr, il y a eu la dictée de Michel Courot. Tels furent les éléments clés de mon passage à la Fête du Livre de Saint-Etienne, vingt-sixième du nom, dont je suis rentré, comblé et lourdement chargé (livres, vins, cadeaux... et même de nouvelles chaussures!), lundi en début de soirée.

 

La dictée? Elle a eu un parfum de nostalgie, puisqu'il s'agissait de la dernière écrite par l'ami Michel Courot, ancien Dico d'Or, pour cette compétition devenue familière. Octogénaire, il a choisi de se consacrer à d'autres activités littéraires - la nouvelle peut-être, ou la poésie? Pour cette ultime finale, le dicteur ligérien a choisi de rendre hommage, sous la forme d'une lettre imaginaire, au chanteur Georges Brassens. Tout le monde (soit 153 candidats, toutes catégories confondues) s'est accordé à dire que le texte ne présentait guère de difficulté particulière - et de fait, nombreuses furent les personnes à avoir fait une seule faute (presque partout la même - un participe passé à l'accord un chouïa litigieux, perdu au milieu d'une fort longue phrase vers la fin du texte), parmi les seniors et anciens champions (dont j'étais, ce qui m'a valu un très beau prix, mais hors concours), et même zéro faute chez les juniors (qui ont échappé audit participe). En revanche, chacun l'a aussi trouvée fort poétique, cette dictée: parsemée de citations et de détournements des textes des chansons de Georges Brassens. Gageons que plus d'un candidat a dû, au terme de l'épreuve, entendre résonner dans sa tête, lancinant, le refrain du "p'tit coin de parapluie"... Merci à l'équipe de Lire à Saint-Etienne pour son accueil amical, et à Michel Courot pour ses textes, toujours attrayants!

 

Côté pizza, comme évoqué en début de billet, l'occasion a été belle de faire plus ample connaissance entre blogueuses et blogueurs! Ont été évoqués, pêle-mêle, les petites facéties de Blogspot, les auteurs présents à la Fête du Livre (et quelques absents) et la vie réelle ou virtuelle des convives - le tout, autour d'une pizza (j'ai pris le modèle atomique géant, de quoi tenir un siège) ou d'un plat de pâtes dans un cadre convivial. A refaire!

 

Et puis, la Fête du Livre de Saint-Etienne ne serait pas ce qu'elle est sans ses écrivains. J'ai certes renoncé à faire la queue pour obtenir une dédicace de Douglas Kennedy; en revanche, je suis fort heureux d'avoir pu voir Michel Butor de près, de l'entendre parler (on l'écouterait des heures: il a un ton et une attitude de bon grand-papa et argumente de manière simple et structurée sur des sujets essentiels de philosophie des arts...) à la Cité du Design et même de le chronométrer: dépourvus de montre, les organisateurs m'ont aimablement prié de leur prêter mon garde-temps... Pour en revenir aux livres, j'ai passé pas mal de temps avec les auteurs locaux - je pense à Carole Dailly, dont j'ai écouté les nouvelles avec bonheur à l'Atelier du Coin, ou à Sébastien Bouchery (des éditions Eastern), ou encore à Alain Chassagneux, également conquis par Michel Butor. J'ai aussi eu l'occasion d'échanger quelques mots avec Michel Schneider, dont j'avais apprécié "Marilyn dernières séances" et "Big Mother", avec Nora Khennouf (l'organisatrice, qui a publié un témoignage de lectrice chez Laura Mare) ou avec Jean-Christophe Rufin, parrain de la fête.

 

Bilan fort positif donc pour cette nouvelle visite de la Fête du Livre de Saint-Etienne, où je fais désormais figure de fidèle...

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Littératures
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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Le rire

 

Je ris d'actes extravagants

Pensant moi-même être cohérent.

 

Je ris par moquerie,

Et j'en deviens parfois piquant.

 

Mon badinage punit les règles,

De ce monde accommodant

Evoluant intransigeant.

 

Je ris mes révoltes éthérées,

comme un enfant, ma liberté.

