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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 20:52

PhotobucketRoman nord-coréen, lu par Phil, Seren.Dipity.

 

Un roman sur le divorce, encore ? Certes. Ecrit par Baek Nam-Ryong, « Des Amis » est le premier roman nord-coréen traduit en français. C’est aussi un récit qui, au travers de la relation des vicissitudes et des compromis d’un couple qui bat de l’aile, développe une certaine idée du divorce. Celui-ci est ici perçu comme un acte social, qui s’inscrit comme une cassure dans un monde qui se présente comme uniformément soudé et que le traducteur présente, en préambule et en cours de lecture, au moyen d’une préface et de notes qui lèvent un coin du voile sur la Corée du Nord et les méandres de la traduction.

 

Un juge face à deux conjoints

C’est le juge, Jong Jin-Woo, qui se trouve au centre du récit. Le lecteur perçoit ce représentant de l’Etat et du Parti comme un homme qui a raison avec l’institution qu’il représente, et qui finit toujours par arriver à ses fins. Cette vision souligne l’aspect public d’une démarche de divorce, qui passe, dans la Corée du Nord que dépeint l’auteur, par l’inquiétant palais du tribunal municipal populaire. Au fil des pages, l’auteur montre ce juge en train de mener l’enquête dans l’optique de sauver un couple. Mais cette démarche l’amène à réfléchir sur sa propre vie de couple, et invite le lecteur à se poser en observateur critique d’une société nord-coréenne finalement peu connue – en tout cas de ce point de vue.

 

Au-delà du divorce d’un ouvrier tourneur intègre et sans relief et d’une cantatrice ambitieuse pour deux, en effet, c’est tout un monde que l’auteur dépeint, avec de nombreux détails. Ce monde, dont il est lui-même issu, c’est celui de l’usine. Progressivement, le lecteur découvre des questions de reconnaissance parfois factice, de formation aux métiers, mais aussi de perfectionnement et d’acquisition de diplômes universitaires. La position d’un collaborateur face à ce type d’opportunité est également dépeinte – en l’occurrence, une position de rejet empreinte de fausse modestie, puisque l’ouvrier est aussi un inventeur de bonne volonté. L’usine joue enfin le rôle de lieu de vie pour la cantatrice, qui est également ouvrière avant que son talent ne soit découvert. C’est du reste à l’usine qu’elle développe ce dernier, avant d’être déléguée à un niveau supérieur.

 

Cet univers contraste avec les décors naturels où se déroulent les épisodes les plus sentimentaux du récit. L’auteur sait ici faire usage d’un style poétique et sentimental, allant jusqu’à montrer l’ouvrier en train de jouer de la musique – ce qui est sa manière à lui de montrer son cœur à sa future épouse.

 

Radiographie des âmes

Vu comme un défaut indésirable du maillage social, le divorce doit être évité à tout prix. Le juge intervient comme un facilitateur, qui radiographie avec acuité les âmes de chacun afin de mettre au jour les faux-semblants de chacun, de déceler les mensonges de l’entourage du couple et d’inviter les deux conjoints en instance de séparation à faire des concessions réciproques. Cela, en ayant également à l’esprit le destin des enfants nés de l’union qu’on entend défaire.

 

Non exempt de pages édifiantes, « Des Amis » est écrit sur un ton soutenu sans excès, quitte à paraître un peu lisse. Au-delà du destin d’une poignée de personnages, il reflète une société où chacun a sa place bien assignée, empreinte d’une rigidité certaine, propre à déphaser passablement le lecteur occidental. Cette rigidité est suggérée aussi par la longue citation, abrupte, didactique, d’extraits de la thèse de doctorat du juge sur les origines historiques du mariage. On la retrouve dans un chapelet de proverbes sur le mariage, placé dans le cadre d’une scène de noces et qui reflète le caractère immémorial et figé d’une institution.

 

Baek Nam-Ryong, Des amis, Ed. Actes Sud, 244 p. Préface de Patrick Maurus. Traduction de Patrick Maurus et Yang Jung-Hee, avec l’aide de Tae Cheong.

 

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 00:01

hebergeur imageC'est chez Julien que ça se passe cette fois! Il offre une intéressante lecture, fort détaillée et toute en nuances, de la "Trilogie berlinoise" de Philipp Kerr.

