Politique, etc.

Lundi 10 août 2009

... une question qu'on est en droit de se poser, et qui est même fort actuelle: Pascal Couchepin, ministre (Conseiller fédéral, comme on dit chez nous - ici en photo) de l'Intérieur, vient d'annoncer qu'il se retirait pour des questions d'âge parfaitement compréhensibles. Tout le monde lui souhaite une retraite agréable et bien remplie, après une carrière qui ne le fut pas moins; du coup, on imagine qu'en Suisse, tout le monde se demande qui va lui succéder; les pronostics font rage dans la presse, chacun jaugeant les qualités des papables. C'est pour moi l'occasion de mettre en évidence quelques mécanismes typiquement helvétiques.

En France, pour faire simple, c'est le président qui compose son cabinet ministériel... tout comme aux Etats-Unis (Barack Obama aurait eu un peu de mal, d'ailleurs, face au passé parfois lourd de certains candidats). En Suisse, les ministres sont élus, non nommés - plus précisément, c'est le Parlement qui les élit. Et pour parachever un processus démocratique qui semble sauvegarder le principe de l'égalité de traitement, tout citoyen suisse peut se porter candidat. Moi y compris. J'imagine (et je crois savoir) qu'à chaque fois, il y a quelques candidatures farfelues, comme il y en a régulièrement dès qu'un fauteuil se libère à l'Académie française - qu'on se souvienne de Ferdinand Lop, candidat permanent.

Egalité, avez-vous dit? Discutable dès qu'on sort de la théorie pure. Dans les faits, les élus sont le plus souvent de vieux briscards issus du sérail politique, au niveau national (le plus souvent) ou cantonal (parfois, par exemple dans le cas d'Evelyne Widmer-Schlumpf, fille de l'ancien Conseiller fédéral Leon Schlumpf, Grisonne qui a succédé à Christoph Blocher dans un épisode quasi épique). Et puis, il convient, pour respecter une certaine concordance d'être du bon parti - celui du ministre sortant, afin de respecter les équilibres. Des équilibres qui tiennent de la formule magique mais ont été mis à mal depuis quelques années.

C'est sur ces entrefaites qu'au moins deux partis, proches sur l'échiquier politique, souvent alliés, lancent leurs forces dans la bataille, soudain concurrents. Pascal Couchepin est radical; on imagine donc sans peine que les radicaux (droite libérale) entendent bien qu'un des leurs les représente encore au Conseil fédéral. Mais vu les résultats en demi-teinte des radicaux aux dernières élections législatives, certains appétits sont aiguisés... plus précisément ceux des démocrates-chrétiens, qui entendent bien récupérer le fauteuil d'une des leurs, Ruth Metzler, perdu à la fin 2003 au profit d'un représentant de la droite dure - le fameux tribun UDC Christoph Blocher, pour ne pas le nommer.

De manière plus ou moins contrôlée par les partis, les candidatures "sérieuses" se font jour - un peu au forceps, puisqu'aucune tête ne s'impose sans contredit. Le Tessin pousse le président du parti radical, Fulvio Pelli, à se lancer dans la bataille, ce qui vaudrait au canton italophone un représentant à l'exécutif national. Un argument de représentation linguistique parfaitement recevable, mais Fulvio Pelli traîne un peu les pieds. Le Vaudois Pascal Broulis se montre également intéressé... Du côté des démocrates-chrétiens, il y a du monde au portillon: pour en citer quelques-uns, voici le Fribourgeois Urs Schwaller, dont le nom fait surface à chaque élection; ou voici Dominique de Buman, également fribourgeois, qui s'est déclaré récemment... D'autres, ne sentant pas leur heure venue ou se considérant plus utiles là où ils (ou elles!) sont, sont restés en retrait.

... autant dire que les jeux sont très ouverts, et que personne n'est a priori élu dans un fauteuil! Le remplacement de Pascal Couchepin sort par ailleurs de l'agenda ordinaire des élections des conseillers fédéraux; mais lorsqu'on arrive à leur réélection ordinaire (tous les cinq ans, donc la prochaine fois en 2013), les arrangements entre politiciens, les alliances toutes démocratiques et les coups de fil passés afin de rassembler une difficile majorité deviennent un rituel. Nuit des longs couteaux ou des petites cuillères? Selon que l'élection se solde sur un coup de théâtre ou se déroule sans éviction inopinée, la terminologie sera différente.

