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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

XX

    

Sais-tu combien je suis las de frémir sur la flaque ou sur l'herbe que tu longes et ne jamais courir à ta rencontre avec les pluies ingambes?

 

Si grave sur moi est le poids de ton nom dont la courrie m'est entrée dans la peau que je ne puis ni oeuvres, ni songes, ni la trahison même.

 

Comment te suivre sur la rudesse du sol ou te quitter, moi ton ombre, quand tu vas vers le soleil levant?

 

Couché dans le lit des pierrailles où doucement piétine l'araignée, j'admire ta démarche qui me distend et que je défigure.

 

Ne me livre pas aux bêtes, ne dénoue pas ton pied du mien et, si le jour monte plus haut que toi, reste l'abri de ma noirceur.

 

Quand tu t'assois avec tes yeux de ciel sur la montagne, ma force s'éparpille parmi les bromes et les bouses.

 

Moi seul ai su que, dans ta chair soyeuse, tes ossements sont en cristal de roche, mais je verrai entre les pétales rouges passer ton âme sous tes plaies.

 

 Si tu contemples en moi ton propre abîme, laisse-moi reprendre souffle à ton odeur de résine et de cendre.

 

Jean Grosjean (1912-2006), Gloire, Paris, Poésie/Gallimard, 1969.  

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Publié par Daniel Fattore
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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 23:53

hebergeur imageLu par Alexielle, Bulle, LatiteNoir Polar, Rose from Thule.

Lu dans le cadre du défi Chick Lit et du Blog-O-Trésor (je n'ai plus qu'à lire Christopher Priest pour le finir!)

Je vous l'avais promis... ici! Et puis, en matière de chick lit, j'ai une réputation à défendre...  

 

Un peu de légèreté ne fait jamais de mal durant les heures de lecture, et il n'y a aucune raison à bouder le plaisir qu'on peut retirer à lire le premier volume des aventures de Bubbles Yablonski, intitulé "Bubbles se lâche", écrit par Sarah Strohmeyer sous le patronage de Janet Evanovich et traduit, dans un style dynamique, alerte et décontracté, par Florence Bouzinac et Robert Macia. Un bon divertissement? Globalement bien goupillé, ce livre sait en tout cas accrocher son lecteur... voire sa lectrice.

 

Est-ce de la chick lit? Certains ingrédients incontournables du genre sont certes présents: un personnage féminin qui parle à la première personne et se cherche un peu (coiffeuse ou journaliste?) dans des domaines qui touchent au glamour au sens large, non sans oublier la quête du prince charmant, représenté ici par l'inaccessible personnage de Stiletto (qui ressemble à Mel Gibson, aha!). On s'éloigne cependant un peu du genre de la chick lit au sens strict, par trois éléments majeurs: d'abord, Bubbles Yablonski, le personnage principal, est mère célibataire alors que les premiers rôles de la chick lit n'ont généralement pas encore de descendance; ensuite, l'auteur développe une véritable intrigue policière; enfin, l'action se passe loin de New York, en Pennsylvanie - autant dire à la cambrousse (chez les Amish, qui apparaissent dans un autre roman de la série, "Bubbles coupe les cheveux en quatre"). Dès lors, on pourrait caser ce roman dans le genre assez inédit de la "hen-lit policière", mettant en scène une femme qui mène l'enquête, occupe un emploi de coiffeuse à temps plein, fait des piges à titre accessoire, gère sa fille et essaie de faire tenir tout ça ensemble. Ouff!

 

On imagine donc qu'un tel roman est riche en péripéties. De ce côté, le lecteur ne manquera de rien. Les événements racontés ont trait aux mille existences parallèles de Bubbles, savamment exagérés et nourris d'assez d'humour pour arracher plus d'un sourire. Les gaffes de Bubbles rappellent celles d'une Bridget Jones; et autour d'elle, l'auteur a eu la sagesse de placer deux ou trois personnages suffisamment typés pour que le moindre de leurs gestes engendre des catastrophes en cascade - il n'est qu'à penser à Lulu Yablonski, l'encombrante mère de Bubbles, qui a ses principes et n'hésite pas à les imposer manu militari. Ce qui ne l'empêche pas d'être de bon conseil...