Je ris parfois par vendetta.

Je ris des orgueilleux et de leur vanité,

Ils sont si drôles ceux-là!

 

Et même si tu penses que j'ai tort

Je crois que ce geste est la grandeur,

Que l'homme doit le conserver

Tant qu'il n'est pas mort,

Le rire est l'unisson d'une société

C'est la valeur de l'humanité.

 

Peggy Chabanole, A la lumière des mots, Feurs, Editions Claude Bussy, 2007.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 21:37

hebergeur imageLe monde entier s'interroge... et les deux auteurs de cet essai posent la question: "Où va l 'Amérique d'Obama?" Tel est le titre du livre très synthétique et intrigant qu'offrent conjointement Hervé de Carmoy et Alexandre Adler. A leur façon, ils dépeignent un portrait contrasté, parfois paradoxal, des Etats-Unis - et, on s'en doute, du monde entier.

 

On acceptera que leur propos démarre sur un malentendu: alors qu'il conviendrait de distinguer les Etats-Unis (une grande nation) et l'Amérique (le grand continent où se trouvent les Etats-Unis), les auteurs usent indifféremment de l'un ou de l'autre vocable pour désigner la nation présidée par Barack Hussein Obama. Important? On admettra que le lecteur est assez grand pour comprendre que c'est bien du pays de l'Oncle Sam qu'il est essentiellement question ici.

 

Alexandre Adler signe une préface plutôt longue (une quarantaine de pages sur 189), parfois rapide sur un sujet extrêmement vaste, qu'on pourrait croire peu délimité: l'auteur de cette préface s'avère prolixe, voire touffu (les phrases et les paragraphes sont longs), en évoquant de nombreux aspects apparemment fort éloignés de Washington, en particulier lorsqu'il est question de politique internationale: atouts comparés de la Chine et du Japon, etc. Cela dit, dans un constat dépourvu de complaisance, le préfacier évoque à la fois les faiblesses et les atouts des Etats-Unis pour faire face au monde qui se dessine à présent. "Un diagnostic sévère mais optimiste", résume-t-il en bandeau; c'est exactement cela.

 

Ce point de vue se prolonge dans le propos tenu par Hervé de Carmoy, ancien cadre auprès de plusieurs grandes banques. Démarrant par une approche démographique, son exposé présente Obama comme le symbole de l'évolution, voire d'un certain aboutissement d'une société particulière, celle des Etats-Unis, profondément intégratrice, incitant l'immigration à rallier le rêve américain selon l'idée du melting pot, voire du melting top (intégrer pour le meilleur). Cela ne va pas sans défis (l'intégration problématique des Latinos venus du sud), mais pas non plus sans atouts (l'immigration asiatique, hautement qualifiée). Certes rapide (1), le tableau est ici saisissant, et n'hésite pas à faire usage d'une approche historique à l'occasion.

 

D'autres éléments sont passés en revue, à commencer par la question financière, de la plus haute actualité au lendemain de la crise des subprimes et, plus généralement, du crédit. L'auteur identifie des faiblesses de fond, telles que le délitement d'une certaine éthique auprès du personnel des banques - que l'auteur compare, non sans esprit, aux conquérants du Far West. La capacité d'innovation du pays est étudiée aussi, ce qui induit un diagnostic sévère de l'enseignement, en particulier de l'enseignement secondaire (qui forme certes de très bons élèves, mais connaît aussi un taux d'échec important) - comprenant la critique d'une nation qui préfère importer ses spécialistes et laisser sur le carreau ceux qu'elle forme elle-même. La question de l'armement, enfin, permet à l'auteur d'aborder quelques enjeux géostratégiques et d'analyser de façon critique l'un des plus gros postes au budget fédéral - avec les retraites et la santé. 

