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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 21:13

hebergeur imageLu par Céline Thibaut, Charlotte Boyer, Nanet.

Lu dans le cadre du défi Premier Roman.

Le blog de l’auteur. Pour commander, c’est ici.


Un blog d’écrivain, quelques échanges amicaux, et me voilà ferré: durant le week-end dernier, j’ai pris le temps de lire «Ça reste entre nous», premier roman de l’auteure Emma Scott. Cette lecture est venue après celle d’un ouvrage tragique; autant dire que le contraste fut des plus marqués!

 

Le lecteur est en effet embarqué dans une narration dont le caractère dynamique lui saute aux yeux dès les premiers paragraphes. L’auteure a sa recette: l’utilisation de la deuxième personne du pluriel («vous») qui implique fortement le lecteur (ceux qui ont lu «La Modification» de Michel Butor en savent quelque chose), l’usage immodéré des incises entre tirets qui donnent l’impression que l’auteur veut tout dire en même temps et permettent de donner, en les segmentant, l’impression que les phrases sont courtes. Cette impression de brièveté quasi haletante se retrouve confirmée au niveau des chapitres, souvent courts, voire extrêmement brefs (quelques lignes).

 

Cette rapidité est en phase avec le genre littéraire de la chick lit, dans lequel peut s’inscrire, sans difficulté, «Ça reste entre nous». Son personnage principal est typique du genre: une jeune femme au début de sa trentaine, qui se cherche tout en rêvant de l’âme sœur. Tout cela, dans un cadre qui se partage entre Paris (17e arrondissement), l’Auvergne et Lyon. L’auteur a l’habileté d’ouvrir son roman en annonçant que le personnage à travers lequel la narration est vue vient de redevenir célibataire: dépourvue de fil à la patte, la voilà libre de vivre sa vie. Et d’assumer son rôle de bonne copine, auquel elle accorde une grande importance: «Une fois encore, vous avez failli dans ce rôle, pourtant essentiel en votre cœur, d’amie», lit-on en page 11.

 

Autour d’elle, quelques personnages masculins sont construits de manière classique: le mec parfait au physique d’adonis, mais malheureusement homosexuel (Ben), l’ex qui aimerait revenir mais peine à s’engager, le gars discret mais sincèrement amoureux (Paul). Naturellement, il y a le cadre aussi, un brin glamour puisque la jeune femme mise en scène est active dans le domaine du marketing et des cosmétiques. Un double domaine que l’auteur explore avec doigté, ce qui devrait permettre au lecteur et à la lectrice de s’identifier.

 

Le «vous» fonctionne d’une manière spécifique, désignant tantôt le personnage principal (confondu avec le lecteur par un effet de convention), Caroline, tantôt plusieurs personnages autour d’elle, tantôt, de manière implicite et un peu plus étonnante, le lecteur seul, hors de toute référence au personnage principal – par exemple lors d’une interpellation aux lecteurs hommes. Cela donne l’impression curieuse que l’auteur intervient dans le récit, en toute liberté. Impression confortée par un unique «je» en page 21 («je ne crois pas»), étonnant, et aussi par le titre, «Ça reste entre nous», où l’on se demande qui est ce «nous»: l’auteur associé au lecteur, lui-même assimilé au personnage de Caroline? L’auteur aurait pu soit s’effacer complètement, soit affirmer clairement sa présence dans le récit, quitte à changer de point de vue – à la manière par exemple d’un San-Antonio, qui se raconte à la première personne, tantôt pour dire ses exploits, tantôt pour interpeller le lecteur sur une considération ou un élément précis. Là, le lecteur pourra se sentir perdu au milieu du gué.

 

Il relèvera aussi une ou deux contradictions... il y a par exemple Paul qui a une réplique hésitante, pétrie de circonlocutions à fonction phatique et de points de suspension, mais dite d’une voix assurée (pages 39/40) – on peine un peu à imaginer la scène. Et l’on s’étonnera de voir Caroline, soucieuse de son poids, être également coutumière des soirées pizza. Un paradoxe qu’on imputera à une certaine indécision, somme toute bien commune, face à l’idée de régime...

 

Malgré tout, on s’attache donc à ce petit univers sympathique (il n’y a pas de méchant dans l’histoire) d’amis, de connaissances et de collègues, aux frontières floues, que l’auteur fait vivre. Et le lecteur retiendra la finesse et la crédibilité de l’observation du monde des cosmétiques et des produits de beauté, un monde qui sied parfaitement à ce genre de récit. Il appréciera aussi la description des relations entre les personnages – et en particulier l’évolution des sentiments qui se développent entre Paul et Caroline. Cela, sans oublier une description touristique assez pittoresque des hauts lieux lyonnais.

 

Emma Scott, Ça reste entre nous, Emma Scott/Lulu.com, 2012.

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commentaires

bultex 26/06/2013 12:06

La lecture de cet été en attendant.

DF 26/06/2013 22:27

... à lire au lit? ;-)

Anne 05/06/2013 21:23

Mouais... pas sûre du tout d'être tentée, mais je l'ai bien notée ;-)

DF 05/06/2013 22:33

C'est quand même un ouvrage pétillant et jeune, et il vaut la peine de suivre l'auteur! :-) Elle a des recueils de poésie à son actif, et c'est là son premier roman.

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