 

En parlant de personnages, le lecteur comprend vite qui sont les méchants et les gentils. L'auteur développe une forme de manichéisme entre une classe possédante (les industriels de l'acier et leur entourage) et les travailleurs de l'ombre (Bubbles la coiffeuse, Salvo le journaliste, etc.), suggérant que la trame de son roman, presque révolutionnaire, représente la vengeance des classes laborieuses, présentées comme intègres, contre les riches, vus comme odieux, cyniques et comploteurs à l'instar de la galaxie Metzger - du nom d'un industriel sans scrupules et bien nommé, puisque "Metzger" signifie "boucher" en allemand. Ce qu'un épisode secondaire avec steaks rappelle, fort à propos, aux lecteurs familiers de la langue de Goethe.

 

Allemand? Avec un nom comme Yablonski, on imagine que la tribu de Bubbles n'a pas des origines bien WASP. L'auteur exploite aussi les racines polonaises de la famille Yablonski pour lui donner une certaine épaisseur, suggérant que la mère de Bubbles a connu les horreurs de la Seconde guerre mondiale et en a gardé des habitudes tenaces.

 

L'action est donc menée selon la trame d'une intrigue policière. Celle-ci a ses lacunes et facilités. Bubbles perd par exemple une pellicule de film compromettante dans un parc public, et la retrouve miraculeusement quelques jours plus tard, comme si la voirie (ou les méchants de l'histoire) n'étaient pas passés par là. Le lecteur se demandera par ailleurs ce que fait Laura, celle qui s'est suicidée mais pas vraiment, pendant quelque 80 pages: elle est citée au tout début du roman, comme un élément crucial, puis disparaît proprement avant de refaire surface - "Ah, c'est donc ça!", peut-on se dire alors. Le lecteur est invité à accepter, par ailleurs, qu'une coiffeuse qui a appris le métier de journaliste de manière hasardeuse mène une enquête suffisamment solide pour faire tomber des têtes - cela, en plus de son métier principal. Difficile: pour avoir touché au journalisme d'enquête, je sais que c'est chronophage. Même si le potin (recueilli au salon de coiffure) peut constituer le début d'un article de journal, et même si le personnage de Bubbles est ainsi construit, les deux métiers me paraissent difficiles à concilier.

 

Faiblesses et invraisemblances sont cependant secondaires dans l'intrigue de ce roman, qui se veut drôle avant tout. L'humour est parfois potache, voire rabâché (mais il y a des gags qui n'ont pas d'âge, hé hé!), parfois subtil; il relève de jeux de mots et, surtout, de jeux de situations. Cela, sans oublier le sourire que peuvent faire naître, chez le lecteur, des situations embarrassantes mais ordinaires, quotidiennes, dans lesquelles il (ou elle) ne manquera pas de se reconnaître.

 

Sarah Strohmeyer, Bubbles se lâche, Paris, Fleuve Noir/Presses Pocket, 2007.

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Chants

chants timides

dans l'air comme

des virgules d'un texte

pas encore écrit

toutefois en état

de s'ordonner selon le jour

selon la lumière du jour

et la cuillerée solaire

au matin.

 

7/2/04

 

Alexandre Voisard (1930- ), Accrues, Orbe, Bernard Campiche, 2011.  

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 19:28

hebergeur imageLu par KeishaNatacha Polony.

Merci aux éditions L'Editeur et à Marianne Ferron pour l'envoi!

 

Le voyage auquel Marie-Estelle Pech, journaliste au Figaro, invite ses lecteurs, présente la fascination presque malsaine que l'on peut ressentir dès qu'on s'intéresse à quelque chose de sulfureux. "L'Ecole de la triche" aborde en effet les mille facettes de la fraude en milieu scolaire, de l'école primaire jusqu'au doctorat, en passant par les prépas et les formations spécialisées. Son ouvrage fait le tour de son sujet, c'est le moins qu'on puisse dire, à la façon d'un reportage agencé en un habile crescendo.

 

Après une introduction synthétique, le lecteur est en effet convié à découvrir que la triche en milieu scolaire ne date pas d'hier; l'auteur détaille les méthodes qui avaient cours au Moyen Age puis au dix-neuvième siècle, en dévoilant en particulier la figure du "versionneur" ou du "passeur", chargé de passer les examens à la place d'un étudiant défaillant: certains en ont fait leur métier.

 

Enseignant, étudiant ou observateur intéressé, le lecteur sourira volontiers à l'exposé des astuces exposées ensuite. Il y a évidemment les grands classiques (antisèches, regards en coulisses, échange de copies), mais l'auteur détaille aussi les systèmes qui ont pu voir le jour à la faveur du développement des nouvelles technologies: téléphones portables avec des cours en mémoire, smartphones - il existe même des sites Internet offrant des auxiliaires pratiques aux tricheurs et plagiaires - on le conçoit facilement, Wikipedia est également identifiée comme source facile de thèses auxquelles il manque quelques guillemets.