 

C'est ici que ça se passe: http://naufragesvolontaires.blogspot.com/2011/11/la-trilogie-berlinoise-philip-kerr.html

 

Merci pour sa participation! Et à vous de jouer... pour les semaines qui viennent!

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Publié par Daniel Fattore
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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Le sonnet d'Uranie

 

Il faut finir mes jours en l'amour d'Uranie!

L'absence ni le temps ne m'en sauraient guérir,

Et je ne vois plus rien qui me pût secourir,

Ni qui sût rappeler ma liberté bannie.

 

Dès longtemps je connais sa rigueur infinie!

Mais, pensant aux beautés pour qui je dois périr,

Je bénis mon martyre et, content de mourir,

Je n'ose murmurer contre sa tyrannie.

 

Quelquefois ma raison, par de faibles discours,

M'invite à la révolte et me promet secours.

Mais, lorsqu'à mon besoin je me veux servir d'elle,

 

Après beaucoup de peine et d'efforts impuissants,

Elle me dit qu'Uranie est seule aimable et belle,

Et m'y rengage plus que ne font tous mes sens.

 

Vincent Voiture (1597-1648), cité par Lagarde et Michard, XVIIe siècle, Paris, Bordas, 1985, p. 63.

 

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Publié par Daniel Fattore
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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 22:29

PhotobucketOn a un peu oublié l'écrivain genevois Pierre Girard (1892-1956) en ce début de vingt et unième siècle. Dommage! Heureusement, les curieux d'aujourd'hui peuvent trouver ses oeuvres dans la collection "Poche Suisse" des éditions L'Age d'Homme. C'est ainsi que je me suis procuré "Lord Algernon", un roman paru en 1925 pour la première fois, au détour d'une fête du livre tenue à Saint-Pierre-de-Clages. Constatant mon intérêt, M. Vladimir Dmitrijevic, patron de la maison mais (paix à son âme) décédé depuis, m'avait offert un deuxième titre de cet auteur, "La rose de Thuringe". Après ma lecture de "Lord Algernon", je peux vous dire, amis lecteurs de ce blog, que je garde cet auteur en mémoire comme un écrivain digne d'intérêt.

 

Le premier chapitre de ce roman plante le décor avec efficacité, constituant une scène d'exposition parfaite. Elle évoque l'univers du voyage et annonce le monde amoureux que Lord Algernon, figure centrale du récit et jeune homme peu expérimenté, s'apprête à découvrir. Le lecteur pourrait escompter, en lisant les premières pages du récit, qu'il s'agira d'un roman de voyages à travers le monde. Mais il n'en sera rien: Lord Algernon va se contenter de quitter son Angleterre natale pour s'installer à Genève pour une durée indéfinie. Ce qui n'est déjà pas si mal puisqu'il va y vivre un autre voyage: celui de l'éducation sentimentale. Dans son caractère ambigu, que le récit révèle, une phrase de Lord Algernon, adressée à son père dans une lettre, est révélatrice: "Je vais quelque part, je ne sais pas encore où, essayer d'acquérir un peu de l'exérience dont vous trouvez avec raison que je manque." (p. 16). Le caractère formel de la lettre souligne les relations quasi hiérarchiques d'Algernon et de son père, un duc anglais.

 

Lord Algernon est un jeune homme, vierge en termes de sentiments, qui se caractérise par un penchant excessif à la réflexion et par une tendance marquée à prendre du recul par rapport à ce qu'il fait. Bref, c'est un jeune homme compliqué... ce qu'accentue encore le fait qu'il y afinalement trois femmes dans sa vie. Il y a d'abord Betty, sa cousine (ou presque), à qui il voue une affection qui relève essentiellement de l'habitude - mais enfin pourquoi pas? - c'est finalement une figure d'amante qui fait partie des meubles, si sûre qu'on n'en parle presque pas; il y a ensuite Emmeline, qui joue le rôle ingrat de brouillon sentimental à Genève et de piste alternative d'un point de vue narratif; et, enfin, il y a Anne, la femme de la vie d'Algernon, celle qu'il désire enlever, conformément à la tradition la plus romanesque - mais aussi un catalyseur: incapable de se fixer au début du récit (ce qui dénote une certaine immaturité), Lord Algernon finit par décider de "faire sa bêtise" et de foncer, d'écouter ses sentiments. Avec l'approbation de son père, qui a pourtant ses principes.