P. S.: en Suisse, la présidence est tournante... donc les ministres deviennent présidents à tour de rôle, pour un an. L'homme ou la femme favorisé par l'élection du 16 septembre sera donc appelé à devenir un jour ce "primus inter pares" qu'on nomme président de la Suisse!

Photo:
L'Illustré.

Par Daniel Fattore
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Samedi 4 avril 2009

Plus qu'une analyse politique, le présent papier recélera quelques considérations d'un "enfant de la zone grise", ou plus précisément d'un ressortissant d'un pays qui vient d'être placé sur la célèbre liste grise du G20. Que les sarkozystes, steinbrückistes, montebourgistes et obamistes qui visitent ce blog me pardonnent quelques coups de gueule.

 


"Entre gris clair et gris foncé", titrait naguère un chanteur français qui m'abomine. Mais l'intitulé de cet album me paraît particulièrement adapté comme attaque de ce papier: c'est en effet dans cette zone (liste gris clair!) que se trouve à présent la Suisse, à en croire le résultat des pourparlers du G20 - groupe des 20 pays les plus industrialisés de la planète, et autoproclamés plus puissants du monde.

Pour rappel, à l'issue de leur sommet, les pays du G20 ont publié trois ou quatre listes de pays, classés en "noir", "blanc" et "gris" en fonction de leur adéquation aux normes de l'OCDE et de leur volonté de collaborer en matière fiscale. Les pays figurant sur la liste grise sont ceux qui ont accepté d'adopter les règles de l'OCDE en matière de secret bancaire, mais n'ont pas encore concrétisé cette intention: de prétendus paradis fiscaux en passe de ne plus l'être. La Suisse, paradis fiscal? Contribuable régulier dans ce pays, je peux vous garantir que cela n'a rien de vrai: chaque année, je débourse environ la moitié du revenu annuel d'un smicard français sous forme d'impôts directs. Johnny Halliday, exilé célèbre, contribue à hauteur de 607000 euros par an. Cela, on le mettra volontiers en regard des Monégasques, qui n'ont pas d'impôt sur le revenu dans leur pays. La seule économie que je pourrais faire, en qualité d'employé, après les rituelles et toujours médiocres déductions? Une sortie d'église. mais je suis trop conscient des enjeux de l'impôt paroissial pour ce faire...

Mais qui dit liste grise, dit aussi listes noire et blanche. La liste noire contient trois pays qu'on a assez peu vus dans ce rôle, tels les Philippines, le Costa Rica ou la Malaisie (l'Uruguay vient d'en sortir). La liste blanche est en revanche beaucoup plus instructive. Rappel: le G20 est un groupe constitué des vingt pays les plus industrialisés de la planète -des Etats qu'on suppose puissants. Or, au moins seize de ces pays (sur 20) sont sur cette liste qui les innocente. Des noms? Les Etats-Unis (dont l'Etat du Delaware constitue en réalité un paradis fiscal), la Chine (Macao et Hong Kong bénéficient d'un statut fiscal fort intéressant), la France (la collectivité d'outre-mer de Saint-Barthélémy est largement défiscalisée pour des raisons historiques), l'Angleterre (dont la City est une véritable boîte noire - il paraît que Jersey et Guernesey ont signé des accords de coopération fiscale... donc on les retrouve aussi sur la liste blanche!), ainsi que quelques pays dont on connaît moins le mode de taxation (Arabie Saoudite, entre autres). Bref, au vu de ce qui a paru dans la presse ces derniers jours à ce sujet, j'ai l'impression que le sommet de Londres est, plus qu'une réunion de pays désireux de régler certains problèmes, un tribunal des vainqueurs désireux de stigmatiser certains Etats à la faveur d'une crise... d'après des critères manifestement discutables.  

On a relevé le goût du compromis dont Obama a fait preuve... doit-on comprendre ici qu'une de ses premières actions internationales d'envergure a été de fédérer une poignées de puissances contre un certain nombre de pays un peu isolés diplomatiquement, disposant de peu d'arguments de force et cherchant à faire au mieux avec ce qu'ils ont? Peut-être est-ce un procès d'intention; mais je subodore que la nouvelle administration américaine aura trouvé plus facile de faire porter le chapeau de la crise aux Etats des listes grises et noire que d'assumer les erreurs survenues sous George W. Bush et Alan Greenspan. Facile.