 

L'auteur développe également, au fil de chapitres abordant successivement divers points de vue, toute une sociologie du tricheur. Elle identifie les motivations des tricheurs, leur profil (les cancres, mais aussi les premiers de classe qui veulent des notes meilleures encore), leur sexe même (les filles trichent moins que les garçons). La question du regard porté par les différentes cultures et nations sur la tricherie est également abordée; on découvre ainsi que les nations scandinaves sont les plus intransigeantes en la matière, alors qu'en Chine, selon un témoin cité par l'auteur, "le plagiat, [...], est perçu comme une expression de respect de l'autorité des experts; la triche est vue comme effort de solidarité collective" (p. 196). Cela dit, ce petit livre s'intéresse avant tout au système français et à ses failles, explorant les coulisses du bac et interrogeant des acteurs, enseignants, surveillants, recteurs, parfois pris entre le marteau et l'enclume.  

 

Le business de la triche est également abordé, qu'il s'agisse de la rédaction de dissertations par des tiers contre rétribution (certains en vivent très bien) ou du trafic de diplômes universitaires. Cela, sans oublier le phénomène des universités qui décernent des diplômes sans qu'il soit nécessaire d'en suivre les cours. Ces "moulins à diplômes" font l'objet d'un chapitre montrant que le travail est souvent bien fait: les faux diplômes de véritables universités peuvent être à l'épreuve d'une vérification.

 

L'ouvrage s'achève sur la question de la faillite morale de notre société. Une conclusion annoncée au fil des pages: certains agissements ne sont d'ores et déjà plus perçus comme de la triche (pomper sur Wikipedia ou recopier un exercice pour un devoir, par exemple), et certains tricheurs en arrivent à justifier leur pratique par le développement de compétences telles que la débrouillardise, fort utiles dans la vie qui s'ouvre au terme des années d'études. L'auteur n'oublie pas de suggérer que la tricherie en milieu scolaire peut être le prélude à la fraude dans la vie. Et l'ultime chapitre interroge chacun d'entre nous: en présentant en permanence, avec complaisance ou d'un air faussement scandaleux, des modèles de succès trop faciles pour être honnêtes, notre société n'incite-t-elle pas à la triche? Et sa moralité n'est-elle pas en train de se déliter?

 

C'est donc un voyage passionnant à travers la galaxie de la triche qu'offre "L'Ecole de la triche". Ecrit dans un style journalistique plein d'aisance, ce petit livre se dévore avec bonheur. Peut-être rappellera-t-il des souvenirs à certains lecteurs nostalgiques des épopées de leurs années d'école?

 

Marie-Estelle Pech, L'Ecole de la triche, Paris, L'Editeur, 2011.

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 23:49

hebergeur imageLu par Jacques Perrin, MistellePositiveVin et Chère.

Le site de l'auteur: The Feiring Line

 

Autant le dire tout de suite, amis lecteurs: après cette lecture, vous ne dégusterez plus de la même manière le gorgeon de vin rouge qui accompagne votre plat du jour. "La bataille du vin et de l'amour" est certes un hymne appuyé à la production la plus naturelle possible de vins et de raisins, mais c'est aussi un inventaire dantesque des tactiques que la production de vins, dans l'Ancien et le Nouveau monde, utilisent pour créer des vins conformes au goût de tout un chacun... et, en particulier, d'un critique très (voire trop, à en croire l'auteur) écouté nommé Robert Parker. C'est du reste à lui que fait référence le sous-titre très américain de ce livre: "Comment j'ai sauvé le monde de la parkerisation".

 

Un sous-titre très américain? En effet, et question style, on est prévenu: ce sera du classique, sans surprise, si ce n'est celle, plutôt agréable, d'être entraîné à dévorer chaque page avec la curiosité malsaine de celui qui veut savoir de quoi sont capables les viti-viniculteurs pour entrer dans les bonnes grâces de Robert Parker, un critique influent, présenté comme le méchant ultime, celui qui, à force d'imposer sa conception du vin au fil d'articles, uniformise les goûts du monde entier au détriment de la diversité des terroirs. Manichéenne, la structure narrative l'est assurément! Et l'auteur n'hésite pas à endosser à l'occasion le costume de chevalier blanc du Beau et du Bien, incarnés par une production plus que traditionnelle: authentique. Un chevalier blanc qui, pour son propos, n'hésite pas à adopter le ton d'un certain journalisme new-yorkais aux accents de Carrie Bradshaw.