 

Au final, et même si l'on regrette l'absence d'une bibliographie récapitulative en fin de volume, c'est un pays à la croisée des chemins que les deux auteurs nous présentent, en un parcours complet quoique rapide: ancienne puissance absolue et incontestée, les Etats-Unis devront sans doute composer avec les importantes nations émergentes, telles que la Chine, la Russie, le Brésil même, sans parler de l'Europe. Après l'hégémonie héritée de 1945, une nouvelle page s'ouvre. Les auteurs se veulent optimistes: malgré leurs importants handicaps (endettement colossal, infrastructures défaillantes, etc.), les Etats-Unis sont en mesure, selon eux, de relever les défis de l'avenir.

 

Hervé de Carmoy et Alexandre Adler, Où va l'Amérique d'Obama?, Paris, Presses universitaires de France, 2011.

 

(1) Pour en savoir plus sur la population des Etats-Unis, on se référera avec profit à l'ouvrage "Le peuple américain" de Jacquin, Royot et Whitfield (Paris, Seuil, 2000).

On relèvera aussi que cet ouvrage rappelle le tableau en demi-teinte que Nicole Bernheim a peint de la société américaine dans "Les années Reagan", (Paris, Stock, 1984).

Le site de l'un des auteurs: http://www.herve-de-carmoy.com.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Le ...

 

Petit mouflard, petit... rebondy,

Petit connin plus que levrier hardy, 

Plus que Lyon au combat courageux,

Agille et prompt et tes follastres jeux

Plus que le Singe ou le jeune Chaton,

Connin vestu de ton poil folaston,

Plus riche que la toison de Colcos,

Connin grasset, sans arestes, sans os,

Frisant morceau de nayfve bonté,

O joly ... bien assis, hault monté

Loing de danger et bruit de ton voisin,

Qu'on ne prendroit jamais pour ton cousin,

Bien embouché d'un bouton vermeillet

Ou d'un Rubis servant de fermeillet,

Joinct et serré, fermé tant seullement

Que ta façon ou joly mouvement,

Soit le corps droict, assis, gambade, ou joue,

Si tu ne fais quelque amoureuse moue.

Source d'amour, fonteine de douceur,

Petit ruisseau appaisant toute ardeur,

Mal et langueur: ô lieu solacieulx,

Et gratieux, sejour delicieux,

Voluptueux plus que tout autre au monde:

Petit sentier qui droict maine à la bonde

D'excellent bien, et souverain plaisir,

Heureux sera cil duquel le desir

Commenteras, qui prendre te pourra

Et qui de toy plainement jouyra.

 

Anonyme, cité par Poètes du XVIe siècle, Paris, La Pléiade, 1953/1991, éd. Albert-Marie Schmidt.

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 21:22

hebergeur image

Frisson, lu par Amanda, Littéraire, KactusssPaikanne, Tous les livres, Un Polar, Yspaddaden.

 

Angoissante intrigue que celle nouée par Jesse Kellerman pour son roman "Jusqu'à la folie"! Après "Les visages", l'éditeur français de cet écrivain donne ici à découvrir un opus plus ancien (2007), habilement traduit par Julie Sibony. Avec de telles références, autant dire que le lecteur reste scotché à l'intrigue - qui est pourtant solide et classique, quand on y pense.

 

Le résumé de l'histoire est finalement assez bref: en sortant du travail, Jonah voit une femme en train de se faire agresser violemment. N'écoutant que son coeur, il décide de la sauver... et tue l'agresseur. Mal lui en a pris...

 

Se fondant sur un fait dvers authentique, l'auteur construit son intrigue sur quelques ressorts classiques du comportement humain. Le lecteur admettra sans problème qu'un jeune homme vient à la rescousse d'une demoiselle en péril. Il admettra aussi que ladite demoiselle voudra exprimer sa reconnaissance à son sauveur. Jusqu'ici, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes... et les ingrédients présents seront parfaits pour un Harlequin.

 

Mais l'auteur vaut mieux que ça. C'est pourquoi il choisit de donner une dimension particulière à ses deux personnages principaux. Celui à travers le lecteur suit l'action s'appelle Jonah Stem, et son nom va faire figure de ritournelle obsédante dans ce roman; il s'agit d'un étudiant en médecine auquel on a parfois envie de donner quelques claques: le lecteur le découvre soumis et empêtré dans des affaires du passé, telles que sa relation complexe avec Hannah, une jeune ex dépressive, et avec son père, qui ne se gêne guère pour profiter de lui. Le lecteur comprend ainsi que Jonah est une marionnette.