 

Sentiments? Dans les moments les plus intenses de ce roman, l'auteur sait faire chanter les violons. Porté par des sentiments dont la force lui est inconnue, Lord Algernon passe par toute une gamme d'états d'âme, rédigeant une lettre à son aimée depuis le bureau de celle-ci grâce à la complicité de la bonne, rédigeant son testament au moment où il croit mourir d'amour, etc. Et face à ce jeune homme si compliqué, Emmeline puis Anne (sans parler de Mariette, qui, en lavandière très professionnelle, sait se défaire avec élégance des entreprises d'Algernon) font montre d'une simplicité et d'un naturel étonnants. On peut lire ici l'expression métaphorique d'un homme extasié face au mystère de l'éternel féminin... un mystère qui n'en aura jamais fini d'intriguer l'homme, au sens général et masculin du terme.

 

Cette sorte de crescendo sentimental, qui finit sur une bêtise finalement bien acceptée par qui doit l'accepter, se déroule dans un monde onirique qui, flottant en permanence à quelques centimètres du sol, dépeint finement et simplement l'état amoureux. D'un point de vue stylistique, les lecteurs d'aujourd'hui penseront peut-être à David Foenkinos en découvrant l'art de la comparaison étonnante mais subtile de l'auteur; ils comprendront que la comparaison inclut une différence, puisque l'auteur de "Lord Algernon" se montre finalement simple, peintre d'un jardin extraordinaire en teintes pastel que traversent sans façon quelques instants de passion, alors que David Foenkinos aime jouer avec les complexités humaines. Enfin, côté ambiances, on ne saurait passer sous silence les innombrables références musicales de ce roman, qui constituent une "playlist" avant qu'on n'utilise ce terme éminemment moderne. Le lecteur est ainsi invité à écouter tour à tour Verdi, Puccini, Schumann, Mozart, Haydn, Haendel,... en fonction des mille et une nuances des battements de coeur de Lord Algernon.

 

Pierre Girard, Lord Algernon, Lausanne, L'Age d'Homme/Poche Suisse, 2001.

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 21:09

Photobucket« Tu es un vrai touriste ! »

Lentrée en matière de ce recueil d'articles à vocation scientifique interpelle illico le grand public : au fond, c’est d’un sujet familier qu’il va être question au fil des 220 pages de ce livre. Cette interpellation suggère que le tourisme est une activité anecdotique et superficielle – alors que pour certains acteurs, il n’en est rien. Orchestré par Cédric Humair et Laurent Tissot, cet ouvrage s’attelle à montrer l’émergence d’une image d’Epinal typiquement suisse en matière de tourisme, propre à attirer du monde venu de loin.

 

C’est qu’au dix-huitième siècle déjà, l’image de la Suisse comme lieu touristique se cristallise. Dans une introduction imposante qui part de la définition du touriste, Cédric Humair dresse un état des lieux. Il démontre une évolution qui voit la Suisse passer du statut de pays de transit à celui de destination touristique. Ce changement de statut est dû à l’évolution de la vision du pays par les étrangers et par l’évolution de leur vision en Suisse – une évolution partiellement impulsée par les artistes. Les étrangers qui viennent en Suisse sont ainsi imprégnés d’une vision romantique du pays : nature indomptée, beauté des lacs et des montagnes, proximité de la nature, etc. Un tel état des lieux permet à l’auteur, même profane, d’acquérir un certain savoir des enjeux du tourisme d’un point de vue historique.

 

L’ouvrage propose ensuite des études de cas particuliers, époques ou sujets spécifiques – sous des aspects parfois inattendus. Mathieu Narindal se penche par exemple sur la question des établissements de jeu sur l’Arc lémanique : quelle quantité, sous quelles conditions, et quels sont les enjeux éthiques ? Sociales, de telles questions sont le reflet de l’affrontement entre deux conceptions de la morale autour du jeu des « petits chevaux ». Plus inattendu encore est ce chapitre sur l’irruption des ascenseurs… un progrès technique qui nous paraît parfaitement anodin mais qui, en un temps où il n’allait pas de soi, a contribué à l’émergence des palaces de la côte lémanique. C’est un exemple, parmi d’autres, de ce que la technologie peut apporter.

 

C’est que les progrès technologiques sont, selon les auteurs de ce livre, une constante de l’évolution du tourisme en Suisse. De près ou de loin, d’autres cas sont mis en évidence : l’électrification de l’éclairage des bateaux de la CGN, le développement des chemins de fer à crémaillère, le développement du tourisme médical – un domaine présenté sur la base de force sources scientifiques, y compris les noms des médecins, parfois renommés, qui ont fait progresser ce domaine.