 

Si la forme a de tels contours, le sujet est en revanche grave (on pense au livre "Menaces sur la civilisation du vin" de Raoul Marc Jennar, mais "La bataille du vin et de l'amour" est plus développé), et l'aisance verbale de l'auteur se met au service d'une démarche instructive et inquiétante. Au fil des pages, le lecteur est ainsi invité à découvrir certains artifices liés à la production du vin: les levures qu'on expatrie (par exemple pour donner au beaujolais nouveau un goût caractéristique de banane, hé hé!), l'arrosage goutte à goutte qui emprisonne les racines de la vigne à la surface du sol et les empêche d'aller puiser la quintessence du terroir à dix mètres de profondeur, le microbullage, la surmaturation des vins, les techniques permettant d'enlever de l'alcool au vin. Doit-on préciser tout cela sur une étiquette énumérant les "ingrédients" d'un vin, à côté des ancestraux sulfites? Gênant, on l'avouera volontiers: qui voudrait d'un vin dont la composition ressemblerait à celle d'un médicament?

 

L'auteur mène l'enquête un peu partout. Le chapitre "Ce que j'ai appris à l'université de Californie" approche une école de viticulture qui se targue d'enseigner les technologies du vin, y compris les moins recommandables, au nom de la science - tout en refusant de présenter la biodynamie, perçue comme un effet de mode ésotérique. A partir de là, l'auteur explore certains terroirs, tels que la Rioja vidée de sa substance par une présence excessive de la technologie ou le massacre du cépage syrah (connu sous le nom de shiraz dans le Nouveau Monde). Cela, sans oublier une visite dans les coulisses des vins de Champagne, empires d'un luxe plus soucieux de vendre une image qu'une éthique. Krug en prend pour son grade...

 

La démarche littéraire choisie par l'auteur (manichéenne comme dans un film hollywoodien, on s'en souvient) implique évidemment une confrontation directe entre le bon et le méchant. C'est le propos du chapitre "Mon rendez-vous avec Bob", un rendez-vous qui se déroule à distance, ce qui est un signe... même si l'auteur admet, pour l'avoir rencontré en d'autres circonstances, que Robert Parker a un charme certain. L'auteur note cependant que le critique, en jugeant en fonction de repères personnel, muséifie le vin alors que celui-ci est le fruit d'un art vivant, et tend à ramener les régions à des cépages, ce qui rappelle la notion usuelle de "vin de cépage" usuelle dans la production du Nouveau Monde. Enfin, Robert Parker avoue être inapte à reconnaître un terroir sur la base d'une dégustation; que ferait-il alors au célèbre concours vaudois du "Jean-Louis", qui exige précisèment cette compétence, à l'échelle vaudoise et en se restreignant au cépage chasselas?

 

Intransigeant, ce témoignage littéraire (il y est aussi question de reportages, mais aussi d'amour et d'amitié, parce que la consommation de vin est un acte social) s'achève sur des notes d'espoir. L'auteur partage ainsi son coup de coeur pour les vins de la Loire, qu'elle trouve formidables, désireux de produire la quintessence du terroir plus que de séduire un critique influent. Au fil des pages, quelques producteurs sont même nommés. Cette note positive recouvre également tout un chapitre sur ce mode de production mystérieux et holistique qu'est la biodynamie - une démarche qui se distingue du "simple" bio parce qu'elle est globale, alors qu'un label "bio" peut ne concerner qu'un élément de la production, par exemple l'élevage de la vigne.

 

Alice Feiring, La Bataille du vin et de l'amour, Paris, Jean-Paul Rocher, 2010.

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 19:41

hebergeur imageLu par Prix Virilo.

Les blogs de l'auteur et de l'éditeur.

Lu dans le cadre du défi de la rentrée littéraire.

 

"Suis-moi, je te fuis; fuis-moi, je te suis": c'est à ce proverbe devenu classique qu'on pourrait, à l'extrême, résumer le premier roman de Myriam Thibault, qui faisait déjà partie de la rentrée littéraire 2010 avec son recueil de nouvelles parisophile "Paris, je t'aime". Fidèle à son éditeur Leo Scheer, l'écrivain tourangelle offre ici une balade dans un Paris version hype, à la poursuite d'un homme qui poursuit une femme avant qu'elle, à son tour, ne se mette à le rechercher alors qu'il a laissé tomber.  