 

Marionnette? Cette manière de dire a quelque chose de paradoxal dès lors qu'elle désigne une personne capable de sauver la vie de son prochain. Ne serait-il pas plus juste de parler de héros? L'auteur l'admet, et au début, il met en évidence l'impact de son geste sur son entourage: c'est un héros, aux yeux de tous. Mais dans le même temps, l'écrivain tempère. Le lecteur est ainsi amené à comprendre que Jonah n'est pas un héros, mais simplement un homme normal que les circonstances ont amené à tenir un rôle qui n'est pas le sien - un héros malgré lui, comme il en existe pas mal depuis le 11 septembre 2001. Compte tenu du tempérament de Jonah Stem, on peut aller jusqu'à dire que son acte n'est pas un acte courageux, ou que s'il l'est, c'est paradoxalement par faiblesse.

 

Dès lors, entre la sadomasochiste aux seins fracassés, l'étudiant qui se cherche, le colocataire en manque de gloire et la famille - sans compter la famille de Jonah - l'auteur campe un monde riche en potentialités. La présence de la famille de Jonah permet à l'auteur de créer une scène très attendue, voire prévisible: la détestable Eve Gones débarque à l'improviste à une fête familiale de Thanksgiving...

 

L'auteur crée ainsi des tensions autour de Jonah Stem - des tensions qui ne vont pas sans parallélismes. Intitulée "Chirurgie", la première partie a le goût presque agréable de la découverte du corps de chacun - avec certes, en contepoint, comme un signe annonciateur d'un basculement, la suggestion forte que la chirurgie interne est aussi une peu agréable affaire de viscères. Intitulée "psychiatrie", la deuxième partie fait évoluer de concert le mental de Jonah Stem, en regard de ses études de médecine puis de ses propres cogitations face à Eve Gones, qui s'avère être un monstre - ou un crampon, comme l'écrivit Henry de Montherlant dans sa tétralogie "Les jeunes filles".

 

Habilement, l'auteur laisse au lecteur le soin de définir qui est le coupable dans toute cette histoire. Est-ce Eve? Sa qualité de masochiste lui donne certes le goût de la souffrance, mais la profile aussi comme un personnage souffrant de l'âme, et si collant par ailleurs qu'on ne s'en débarrasse pas en lui faisant peur. Est-ce Jonah? Certes plutôt mou, il sait se montrer ferme en certains instants, quitte à cogner lorsqu'il ne faut pas. A moins que ce ne sont le duo constitué par George et Hannah, qui lui pompe de l'énergie. Cela, sans parler de la police, qui se distingue ici par son caractère velléitaire, craintif dès lorsqu'il s'agit de faire appliquer les lois - ni des avocats, qui semblent n'avoir "que la gueule" mais ne résolvent pas grand-chose. Sur cette trame d'âmes grises, l'auteur parvient ainsi à monter un roman qui, fondé sur des éléments classiques voire convenus, se lit cependant très vite et revisite à sa façon le genre du thriller.

 

Jesse Kellerman, Jusqu'à la folie. Paris, Les Deux Terres, 2011.

 

nullLu dans le cadre du défi de la rentrée littéraire 2011.

 

Merci aux Editions des 2 terres pour l'envoi!

 

 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 19:48

hebergeur imageMorale, éthique, sexualité : voilà un cocktail a priori fortement émotionnel, potentiellement explosif, ou qui pourrait tourner au graveleux. L’auteur de « L’éthique de la sexualité », Norbert Campagna, évite soigneusement ces écueils. Certes, on l’imagine parfois à un cheveu du fou rire lorsqu’il énonce l’un ou l’autre exemple. Dépassionné et sérieux, son ouvrage tient cependant les promesses de son titre et intéressera donc toute personne désireuse d’aborder, sous un angle moral bien construit, une thématique dont l’actualité ne se dément jamais.