 

Le lecteur découvre ainsi un monde qui sait s’étendre, au fil du temps, et exploser quand l’opportunité est là. Scientifique et historique, la démarche se concentre sur ce qui se passe avant la fin de la Seconde guerre mondiale, et n’aborde pas, si ce n’est par allusions, le phénomène de la démocratisation du tourisme. Dommage ! Mais le lecteur est sans aucun doute transporté par les palaces construits sur les rives du Léman – une région que les auteurs privilégient pour leur étude.

 

Au terme de cette balade nourrie de mille sources scientifiques, le lecteur sera convaincu que le tourisme est formellement une inventions suisse, l’imagerie que la Suisse présente à l’étranger étant une vision d’Epinal, diffusée hier comme aujourd’hui (voir la contribution de Raphaëlle Ruppen Coutaz) sans rapport avec la réalité des personnes qui y vivent. Le tourisme n’est-il alors que la vision d’une façade, d’un spot publicitaire d’une minute à peine ? A l’aide d’exemples puisés sur la promotion suisse du tourisme sur Internet, Laurent Tissot suggère, dans sa conclusion, quelques pistes et stratégies allant dans ce sens.

 

Collectif, Le tourisme suisse et son rayonnement international, Lausanne, Antipode, 2011.

 

Contributions de Cédric Humair, Laurent Tissot, Mathieu Narindal, Roberto Garavaglia, Raphaëlle Ruppen Coutaz, Julie Lapointe Guigoz, Stefano Sulmoni, Florian Kissling, Françoise Breuillaud-Sottas et Marc Gigase.

 

Le présent billet a été rédigé dans le cadre d'un partenariat, avec la complicité des Agents littéraires et des éditions Antipodes, que je remercie.

 

 

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Publié par Daniel Fattore - dans Livres - essais
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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 23:14

PhotobucketCe bref message pour vous annoncer, amies lectrices et amis lecteurs qui aimez (!) ma prose, que je dédicacerai mon recueil de nouvelles "Le noeud de l'intrigue" dimanche 27 novembre 2011 de 12 à 18 heures au marché de la Basse-Ville à Fribourg (Suisse). J'espère vous y voir nombreux! J'y serai avec mon éditeur Laurent Coos, responsable des éditions "La Plume Noire", qui est aussi un écrivain chevronné, spécialisé dans le domaine de la littérature fantastique.

 

Et pour vous allécher, je vous invite à découvrir les notes de lecture de Livrogne, Tulisquoi, Liliba et Alex sur "Le noeud de l'intrigue". Merci pour leur lecture attentive et pour leurs billets bienveillants!

 

Enfin, pour passer commande de votre propre exemplaire sur papier, cliquez ici ou, plus simplement, cliquez sur l'image qui illustre le présent billet.

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Publié par Daniel Fattore - dans Textes originaux
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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Variation sur un thème de Goethe

 

"Auf allen gipfeln, ist Ruh!..."

 

La caresse du soir glisse sur les verdures,

et glissent dans le ciel les nuages rosés,

et glisse le sommeil, comme une eau sans murmure,

          sur mon coeur apaisé.

 

Les nuages au ciel glissent dans la lumière,

l'or du soleil qui meurt baigne les frondaisons,

et mes songes, glissant sur les collines claires,

          montent vers l'horizon.

 

Horizon frissonnant dont les faîtes bleuissent

dans la vapeur lilas qui vibre au fond des bois,

un souffle fait frémir le hêtre aux feuilles lisses;

          ô souffle, emporte-moi!

 

J'embrasse en mon désir, j'aspire dans mon âme

la terre sans limite et le ciel infini;

je suis l'espace immense où roulent et se pâment

         des nuages unis.

 

Nuages devenus les formes de mon rêve...

j'absorbe le silence et le calme du soir,

l'éternité me prend... pourtant, cette heure est brève,

          reflet dans un miroir.

 

Je ne suis qu'un mortel en l'heure fugitive,

mais mon âme éternise en soi le souvenir...

la fraîcheur sort des bois et les ombres la suivent;

          dormir!

  

Gonzague de Reynold (1880-1970), Conquête du Nord, Paris, Gallimard, 1931.  