 

L'ouvrage s'ouvre sur un exercice de style périlleux, que l'auteur réussit: se glisser dans la peau d'un homme de médias fameux et empreint de suffisance - et d'orgueil, disons-le. "Mon boulot? Etre insolent et cynique.", dit-il fort à propos (p. 12), rappelant la caricature du "Parisien tête de chien". A cela vient s'ajouter le stéréotype de l'homme prédateur, considérant les femmes comme des "créatures" (p. 14) et dédaignant les "demi-beautés" (p. 20). Pour appuyer le trait, l'auteur glisse dans la bouche de ce personnage masculin des réflexions telles que l'euphémisme peu délicat "physique pas facile" (p. 21) ou, plus vache encore, la remarque "Le genre de fille inintéressante au possible, qui ne sert qu'à..." - et le lecteur est invité à imaginer la suite. Autant de tournures trouvées très à propos pour mettre en scène un personnage peu attirant et exposer un certain regard porté sur les femmes. Il fallait bien un personnage odieux pour, dans un premier temps, faire fuir la femme qu'il poursuit de ses ardeurs, et le portrait que l'auteur en dresse est fort et convaincant.  

 

Face à lui, du coup, la femme, Daphné, paraît un peu pâlotte. Cela tient sans doute à ce qu'elle est: une femme divorcée élevant seule un enfant, une figure parisienne relativement ordinaire (même si elle a accès à des milieux goûtant au paraître) pour lequel une approche trop typée paraîtrait vite boursouflée. Son ex-mari lui-même paraît navrant, obligé qu'il est d'utiliser un texte de Benjamin Biolay (cité in extenso, ce qui est long, d'autant plus que le roman pèse tout juste 104 pages) pour s'adresser à son ancienne conjointe. Une telle personne ne peut que finir victime d'un prédateur tel que l'homme du récit. Certes, leur relation n'aboutira pas; mais la troisième partie, "Chronique nocturne", indique la manière dont l'homme exploite sa rencontre.

 

Et puis, il y a la présentation d'un Paris hype... cette mise en scène culmine avec la visite d'un bar branchouille dont le caractère "à la mode" gomme assez mal les inconvénients, en particulier sa petite taille et son hygiène toute relative - le Paris à la mode, le Paris des vedettes n'est-il qu'une façade? interroge ici l'auteur, en filigrane. L'écrivain prépare le terrain, en particulier en recourant à un procédé devenu classique: le namedropping, ou parachutage de noms. Il est parfois excessif (on pense au carnet d'adresses de Daphné, p. 33, ou à la description de sa bibliothèque, p. 78, longuement cités). Le lecteur préférera la mention discrète de noms et de marques qui, par l'imaginaire qu'elles révèlent, suffisent à suggérer un contexte: un stylo Montblanc, par exemple, ou des chaussures de danse Repetto.

 

C'est cependant ainsi que l'auteur dépeint, au long d'un roman après l'avoir fait au fil de nouvelles, l'image d'une certaine Ville-Lumière dont les scintillements, pas toujours bien consistants, font encore rêver des millions de personnes dans le monde entier. Mais qu'y a-t-il au-delà des apparences? L'orgueil, l'envie de paraître, par exemple en bouclant un reportage bien craché, surpasse parfois un désir légitime, engendré par un "tango parisien" né entre deux personnages au détour d'une peu discrète séance de drague de rue. "Orgueil et désir" comporte certes quelques longueurs, quelques faiblesses; mais son propos est cohérent et, au-delà des personnages mis en scène, brosse avec pertinence, débarrassée de la relative naïveté qui nimbait "Paris, je t'aime", un Paris à la fois attrayant et prédateur. Et si Paris, au fond, c'était un peu l'homme de médias qui parle ici? En tout cas, on se réjouit, ici, de retrouver cet auteur dans de nouveaux textes.

 

Myriam Thibault, Orgueil et désir, Paris, Leo Scheer, 2011.

 

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Soleil sur la vigne

 

Souriante contrée au verdoyant corsage

Oû la terre s'endort près d'un soleil fougueux,

Le Léman envouté sous le ciel orageux

Voit ses coteaux mûrir jusqu'au bord du rivage.

 

Le doux raisin s'enlace au gazouillant bocage;

La grappe translucide offre un or fabuleux

A l'oiseau transporté goûtant le grain juteux

D'un lumineux nectar, ensorcelant breuvage...

 

Une brise légère ondule à l'horizon,

Elle essaime alentour sa fraîche exhalaison,

Estompe un lent nuage en mouvance éthérée...

 

La vigne se repose au souffle de blondeur,

Buvant le miel sucré d'une treille dorée:

L'abeille s'étourdit dans sa vive splendeur!

 

Jacqueline Aeby, cité dans Cercle romand de poésie classique, Mélodies, Sierre, Editions A La Carte. 2002.