 

L’introduction se charge de délimiter le propos, en distinguant en particulier le droit et la morale, distinction que l’auteur utilisera tout au long de son ouvrage en rappelant que ce que la législation permet – une législation en constante évolution – peut très bien être réprouvé par la morale. Dès lors, l’auteur identifie sept critères, complémentaires ou contradictoires, permettant de s’interroger sur le caractère éthique de tel ou tel acte sexuel, ce dernier étant spécifiquement compris comme un acte qui se distingue spécifiquement, exclusivement par le plaisir qu’il suscite chez ceux qui s’y adonnent. Si difficile qu’elle soit à définir, cette notion de plaisir constitue aussi un axe majeur de l’argumentation de l’auteur, qui renonce à définir l’acte sexuel par son hypothétique finalité reproductive : il y a des actes sexuels qui n’ont pas pour but la reproduction (la masturbation), et des modes de reproduction qui se passent de toute sexualité, même chez les humains (fécondation in vitro).

 

C’est qu’à travers son exploration des différents critères susceptibles de fonder une éthique de la sexualité (nature, modération, consentement, égalité, autonomie, dignité, perfection), l’auteur touche à tout, y compris à ce qu’il peut y avoir de plus improbable. Ainsi le chapitre consacré à l’autonomie explore-t-il de manière approfondie le matraquage commercial auquel chacun est soumis, y compris en matière de sexualité : même si l’on se considère comme « libéré », l’est-on vraiment ? Ou a-t-on troqué, dans le cadre de la « révolution sexuelle », le joug de la religion contre celui du marché ? Le domaine de la prostitution est également abordé, sous des aspects divers, tout au long du livre, que ce soit de manière théorique ou sous forme d’exemples. Cela, sans parler de la vision téléologique d’une certaine conception naturelle de la sexualité (visées strictement reproductives), qui permet d’interroger de manière critique la vision qu’en donne la religion catholique. Enfin, la notion de consentement approche certes le consentement des personnes (en particulier de la femme) qui s’adonnent à des actes sexuels, mais aussi celui des animaux, voire celui des objets dont une personne entend tirer un plaisir de nature sexuelle.

 

Fondé sur des exemples nombreux et variés, le propos de l’auteur s’appuie aussi sur d’abondantes sources écrites, signées de grands auteurs du présent et du passé. Tout au plus peut-on regretter qu’alors que les thèses féministes sont bien présentes, y compris les plus radicales, l’auteur paraît oublier un peu le masculinisme et l’hominisme. On préférera retenir qu’Emmanuel Kant est convoqué (notion de dignité), de même que la théorie de la « guerre juste » de Michael Waltzer. Nombreux, les documents servant de support théorique au propos sont dûment recensés dans une bibliographie détaillée qui permettra au lecteur d’approfondir tel ou tel point après avoir parcouru le panorama bien structuré, soucieux d’une argumentation progressive, offert par « L’éthique de la sexualité ».

 

Merci aux Agents Littéraires et aux éditions La Musardine pour l’envoi et l’initiative de ce partenariat.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

La jouissance

 

Cette nuit, contemplant ses vigoureux désirs

Algarotti nageait dans la mer des plaisir.

Un corps plus accompli qu'en tailla Praxitèle,

Redoublait de ses sens la passion nouvelle.

Tout ce qui parle aux yeux et qui touche le coeur,

Se trouvait dans l'objet qui l'enflammait d'ardeur.

Transporté par l'amour, tremblant d'impatience,

Dans les bras de Cloris à l'instant il s'élance.

L'amour qui les unit, échauffait leurs baisers

Et resserrait plus fort leurs bras enlacés. 

Divine volupté! Souveraine du monde!

Mère de leurs plaisirs, source à jamais féconde,

Exprimez dans mes vers, par vos propres accents

Leur feu, ler action, l'extase de leurs sens!

Nos amants fortunés, dans leurs transports extrêmes,

Dans les fureurs d'amour ne connaissaient qu'eux-mêmes:

Baiser, jouir, sentir, soupirer et mourir,

Ressusciter, baiser, revoler au plaisir.