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Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 23:50

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Lu par Choco, Francis RichardJLK, Les cinq continents, LivrescritiqueLivres et voyages, Mémoires.

 

Avec "Chroniques de l'Occident nomade", publié aux éditions Paulette, force est de constater qu'Aude Seigne signe un premier coup qui est aussi un coup de maître. Agée de 26 ans, l'auteur a ainsi décroché le prix Nicolas Bouvier. Et force est de constater que les 133 pages de ce roman se placent sous le signe de l'écrivain voyageur suisse - et (c'est l'essentiel) offrent au lecteur la découverte d'une conception moderne et décomplexée du voyage. Quitte à ce que le voyage intérieur prenne le pas sur la démarche touristique du simple déplacement géographique.

 

Déplacement géographique? "Chroniques de l'Occident nomade" relate les pérégrinations d'une très jeune femme nommée Aude, qui se balade dans quelques pays d'Europe, d'Asie, d'Océanie et d'Afrique. L'auteur livre certes quelques anecdotes, quelques événements qui lui tiennent à coeur. Mais son propos refuse la démarche purement superficielle consistant à décrire les choses vues et les autochtones, si pittoresques soient-ils. Le récit de voyage est donc, en grande partie, la narration de rencontres avec d'autres voyageurs - une narration qui se présente en éclats,

 

Le premier chapitre de ce petit livre écrit de manière compacte constitue, au sens classique, une scène d'exposition. Le lecteur y fait la rencontre d'une narratrice qui voyage, blonde, décontractée, jeune (15 ans, ce qu'elle répète jusqu'à créer un rythme). Originaire de Suisse, elle est en Grèce et découvre qu'elle peut, par ses tenues et ses attitudes, émouvoir un homme - une découverte gourmande et émouvante, qui va plus loin que la dégustation d'un puissant steak mangé à pleines mains. La description de sa première nuit d'amour a quelque chose d'essentiel, du point de vue du texte: elle indique au lecteur qu'autant voire plus qu'un récit de voyage, "Chroniques de l'Occident nomade" sera un roman d'apprentissage sentimental.

 

C'est que l'auteur, sans jamais oublier de citer les lieux observés (Ouagadougou, le Taj Mahal, etc.), met l'accent sur les rencontres, et en particulier les rencontres les plus intimes, qu'elles soient cordialement amicales ou fugacement sensuelles. La narratrice accorde beaucoup d'importance à la description du petit monde des backpackers, ces jeunes qui choisissent de passer une partie de leur vie à voyager, et qui se donnent rendez-vous à longue échéance quelque part à l'autre bout du monde. Entre bons tuyaux qu'on se refile et plans foireux (enfin, tant que ça? On apprend de toute circonstance...), l'auteur parvient à dépeindre une génération Interrail, qui voyage à moindres frais sans qu'on sache trop quels sont ses moyens de subsistance. A-t-elle découvert l'essentiel du monde? Peu importe, après tout.

 

Peu importe, en effet, car si les voyages ne forment pas le monde, ils forment la jeunesse. L'auteur ne se gêne pas de raconter ses bonnes fortunes, ses amours internationales; elle décrit les situations embarrassantes, mais aussi les regards, les amitiés qui se forgent et se défont, les intimités qu'on vit différemment d'un lieu à un autre. Ainsi donc se retrouve-t-on face à une forme d'éducation sentimentale du XXIe siècle. Une éducation sentimentale qui fait contrepoint à la conscience d'une certaine transcendance, mal discernée, indépendante des codes rigides de quelque religion mais indéniable sur son principe. Et je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur lorsqu'elle écrit (p. 119): "J'en connais en fait assez peu sur Dieu mais je crois savoir une chose: Il a le sens de l'humour".

 

Voyage éclaté, voyage intérieur, "Chroniques de l'Occident nomade" emmène son lecteur dans des lieux inattendus. Les lecteurs avides de pittoresque seront sans doute déçus, et l'auteur l'assume; en revanche, ceux qui aiment suivre le vécu d'une personne qui se construit et se cherche, si possible loin de chez elle, au risque de se perdre, seront comblés. Car si les voyages forment la jeunesse, c'est justement ce processus de formation qui, par éclats, se dégage de ce récit original.

 

Aude Seigne, Chroniques de l'Occident nomade, Lausanne, Paulette. 2011.