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 20:48

hebergeur imageSan Miniato est la retraite italienne d'où le personnage de Jean de Plessis-Vaudreuil rédige, l'âme volontiers vagabonde, la trilogie du "Vent du Soir". Une trilogie signée Jean d'Ormesson et qui se conclut sur le roman "Le bonheur à San Miniato" - un bonheur qui peut être interprété comme la paix revenue au terme de la Seconde guerre mondiale, qui constitue l'essentiel de la période brossée par ce troisième roman, publié en 1987.

 

Après la Belle Epoque et les Années folles, on imagine volontiers que l'ambiance de la Seconde guerre mondiale est dépeinte en mode mineur. La badinerie érudite et diserte de l'auteur cède ici la place à un récit certes érudit, mais qui accorde la première place au réalisme historique. L'auteur n'évoque guère sa retraite de San Miniato, si ce n'est dans la troisième partie du roman, la plus apaisée; il préfère relater, d'une manière globalement chronologique et linéaire, la suite de la geste des soeurs O'Shaughnessy et des frères Romero, qui ont choisi l'Europe, voire le monde, comme terrain de jeux: naissances, mariages, décès et intrigues constituent les ingrédients de ce roman.

 

La vision de la guerre est évidemment en phase avec les personnages mis en scène. Ainsi, l'auteur n'évoquera guère les déportations de Juifs, et très peu les privations. Ses personnages évoluent dans des sphères sociales qui leur permettent d'échapper aux difficultés du commun des mortels (mais d'en connaître d'autres, par exemple les camps de concentration japonais) et d'accéder aux coulisses de la diplomatie européenne et mondiale, pour le meilleur et pour le pire. Certains personnages vont ainsi proposer leurs forces et leurs convictions au général de Gaulle, alors que Vanessa reste prisonnière de ses relations sentimentales avec Rudolf Hess.

 

C'est donc les coulisses du pouvoir et de l'Histoire que l'auteur explore. Pas question de révisionnisme, cependant: adroit, l'auteur explore certaines zones d'ombre de l'historiographie officielle et y glisse sa propre explication, volontiers sentimentale ou romanesque. Un seul exemple: le parachutage de Rudolf Hess en Ecosse, historiquement mystérieux, trouve dans "Le bonheur à San Miniato" une explication sentimentale. L'auteur confère parfois à des visages anonymes ("qui est dans la voiture à côté de Hitler, de Franco, de Roosevelt?") de photographies officielles l'identité de l'un ou l'autre de ses personnages. Dans la plus grande discrétion, autorisée par une histoire officielle qui ne s'attache qu'aux façades, certains de ses personnages s'activent comme agents secrets ou comme facilitateurs d'occasion.

 

Le tout est nimbé d'une ambiance mélancolique, du parfum ineffable que revêt le roman d'une épqoue à jamais révolue - à ce titre, il est possible de dire que l'auteur voit la fin de la Seconde guerre mondiale comme un épisode marquant la fin d'une époque, d'un monde même. "Le vent du soir se levait", dernière phrase du roman, est ainsi emblématique à plus d'un titre. Elle suggère ainsi la fin d'une époque, balayée par le temps qui passe (et qui constitue un personnage majeur du roman, ce que l'auteur ne manque pas de souligner), et de dynasties qui meurent avec le vingtième siècle. Double sens du "vent du soir", donc - à la fois agrément de l'écrivain qui s'installe sur sa terrasse pour écrire face au soleil couchant italien et acteur majeur de l'effacement de toute entreprsie humaine. Ce "Vent du soir" n'est-il pas, dès lors, en résonance avec "Autant en emporte le vent" de Margaret Mitchell?

 

Au fil des plus de mille page de cette trilogie, c'est donc à San Miniato que tout le monde se donne rendez-vous: un auteur qui se déguise pour prendre place dans un vaste roman dont il affirme que tout est vrai, mais aussi ses personnages, morts ou vivants, qui viennent lui rendre visite et avec lesquels il dialogue sans contrainte. Ainsi le réel vit-il en osmose avec l'imaginaire, l'écrivain jouant ici un rôle essentiel de passeur. Cela, pour le plus grand agrément du lecteur, transporté par un récit captivant où l'histoire et la petite histoire se mêlent, avec l'imagination de l'auteur comme liant.

 

Jean d'Ormesson, Le bonheur à San Miniato, Paris, Lattès, 1987.

 

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Avec ce titre, je termine mon Défi des Mille, la trilogie "Le Vent du soir" totalisant 1110 pages, hors notices biographiques des personnages principaux... Les billets précédents sont ici: "Le Vent du soir" et "Tous les hommes en sont fous". Je rappelle aux intrépides que le Défi des Mille court toujours...!  