Et dans les champs de Gnide essouflés sans haleine,

Etait de ces amants le fortuné destin.

Mais le bonheur finit; tout cesse le matin.

Heureux de qui l'esprit ne fut jamais la proie

Du faste des grandeurs et qui connut la joie!

Un instant de plaisir pour celui qui jout,

Vaut un siècle d'honneur dont l'éclat éblouit.

 

Frédéric II de Prusse (1712-1786), cité dans L'Hebdo, n° 37/2011.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 20:03

hebergeur imageDialogue, lu par Anna Galore, Astyala, Audouchoc, BlogSchizo, Calie, Clara, CrocBook, DianeMariePascale, Passion Bouquins, Soleya, Turquoise, Yueyin.

 

Site de l'auteur: http://www.alexandre-jollien.ch

Merci à Laetitia Joubert-Alterno et aux éditions Marabout pour l'envoi!

 

Je commence ce billet par un élément personnel: je me souviens d'avoir croisé l'auteur de cet ouvrage à quelques reprises dans les couloirs de l'université de Fribourg au temps où moi-même, j'y usais mes fonds de jeans. C'est donc presque en voisin, certes anonyme, que j'ai découvert Eloge de la faiblesse, douze ans après sa parution, dans le retirage qu'en ont dernièrement fait les éditions Marabout. Un léger retard? Certes, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire... et cette lecture brève mérite qu'on s'y arrête, le temps d'une soirée, car elle ne manquera pas d'interroger tout un chacun.

 

La forme du dialogue retenue est gage de fluidité. Aérée, la présentation séduira les lecteurs qu'un texte trop compact ou trop dense rebute. Le jeu de répliques entre Socrate et Alexandre permet par ailleurs à l'auteur d'installer un dynamisme certain dans son propos, Socrate interrogeant Alexandre, le faisant préciser ou reformuler tel ou tel propos, tel ou tel épisode, en bon maïeuticien qui se respecte. Enfin, le texte est simple et abordable, volontiers concret et émaillé d'exemples vécus.

 

C'est la question de la "normalité" qui occupe le coeur du propos - une question dont l'auteur, infirme moteur cérébral, sait quelque chose. Ainsi sont abordés les difficiles apprentissages de gestes quotidiens, l'intégration à la société alors qu'on a vécu dix-sept ans en institution (là, l'auteur évoque son arme la plus sûre: l'humour), mais aussi la proximité avec ceux qu'il appelle ses "camarades d'infortune": ses compagnons de chambrée au Centre. Cela, sans oublier le regard d'autrui, la pitié mal placée, les moqueries, le rejet.

 

Cet éloge de la faiblesse, c'est, d'une part, la force que l'on peut tirer d'une situation a priori défavorable si l'on sait y faire. Au départ, l'auteur progresse essentiellement physiquement: marcher, parler, manger avec des services sont des victoires. Puis il songe à des études, commerciales puis philosophiques, qu'il accomplit avec succès, faisant mentir les préavis défavorables d'un entourage médico-psychologique qui le destine à la fabrication de boîtes de cigares - un entourage que l'auteur critique d'ailleurs de manière circonstanciée. Mais l'éloge de la faiblesse, c'est aussi l'hommage rendu à la force de ce qu'il a reçu des autres personnes en situation de handicap qui l'entourent (dans tous les sens du terme) au centre: encouragements, bonheurs, amitiés, rires et sourires...

 

... des sourires que l'on retrouve dans la prose de l'auteur, qui sait glisser ce qu'il faut d'humour dans ses répliques, en particulier au gré de parenthèses disséminées çà et là. Cela, sans oublier la question finale, qui laisse Alexandre muet... et interroge finalement le lecteur lui-même. Si vous ne la connaissez pas encore, je vous la laisse découvrir - et méditer là-dessus.

 

Alexandre Jollien, Eloge de la faiblesse, Paris, Cerf/Marabout, 1999/2011.

 

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