Quant au Président de tous les Français, on l'a vu reprendre le discours anti-Suisse du Saint-Just de la gauche française, j'ai nommé Arnaud Montebourg, et donner des leçons de manière odieuse à un pays ami.  "Le président français Nicolas Sarkozy a ainsi clairement affirmé jeudi que la Suisse finirait sur la liste noire si elle ne bouge pas", cite par exemple le journal lausannois "24 heures". Merci, M'sieur. Je vous ferai suivre ma feuille d'impôts, en vous demandant d'en honorer les mensualités. Si d'autres veulent faire de même... Je tiens à dire que jusqu'à présent, je n'avais pas grand-chose à reprocher à Nicolas Sarkozy et à sa manière de présider; mais sur ce coup-là, il a perdu des plumes dans mon estime. Jusqu'à présent, je considérais qu'il était facile, voire obsessionnel chez certains, de le flinguer dès qu'il ouvrait la bouche; à présent, je serai plus attentif.  

Mais s'il n'y avait que lui! En Allemagne aussi, on s'agite - l'objectif étant d'obtenir un échange automatique d'informations, au besoin en bafouant la présomption d'innocence et le droit à la sphère privée. Peer Steinbrück a ainsi trouvé une nouvelle cible pour ses attaques: la Suisse, pays d'Indiens attaqués par la cavalerie. Je passerai sur les insultes à relents "heures sombres" que cela lui a valu, mais ne manquerai pas de rappeler son attitude condescendante vis-à-vis de son voisin du sud, dont le Conseil fédéral s'est ému à juste titre. Les observateurs les plus fins savent que Peer Steinbrück est à présent en campagne électorale... et qu'il n'a pas tout à fait atteint ses objectifs de minstre des finances. Alors hop-là: un bon coup sur la tête de ce voisin pépère qui, en plus, lui pique ses meilleurs spécialistes- ça évite de se remettre en question. 

Tout ça pour dire que le G20, je n'ai rien contre... mais à un moment donné, il faut arrêter de se prendre pour les maîtres du monde afin d'en fixer les règles et de les imposer aux autres. Chaque pays définit sa fiscalité comme il l'entend, et les personnes sous le coup d'une enquête sont quand même présumées innocentes jusqu'au moment où le jugement est rendu par le tribunal! J'espère que la Suisse saura réagir ce coup-ci, mieux que lors des attaques dont elle a été victime, par exemple, dans les années 1998... Il y aura du changement, mais ce n'est pas à mon pays de payer pour d'autres, moins habiles à gérer leurs finances quand ils ne sont pas endettés jusqu'au cou. Pour lire l'actualité à venir, qu'on se souvienne que le principe du secret bancaire est ancré dans les accords bilatéraux passés entre la Suisse et les 27 pays de l'Union européenne. Les renégociations de ceux-ci, ces prochaines années, risquent d'être jouissives.

Ceux qui s'intéressent aux paradis fiscaux et souhaitent se faire une opinion nuancée à leur sujet se référeront avec profit à deux ouvrages:
Laurent Leservoisier, Les paradis fiscaux, Paris, PUF - Que sais-je, 1992.
Thierry Godefroy et Pierre Lascoumes, Le capitalisme clandestin - L'illusoire régulation des places offshore, Paris, La Découverte, 2004.

Sur la crise:
Myret Zaki, UBS, les dessous d'un scandale, Lausanne, Favre, 2008.

Sur les accords bilatéraux: http://www.europa.admin.ch/themen/00500/index.html?lang=fr

Photo: Flickr/Roby72

Par Daniel Fattore
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Lundi 13 octobre 2008

piccolo cinema onirico par confusedvisionJ'ai reçu récemment un "tag" portant sur ma vision de l'Europe en 2020... il s'agit d'une question difficile, lancée par Thaïs - qui n'imaginait sans doute pas jusqu'où irait son idée. Un tag, avez-vous dit? Cela doit permettre de nourrir un papier - et là, comme je l'ai déjà dit çà et là, celui-ci pourrait nourrir un blog entier - d'après ce que j'ai cru comprendre, c'est même le fonds de commerce du blog de Valéry Giscard d'Estaing, pour n'en citer qu'un. Fort de ce constat, je crois que je vais ouvrir une nouvelle rubrique, consacrée à des points de vue sur l'actualité politique. Je n'ai jamais souhaité le faire de manière franche et ouverte jusqu'à présent, étant peu désireux de me créer des inimitiés (je peux être assez carré) ou d'attirer des indésirables. Mais qu'on se rassure: je m'efforcerai d'aborder les choses d'une manière personnelle - à prendre parfois "cum grano salis".