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 20:32

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Lu par BouquineuseYv. Couverture: Casentlete.

 

Une concierge qui n'a pas la langue dans sa poche, aimerais-je ajouter! Gérard Landrot, auteur de "Tout autour des Halles quand finissait la nuit" se glisse en effet, le temps d'un roman tonique, dans la peau d'une concierge au verbe truculent qui officie aux environs des Halles, à Paris, sous l'Occupation. Le lecteur reçoit ainsi un point de vue des plus originaux et hauts en couleur sur une période sur laquelle de nombreux auteurs se sont penchés.

 

L'auteur recrée donc le regard affûté d'une concierge... et, ce faisant, fait paradoxalement montre d'un sens consommé des nuances. Mimine, la narratrice, qui s'exprime dans artifices excessifs de rythme ou de littérature, est consciente du caractère fugace de sa personnalité. Les premières phrases du roman mettent tout le monde au clair sur sa lucidité par rapport à sa condition: "Nous les pauvres, les inconnus, on est ça: trois, quatre lignes dan sl'état civil: né à, le; mort le, à. Entre ces deux petits mots, il y a une vie de pauvre, une pauvre vie." (p. 11). On ne se bourre pas le chou! Reste que le temps d'une guerre, les péripéties font que cette pauvre vie va receler suffisamment de péripéties pour composer un roman - écrit à la première personne, ce qui ajoute au caractère frais, direct et immédiat du récit.

 

L'auteur campe ici une Mimine certes pauvre, mais qui trouve toutes sortes de combines pour améliorer son ordinaire durant l'Occupation - présentée comme une période de privations et de délations parfois difficiles à comprendre, mais aussi de bonheurs dus à des concours de circonstances bienvenus. On ne rigole pas, mais on ne pleure pas tout le temps non plus, et pour dépeindre les hauts et les bas de ce vécu, le lecteur va forcément se raccrocher à l'image de ce lampadaire qui, au gré de ses propriétaires successifs, va monter et descendre dans l'immeuble dont Mimine a la responsabilité.

 

Un immeuble qui est, finalement, un personnage essentiel du roman! A telle enseigne qu'à force de côtoyer ses habitants et leur diversité, le lecteur sera à plus d'une reprise tenté de penser à "La vie mode d'emploi" de Georges Perec. Certes, l'auteur de "Tout autour des Halles quand finissait la nuit" ne va pas jusqu'à écrire un roman pour chaque appartement. Mais à travers le regard d'une concierge qui sait tout, il parvient à informer le lecteur de l'essentiel de ce qui se passe partout: tel locataire est un Juif plus ou moins notoire, la Grecque de service, active dans la fourrure, est pétée de thunes sans qu'on sache trop comment, il y a des Suisses dans le bloc et l'on ne sait pas trop ce qu'ils font à Paris plutôt que de retourner chez eux, le propriétaire est une peau de vache mais il a des combines...

 

... c'est justement le pesronnage d'Irène Goulandris, la Grecque de service (mais aussi la pourvoyeuse de plaisirs a priori inaccessibles), qui joue le rôle de pivot du récit, et paraît se situer à la source des "ennuis" que Mimine va connaître à la Libération. Sous des dehors attachants, Mimine est en effet un personnage des plus ambigus, n'hésitant pas à balancer pour survivre, sans forcément être consciente de ce qui attend les personnes balancées. Comme exemple de cette ignorance relative, le lecteur relèvera la manière dont est retracée la rafle du Vel d'Hiv, toute en ellipses étayées par des rumeurs contradictoires. Mimine est comme ça: au fond, l'essentiel, c'est de survivre.

 

Tantôt parieuse dans les tribunes chics de Longchamp, tantôt prostituée, tantôt quasi millionnaire, tantôt tondue, tantôt emprisonnée avec une vache, la figure de Mimine laisse ainsi au lecteur un goût doux-amer: c'est une figure certes attachante dans son sens de la débrouille et du bagou, mais à laquelle on a envie de mettre quelques claques afin qu'elle comprenne ce qui se passe réellement - cela, en sachant que la Seconde guerre mondiale a été une période de vécus extrêmes, où les humains ont pu se révéler dans ce qu'ils ont eu de plus ignoble ou de plus sublime. D'où, pour le lecteur, un sentiment mélangé, voire un malaise, qui n'est pas sans rappeler celui que peuvent susciter les photos d'André Zucca (auteur de la photo de la jaquette), montrant un Paris occupé, mais aussi vivement coloré (grâce à un procédé très novateur signé Agfa)... et volontiers joyeux.

