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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 20:27

hebergeur imageLu dans le cadre des défis Premier roman et Thriller et polars.

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Un nouvel écrivain, ça se surveille. Un nouvel auteur suisse, ça attire l'attention. Et quand il est question d'un polar lausannois, on ouvre l'oeil. Le Lausannois Fabien Feissli est un jeune romancier, fraîchement émoulu de ses études de journalisme à Neuchâtel. Avec "Séance fatale", il signe un premier polar prometteur.

 

Une trame qui fonctionne...

Sa construction tient debout dans les grandes lignes, en effet, ce qui n'est pas donné: le lecteur est placé face à deux homicides survenus en 2012. Etonnant: les victimes étaient allées voir "Basic Instinct" vingt ans auparavant au cinéma "Palace". Or, ce soir-là, un gars avait décidé de mitrailler le public, entraînant un décès... Sur cette base, la police lausannoise enquête - plus précisément un agent, l'inspecteur principal Julien Dardet, qui devra en outre convaincre sa hiérarchie et ses collègues du bien-fondé de ses démarches. C'est que la police municipale de Lausanne se fiche un peu des deux meurtres qui lancent ce roman. Etonnant? Ma foi, il y a des restrictions budgétaires...

 

La construction globale de ce roman est bonne. L'essentiel des questions que le lecteur est amené à se poser va trouver une réponse: qui a étranglé Clara pour de faux? Qui a tué les deux donzelles? Pourquoi? Et que se passe-t-il, surtout, dans la maison Seiwert? Cela, sans oublier le personnage d'André Masson, qui vient de sortir de prison et constitue le suspect numéro un puisqu'il est justement l'auteur de la tuerie du Palace. L'auteur parvient à balader les soupçons sur quatre ou cinq personnages, plus ou moins prévisibles; et à la fin du roman, les responsabilités sont réparties d'une manière satisfaisante, pour ne pas dire surprenante, pour le lecteur.

 

... avec quelques faiblesses

Le lecteur actuel peut-il cependant se satisfaire d'une trame, d'un simple "squelette de roman", qui fonctionne? Alors que bon nombre de romans exploitent la structure d'un polar pour explorer un univers particulier (l'orchestre du camp de concentration d'Auschwitz dans "L'Orchestre de Ombres" de Tom Topor, les employés des Postes et Dominique Strauss-Kahn dans "Poste mortem" de Jean-Jacques Reboux), le lecteur de "Séance fatale" sera peut-être un peu déçu de voir que l'auteur n'explore pas suffisamment certains domaines qui se trouvent à sa portée.

 

Il ne sera finalement guère question de la ville de Lausanne. Certes, le roman mentionne le quartier du Flon, le cinéma où a eu lieu la fusillade (qui existe vraiment) et l'appartement de l'inspecteur principal (qui a une vue sur le Léman), mais on n'en saura guère plus: où se trouvent les bureaux de la police? Dans quel quartier vivent Thomas Seiwert et son intrigante famille? Enfin, un personnage, Bertrand, est présenté comme un amateur de bons restaurants; pourquoi ne pas lui donner ne serait-ce qu'un peu d'éclat en décrivant de plus près, ne serait-ce qu'en nommant les plats dégustés, un repas pris dans un restaurant lausannois? Cela peut se faire de façon simple et directe, à la manière de Michel Bory, au début de son roman "L'assassinat du président Bush": sans façon, il campe un repas arrosé au Saint-Saphorin, pris au Comptoir suisse.

 

Dès lors, on peut se demander si Lausanne n'est pas un décor interchangeable. Cela, d'autant plus que les noms des personnages ne fleurent pas particulièrement bon le canton de Vaud (Seiwert, Wagner, Dardet - qui offre cependant l'occasion d'un jeu de mots sympathique). Certes, certains ressorts de l'intrigue sont originaux, à l'instar de la version imprimée d'une page Wikipedia ou d'un abonnement de bus qui permet à l'enquête d'avancer; mais cela aurait pu arriver partout ailleurs.

 

Le lecteur aurait donc envie, parfois, de connaître d'un peu plus près certains éléments de l'intrigue, essentiels ou anecdotiques, et de plonger davantage dans les arcanes de Lausanne, cette "belle paysanne qui a fait ses humanités" - pour reprendre des mots attribués tantôt à Jean Villard-Gilles, tantôt à Charles-Ferdinand Ramuz. Il se laissera cependant embarquer par un style des plus fluides et discrets, journalistique pour ainsi dire, qui s'abstient de juger et accroche à coup sûr - d'autant plus que l'écriture et l'intrigue sont fondamentalement maîtrisées. Gageons que l'auteur va prendre de la bouteille - de Saint-Saph' ou autre - et réjouissons-nous de découvrir ses prochains ouvrages.

 

Fabien Feissli, Séance fatale, Broc, La Plume Noire, 2013.

 

Ouvrages cités:

Michel Bory, L'assassinat du président Bush, Lausanne, Favre, 2006.

Jean-Jacques Reboux, Poste Mortem, Paris, Baleine, 1998.

Tom Topor, L'orchestre des ombres, Paris, Gallimard, 1986.

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commentaires

Anne 16/07/2013 23:33

Tu cnnais particulièrement Lausanne et tu t'es reconnu ? C'est toujours ga, ce genre d'expérience dans un roman, je trouve.

DF 18/07/2013 22:45

J'aurais justement eu envie de trouver davantage de Lausanne, de son esprit dans ce roman - par ailleurs bien ficelé, qui fonctionne sur une intrigue solide. Je suis cependant certain que ce romancier va progresser!

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