Allez, je commence...

J'ai déjà eu l'occasion de parler, en ces colonnes, du rire et de ses effets bienfaisants. Une bonne tranche de rigolade, ça fait du bien, n'est-ce pas? La science a déjà pu constater que si Bébé rit plus de 400 fois par jour, nous autres adultes devons nous contenter de 17 fois. Autant dire que l'humour au bureau, c'est une arme... pour ne pas dire une médecine! Des ouvrages entiers ont du reste été consacrés à la question, et si des clowns arpentes les hôpitaux sous l'appellation "Théodora", ce n'est pas pour rien. Certains, enfin, diront que c'est aussi bon qu'un orgasme; mais je ne m'étendrai pas là-dessus...

Fort de ce constat, je me pose une question: pourquoi les tickets d'entrée aux comédies de cinéma ne sont-ils pas remboursés par la Sécurité sociale ou par toute institution d'assurance contre les maladies, alors que ça fait du bien avant qu'il ne soit trop tard? Certains diront que les soins préventifs ne sont pas prévus par de telles assurances. On leur répondra que la prévention est le meilleur des remèdes; certaines activités exercées à titre préventif sont du reste couvertes par les assurances, ou bénéficient d'aides diverses.

Imaginons à présent que toute vision du "Corniaud" ou des "Visiteurs" en salle de cinéma soit remboursée par la Sécu. Naturellement, les bienfaits d'une bonne tranche de rigolade ne tarderont pas à se faire sentir sur les spectateurs, qui quitteront les salles, la rate épanouie, après un moment d'oubli des soucis du quotidien. Cela signifie moins de dépressions, moins de maladies bizarres dont on ne sait pas (encore) le nom... donc l'assuré, le client, vous, nous! en trouverons mieux.

Mais l'enjeu dépasse notre simple bien-être - et c'est là que l'égoïsme de chacun profite à l'ensemble du système (qui a parlé de main invisible?). En effet, si l'on rembourse les entrées aux comédies de cinéma, cela profitera également aux exploitants de salles. Un baume sur le coeur d'une profession rudement concurrencée par la télévision. Rembourser la télé? me demanderez-vous au passage. Que nenni: un rire collectif est encore plus libérateur que la petite rigolade convenue qu'on a face à son petit écran et à son petit plateau repas... Plus sérieusement, cela donnerait une bouffée d'oxygène aux exploitants de salles - qui ne seraient plus, du coup, obligés de vendre du pop-corn et du coca-cola à la pause pour subventionner... la projection de films. Et plus on est de fous dans la salle, plus on rit, c'est bien connu.

Bien évidemment, si les comédies font des entrées, cela profite aux artisans et aux industriels du genre. Les héritiers de Louis de Funès trouveront là un succès qui dépasse la simple estime, et pourront même vivre de manière autonome, sans attendre d'autre aide étatique. Quelle aide pour toute une catégorie professionnelle! Et quelle reconnaissance pour cet acte génial et méprisé qui consiste à faire rire.

On me dira que le remboursement des films comiques créerait une inégalité de traitement avec les pièces de théâtre. Que Molière se rassure: on pourra y penser dans le cadre d'une assurance complémentaire; mais qu'il n'oublie pas que souvent, les pièces de théâtre sont d'ores et déjà subventionnées par d'autres canaux - ce qui n'empêche pas, je l'admets, que le théâtre soit un divertissement plus onéreux que le cinéma. Une solution doit donc être trouvée... dans un second temps.

Alors, qu'est-ce qu'on attend? "Les Visiteurs" à la Sécu! Remboursez les comédies! 

Photo: flickr.com/confusedvision 

Par Daniel Fattore
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