 

Gérard Landrot, Tout autour des Halles quand finissait la nuit, Paris, L'Editeur, 2011. Photo de la jaquette: Antré Zucca.

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, AzilisBénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

 

 

Raymond Queneau a écrit ce texte pour un film documentaire d'Alain Resnais... en ce dimanche poétique, je vous laisse découvrir le tout - le film et sa récitation sont étonnants. Comme quoi même la fabrication du plastique peut être une source d'inspiration poétique quand on est un génie en la matière...  

 

 

 

 

Le Chant du styrène

 

O temps, suspends ton bol, ô matière plastique

D’où viens-tu ? Qui es-tu ? et qu'est-ce qui explique

Tes rares qualités ? De quoi donc es-tu fait ?

D'où donc es-tu parti? Remontons de l'objet

À ses aïeux lointains ! Qu'à l’envers se déroule

Son histoire exemplaire. Eu premier lieu, le moule.

Incluant la matrice, être mystérieux,

Il engendre le bol ou bien tout ce qu'on veut.

Mais le moule est lui-même inclus dans une presse

Qui injecte la pâte et conforme la pièce,

Ce qu présente donc le très grand avantage

D'avoir l'objet fini sans autre façonnage.

Le moule coûte cher; c’est un inconvénient.

On le loue il est vrai, même à ses concurrents.

Le formage sous vide est une autre façon

D'obtenir des objets : par simple aspiration.

À l'étape antérieure, soigneusement rangé,

Le matériau tiédi est en plaque extrudé.

Pour entrer dans la buse il fallait un piston

Et le manchon chauffant - ou le chauffant manchon

Auquel on fournissait — Quoi ? Le polystyrène

Vivace et turbulent qui se hâte et s'égrène.

Et l'essaim granulé sur le tamis vibrant

Fourmillait tout heureux d'un si beau colorant.

Avant d'être granule on avait été jonc,

Joncs de toutes couleurs, teintes, nuances, tons.

Ces joncs avaient été, suivant une filière,

Un boudin que sans fin une vis agglomère.

Et ce qui donnait lieu à l’agglutination ?

Des perles colorées de toutes les façons.

Et colorées comment ? Là, devint homogène

Le pigment qu'on mélange à du polystyrène.

Mais avant il fallut que le produit séchât

Et, rotativement, le produit trébucha.

À peine était-il né, notre polystyrène.

Polymère produit du plus simple styrène.

Polymérisation : ce mot, chacun le sait,

Désigne l'obtention d'un complexe élevé

De poids moléculaire. Et dans un réacteur,

Machine élémentaire œuvre d'un ingénieur,

Les molécules donc s'accrochant et se liant

En perles se formaient. Oui, mais — auparavant ?

Le styrène n'était qu'un liquide incolore

Quelque peu explosif, et non pas inodore.

Et regardez-le bien; c'est la seule occasion

Pour vous d'apercevoir ce qui est en question.

Le styrène est produit en grande quantité

À partir de l'éthyl-benzène surchauffé,

Le styrène autrefois s'extrayait du benjoin,

Provenant du styrax, arbuste indonésien.

De tuyau en tuyau ainsi nous remontons,

À travers le désert des canalisations,

Vers les produits premiers, vers la matière abstraite

Qui circulait sans fin, effective et secrète.

On lave et on distille et puis on redistille

Et ce ne sont pu là exercices de style :

L'éthylbenzène peut — et doit même éclater

Si la température atteint certain degré.

Quant à l'éthylbenzène, il provient, c'est limpide,

De la combinaison du benzène liquide

Avecque l'éthylène, une simple vapeur.

Ethylène et benzène ont pour générateurs

Soit charbon, soit pétrole, ou pétrole ou charbon.

Pour faire l'autre et l'un l'un et l'autre sont bons.

On pourrait repartir sur ces nouvelles pistes

Et rechercher pourquoi et l'autre et l'un existent.

Le pétrole vient-il de masses de poissons ?

On ne le sait pas trop ni d'où vient le charbon.

Le pétrole vient-il du plancton en gésine ?

Question controversée... obscures origines...

Et pétrole et charbon s'en allaient en fumée

Quand le chimiste vint qui eut l'heureuse idée

De rendre ces nuées solides et d'en faire

D'innombrables objets au but utilitaire.

En matériaux nouveaux ces obscurs résidus

Sont ainsi transformés. Il en est d'inconnus

Qui attendent encor la mutation chimique

Pour mériter enfin la vente à prix unique.

 

Raymond Queneau (1903-1976).  

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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