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 21:16

hebergeur imageEncore une participation au Défi des Mille! C'est Frankie qui, cette fois, partage ses impressions. C'est ici:

 

http://lesescapadesculturellesdefrankie.blogspot.com/2011/11/la-trilogie-berlinoise-de-philip-kerr.html

 

Son billet, beau, long et circonstancié, porte sur les trois volumes de "La Trilogie berlinoise" de Philip Kerr, parus en livre de poche (soit 1015 pages). Merci pour cette deuxième participation! Et à vous de jouer, amis lecteurs... pour encore six ou sept semaines!

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Publié par Daniel Fattore - dans Défi des Mille
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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 21:46

J'ai été tagué par A Girl From Earth, Didi, Lystig.

A mon tour, je tague... Nicolas, Euterpe, Mr Poireau, AlexielleAlex, Cécile, Férocias, Bouquineuse.

 

Chinoisons donc en choeur!

 

Le principe? Répondre aux questions de celle ou celui qui vous tague... puis créer dix questions à l'adresse de celles et ceux que vous allez taguer. Cela, sur le ton du "Et si tu étais...".

 

De mon côté, ayant été tagué trois fois, ça fait une trentaine de suggestions. Je me permets d'en sauteur quelques-unes (entre autres les doublons) - et me réjouis de vous présenter le fruit de mes cogitations.

 

Si tu étais...

 

 

Un art martial La littérature: utiliser à son profit la force des mots.

Une muse Une qui m'amuse!

Un personnage marrant Paulo, Mgr Rotule, le Père Ricqlès, Valériane. Vous les découvrirez sans doute bientôt.

Une bonne action Euh, Novartis?

Une soupe Le "zuppone alla porcara" ("potage du gueux") dans "Les nouveaux monstres", sketch "Hostaria!". Les coulisses d'un gastro... le film apparaît ci-dessus.

Un texte de dictée "La Fête des mots", texte écrit par Benoît Delafontaine pour la dictée du championnat du monde de Scrabble de Montreux (2011).

Une pierre précieuse La molasse de la cathédrale de Fribourg, dont on prend bien soin.

Une lettre Euh, Q?

Un fil Le fil qui chante!

Un peintre Jean-Pierre Humbert. Ou José Roosevelt.

 

Un plat Le lièvre à la royale de la Table des Lys à Saint-Etienne, qu'il me tarde de goûter. Cette année, j'ai essayé, mais c'était complet...

Un mot inavouable en public Star James. Les traducteurs professionnels comprendront.

Un proverbe La Bible en contient tout un livre. Mais qu'il est difficile de les assumer! Je m'abstiendrai donc.

Un pays La Libye... ou l'alibi!

Pénible! Euh, vous ne seriez pas en train de me lire, si je l'étais. Euh... je deviens pénible, là?

Un des sept péchés capitaux La gourmandise.

Une lectrice pas raisonnable Trois même: celles qui m'ont tagué! ;-)

 

Un livre à lire et à relire "Le Beaujolais nouveau est arrivé" de René Fallet. Justement, le beaujolais nouveau, c'est la semaine prochaine, non?

Un livre à adapter au ciné Attention, ceci est un défi aux cinéastes qui passent par là: "Le Petit Robert", noms communs et noms propres.

Une langue La langue de bois. Pour les copeaux!

Une gourmandise La fourme d'Ambert.

Un livre qui n'a pas encore été écrit Plusieurs même: les miens! Affaire à suivre!

Une invention Le cache-pot en forme de pot, très décoratif. Ou le préservatif en dentelle de Bruges - des idées de Carelman, trouvées dans son "catalogue d'objets introuvables". Ou tout simplement le feu, mais à ma manière.

Une boisson Vin rouge, bien sûr. Par exemple un Côtes du Forez de la cuvée de la Fête du Livre de Saint-Etienne.

Votre idéal de vie Lire. Ecrire.

Un support de lecture (papier ou numérique) Papier. J'ai déjà longuement exposé mes arguments... et puis, qu'on m'explique comment dédicacer une liseuse!

 

A mon tour de proposer dix suggestions à ceux que j'ai tagués:

 

Si j'étais...

- Une région du monde

- Un restaurant

- Un fruit

- Un légume

- Une fête

- Un objet indispensable

- Un bruit

- Un appareil high-tech

- Une actrice

- Une montagne

 

A vous de jouer, amies et amis blogophiles!

 

 

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